Voyage-pèlerinage en Italie 2009

UN PÈLERINAGE EN ITALIE DU 5 AU 12 OCTOBRE 2009

Nos amis Mestelan, que vous commencez à bien connaître, dévots de l’archange St Michel (ils font partie d’une association qui s’intitule les Compagnons de St Michel), étaient partis à pied le 5 mai 2009 du Monte Santangelo dans le sud de l’Italie et, au bout de 2500 kms environ, arrivèrent le 26 septembre au Mont Saint Michel en France, frais comme la rose, n’ayant fait que de “petites” étapes de 25 à 30 kms par jour, entrecoupées de bons repos dominicaux. Neuf jours plus tard, le dimanche 4 octobre, réinstallés dans leur joli village provençal de Velleron, ils réveillaient les sentiments religieux des indigènes en participant activement à la fête patronale, le patron de la paroisse étant précisément leur grand archange : messe Paul VI, procession de l’église à l’oratoire avec tambourinaires et joueurs de galoubet, vin d’honneur avec le maire, et l’après midi, rosaire à l’église entrecoupé de cantiques. Leur “jeune” curé (il a les cheveux noirs, et non blancs), réduit à l’inaction, et trouvant sans doute le temps long, abrégea un peu le salut subséquent.

Le lendemain de cette bonne journée de fête, dès 6 heures du matin, en Avignon, ils faisaient monter dans un car leur troupe de pèlerins qui devait se compléter, après quelques heures de route, par un petit contingent de Niçois. Des retraités, bien sûr : à ce moment de l’année, les jeunes sont au travail et, s’ils sont au chômage, ils n’ont pas de quoi s’offrir un voyage en Italie, même peu coûteux. La doyenne avait 88 ans. La benjamine (âge indéterminé) était une jeune dame accompagnant un mari plus mûr. Mais de nos jours, beaucoup de vieux sont encore jeunes. Ils l’ont bien prouvé. Pas un n’a traîné la patte. Présumés en état de grâce, ils étaient gracieux : jamais de rouspétance, de gentilles attentions les uns aux autres, une atmosphère de gaîté et d’amabilité.

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Nous étions en tout 23, y compris les deux organisateurs et notre fidèle ami l’abbé – que dis-je ? – le chanoine Trauchessec, récemment monté en grade. Nous n’avions pas comme en Tchéquie deux prêtres à notre service, assurant une certaine variété liturgique. Mais, en Gérard Trauchessec, il y a deux hommes: dans les moments de détente, un joyeux compagnon, source inépuisable de plaisanteries, de bons mots et de chansonnettes et, dans les moments graves, un pontife plus sérieux – et plus intransigeant – que certains souverains pontifes. Bref, un prêtre, une messe ! L’extraordinaire fut notre ordinaire, et à eux trois, ils nous firent macérer, surtout pendant les longs trajets en car, dans un bain mousseux et parfumé de chapelets, d’invocations, d’exhortations, de récits pieux, de psaumes et de litanies.

5 nuitées sur 7 se passèrent chez les Ursulines de Loreto qui nous logèrent confortablement et nous nourrirent savoureusement, le tout économiquement. Des deux nuits restantes la première seule fut rustique – mais noble ! L’auberge de la jeunesse de Reggio Emilia qui nous accueillit est sise dans un couvent du XVIIe s. avec un cloître classique, un escalier seigneurial, de larges corridors desservant de vastes cellules équipées de 5 ou 6 lits dont certains superposés, et de l’autre côté des rangées de lavabos et de toilettes à la disposition des occupants. La dernière nuit, au contraire, en haut de la montagne de La Verna, se passa dans une hôtellerie franciscaine qui mérite plutôt trois que deux étoiles. Si les fils de Saint François pratiquent l’ascétisme dans leur privé, ils ne l’imposent pas à leurs visiteurs.

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Le but essentiel du pèlerinage était Loreto, petite ville de la province des Marches, sise sur une colline d’où l’on aperçoit la mer Adriatique, et sa finalité l’installation sur le territoire de cette commune d’un oratoire y commémorant le passage du saint français Benoit-Joseph Labre. Ses buts seconds étaient la visite de sanctuaires marqués par la vie, éventuellement les reliques, de certains saints, et de quelques lieux simplement touristiques. Et je vous prie de croire que lorsqu’un saint vous entraîne chez lui, il vous remercie de votre visite en vous gratifiant de sites et d’œuvres d’art généralement exceptionnels.

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Je commencerai par parler de Loreto et je continuerai par les autres lieux visités en les classant par ordre d’importance décroissante, sans respecter l’ordre chronologique.

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La foule des pèlerins qui se pressent à Loreto y vénèrent la Santa Casa, autrement dit la maison de la Sainte Vierge. Quoi ? la Sainte Vierge a habité l’Italie ? Bien sûr que non ! Avant son mariage avec Joseph, elle habitait à Nazareth une maison semi troglodytique, composée d’une petite grotte prolongée par trois murs, qui fut vénérée, on en a des preuves archéologiques, dès les premières années du christianisme. Si j’en crois l’excellent Guide historique et artistique acheté sur place, en 1291, estimant que, sous la poussée des Turcs, la Terre Sainte était perdue pour les croisés, refusant qu’un pareil sanctuaire soit profané, un certain Nicéphore Angeli, descendant d’empereurs de Constantinople, qui devait disposer de grands moyens, finança et organisa le démontage pierre par pierre des trois murs, leur transport par bateau et leur remontage à l’identique en un lieu plus sûr. Des trouvailles d’archives et des recherches archéologiques récentes offrent toutes sortes d’indices qui confirment cette histoire. Le patronyme d’Angeli donna naissance à la légende, qui eut la vie dure et donna beaucoup à rire aux esprits forts, d’une maison transportée par les anges ! Mais, métaphoriquement, il faut être un ange pour concevoir et réaliser un pareil projet.

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Après bien des péripéties, les “saintes pierres” (qui avaient été données en dot à la fille de Nicéphore, fiancée à Philippe d’Anjou, fils de Charles II, roi de Naples), arrivèrent le 10 décembre 1294 à Loreto où elles furent remontées et firent affluer les pèlerins. Car enfin, à Loreto comme à Nazareth, entre les murs reconstitués comme dans la grotte surmontée d’une église, on lit HIC VERBUM CARO FACTUM EST en commémorant l’Annonciation et le Fiat de Marie qui a changé la face du monde.

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On bâtit tout autour une basilique gothique qui ne cessa au cours des siècles d’être remaniée, peinte, repeinte, incendiée, réparée, et dont le joyau, au point de vue artistique, est l’écrin de marbre blanc ,

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sculpté par les plus grands sculpteurs de son temps, dont le pape Jules II l’entoura tout en réservant la possibilité d’accéder à l’intérieur, où nous eûmes une messe à 6 heures du matin (et nous n’étions pas les seuls !)
Ce sanctuaire eut un rayonnement immense : un peu partout s’élevèrent églises ou chapelles dédiées à “Notre Dame de Lorette” (il y en a une à Paris, et une autre en Artois, qui domine un vaste cimetière militaire de la guerre de 14). Les Français n’y furent pas toujours exemplaires et on n’a pas oublié que les troupes de Bonaparte s’y livrèrent à un pillage systématique du trésor. Ils emportèrent même la statue de la Vierge, qui fut exposée au musée du Louvre sous le nom de “statue orientale en bois d’école égypto-judaïque”. Le pape Pie VII la récupéra à la faveur du concordat.

Parmi les innombrables pèlerins qui s’y pressèrent, je relève le nom de Montaigne, qui y laissa un bel ex-voto en argent, et celui de deux scientifiques qui ne furent pas rebutés par l’histoire de la translation aérienne : Galilée, et chose pour moi incroyable, celui qui passe pour le père de l’athéisme moderne, René Descartes, qui serait venu là en 1624 pour remercier la Sainte Vierge de lui avoir inspiré sa célèbre Méthode ! Qui peut m’indiquer une bonne biographie de Descartes, pour vérifier ça ?? Et puis, en 1770, Mozart, qui y acheta quelques bibelots pieux pour en faire cadeau à sa mère.

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Enfin et surtout, Benoît Joseph Labre , le saint patron des “Sans Domicile Fixe”, dont il se différencie par le fait que c’était par choix et non par nécessité, qu’il menait une vie errante et mendiante, et qui fit douze fois à pied le voyage de Rome à Loreto.

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C’est justement au bord de la route de Rome qu’on célébra la pose, non de l’oratoire, mais de la première pierre de l’oratoire qui lui sera consacré, entre deux beaux mûriers, devant une arche d’un aqueduc par lequel un cardinal Borghese fit jadis amener à Loreto l’eau très pure d’une source de la ville voisine de Recanati. À travers cette arche on voit des champs labourés, une jolie villa à l’horizon. Bref, le site est bien choisi, mais entre le maire et l’archevêque, la décision ne fut pas facile à prendre. Toujours est-il que l’un et l’autre étaient là, tout sourire et amabilités, l’archevêque dans ses plus beaux atours violets, blancs et dorés, le maire, qui est jeune et beau, avec son écharpe vert, blanc rouge. Mais il n’ouvrit pas la bouche quand tout le monde chanta Ave Maria. On est laïque ou on ne l’est pas, même en Italie.

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Nous rencontrâmes à Loreto un vieux prêtre français qui a choisi d’y finir ses jours, qui rêve d’y attirer plus de Français qu’il n’en vient, et d’y créer un “centre” destiné à la valorisation de la famille normale, composée, et non recomposée, d’un homme et d’une femme unis par les liens du mariage et entourés de leurs enfants biologiques. Idée toute naturelle dans un lieu où l’on vénère une “sainte maison”, et un saint qui, juste-ment, n’avait pas de maison. Excellente occasion de prier pour les gens qui sont réduits à coucher dans la rue, pour ceux qui ne trouvent à se loger que pour un prix exorbitant, et pour les familles qui n’ont pas de logement assez grand pour se développer normalement.

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Quittons Loreto pour nos autres destinations. À tout seigneur tout honneur ! Le bon Dieu a priorité sur les saints. À Arenzano, non loin de Gênes, nous retrouvâmes une vieille connaissance : le tout jeune Saint Enfant Jésus de Prague, occasion de prier pour les enfants tués dans le ventre de leur mère, pour les enfants martyrisés et tués par des parents indignes, pour les enfants sous-alimentés par la faute de politiques stupides ou criminelles, pour les enfants décervelés par des méthodes pédagogiques aberrantes, pour les enfants privés de baptême et de catéchisme, pour les enfants ballottés entre des parents divorcés, ou adoptés par des homos, et même pour les enfants élevés chrétiennement par leurs parents biologiques afin qu’ils ne gaspillent pas une telle grâce. Les Italiens avaient eu l’idée de lui élever en 1908 un sanctuaire baroque dans un joli site urbain. Nous y eûmes, le premier jour du voyage, messe et pique-nique avant de reprendre la longue route de Reggio.

Plus tard au cours du voyage, ce fut un miracle eucharistique dont nous ne pûmes d’ailleurs voir la relique, – mais il y avait un autre miracle eucharistique, avec une relique visible, à Cascia dont nous parlerons plus loin – qui nous attira à la cathédrale de Macerata, ville sombre et austère des Marches, où les rues étroites sont bordées d’aristocratiques palais.

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Passons maintenant aux saints : Benoît et sa sœur Scholastique, respectivement père et mère des moines et moniales qui ont planté dans la terre de l’Europe de profondes racines, nous entraînèrent dans l’épaisseur du massif des Abbruzzes, zone sismique s’il en est, au nord de l’Aquila, récemment ravagée par un tremblement de terre.

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Et l’on peut imaginer le spectacle, quand on voit l’énormité des rochers qui bordent la route. C’est à Norcia (en français Nursie), petite ville située à 600 m. d’altitude qu’on peut voir la pièce où il paraît qu’ils sont nés. Elle s’est enfoncée dans le sol au point qu’elle sert de crypte à l’une des remarquables églises du lieu, où l’on trouve aussi un musée modeste, mais où des choses étrusques, des fresques déplacées pour les sauver, sont très intelligemment présentées, et des boutiques où l’on peut acheter des croquants aux amandes et du saucisson de sanglier truffé.

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La truffe est si commune, dans la région, que nous eûmes, dans un self des plus modestes, un plat de pasta truffée pour la somme de 8 € !

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Franchissons quelques siècles. Bien différent, mais non moins grand que Benoît, voilà Saint François, que nous avons rejoint sur la montagne de la Verna (en français l’Alverne), altitude 1000 m., où, deux ans avant sa mort, il reçut les stigmates. Outre deux messes et une procession, il nous offrit une vue extraordinaire sur la vallée et l’échelonnement des chaînes de montagnes, un coucher de soleil somptueux, et, dans les deux églises du lieu, des retables en céramique des della Robbia, absolument délicieux.

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Bien sûr, c’est par esprit de pauvreté que les franciscains n’ont pas commandé des bas-reliefs de marbre à de grands sculpteurs, et se sont contentés, de terre-cuite émaillée semi industrielle. Mais du point de vue esthétique, ils n’ont rien perdu !
Les différents saints rencontrés jusqu’ici devraient pouvoir, si nous les priions suffisamment, nous aider à résoudre un problème qui turlupine nos contemporains : celui de la surpopulation et de l’épuisement des res-sources de la Planète. Car enfin, il paraît que sur cette planète, nous sommes 6 milliards d’humains. Si le milliard d’enfants avortés recensés par l’ONU ne l’avaient pas été, cela ferait 7, sans compter les enfants qu’ils auraient eux-mêmes procréés. Ce n’est pas assez ? Il faut souhaiter que les prières des cathos “pour la vie” soient exaucées ? C’est trop ? eu égard au mode de vie gaspilleur de l’Occident, au mode de vie misérable des pays sous-développés et à l’ambition des pays émergents de rattraper l’Occident, c’est sûrement trop. Mais si l’on faisait de la Terre un jardin bien cultivé et si l’on adoptait un mode de vie plus frugal, ce serait peut-être tout à fait acceptable. De façon extrême, Labre et François, de façon plus équilibrée, Benoit et Scholastique nous donnent peut-être des exemples à suivre.

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Encore deux ou trois saints et saintes : À quelques siècles de distance, en pleine guerre civile des Guelfes et des Gibelins, sainte Rita de Cascia, était une montagnarde voisine de St Benoît. Ayant perdu son mari et ses deux fils, cette mère de famille entra au couvent où elle se mit à faire des miracles attestés par des ex-votos, et conquit une popularité qui aboutit en 1900 à sa canonisation puis à la construction d’une grande basilique dans le style des années 30, d’une assez belle architecture, mais affligée de fresques d’une grande laideur qui font regretter la technique du moindre des petits maitres du quattro-, cinque-, sei-, sette- et même ottocento.

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Mais la cour de son couvent est un lieu charmant orné d’une treille d’où pendaient de grosses grappes de raisin. Cette treille est miraculeuse : Rita, par obéissance, arrosa un jour un bâton desséché et il en résulta cette vigne qui n’a cessé de fructifier depuis le XIVe s.
Dans le siècle, elle n’avait pas eu la vie facile : son mari était coléreux et il finit assassiné ; ses deux fils entreprirent de le venger en assassinant l’assassin, ce qui, à son avis, les aurait conduits tout droit en enfer. Elle pria donc le Seigneur de les rappeler à Lui avant qu’ils n’aient pu se rendre coupables d’un meurtre. Elle fut exaucée. Ils moururent de la peste après avoir pardonné à l’assassin. Je ne sais si c’est pour cela qu’elle est réputée spécialiste des causes désespérées (ou plutôt apparemment désespérées, puisqu’elle en procure la solution). Qui, à notre dangereuse époque, peut s’assurer de n’avoir jamais besoin de l’intercession de sainte Rita ?

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Si vous avez dans vos relations des jeunes qui passent des examens, conseillez-leur de prier saint Joseph de Cupertino (1603-1663) qui nous attira dans la petite ville d’Osimo, près de Loreto, exclue de tous les parcours touristiques, où pourtant on peut admirer une superbe cathédrale romane, avec une crypte qui contient les plus beaux sarco-phages que j’aie jamais vus, et où le plafond de la sacristie des frères mineurs est décoré d’une fresque de l’école de Giotto que personne ne regarde. Ce Joseph n’était pas doué pour les études et s’il vint à bout des examens qu’il devait passer pour devenir prêtre, ce fut par une intervention de la Providence qu’il jugea miraculeuse. Dans une vitrine, une multitude de livrets universitaires, de diplômes, de chapeaux d’étudiants témoigne de l’efficacité de son intercession en ce domaine. Mais sa réputation vient surtout d’autre chose : Thaumaturge, extatique, prophète, lisant dans les âmes, très sage conseiller pour ceux qui lui demandaient conseil, plus populaire de son temps que Padre Pio du nôtre, ce pauvre homme fut affligé, bien contre son gré, du don de lévitation : tandis qu’il disait la messe, il lui arrivait de s’élever dans les airs, parfois à plusieurs mètres au-dessus du sol. Tout le monde voulait le voir ! Il devenait une bête curieuse, au point que sagement, l’autorité ecclésiastique l’envoya finir ses jours discrètement, dans la clôture du couvent d’Osimo. Mais il ne prêtait pas à rire, bien au contraire ! Un prince luthérien se convertit même au catholicisme rien que pour l’avoir vu dire sa messe !

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Sainte Gemma Galgani (1878-1903) nous invita dans sa bonne ville de Lucca (en français Lucques) mais je ne vous dirai rien d’elle, car les kilomètres qui nous restaient à parcourir ne nous laissèrent pas le temps de lui rendre sa politesse dans son couvent de passionistes. Nous eûmes seulement celui de visiter, entre deux averses, la cathédrale, et d’admirer la façade d’une église du haut de laquelle une statue de Saint Michel bénit la fin de notre pèlerinage.

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Rares furent les lieux purement touristiques que nous visitâmes. Notons tout de même Recanati, près de Lorette, avec sa belle place où nous fîmes un stop d’un quart d’heure. Le grand homme de l’endroit n’est pas un saint : Giacomo Leopardi est un poète romantique italien dont je m’essayais à traduire la Ginestra, fiore del deserto lors de mes débuts dans la langue italienne. Je pus y saluer sa statue.

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La ville de Ravenne ne manque pas de saints : Vital, Apollinaire… mais ils n’inspirèrent aucun commentaire à nos organisateurs. Seules les illustris-simes mosaïques retinrent notre attention. Outre leur intérêt esthétique, elles peuvent nous inspirer quelques méditations. C’est sous la poussée des barbares et à cause de l’insécurité qui régnait à Rome, puis à Milan, que les empereurs romains établirent un temps leur capitale à Ravenne, dans un lieu que des marécages rendaient difficilement accessible, et assez voisin de la mer pour qu’on pût s’en enfuir facilement. Ils établirent là un foyer de civilisation et d’art admirable. Bonne leçon pour nous qui vivons aussi dans un temps d’invasions barbares. Ajoutons que les églises de Ravenne sont construites en briques et ne payent pas de mine de l’extérieur. C’est à l’intérieur qu’elles rayonnent. Il y a temps pour tout : un temps pour faire de petites façades de brique, un temps pour faire de grandes façades de marbre, un temps pour vivre sa religion discrètement, un temps pour l’afficher. Ajoutons encore que pendant un bout de temps c’est un Ostrogoth nommé Théodoric (454-526), un barbare plutôt bien intégré, quoique arien, qui gouverna Ravenne à la satisfaction générale et y laissa des mosaïques très appréciables. Qui sait s’il ne nous arrivera pas un jour quelque chose du même genre ?

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Terminons par la ville portuaire d’Ancône, sur l’Adriatique où les touristes ne passent que pour prendre un bateau pour la Grèce. Elle possède un centre historique petit et vite vu, mais qui recèle quelques merveilles. Je ne parlerai que d’une seule, une vue digne d’une carte postale : à l’extrémité nord du Port s’élève l’arc triomphal de l’empereur Trajan, qui fit aménager un port en cet endroit. Un rempart du XVe siècle court à proximité. Sous le plein cintre de l’arc, on voit, en haut de la colline, la cathédrale romane du XIIe s. Tout autour, les grues et les grands navires d’un port d’aujourd’hui. C’est un résumé de toute l’Italie, avec son socle antique, son imprégnation catholique et sa modernité.

Jacqueline Picoche

Fête de Saint Colomban le 23 novembre 2009 à Bobbio en Italie

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Nous avons pu assister à la célébration de la fête de Saint Colomban à Bobbio le 22 et 23 novembre 2009. Cette fête commence la veille au soir avec la mémoire de son « transitus ». Après avoir chanté les litanies derrière le superbe reliquaire de ce grand fondateur Européen, l’assistance présidée par un évêque Irlandais s’est rendue à l’abbatiale pour assister à une veillée de prière qui a rappelé le départ au ciel de ce grand saint le 23 novembre 615. Au cours de celle-ci, les instructions de Saint Colomban ont été lues (voir la traduction en français dans « Libres opinions »). Plusieurs chants et invocations ont suivis ainsi que l’hymne et une ode en italien:

Hymne à Saint Colomban:
Tous rassemblés dans ton temple sacré,
et joyeux pour l’heureux jour,
nous te louons avec de pieux gestes
O Colomban.

Douce Colombe du divin amour,
toi, au geste prête, tes ailes tu ouvris
Sur le siècle sombre de haine et de terreur
paix en priant.

Flambeau ardent par les routes du monde,
tu appelas le troupeau du Christ dispersé
d’une voix persuasive
de bon pasteur.

Fils de Dieu d’un même Père
nous sommes tous, partout où la terre
nous accueille et nous nourrit, n’oublions pas
d’être des frères.

Que cette voix aujourd’hui résonne encore
parmi le troupeau égaré, outragé
et donne au monde liberté jointe
à dignité.

Voici ô Dieu la commune prière
ensemble avec le Fils, avec l’Esprit Saint
toi, ecoute-nous en vertu de notre
Saint Patron. Amen.

Ode a San Colombano
Dalle sfere volgi a noi
Colombano, il casto ciglio
e ravviva in questo esilio
le speranze del Signore

O santissimo patrono
per noi prega il tuo Signor. (2x)

Benedici a queste valli
al fiorir dei nostri campi
e dai mali ognor ci scampi
il possente tuo favor.

O santissimo patrono
per noi prega il tuo Signor. ‘2x)

Des sphères célestes tourne vers
nous, Colomban, le chaste regard
et ravive en cet exil
les espérances du Seigneur

Ô très saint patron
pour nous prie ton Seigneur (2 x)

donne la bénédiction à ces vallées
a la prosperité de nos champs
et des maux toujours nous préserve
ton aide puissante.

Ô très saint patron
pour nous prie ton Seigneur. (2 x)

Après la cérémonie, un vin chaud et des chataîgnes étaient offerts par les Amis de Saint Colomban. Délicieuse conclusion d’une veillée fervente.

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Lundi 23 novembre: grande messe à l’abbatiale en présence de Monseigneur Ambrosio, évêque de Piacenza. A 11h la procession s’est dirigé vers l’entrée de l’église, tandis que les cloches sonnaient à toute volée. Derrière les thuriféraires, la croix, une ribambelle d’enfants de choeur et une délégation de 25 séminaristes du célèbre séminaire de Piacenza. Les prêtres de la paroisse, Don Aldo et Don Mario ainsi qu’une foule de prêtres voisins et trois prêtres Irlandais, de l’ordre de Saint Colomban précèdaient Monseigneur Ambrosio.

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A l’entrée de l’abbatiale avait été placé un gigantesque Saint Colomban en mie de pain fait avec amour par le boulanger de Bobbio. Monseigneur Ambrosio s’est arrêté pour bénir ce pain et féliciter le boulanger et son équipe (ce pain fut distribué à la sortie de la messe à toute la population). L’église était archipleine, décorée de fleurs et au pied du chœur, deux carabiniers, en tenue de cérémonie, accueillaient la procession.

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Au premier rang de l’assistance, cinq Maires ceints de leurs écharpes et le Maire de Bangor avec une délégation Irlandaise, un député Européen, le Professeur Mario Pampanin, président des Amis de Saint Colomban à Bobbio, ainsi que Mauro Steffenini, président de l’association « Amis de Saint Colomban pour l’Europe » de San Colombano al Lambro et plusieurs délégations de villes vénérant Saint Colomban.

La messe chantée en italien par la chorale comportait de beaux chants accompagnés par l’orgue. Au cours de son homélie, Monseigneur Ambrosio a exalté le rôle de Saint Colomban dans sa mission d’évangélisateur de l’Europe.

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A la fin de la messe Monseigneur, les prêtres et les séminaristes ainsi que les dignitaires et toute la population sont descendus à la crypte pour vénérer la tombe de Saint Colomban et lui confier leurs intentions.

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Un déjeuner a réuni ensuite les principales autorités. L’après-midi l’association des Amis de Saint Colomban a organisé une conférence du Professeur Nuvolone de Fribourg sur la jeunesse et l’enseignement reçu de Colomban en Irlande. Un ensemble musical a ensuite présenté les antifones de Bobbio en latin et un dîner convivial a réuni les membres et leurs amis.

Un grand MERCI au Professeur Mario Pampanin qui nous a permis de vivre en direct tous ces évènements et de bénéficier de sa généreuse hospitalité.

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« Saint Colomban, nous vous prions!
Bénissez l’Europe et redonnez l’esprit missionnaire à notre Eglise, à ses évêques et à tous les baptisés!

Transito di San Colombano

Dalle Istruzioni di san Colombano, abate

Fratelli carissimi, ascoltate attentamente. Cio che vi diro è necessario al vostro bene. Sono verità che ristoreranno la sete della vostra anima. Vi parlero infatti della inesauribile sorgente divina. Pero, per quanto sembri paradossale vi diro: non estinguete mai la vostra sete. Cosi potrete continuare a bere alla sorgente della vita, senza smettere mai di desiderarla. E la stessa sorgente, la fontana dell’acqua viva che vi chiama a sé e vi dice: Chi ha sete venga a me e beve (Gv 7,37).

Bisogna capire bene quello che si deve bere. Ve lo dica lo stesso profeta Geremia, ve lo dica la sorgente stessa: « Hanno abbandonato me’, sorgente di acqua viva » dice il Signore (Ger 2,13). E dunque il Signore stesso, il nostro Dio Gesù Cristo, questa sorgente di vita che ci invita a sé, perché di lui beviamo. Beve di lui chi lo ama. Beve di lui chi si disseta della Parola di Dio; chi lo ama ardentemente con vivo desiderio. Beve di lui chi arde di amore per la sapienza.

Osservate bene da dove scaturisce questa fonte; poiché quello stesso che è il Pane è anche la fonte; il Figlio unico, il nostro Dio Cristo Signore, di cui dobbiamo aver sempre fame. E vero che amandolo lo mangialo e desidezrandolo lo introduciamo in noi; tuttavia dobbiamo sempre desiderarlo come degli affamati. Con tutta la forza del nostro amore beviamo di lui che è la nostra sorgente; attingiamo da lui con tutta l’intensità del nostro cuore e gustiamo la dolcezza del suo amore.

Il Signore infatti è dolce e soave: sebbene lo mangiamo e lo bevioamo, dobbiamo tuttavia averne sempre fame e sete, perché è nostro cibo e nostra bevanda. Nessuno potrà mai mangiarlo e berlo interamente, perché mangiandolo e bevendolo non si esaurisce, né si consuma. Questo nostro pane è eterno, questa nostra sorgente perenne, questa nostra fonte è dolce.

Se hai sete, bevi alla fonte della vita; se hai fame, mangia di questo pane di vita. Beati coloro che hanno fame di questo pane e sete di quest’acqua, perché, pur mangiadone e bevendone sempre, desiderano di mangiarne di di berne ancora. Deve essere senza dubbio indicibilmente gustoso il cibo che si mangia e la bevanda che si beve per non sentirsene mai sazi e infastiditi, anzi sempre piu soddisfatti e bramosi. Per questo il profeta dice: « Gustuate e vedete quanto è buono il Signore » (Sal 33,9).

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Ascoltiamo, o fratelli, l’invito, con cui la Vita stessa, che è sorgente non solo di acqua viva, ma anche fonte di vita eterna e di luce, ci chiama a sé. Da lui infatti provengono la sapienza; la vita, la luce eterna. L’autore della vita è sorgente della vita, il creatore della luce, la fonte stessa della luce. Non curiamoci delle cose che ci circondano, ma puntiamo lo sguardo verso l’alto, verso la sorgente della luce, della vita e dell’acqua viva. Facciamo come fanno i pesci che emergono nel mare attratti dalla fonte luminosa. Eleviamoci per bere alla sorgente l’acqua viva che zampilla per la vita eterna (cfr. Gv 4,14).

Oh, se tu, o Dio misericordioso e Signore pietoso, ti degnassi di chiamarmi a questa sorgente, perché anch’io insieme com tutti quelli che hanno sete di te, potessi bere dell’acqua viva che scaturisce da te, staccarmi mai piu da te, tanto da dire: Quanto è dolce la sorgente dell’acqua viva; la sua acqua che zampilla per la vita eterna non viene mai a mancare!

O Signore, tu stesso sei questa fonte, eternamente desiderabile, di cui continuarmente dobbiamo dissetarci e di cui sempre avremo sete. Dacci sempre, o Cristo Signore, quest’acqua perché si trasformi anche in noi in sorgente di acqua viva che zampilli per la vita eterna!

Domando certo una grande cosa, chi non lo sa. Spmp tu, o re della gloria, sai donare cose grandi e cose grandi hai promesso. Nulla è piu grande di te, ma tu ti sei donato a noi e ti sei immolato per noi.

Per questo ti greghiamo di farci conoscere quello che amiamo, moiché nulla cerchiamo di avere, all’ infuori di te. Tu sei tutto per noi: la nostra vita, la nostra luce, la nostra salvezza, il nostro cibo, la nostra bevanda, il nostro Dio. Ti prego, o Padre nostro d’ispirare i nostri cuori col soffio del tuo Spirito e di trafiggere col tuo amore le nostre anime perché ciascuno di noi possa dire con tutta verità: Fammi conoscere colui che l’anima mia ama ‘cfr. Ct 1,6 volg); sono infatti ferito del tuo amore.

Desidero che quelle ferite siano impresse in me, o Signore. Beata l’anima trafitta dalla carità! Essa cercherà la sorgente, ne berrà. Bevendo ne avrà sempre sete. Dissetandosi, bramerà con ardore colui di cui ha sempre sete, pur bevendone continuamente. In questo modo per l’anima, l’amore è sete che cerca con brama, è ferita che risana. Il Dio e Signore nostro Gesu Cristo, medico pietoso si degni di piagare con questa salutare ferita l’intimo della mia anima, egli che insieme col Padre e con lo Spirito Santo è un solo Dio nei secoli dei secoli. Amen.

Voyage-pèlerinage en Roumanie octobre 2008

La Route de la Roumanie
Pèlerinage du Rosaire du 5 au 11 octobre 2008

Entre la mer noire et la plaine Magyare, la Roumanie s’étend sur 237’384 km2. Les Carpates y dessinent une grande courbe semblable à la branche supérieure d’un Z dominant au nord-est la plaine de Moldavie, au sud celle de Valachie et isolant à l’ouest la province de Transsylvanie.

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l’objet de ce pèlerinage était la bénédiction d’un oratoire à Notre-Dame de Fatima implanté dans la paroisse de Sabaoani, au diocèse de Iasi. Pour y parvenir, de Bucarest, la capitale, située en Valachie, au sud du pays, il faut se diriger vers le nord-est en traversant près de 400 kms d’une morne plaine, plate à faire pâlir la Beauce, où quelques rivières serpentent, sans avoir même eu la force d’y creuser une vallée. On parvient ainsi en Moldavie roumaine, contigüe, à l’est, à la République Moldave indépendante, au nord, à l’Ukraine, et séparée, à l’ouest, par les Carpates, de la Transylvanie. Les organisateurs avaient placé notre voyage sous le patronage de deux martyrs du communisme en bonne voie de béatification : Mgr Vladimir Ghika, pour ses relations avec la France, et Mgr Anton Durkovici, parce qu’il était évêque catholique de Iasi. Ils nous ont efficacement protégés, tout s’est bien passé.

POURQUOI SABAOANI ?

Parce que les voies de la Providence ne sont pas les nôtres.
On aurait pu imaginer cette implantation en un lieu fréquenté par la foule des Européens tièdes qui ont besoin qu’on leur rafraîchisse la mémoire à propos de leurs racines chrétiennes. Mais non ! C’est St Colomban en personne qui, du haut du ciel, partant de Bregenz (Autriche), dont le curé est son dévot, a dirigé tout un parcours de recommandations, de contacts, de concertations et de décisions, aboutissant à Sabaoani, petite ville, ou plutôt, vu son caractère champêtre, gros village de 13.000 habitants, muni de quatre églises, d’un lycée, d’un modeste musée principalement ethnographique, d’une pharmacie, de peu de commerces, à l’écart de la route nationale, isolat catholique romain en pays orthodoxe.

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Le curé de Sabaoani accueillit avec beaucoup d’empressement cette idée d’oratoire, précisant que l’association n’avait pas à s’occuper de son édification, et que la paroisse s’en chargerait. Seule fut importée la statue de N-D de Fatima, don d’une dame suisse. Ce joli petit édifice s’élève sur le parvis de l’église St Joseph. Son piédestal quadrangulaire est orné de quatre médaillons de mosaïque représentant 1. la Vierge à l’enfant 2. la Sainte Famille 3. le portrait de Mgr Durkovici, et 4. les cœurs unis et couronnés de Jésus et de Marie, logo de l’association. Au-dessus, la niche , avec la statue, et pour abriter le tout, un petit toit de tuiles rouges.

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Le matin de la cérémonie, qui était un mardi, l’église était comble. L’eau du Ciel s’ajouta largement à l’eau bénite et c’est sous une forêt de parapluies que la bénédiction eut lieu. Le clergé local avait invité trois confrères “gréco-catholiques” que l’on appelle chez nous du nom, là-bas péjoratif, d’ “uniates”. Ils étaient arrivés avec de magnifiques chapes dorées qui rendirent l’assemblée beaucoup plus photogénique qu’elle ne l’aurait été sans eux. On peut regretter qu’il ne nous ait pas été donné d’avoir de conversation avec eux, soit qu’ils aient été pressés de repartir, soit que la barrière de la langue ait été infranchissable. Nous n’avons pas eu non plus de contact avec les orthodoxes. Nous n’avons été accueillis que par des catholiques romains, et encore, faute d’un interprète attitré attaché à nos pas, la conversation a été souvent laborieuse. Elle a pu avoir lieu avec un germanophone, trois ou quatre italophones, et deux francophones, plus ou moins habiles dans le maniement de leurs langues étrangères. Nous avons pu néanmoins apprendre, grâce à eux, pas mal de choses.

LES CATHOLIQUES DE MOLDAVIE EN GÉNÉRAL

Ce que je sais de la communauté catholique de la Roumanie, 4,73% de la population au dernier recensement, principalement groupée en Moldavie, je l’ai appris, d’une part, de conversations que nous avons eues, pendant une journée passée à Iasi, avec notre guide des deux cathédrales de la ville, avec l’évêque qui nous a reçus brièvement, et avec le vice recteur du séminaire, et d’autre part, par l’unique livre en français édité par le séminaire, que je me suis procuré pour 10 euros : Jean Nouzille – Les catholiques de Moldavie, histoire d’une minorité religieuse de Roumanie dont je ne manquerai pas de faire une recension dès que possible.

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On sait très peu de choses des premiers siècles de l’évangélisation de la Roumanie, les invasions tatares du VIIe s. ayant causé de grandes destructions. Par la suite, c’est un clergé grec issu de Constantinople qui fut implanté dans le pays. L’existence d’une communauté catholique n’est attestée qu’à partir du XIIIe s. Étaient-ce des autochtones ayant résisté au schisme ? ou déjà, des immigrés hongrois, comme il en est arrivé bon nombre par la suite ? des descendants de Hussites ayant fui la persécution dont ils souffraient en Bohême et retournés au catholicisme ? Toujours est-il que cette communauté s’est maintenue à travers les siècles, sans avoir été jamais vraiment persécutée par les princes moldaves qui avaient assez affaire à se défendre contre les Tatars et contre les Turcs, qui finirent par les vassaliser et leur faire payer tribut, et à tenir compte de puissants voisins catholiques, les rois de Hongrie, et ceux de Pologne dont l’autorité, à certaines périodes, s’étendait sur toute l’Ukraine. Elle n’a jamais été abandonnée par le Saint Siège qui y déléguait des “visiteurs apostoliques”. Mais les rapports qu’ils envoyaient à Rome montrent l’extrême misère et le grand manque de prêtres qui ont été son lot pendant des siècles, jusqu’à la formation d’un État roumain qui leur a donné au moins une structure juridique.
Pendant la période communiste, l’église orthodoxe était “reconnue”, l’église catholique romaine “tolérée”, et l’église gréco-catholique supprimée et rattachée de force à l’orthodoxie. Toutes étaient très surveillées, infiltrées, et la tactique du gouvernement, qui espérait aboutir à l’extinction du christianisme et de toute religion, était de les décapiter en emprisonnant les évêques pour un oui, pour un non, n’en laissant subsister qu’un ou deux toujours sous la menace d’une arrestation, pour des ordinations accordées dans le cadre d’un numerus clausus étroit quand elles n’étaient pas interdites, et réduisant les simples fidèles à un minimum de pratique discrète.

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À la fin de cette période, ce fut une explosion de vie religieuse. Des processions parcoururent les rues, dans les écoles publiques (il n’y en a guère d’autres), le crucifix remplaça la faucille et le marteau, et l’icône du Christ celle du président Ceaucescu. Ces signes religieux y figurent encore, attaqués par quelques athées, et défendus par la majorité de la population. Même les juifs et les musulmans (Eh! oui, ils en ont, dans la Dobroudja, vers le delta du Danube, reliquat du temps de l’empire turc) ont déclaré qu’ils ne voyaient pas d’inconvénient à leur présence dans les salles de classe. Nous avons vu, le seul matin que nous avons passé à Bucarest, des collégiens (qui n’étaient pas habillés “voyou”) sortir de l’église avant de s’enfourner dans l’école voisine. Particulièrement remarquables les monuments religieux modernes, construits dès que cela a été permis. J’en parlerai plus loin. Dans la constitution actuelle, l’Église est séparée de l’État, mais, pour des raisons “culturelles”, l’État contribue au salaire des prêtres et des ministres des autres religions. La communauté catholique participa naturellement à ce grand mouvement. On la sent dynamique et en pleine expansion. Le séminaire catholique de Iasi a compté jusqu’à 200 séminaristes, issus presque uniquement de la classe populaire, surtout paysanne, les classes dominantes ne fournissant pas de prêtres. Il en est à 121 aujourd’hui, parce que le vent de la sécularisation commence à souffler. Mais en comparaison de la France, ce n’est qu’une brise légère ! Du fond de leur belle chapelle, ornée de vitraux modernes, nous les avons vus de dos , pendant le bref office précédant le déjeuner. Le spectacle était impressionnant.

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“Comment sont vos relations avec les orthodoxes, Monseigneur ?” demanda-t-on à l’évêque francophone. “-Très bonnes, c’est une coexistence tout à fait pacifique”.
Les petits catholiques moldaves ont bien de la chance s’ils sont convenablement formés et catéchisés. Ce n’est pas le cas de leurs homologues français).
Naturellement fut posée la question de l’avortement, la Roumanie arrivant en ce domaine dans le peloton de tête des statistiques mondiales. “Nous en avons très peu chez les catholiques, mais chez les orthodoxes, c’est monnaie courante”.
Ce qui nous a manqué, ça a été d’entendre des orthodoxes parler des catholiques. Cela aurait pu être intéressant…

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Des orthodoxes, silencieux et de noir vêtus, nous en avons vus, mais nous ne les avons pas entendus, dans les monastères nichés dans des sortes de Vosges appelées Carpates, qui constituent l’essentiel du patrimoine artistique de la Roumanie. Par beau temps, nous en avons visité sept, tous très beaux, très bien entretenus : Dragomirna (mon préféré) dans un paysage parfaitement pur, forteresse au dehors, asile de paix au dedans, Voronet,

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célèbre (comme Chartres) par son “bleu” et ses extraordinaires peintures extérieures, Humor, Néamt où les moines imprimaient de beaux livres ressemblant, au XVIIIe s., à des incunables,

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Agapia dont les sœurs, à force d’y cultiver des fleurs, ont réussi à faire un décor d’opérette, Varatic,

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Pangarati, le plus moderne. Ils sont de différentes époques mais sans aucune évolution dans le style (à l’exception d’un seul où un peintre du XIXe s. qui avait fréquenté l’école de Barbizon s’était affranchi des règles de la peinture d’icônes). À travers les siècles, ils se recopient les uns les autres. De même, tous suivent la même et antique règle de Saint Basile. Aucune création de congrégations ou d’ordres nouveaux. Ils donnent certes, l’impression d’une puissante spiritualité, mais aussi celle d’un figement à l’époque byzantine de l’église orthodoxe, alors que l’église romaine continuait à être créative. Ils ne manquent pas de vocations ; les moines et moniales y sont nombreux, mais pour eux, nous n’étions que des touristes, acheteurs de cartes postales

ET CEUX DE SABAOANI EN PARTICULIER

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Ces paysans sont créatifs, eux. Leur village s’étalant sur une vaste superficie, chaque quartier a voulu avoir son église, et, depuis la chute du communisme, ils en ont bâti trois, et belles ! et modernes ! dont la modernité contraste avec l’archaïsme de leur mode de vie.

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Ce sont de grands pratiquants. Entre les différentes églises, on célèbre en semaine au moins six messes, plus les messes d’enterrement ou de mariage, et elles sont fréquentées. Ce sont naturellement des messes P. VI. (Paul VI) Il nous a été dit, au séminaire, qu’elle avait été acceptée sans aucune difficulté et que les catholiques roumains ne connaissaient pas les tensions qui existent en France. Peut-être aussi que leurs prêtres ne les ont pas abreuvés de ces fantaisies liturgiques qui ont dégoûté chez nous tant de fidèles. Le soir de notre arrivée (lundi 6/10), nous avons trouvé dans l’unique église ancienne, Saint Michel, construite et décorée dans un beau style italien, une fin de messe. L’église était à moitié pleine et il y avait de la musique. Le lendemain matin quand nous sommes arrivés à St Joseph pour la bénédiction de l’oratoire, l’église était bondée et c’est une petite foule qui a assisté, malgré le mauvais temps, à notre cérémonie, qui tombait le même jour que la fête patronale d’une autre église locale, Notre-Dame du Rosaire. Là aussi, église comble, messe suivie d’un interminable discours auquel nous n’avons rien compris, puis, dehors, entre deux averses, danses folkloriques et distribution de boissons et de gâteaux. Nous sommes retournés à St Joseph à la messe de 8 h., la veille de notre départ (vendredi 10/10), elle était encore à moitié pleine, et j’ai particulièrement remarqué le chantre-organiste, un garçon d’une trentaine d’années, qui, en s’accompagnant sur son orgue électrique, faisait de cette messe de semaine quelque chose de passablement solennel. Les autres jours, c’était l’abbé Trauchessec, qui nous accompagnait comme en Tchéquie, qui nous dit la messe P.V (Pie V) dans la chapelle du foyer où nous résidions.
À Sabaoani, on ne mélange pas les sexes ! à droite les hommes leur chapeau à la main, à gauche des femmes sans âge, emmitouflées dans leur fichu, qu’on croirait porteuses d’uniformes noirs ou noirâtres. J’ai toutefois remarqué, à N-D du Rosaire de petites guitaristes, qu’on entendit à peine, l’orgue couvrant le son grêle de leurs instruments. Elles étaient nu-tête et vêtues à la moderne. J’ai remarqué aussi, le 10/10, que le côté gauche était sensiblement plus peuplé que le côté droit.
Le cas de ce village m’a inspiré les réflexions suivantes : Quel est le poids du religieux et de la pression sociale dans une pratique aussi mirifique ? Vous naissez à Sabaoani, vous êtes catholique ; dans le village d’à côté, vous êtes orthodoxe : un peu plus loin, gréco-catholique. On ne vous a pas demandé votre avis, c’est comme ça, et il est bien difficile de ne pas faire comme tout le monde. Ce n’est que dans les villes qu’il y a un peu de mélange, ce qui ne veut pas dire que les communautés soient perméables les unes aux autres et qu’il n’y ait pas, en matière de mariage, des Roméos et des Juliettes. En France, la pression sociale est plutôt celle de la religion officielle de la Démocratie et des multiples Droits de l’Homme sans Dieu. En Roumanie, la pression sociale catholique est plus forte que la pression orthodoxe, si l’on en juge par les pourcentages de pratique, de l’ordre de 90% chez les catholiques et 70% chez les orthodoxes. Elle peut être vécue consciemment et religieusement par les uns, dont elle facilite la sanctification, et passivement par d’autres, fous potentiels auxquels elle sert de garde-fou contre la débauche, la drogue, le crime, le désespoir. Elle engendre aussi, inévitablement sa proportion de révoltés et de tartuffes. Combien, dans les diverses communautés, se soucient vraiment d’avoir la vérité la plus vraie, la tradition la plus ancienne, la plus vivante et la plus authentique ? combien prient pour la fin du schisme et l’unité de l’Église ? Ce n’est pas moi qui vous le dirai. Dieu le sait…

RICHESSE ET PAUVRETÉ

Lors de notre retour vers l’aéroport de Bucarest, des policiers firent stopper l’excellent conducteur de notre car,

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et, prétextant, à tort, un excès de vitesse, lui infligèrent une amende de 100 lei et refusèrent de lui donner un reçu. Eh ! oui, Ce n’est pas seulement au Liban, en Colombie ou en Afrique qu’on voit des choses comme ça. Quand les policiers sont mal payés, ils se débrouillent pour arrondir leurs fins de mois. Naturellement, les 100 lei, qui équivalent à 30 euros, furent immédiatement remboursés au supposé délinquant. Mais si l’on songe que le salaire moyen d’un ouvrier équivaut à 200 euros par mois (660 lei) et que les enseignants font grève pour obtenir l’équivalent de 500 euros (1650 lei) , une amende de 100 lei est exorbitante. La vie est moins chère qu’en France, bien sûr, les gens que nous avons croisés dans la rue ne semblaient pas affamés, n’étaient pas vêtus de haillons et nous n’avons guère rencontré qu’un seul mendiant à Iasi. Mais tout de même, 2000 habitants de Sabaoani sont allés, comme beaucoup d’autres Roumains, chercher fortune à l’étranger, et soutiennent , par leurs envois d’argent, leurs vieux parents dont les minimes retraites ne suffisent pas pour vivre.
De Bucarest à Bucarest (les billets d’avions étant achetés individuellement) les organisateurs nous avaient demandé 160 euros par personne, soit 3200 euros pour couvrir le logement, le transport en car, la nourriture et l’entrée dans les monastères de 20 personnes pendant 6 jours et 7 nuits, et ne nous demandèrent aucune rallonge. Les gens de Sabaoani étant trop pauvres pour héberger chez eux des étrangers, après une nuit passée dans des conditions rustiques à Bucarest, chez des Français, les Frères de Saint Jean, nous fûmes logés très confortablement, à proximité du village dans une maison flambant neuf, entourée d’un grand jardin, destinée à recevoir des groupes pour retraites et séminaires, tenue par deux franciscains en pékins et trois sœurs en habit religieux : chambres à deux lits avec salle d’eau, douche, WC, double vitrage aux fenêtres, moquette par terre, bref, le niveau d’un bon 2 étoiles. La nourriture n’était pas à l’avenant, mais enfin, le vin du pays, une sorte de muscadet, en plus fruité, la faisait couler agréablement et les pommes locales, vraisemblablement bio, qui étaient notre dessert ordinaire, étaient plus savoureuses que celles qu’on trouve ordinairement dans nos supermarchés. Et puis enfin, pour ce prix-là, même en Roumanie, on ne peut pas faire d’excès de gastronomie et le but du voyage, n’était pas de nous faire faire des péchés de gourmandise. Bref, le rapport qualité/prix était excellent. En Roumanie, pour le moment, avec quelques euros, on peut encore se sentir riches.
J’étais allée déjà en Roumanie, en 1995, à l’occasion d’une Biennale de la Langue Française. En treize ans le pays a beaucoup changé. Il était alors misérable. Il donne aujourd’hui une impression, sans doute superficielle, de prospérité. La traversée des villes, obligatoire, faute de boulevards périphériques, montre le clinquant du capitalisme envahissant, qui ne dissimule pas entièrement la lèpre des HLM héritées du communisme. Elles n’ont rien de bien séduisant. Les coupures d’électricité sont, m’a-t-on dit, fréquentes, la Roumanie n’ayant pas assez de sources d’énergie pour en faire suffisamment. Quant à la campagne, elle vit comme on vivait en France il y a cent ans. À la suite d’une révolte paysanne en 1907, diverses réformes agraires mirent fin au régime des vastes propriétés et aboutirent à une distribution des terres. Après l’organisation en kolkhozes du régime communiste, on rendit ce qu’il possédait, ou l’équivalent, à chaque propriétaire ou à ses descendants. La plaine immense est donc divisée en parcelles cultivées individuellement, de façon très peu mécanisée, avec des chevaux et des carrioles, ce qui fait que 13.000 personnes peuvent y vivre ou vivoter de l’agriculture, ce qui serait impossible avec les moyens modernes de production. Est-ce un bien ou un mal ? Les écolos doivent avoir leur avis là-dessus. Lors de notre séjour, on voyait des champs déjà labourés, quelques friches, et surtout du maïs, en train d’être récolté. Les maisons sont cubiques, de plain-pied, peintes des diverses couleurs en usage en Europe centrale, plus ou moins entretenues ou négligées, entourées d’un jardin, ornées d’une treille de vigne assez importante, sans eau courante avec un puits et une cabane-toilette au fond du jardin. Elles sont malheureusement couvertes de toits de tôle ce qui est plutôt laid, même quand ils sont peints en bleu ou en rouge criards. Elles sont un peu plus jolies dans les Carpates que dans la plaine. La plupart des rues sont des chemins de terre, boueux dès qu’il pleut. La médiocrité de la vie quotidienne des Roumains fait un complet contraste avec la splendeur des édifices religieux construits depuis la chute du communisme. Certes, les matières premières et la main d’œuvre sont moins chères qu’en France, mais les gens y sont plus pauvres et n’ont, paraît-il, pas reçu de subvention ; ils ont dû, par conséquent, mettre généreusement la main à la poche et à la pâte.
Il y a à Iasi deux cathédrales : la plus petite a été construite en 1789 dans le style italien du XVIIIe s. ; elle est utilisée en semaine.

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La plus grande, toute récente, qui peut contenir plus de 2000 personnes, est ronde, en forme de couronne. Elle est éclairée de vitraux modernes, en verre épais, suffisamment figuratifs ; les allées, dallées de mosaïque de marbre convergent vers l’autel et son tabernacle central. Une tribune court tout autour de l’édifice, avec l’orgue et une place pour la chorale. Sa balustrade, blanche, sert de support à une frise de dessins représentant à droite le chemin de croix, à gauche la vie de la Vierge. Il faudra que je vous montre des photos pour que vous vous rendiez compte. Sur les trois églises récentes construites à Sabaoani, deux sont très remarquables.

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Saint Joseph, tout blanc est entièrement décoré d’un métal qui semble d’or. Au dessus de l’autel, une statue monumentale de St Joseph et de part et d’autre des plaques en bas relief représentant, les deux plus grandes, la Sainte Famille et la série des plus petites, le chemin de croix. À Notre Dame du Rosaire, l’abside est entièrement couverte d’une grande mosaïque représentant la dite Notre-Dame dont je vous ai scanné une carte postale. Ce n’est pas de la copie de gothique, ni de la copie de byzantin, c’est quelque chose d’à la fois traditionnel et nouveau. Ces églises modernes ont été pour moi le sommet du voyage, parce qu’elles sont la preuve qu’un art religieux “contemporain” peut n’être ni destructeur, ni sordide, ni blasphémateur mais au contraire, majestueux et sacré. Quant au séminaire catholique de Iasi, il a bénéficié d’un tremblement de terre en 1970, à la suite duquel les autorités communistes ont donné l’autorisation de le réparer. En fait de réparer, il fut entièrement reconstruit je ne saurais vous dire en quelle année. Aujourd’hui, il s’élève au bout d’une allée de cyprès comme une sorte de palais où l’on n’a épargné ni le marbre ni les chromes brillants. Quand, sortis de leurs maisonnettes, les petits paysans candidats au sacerdoce y arrivent ils doivent se dire : “Que les prêtres sont des gens importants pour qu’on les forme dans un lieu pareil !”. On ne peut pas exclure que cette considération influe sur la vocation de certains…

ET CELUI DE NOS DEUX “MARTYRS”

Leur biographie est nettement mieux documentée que celle de Parascheva. Ce ne sont pas à proprement parler des martyrs puisqu’ils n’ont pas été condamnés à mort et exécutés mais sont morts en prison de mauvais traitements. Mais on les considère comme tels

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Mgr Anton Durkovici né en 1888, avait un père croate et une mère autrichienne qui, devenue veuve alla rejoindre à Iasi une tante qui y tenait un restaurant. Le jeune Anton fut un garçon pauvre et brillant, qui fit de grandes études et fut ordonné en 1910 dans la basilique romaine de St Jean de Latran. Après avoir occupé divers postes, plus ou moins honorifiques et enseigné la théologie au séminaire de Bucarest, il fut nommé le 30 octobre 1947 évêque de Iasi , à un moment où les communistes voulaient faire une église de “prêtres pour la paix” séparés de Rome, comme en Chine, ce qui n’eut d’ailleurs aucun succès. Bien sûr il n’était pas d’accord, et un jour de 1949 il fut arrêté, sur le chemin d’une église du diocèse où il allait donner la confirmation, et emprisonné. On le retrouva mort de faim dans sa cellule le 10 décembre 1951. On ne retrouva jamais son corps, et pour toutes reliques, une niche, dans le mur de la petite cathédrale, ne contient qu’un peu de terre du lieu présumé de la fosse commune où il doit avoir été jeté.

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Mgr Vladimir Ghika, lui, était un prince de sang royal, né orthodoxe en 1873, qui avait fait ses études secondaires en France et y avait suivi les cours de l’école des Sciences Politiques. Il avait su résister à la pression sociale et était passé au catholicisme en 1902. C’est un ardent contemplatif, actif sur tous les fronts de la diplomatie, de la charité de l’apostolat. Rentré en Roumanie, il y implante en 1906 les sœurs de St Vincent de Paul. Installé de nouveau en France en 1918, il est ordonné prêtre en 1923 et fonde à Auberive en Seine et Marne un institut qui ne lui a pas survécu “les frères et sœurs de l’ordre de saint Jean”. Il retourne en Roumanie en 1939, et, au moment de la prise de pouvoir par les communistes, refuse de suivre le roi Michel dans son exil. Il est arrêté en novembre 1952 et meurt dans la prison de Jilava le 17 mai 1954. À la différence de son confrère Durkovici, il est enterré dans une belle tombe que nous avons réussi à dénicher dans le cimetière qui sert de Père la Chaise à Bucarest, agréablement arboré et très bien
entretenu, plein de chapelles familiales imposantes qui prouvent clairement que pour les Roumains, contrairement au dogme communiste, la mort n’est pas un pur néant.

CONCLUSION

Si par hasard vous étiez préoccupé par l’unité des chrétiens et désireux de prier pour la réunion de l’église orthodoxe et de l’église romaine, je vous recommande l’intercession des futurs bienheureux Anton et Vladimir.

Voyage-pèlerinage en République Tchèque octobre 2007

Voyage-pèlerinage en République Tchèque en octobre 2007 pour bénir l’oratoire de l’Enfant Jésus de Prague à Velehrad

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DU 17 AU 26/10/2007

[Si la forme de certains mots vous surprend, songez que j’applique les Rectifications orthographiques parues au Journal Officiel le 6 décembre 1990]

Le rendez-vous était à l’aéroport de Bâle-Mulhouse le 19/10 à 9 h. au comptoir d’ Easy Jet. JP comptait partir le 18 et passer une nuit à Bâle. Mais la SNCF en décida autrement. La grève prévue pour le 18 l’obligea à partir le 17 , à découcher deux nuits et à passer la journée du 18 à visiter la ville de Bâle, ce qui fut très agréable.

Pas de retardataire, vol sans histoire, on débarque à Prague le 19 pour déjeuner et déposer les valises dans une sorte de résidence universitaire catholique

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Nous sommes accueillis par le P. Jan Penaz, curé doyen de la petite ville de Velke Mezirici qui parle français avec assez d’aisance, sinon sans accent, et qui nous a servi de guide-interprète pendant tout le voyage, ayant laissé le soin de sa paroisse à ses vicaires à qui il téléphonait de temps en temps. Parmi les participants, un autre prêtre, l’abbé Gérard Trauchessec, naguère curé de choc dans le genre de celui de Domqueur, aujourd’hui membre de l’institut du Christ–Roi. Le premier s’habille dans la rue en pékin, mais avec col romain, en soutane à l’église, et dit la messe “ordinaire”. Le second ne quitte pas sa longue soutane noire et ne dit que la messe “extraordinaire”.

Nous sommes surpris dès l’arrivée par un froid de loup, sec et ensoleillé. À Bâle, il faisait aussi doux qu’à Paris. À Prague c’était autre chose ! Heureusement j’avais emporté des gants et de quoi entasser lainage sur lainage sous un léger imperméable, et j’ai trouvé à acheter pour 250 couronnes, soit 10 euros, un bonnet de laine couvrant bien les oreilles qui m’a été d’un grand secours. Le beau temps froid a duré jusqu’au 22 inclus (heureusement pour notre cérémonie en plein air !). À partir du 23, pluie et vent violent se sont ajoutés au froid sans le tempérer. Ajoutons à cela que la circulation dans Prague est encore pire qu’à Paris et que les embouteillages y sont interminables.

Nous avons visité beaucoup de sanctuaires, qui sont habituellement des endroits historiques, beaux, bien situés et bien entretenus et nous nous sommes gorgés de stucs, de dorures, de plafonds peints, de statues aux draperies agitées par le souffle du St Esprit, bref de toute l’exubérance du baroque d’Europe Centrale. Nous avons été gavés de pâtisseries et de viandes en sauce salée-sucrée à la mode du pays, et, de larges chopes, la bière a coulé dans nos gosiers.

LES TENANTS ET LES ABOUTISSANTS DE CE PÈLERINAGE

Ça commence par une histoire d’amour

Il y a déjà d’assez longues années, un certain Robert Mestelan, jeune retraité de l’armée où il était colonel, veuf d’une femme artiste qui lui avait donné quatre enfants, arpentait le chemin de Saint Jacques de Compostelle. De son côté, une certaine Claudia Bohren, suisse allemande, née protestante mais insatisfaite de diverses expériences faites au sein du protestantisme, s’était sentie poussée par je ne sais quelle inspiration irrésistible, à arpenter le même chemin. Ils se rencontrèrent et se plurent. Claudia ne savait rien du catholicisme. Robert la catéchisa si bien qu’elle devint une catholique ardentissime et qu’il l’épousa. Le nouveau ménage s’installa tout en haut d’un village du Vaucluse où Robert continue à peindre de jolies aquarelles dans son atelier : Lou Barri, 84740 Velléron, tél. 04 90 20 08 70, atelierloubarri@free.fr.

Mais là ne se bornaient pas ses activités . Le couple Mestelan entreprit de rechristianiser l’Europe et de l’unifier, non pas autour des “valeurs” maçonniques de notre actuelle Union Européenne, mais autour de son patrimoine chrétien. Et comment s’y prendraient-ils ? En y pèlerinant et en implantant dans tous les pays de l’Union des “oratoires”, autrement dit des édicules religieux en plein vent qui incitent à la prière des gens qui ne songeraient pas à entrer dans une église et qui “signifient que, d’un bout de l’Europe à l’autre, les catholiques sont unis dans la même foi”. Ils firent d’abord partie d’une association appelée “les amis des oratoires” mais un bisbille survint à propos de celui qu’ils voulaient implanter en Pologne – et qu’ils y implantèrent effectivement l’an dernier à Wadowice, lieu de naissance de Jean-Paul II. Ils prirent leur indépendance et fondèrent en 2006 leur propre association qu’ils baptisèrent “La Route de l’Europe chrétienne”

En avant, Marche !

Depuis une dizaine d’années, environ tous les deux ans, les deux Mestelan endossent leur sac, chaussent leurs gros souliers, ferment la porte de la maison de Velléron, et partent sur les routes pour plusieurs mois, à raison de 30 à 35 kms, soit 8 h. de marche par jour, ne sachant le matin où ils vont coucher le soir, demandant l’hospitalité de quelque salle paroissiale ou communale au curé, voire au maire, dormant tantôt dans un lit, tantôt sur la dure, comptant sur les rencontres providentielles pour propager la bonne parole.

– Après St jacques ils ont fait :

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– Velléron – Bethléem

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– St Michel du Monte Gargano (Italie) – Mont St Michel en France “La route des anges”

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– Vézelay – Kiev

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– Bangor (au nord de l’Irlande) – Loreto (Italie) “sur les pas de Saint Colomban”

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L’année 2004

Cette année-là a été déterminante. Ils étaient en route vers Kiev et traversaient l’Autriche. Ils ouirent parler d’une sorte de congrès qui venait de se tenir à Mariazell,

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où le cardinal Schönborn avait réuni les évêques et des personnalités politiques des pays limitrophes de l’Autriche récemment libérés du communisme pour définir une ligne de conduite d’inspiration chrétienne. Il en résulta une “charte de Mariazell” en sept points, dont les médias français ne dirent pas un mot, et qui se résumait à ceci :

1. Annoncer le Christ à ceux qui ne le connaissent pas, être ses témoins pas sa conduite –

2. Apprendre à prier et enseigner la prière à ceux qui ne prient pas –

3. Approfondir ses connaissances en matière de religion pour être capable de répondre aux objections –

4. rendre la religion visible par des signes ostensibles : images, croix, oratoires (le contraire de l’ “enfouissement” qu’on nous prêchait naguère) –

5. Sanctifier le dimanche et faire respecter le repos dominical –

6. protéger la vie humaine de la conception à la mort naturelle –

7. Promouvoir la solidarité en Europe et dans le monde.
Ils arrivaient après la bataille. Le congrès était terminé, mais ils furent reçus par le cardinal et sa charte devint la leur.

Et puis, ne voilà-t-il pas qu’entrés en Tchéquie et arrivés à Velké Mézirici, le curé qui leur ouvre sa porte se révèle être francophone et lui-même grand pèlerin, ayant fait à pied Velké – Rome et faisant marcher chaque année ses paroissiens les plus endurants sur une bonne centaine de km jusqu’au sanctuaire de Velehrad, dédié aux saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves.

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Il en résulta une grande amitié et le projet d’implanter à Velehrad un oratoire dédié à l’Enfant Jésus de Prague. Et pendant trois ans, ils multiplièrent les démarches, réunirent l’argent, les bonnes volontés, et trouvèrent un sculpteur pour le réaliser. C’était notre pèlerinage qui, déjà, prenait tournure !
Tous ces vrais fous, assez raisonnables tout de même, l’avaient très bien organisé pour un prix défiant toute concurrence (330 euros en liquide à verser à l’arrivée sur place, non compris le billet d’avion, tout de même !). On ne nous fit pas marcher excessivement. Un bon autocar permit à l’entorse que je m’étais faite quelques jours avant le départ de se guérir tout doucement

L’enfant Jésus !

Eh ! oui, notre pèlerinage était placé sous le patronage de l’enfant Jésus ! Et pas seulement celui de Prague : celui de Beaune aussi, auquel, pas chiches, les Mestelan avaient implanté, en partant, un premier oratoire à Meursault (Côte d’Or) , “capitale des grands vins blancs de Bourgogne”, financé par un riche vigneron de leurs amis.

Ça a l’air bêbête ? ça ne l’est pas. Ils faisaient remarquer à quel point les enfants sont menacés dans notre société, quand ils ne sont pas tout bonnement tués dans le sein de leur mère : privés de baptême et d’instruction religieuse, ballotés entre des parents divorcés ou séparés, proie convoitée des pédophiles, soumis à une éducation sexuelle qu’on aurait naguère appelée “incitation à la débauche”, drogués… Tout cela est gravissime, et compromet l’avenir !

La dévotion à l’Enfant Jésus est d’origine carmélitaine. Au fond de leur cloitre, les sœurs sont confondues d’adoration quand elles contemplent le Verbe de Dieu, la Seconde Personne de la Trinité, le Tout Puissant s’incarner dans la créature humaine la plus impuissante : un nouveau né, in-fans “incapable de parler”, entièrement dépendant du lait de sa mère et des soins de son entourage. Mais quelle force d’attraction dans cet enfant qui attire à lui les hommages des bergers et des rois mages et la haine d’Hérode !

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Bref, celui de Beaune, où la congrégation des Béatitudes a succédé au Carmel, résulte des visions d’une certaine Marguerite du Saint Sacrement, aujourd’hui “vénérable” et un jour peut-être “bienheureuse”, à qui la statuette du “petit roi de grâce” a été offerte par le baron Gaston de Renty en 1643. Quant à celui de Prague, c’est le cadeau que fit Thérèse d’Avila en personne à Maria Manrique de Lara, noble espagnole qui, à une époque où le soleil ne se couchait pas sur les terres de Charles Quint et où Espagne et Autriche ne faisaient qu’un , partait épouser un seigneur tchèque de la famille Lobkowitz. C’est une statuette de cire de 46 cm, la taille d’un nouveau-né. Mais il n’est pas nu, ni couché sur de la paille , ni réchauffé par le souffle d’un âne et d’un boeuf! Non ! il est debout, couronné d’une lourde couronne ; d’une main il bénit, de l’autre il tient le globe et il porte des manteaux plus brodés, plus riches, plus royaux les uns que les autres, qu’on voit dans un petit musée attenant à l’église. Le P. Jan raconte qu’un dirigeant soviétique organisant un jour une visite à Prague (était-ce Kroutchev ? ou plutôt Gorbatchev ? je ne me souviens plus), demanda quel cadeau ferait le plus plaisir aux Pragois. On lui répondit : “un manteau pour le Petit Jésus”. Et il s’exécuta ! Mais rien dans le musée ne le signale particulièrement.

C’est la fille de Maria, Polyxène de Lobkowitz, qui en fit cadeau à un carme, le P. Cyrille de la Mère de Dieu, qui l’installa à l’église Ste Marie de la Victoire, dans le vieux quartier historique de Mala Strana, où il est encore, après bien des hauts et des bas, aléas des guerres et de l’histoire. “Depuis ce temps-là, est-il écrit au verso de son image, l’Enfant Jésus ne cesse de faire des miracles et de donner des grâces particulières aux croyants du monde entier. Pour eux, Prague sera toujours la ville de l’Enfant Jésus”.

Sur le site www.pragjesu.info, il y a des explications en tchèque, en anglais, en allemand et en espagnol, mais pas en français… Pour qui voudrait en savoir plus long, un peu de bibliographie :
J.-B. Roussot – L’enfant Jésus de Prague – éd. Résiac – 53150 Montsurs (par correspondance)
Sœur Giovanna ?? – L’enfant Jésus au Carmel , culte et spiritualité – maison d’édition dont le nom m’a échappé, sise 33 av. Jean Rieux 31500 Toulouse.

LE PROGRAMME

Donc, le vendredi 19 après-midi après avoir pas mal trainé, nous allons, dans la ville basse, non loin de la Moldava, large affluent de l’Elbe, objet d’un poème symphonique de Smetana, rendre une première visite au petit Jésus et au musée de ses manteaux, puis nous montons au sommet de la ville haute au couvent des Prémontrés, qui sont 74, avec une moyenne d’âge de 38 ans ! Nous trouvons là une messe ordinaire en tchèque , avec orgue, très solennisée. Après une longue causette du supérieur et la vénération des reliques du fondateur, St Norbert, nous sortons sur la terrasse d’où l’on doit jouir d’une vue générale sur Prague mais il fait nuit et nous n’en voyons que les lumières. On gèle! Vivement le car pour se réchauffer!

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Le samedi 20 au matin, nous faisons un peu de change, puisque la Tchéquie n’est pas encore passée à l’euro, et nous nous rendons à Notre-Dame des Neiges, chez les franciscains qui ne sont, eux, qu’une quinzaine (moyenne d’âge non précisée). Leur supérieur nous raconte des choses bien intéressantes sur la vie de l’Église du temps du communisme. J’en ferai à la fin un chapitre spécial. Nous nous répartissons entre la messe en français du P. Jan dans la grande nef et la messe extraordinaire de l’abbé dans une chapelle attenante. Quartier libre pendant une heure! Je m’achète un bonnet et je vais me réchauffer dans l’église la plus proche, St Ignace, super-baroque et dorée comme vous pouvez imaginer. Après le déjeuner, on retourne à l’aéroport récupérer quelques participants qui ont pris un autre vol ou sont venus par la route. Le groupe est complet, nous sommes 31 retraités pas trop croulants, pour la plupart originaires des environs de Velléron, donc du midi de la France, et aussitôt nous quittons la Bohême pour la Moravie.

On nous avait préparé des cantiques tchèques adaptés avec des paroles françaises pour que nous puissions chanter avec les Tchèques. On utilisa une partie du trajet à les répéter et, sans fausse modestie, je peux dire que si je n’avais pas été là pour les solfier, ça aurait été une belle cacophonie ! Durant les trajets en autocar, parfois longs, on récite le chapelet, on chante, on bavarde, et nos deux curés boute-en-train nous divertissent avec leurs anecdotes et leurs plaisanteries.
Après avoir traversé de grandes forêts aux magnifiques teintes d’automne, nous arrivons en fin d’après-midi à Velke Mesirici, la paroisse du P. Jan où nous devons passer deux nuits et une journée, logés et nourris chez l’habitant. Les organisateurs tiennent très fort à ce contact avec la population. À notre arrivée, nos logeurs nous attendent, alignés dans le vestibule, quasi au garde à vous. Des gâteaux, du café, du thé nous sont offerts. On nous répartit dans les diverses maisons et, pour la langue, on se débrouille comme on peut. J’avais pour cothurne une certaine Christiane, femme assez agréable avec qui je me suis bien entendue. Nous fûmes logées non à Velké même, mais au village de Martinice, à 10 kms de là, ce qui obligea nos hôtes à plusieurs allées et venues en voiture. Nous sommes tombées dans une bonne famille chrétienne où on dit le bénédicité à table et où tout le monde va à la messe. Nous avons été mal couchées mais très bien accueillies. J’ai envoyé en remerciement un beau livre sur Paris.

L’ascenseur social y avait évidemment fonctionné: Les parents étaient des gens très simples, le père, Iaroslav Pojar, mécanicien, la mère, Bojena Pojarova, au foyer, avec quelques occupations agricoles saisonnières. Ils n’avaient appris à l’école que le russe, seule langue vivante enseignée du temps du communisme. Mais ils disposaient d’une maison campagnarde assez grande et confortable et de deux voitures. Les deux filles avaient fait des études , l’une, célibataire, Élijka, 28 ans savait de l’anglais et travaillait dans un service financier de la ville. L’autre, mariée, Ivana, parlait un peu de français. J’ai aperçu son mari, je ne sais pas ce qu’il fait. Elle avait été plusieurs fois en France pendant ses vacances, à Lourdes, à Paris et aux châteaux de la Loire. Elle est pharmacienne de l’armée, en congé de maternité pour trois ans, avec son salaire réduit à 750 couronnes par mois, ce qui n’est pas grand chose mais mieux que rien. Simon, 6 mois, premier petit-fils de Iaroslav était l’objet de toutes les attentions de la famille.

On m’a demandé quel est le salaire moyen en France. J’ai répondu au pifomètre 2000 euros. J’ai peut-être été trop généreuse. D’après elles le salaire moyen en Tchéquie serait de 20 000 couronnes, ce qui fait à peu près 800 euros. La vie doit être beaucoup moins chère qu’en France. Tout de même, ce bonnet de laine, je l’ai payé 250 couronnes, soit 10 euros. Le magasin de sport où je l’ai acheté était-il un magasin de luxe ? Quoi qu’il en soit, les Tchèques ne font pas pitié, ils ne semblent pas dans la misère. Je n’ai vu à Prague qu’un seul et unique mendiant, sur le Pont Charles, là où passent tous les touristes. Et je n’ai vu personne coucher dehors. Il est vrai qu’avec ce froid… Je n’ai pas vu non plus de femmes voilées ni de “personnes de couleur”. Le climat, la langue, la monnaie de la Tchéquie ne sont pas des pompes aspirantes pour l’immigration.

Le Dimanche 21 se passe entièrement à Velké. On a, en principe, le choix entre la messe paroissiale et celle de l’abbé dans une autre chapelle, mais ceux qui sont logés dans les villages sont priés d’aller à la même messe que leurs logeurs. À Velké, 12.000 h., petite ville industrielle, il y a quatre messes dans la matinée du dimanche et l’église ne désemplit pas.
Entre messe et déjeuner nos deux jeunes logeuses ont l’idée géniale de nous faire visiter le château de la ville et, de tout le groupe, nous sommes les seules à avoir eu ce privilège : un bon gros château provincial et germanique où réside encore Madame la Duchesse. Nous y avons remarqué une salle délicieusement peinte de paysages de la région par un artiste inconnu, et divers souvenirs émouvants : un bonheur du jour ayant appartenu à Marie Antoinette, un collier de pierres noires, bijou de deuil ayant appartenu à l’impératrice Marie-Thérèse sa mère, et, sous verre, un mouchoir taché de sang avec lequel un suivant de l’archiduc Ferdinand a essayé d’arrêter l’hémorragie quand il a été assassiné à Sarajevo, étincelle qui mit le feu aux poudres de la guerre de 14. Plusieurs photos du dit archiduc et de sa femme, autour de cette relique.

L’après-midi est consacré à une sorte de colloque où il s’agit de la situation comparée de l’école et de l’Église en France et en Tchéquie. Mes mauvaises oreilles ne m’ont pas permis d’en retenir grand chose, mais nous avons eu le privilège de voir et d’entendre une vieille petite dame qui, du temps du communisme, avait sacrifié sa situation d’institutrice parce qu’elle ne voulait pas enseigner le marxisme à ses élèves et était devenue catéchiste. Je pense que ce genre de résistance peut être mis au catalogue de l’ “héroïcité des vertus” quand il s’agit de béatifier quelqu’un. La réunion se termine par thé, café, buffet, gâteaux, canapés, sandwiches. Plus besoin de diner après ça !

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Lundi 22 Dès 7 h. du matin, départ pour Velehrad, bourg de 3000 h. au diocèse d’Olomouc, Olmütz en allemand, qui présente l’intérêt historico-religieux d’être le lieu de la première implantation en terre slave des deux apôtres Cyrille (827-869) qui inventa l’alphabet cyrillique et de son frère Méthode (815-885), et l’intérêt artistique de posséder une très belle basilique baroque dédiée à ces deux saints, but de pèlerinage très fréquenté. Méthode survécut de longues années à Cyrille mort à 42 ans pendant un séjour à Rome, où j’ai vu son tombeau l’an dernier à l’église St Clément, Il est probablement mort à Velehrad, mais on ignore l’emplacement exact où il a été enterré .

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On s’installe pour trois nuits dans un agréable petit hôtel campagnard au confort impeccable et on termine la matinée par la visite “touristique” de la basilique en attendant la visite “religieuse” de l’après-midi.
Après le déjeuner, on va prendre chez les sœurs nos voisines le café accompagné des petits gâteaux probablement “maison” qu’elles nous ont préparés. Presque partout les mêmes petits gâteaux : des boulettes de pâte levée à la levure de boulanger, avec un peu de confiture à l’intérieur, et saupoudrées de sucre glace.

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Cette congrégation des “sœurs de St Cyrille et Méthode” a été fondée en 1905 par l’évêque Cyrill Stojan, restaurateur de la basilique, pour prier pour l’unité des Chrétiens et tout spécialement de l’Église qui se dit “orthodoxe” avec celle qui se dit “catholique”. Elles sont en habit, assez nombreuses, et ont des novices tout en blanc qui nous ont servi le café . Elles ont une grande maison avec une chapelle ultramoderne où nous avons été prier un moment.

Après quoi ça a été le début de la grandissime cérémonie présidée par l’archevêque d’Olomouc, 1 m 95, majestueux et bonhomme, grand messe ordinaire d’une solennité tout à fait extraordinaire, et procession jusqu’à l’oratoire, sculpté dans un très beau style, où on va déposer la copie en pierre (70 kgs) de l’enfant Jésus de Prague, tout joli, tout mignon, avec son beau manteau peint en rouge. Le curé, le maire, le préfet, toutes les autorités disponibles sont là ainsi qu’une grosse foule de gens du pays, et la fanfare locale nous escorte . Chants ! Discours ! La fanfare joue l’hymne tchèque et la Marseillaise, puis quelques polkas et termine son concert par une valse qui donne a tout le monde envie de danser, et quelques couples, effectivement, se mettent à tourner. Arrivent pour finir, des plateaux de petits gâteaux et une grande fontaine de thé chaud qui est la bienvenue par le temps qu’il fait. La nuit est déjà noire quand on regagne l’hôtel pour un repas de gala où l’archevêque et plusieurs autorités de la région sont invités et y vont de leur petit discours. Je me trouve placée non loin du curé qui paraît 25 ans mais en a plus de quarante (20 ans de sacerdoce). C’est le plus jeune occupant d’une jésuitière qu’il habite en compagnie de sept autres vieux jésuites. Gloire aux Jésuites, qui ont recatholicisé la Bohême luthérienne après la bataille de la Montagne Blanche. Sans eux, nous ne verrions pas toutes ces belles églises baroques de contre-réforme ! Mais ceci est une autre histoire dont il sera question plus loin. Bref, une belle journée ! Le clou du voyage !

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Mardi 23 C’est notre journée de la bataille d’Austerlitz. Robert Mestelan nous emmène sur le site non par bonapartisme, dit-il, mais afin de nous faire apprécier le courage des troupes dans la marche et dans le combat (ça sous-entendait, pense JP, “les gens confirmés ne sont-ils pas les soldats du Christ ?”) et de prier pour l’Europe dont la civilisation chrétienne est attaquée de partout (oui, ajoute JP et pas seulement de l’extérieur par l’islam, mais de l’intérieur par l’idéologie de la Commission Européenne qui non contente de refuser de reconnaitre le fait historique de ses racines chrétiennes, fait, par ses directives, tout ce qu’elle peut pour les couper. Et puis attaquée aussi par la dénatalité des gens de cette civilisation, qui ne seraient que 900 millions, Amérique et Australie comprises, dans un monde de combien de milliards d’individus ? Et là on rejoint le culte de l’Enfant Jésus ). Elle soupçonne encore une autre raison. R. Mestelan n’était pas le seul, parmi les messieurs du groupe, à être passé par Coëtquidan, à avoir étudié sur le papier la bataille d’Austerlitz et à trouver intéressant d’aller repérer le terrain pour de vrai.

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Cette bataille, on nous l’a expliquée trois fois, et je n’ai pas encore réussi à très bien tout comprendre, n’étant pas forte en stratégie : d’abord dans le car, ensuite par vidéo au château de Slatkov (en allemand Austerlitz) visité le matin, qui est une sorte de petit Versailles morave, puis encore une fois, l’après-midi, par video, au musée du plateau de Pratzen où nous avons été guidés par son directeur, un Tchèque passablement francophone, tellement francophile et bonapartiste qu’il a été, lors d’un voyage en France, se recueillir à Lectoure sur la tombe du maréchal Lannes !!
Dès le réveil, il pleut fort, il souffle un vent à décorner les bœufs et les jours suivants, le temps est gris et pluviotant et à peine moins froid. Le 2 décembre 1805, il ne pleuvait pas mais il y avait du brouillard et il faisait surement encore plus froid qu’aujourd’hui. J’imagine le plaisir qu’ont pu avoir les grognards à crapahuter sous la mitraille pendant de longues heures sur les pentes du plateau de Pratzen. Le bilan final est un certain chamboulement des structures de l’Europe, et sur le terrain 23000 morts du côté austro-russe et 8000 du côté français, enterrés tous sur place dans des fosses communes.

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Bien des années après, un prêtre de la région, choqué que ce vaste cimetière ne soit ni visité ni honoré, entreprit de construire sur le site une “chapelle de la paix”. Il réunit des fonds, sollicita les gouvernements concernés (la Russie fut la plus généreuse) et réussit à édifier une très belle chapelle dans le “modern style” à la mode en Autriche au début du XXe s. Le gros œuvre était achevé lorsque éclata la guerre de 14. Elle ne fut inaugurée qu’en 1923, juste 16 ans avant que n’éclate une autre guerre encore plus horrible. Aujourd’hui encore, il arrive que des paysans, dans leurs labours retrouvent des ossements qu’on rassemble dans cette chapelle.
JP ne se console pas de deux choses : d’abord de ne pas retrouver la plaquette qui donnait toutes les explications sur la bataille et l’édification de la chapelle avec de belles photos. Où a-t-elle bien pu la perdre ? Elle se console encore moins que notre messe quotidienne n’ait pas été célébrée dans cette chapelle, ce qui aurait été tellement significatif, mais qu’on ait prévu de le faire au retour à Velehrad devant une assez quelconque icône de “Notre Dame de l’Unité”. D’autant plus que le diable, déguisé ce soir-là en sacristain, s’ingénia à mettre des bâtons dans les roues de ce qui avait été prévu et que nous dûmes attendre avec une infinie patience une messe en tchèque interminable.

N-B Hourrah ! La brochure est retrouvée ! Je vais scanner la photo de la chapelle de la Paix et vous envoyer son image, en plus de celle du Petit Jésus.

Mercredi 24 Nous franchissons la frontière de la Slovaquie , qui nous paraît moins prospère que la Tchéquie, et en fin de matinée nous arrivons pour la messe au sanctuaire de Sastin dont je ne résiste pas au plaisir de vous conter l’histoire : « Il était une fois (au XVIe s. à en juger par le style de la statue de N-D des Sept Douleurs) un méchant comte, très brutal avec sa femme, qui , passant par là, dans un accès de colère, ouvrit la porte de son carrosse et la jeta dehors. La pauvre femme tout abasourdie, tombée au bord de la route, priait la Ste Vierge de lui rendre son mari et de raccommoder son ménage. Et voilà que le comte, pris de remords, revient sur ses pas, lui demande pardon, la réinstalle dans le carrosse, et devient un mari parfait ! Sa femme lui révèle qu’en attendant son retour, elle avait promis une statue à la Sainte Vierge si elle était exaucée. Le mari fut d’accord pour la réalisation de ce vœu et il en résulta une jolie petite piéta qui trône sur l’autel de Sastin, avec cette particularité que le cadavre du Christ est couronné. Et voilà qu’à peine sa statue installée, la Vierge multiplia autour d’elle les miracles, tant et si bien qu’on nomma une commission pour les enregistrer et qu’on en dénombre aujourd’hui huit bonnes centaines! » La bonne entente dans les ménages n’est-elle pas une condition de la bonne éducation des enfants ? Et voilà qu’on en revient à l’Enfant Jésus !

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L’après –midi se passa à Bratislava (en allemand Presbourg), capitale de la Slovaquie, qui possède une très jolie vieille ville pleine de maisons et de palais baroques de toutes les couleurs. (D’une façon générale, dans les pays froids, les maisons sont peintes en jaune, rose, vert pistache, bleu ciel : sous la neige, ça fait plus gai). Si j’ai bien compris, nous sommes dans le diocèse hongrois d’Esztergom, ou bien la ville faisait partie de ce diocèse, avant les remaniements de la carte de l’Europe.

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La cathédrale, gothique (pour une fois), où étaient couronnés les rois de Hongrie, est placée sous le patronage de St Martin et possède une magnifique statue en bronze, du XVIIIe s., de ce saint qui a donné son nom à tant de villages en France, parce que St Martin était né slovaque ! Hein, on la voit, là, l’Europe chrétienne !
On monte jusqu’au château qui domine la ville, d’où on a une belle vue sur le Danube. Et qu’est-ce qu’on voit sur l’autre rive du Danube ? De longs alignements d’HLM de type stalinien, de l’aspect le plus carcéral et le plus concentrationnaire ! Ah ! le contraste avec la vieille ville ! La différence entre la ville chrétienne et la ville communiste !

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Jeudi 25 octobre Retour à Prague où on arrive vers 11 h. On ne déjeunera que vers 15 h. ce qui donne le temps de se promener dans la vieille ville, celle que Mozart a connue, l’année où il écrivait Don Juan, et de retrouver nos souvenirs de juillet 1947 où nous eûmes aussi chaud que froid cette année en octobre. Car il faut dire qu’à peine la guerre finie, il fut organisé à Prague, qui n’avait pas subi de bombardements, un truc crypto-coco nommé “le festival de la jeunesse mondiale”. Le “coup de Prague”, par lequel les communistes prirent le pouvoir en Tchécoslovaquie, eut lieu juste après notre retour. À ce festival, fut convié l’orchestre de l’enseignement, orchestre d’amateurs dont faisait partie notre père, Louis Picoche, en qualité d’altiste. Il y emmena toute la famille ! C’était notre premier grand voyage après la guerre. Nous avons passé 36 heures dans le train pour faire les 1500 kms Paris-Prague. Nous avons traversé au pas, sur des kilomètres, Nuremberg en ruines et nous avons été éblouis, en arrivant, par cette ville extraordinaire, beaucoup plus calme et provinciale alors qu’aujourd’hui, où la bière était vendue à la cruche, et où trônaient à la porte des boutiques d’alimentation, des tonneaux de cornichons molossol.

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Quel plaisir de revoir le Pont Charles avec ses statues et cette magnifique église St Nicolas de Malastrana (malheureusement désaffectée, payante et vouée au seul tourisme de même que la cathédrale que nous vîmes le lendemain). J’y ai passé une bonne heure à regarder tout et à prier pour vous. J’espère que vous en ressentirez les bons effets.

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La fin de l’après-midi est consacrée à la messe sur l’autel de l’Enfant Jésus, suivie d’un dîner dans une cave de restaurant, pour lequel le P. Jan avait commandé des spécialités locales. Il ne tarissait pas d’anecdotes spirituelles, et pour finir, j’ai amusé tout le monde en chantant Le soleil et la lune de Charles Trenet. Ils reprenaient tous au refrain ! Après quoi, on nous emmena coucher, pour peu d’heures, en banlieue, au 9e étage d’un hôtel gratte-ciel ultra-moderne.

Vendredi 26 dernier jour du voyage. L’hôtel n’était pas loin de l’emplacement du champ de bataille de la Montagne Blanche, marqué par une église votive. On ne descend pas mais le P. Jan nous raconte l’histoire : Depuis Jean Hus (1369-1415) , nationaliste tchèque hostile à l’empereur, qui prêchait pour la suprématie du concile sur le Pape, pour la communion sous les deux espèces, contre les indulgences et qui fut brûlé comme hérétique au concile de Constance, la “réforme” couvait en Bohême. Les Tchèques, même catholiques, le considèrent encore comme un héros national. C’est un peu leur Jeanne d’Arc ! Les partisans de Jean Hus furent durement réprimés pendant les “guerres hussites” (1420-1434) et quand Luther commença à répandre ses idées, toute la noblesse tchèque passa à la Réforme et finit par mettre à sa tête, contre l’empereur, un prince protestant. D’où les débuts de la guerre de 30 ans et la fameuse bataille de la Montagne Blanche (8 novembre 1620) remportée sur les protestants par l’empereur Ferdinand II qui imposa au pays la religion catholique. Cujus regio, hujus religio ! comme on disait alors. Tant mieux ! Le contraste entre Bâle, ville protestante assez jolie au bord du Rhin, visitée quelques jours avant, et Prague, magnifique au bord de sa Moldau, et même la vieille ville de Bratislava, au bord du Danube, est assez parlant ! C’est comparable à la bataille de Lépante et à la levée du siège de Vienne qui ont évité à l’Europe occidentale d’être islamisée par les Turcs.

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Après cette petite leçon d’histoire, nous sommes montés voir le palais royal et la cathédrale, gothique du moins pour l’essentiel. Pour y entrer, outre qu’il fallait payer et que je n’avais plus une couronne, il fallait faire une queue de 300 m. Je me suis donc contentée des extérieurs, qui n’étaient d’ailleurs pas mal du tout. Et puis retour au car, aéroport, queue à l’enregistrement, vol et atterrissage à Bâle où les Mestelan, qui y récupérèrent leur voiture, furent pris de pitié en me voyant toute seule attendre sur un banc la navette pour la gare de Mulhouse. Ils m’invitèrent à monter et, en chemin, firent, charitablement, le détour, qui n’était pas rien et les retarda d’une bonne demi-heure ! J’ étais de retour chez moi vers 22 h. Merci encore, Robert et Claudia ! et merci de nous avoir entrainés à prier sur tant de routes lointaines, aux grandes intentions internationales et à nos petites intentions amicales et familiales. C’était vraiment un beau et joyeux voyage.

ANNEXE I. Quelques considérations linguistiques : Il n’y a évidemment pas de solution de continuité importante entre le dialecte alémanique parlé à Mulhouse et celui qu’on parle à Bâle à 25 kms de là. Or, à Mulhouse, tout est écrit en français et tout le monde parle français. Si on parle le dialecte, c’est en famille. À Bâle tout est écrit en allemand et tout le monde parle allemand. Affaire de langue officielle et utilisée à l’école, de part et d’autre de la frontière ! En principe tous les Suisses doivent apprendre les trois langues principales de la Confédération : allemand, français et italien. Je suis témoin que si c’est le cas, ils oublient aussitôt celles qui ne leur sont pas maternelles. À Bâle, d’après ma courte expérience, peu de gens répondent en français, et de façon plutôt pénible…
On vante toujours comme une chose remarquable la capacité des slaves à apprendre les langues étrangères. Il est vrai que nous avons rencontré quelques Tchèques parlant plus ou moins bien le français (le P. Jan étant le meilleur). Mais enfin, rien d’éblouissant… Quand on essaye au restaurant l’anglais ou l’allemand, ça ne marche pas mieux. Il est vrai que les serveurs ne font pas habituellement de longues études.

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ANNEXE II. La religion pendant la période communiste d’après ce que nous ont raconté le P. Jan, le supérieur des Prémontrés et le supérieur des franciscains de N-D des Neiges.
Le gouvernement s’est attaqué à l’Église par le haut et a pris pour cible les évêques et les religieux. Ils n’ont laissé en activité qu’un seul évêque, les autres étant réduits à l’état de simples prêtres de paroisse, ou en prison, et à la sortie, dotés d’un petit boulot laïc (puisque le chômage était interdit). Il était interdit de prononcer les trois vœux religieux. Les religieux ont été confinés dans des “couvents de concentration”, et relâchés au compte goutte, soit comme prêtres séculiers, soit pour un petit boulot laïc. À Sastin, sanctuaire desservi par des Salésiens, il y avait une plaque à la mémoire des salésiens in vinculis “dans les chaines”, c’est à dire, morts en prison. Pour entrer au séminaire en vue de l’ordination, il fallait jurer par écrit qu’on n’appartenait à aucune congrégation, de sorte que, pour ne pas faire de faux serment, ceux qui adhéraient secrètement à un ordre religieux le faisaient après, ce qui a été le cas du supérieur des franciscains de N-D des Neiges, entré dans l’ordre en 1986, trois ans avant la chute du communisme.
Par contre les prêtres séculiers étaient laissés dans les paroisses, mais très surveillés. Ils n’avaient pas le droit d’accomplir la moindre fonction religieuse, par ex. un baptême, ou un enterrement, dans une autre paroisse que la leur sans autorisation de la préfecture. Mais le croiriez-vous ? chose impensable en France, même du temps du communisme, les curés entraient à l’école publique pour faire le catéchisme ! Si au moins 18 élèves demandaient le caté, avec la signature de leurs deux parents, le curé avait droit à 1 h. de caté par semaine. S’ils étaient 15, une heure tous les 15 jours , s’ils étaient 12 une heure par mois… Bien sûr, ça devait être déjà un peu compromettant pour les parents de signer la demande de caté. Je ne sais combien le faisaient à Velké. Aujourd’hui, c’est du passé et dans toutes les écoles primaires de l’État, il y a une heure de caté facultative par semaine, donnée par des catéchistes rétribués par l’État au prix de professeurs de matières facultatives.

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ANNEXE III. Les deux messes Nous avions le choix. Pas toujours, mais quand c’était le cas, le gros du bataillon optait pour Paul VI et le petit reste (l’élite ?) pour Pie V. Monsieur Mestelan servait la messe chez Pie V et Madame chantait chez Paul VI. L’un et l’autre rite étaient pieusement et dignement célébrés. J’ai suivi tantôt l’un tantôt l’autre et n’ai été enthousiasmée par aucun des deux. Ni par la messe de Paul VI parce qu’elle est plate, ni par celle de celle de Pie V , parce qu’elle était toujours dite de façon basse, voire très basse, sussurée entre le servant et le célébrant. L’abbé Trauchessec avait apporté 20 kgs de missels à 650 gr. pièce (excédent de bagages à l’aéroport !) pour permettre à ses fidèles de le suivre et c’était bien nécessaire. Il fallait avoir le nez dans le missel, car c’est à peine si on entendait de temps à autre Dominus Vobiscum et il fallait vraiment le coup de sonnette de l’élévation pour se rendre compte si on était bien arrivé au bon endroit ou si on avait pris du retard. Franchement, je trouve cette manière de dire la messe frustrante.
J’ai lu l’Examen critique du nouvel ordo des cardinaux Ottaviani et Bacci et je connais les objections théologiques qu’on peut faire à certains points de ce nouvel ordo. Je pense qu’il suffirait de quelques retouches pour les lever et que le gros des fidèles qui s’y sont habitués ne s’en apercevrait même pas. Par contre, il y a quelques nouveautés que j’apprécie dans la messe de Paul VI :
1. la variété des lectures scripturaires – 2. le canon dit à haute voix et les paroles de la consécration entendues de nos oreilles – 3. le droit pour les fidèles de dire ou de chanter le Notre Père avec le prêtre.
Restent des questions de forme. Une messe de St Pie V chantée, avec orgue, grégorien et polyphonie, avec les aspersions et les encensements, il n’y a rien de plus beau. Quand j’ai découvert ça, dans ma jeunesse, je croyais être au Paradis. Mais rien n’empêche de faire de même avec le rite de Paul VI. C’est, modestement, et devant peu de fidèles, ce que nous faisons le dimanche matin à 9 h. 30 à N-D d’Auteuil et personnellement , je trouve ça assez satisfaisant.

Mais dans la plupart des messes Paul VI, notre pauvre Sainte Mère l’Église me fait penser à une vieille paysanne escroquée par un brocanteur qui a échangé son armoire normande un peu enfumée contre un buffet en formica bien brillant. L’armoire normande est aujourd’hui astiquée, réparée, et vendue très cher. Elle peut être remise en service et à l’honneur dans une maison.

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Ce qui me fait souffrir dans la messe “ordinaire” telle qu’on la célèbre à St Nazaire c’est : 1. la prédominance des cantiques sur les chants liturgiques proprement dits. – 2. la nullité de ces cantiques, souvent pour les paroles, toujours pour la musique – 3. le Gloria et le Credo coupaillés et transformés en chansonnettes à refrains – 4. Les bavardages extra-liturgiques du célébrant – 5. juste après l’Agnus Dei, les poignées de mains tous azimuts quand ce ne sont pas des bisous, les retournements de gens et déplacements de chaises. Si on tient à un signe de fraternité, on pourrait se contenter plus discrètement, et de façon ritualisée, d’ une petite poignée de main à la personne la plus proche – 6. Tout ce que j oublie.
Mais enfin rien de tout cela n’est écrit dans l’ordo ni obligatoire, ce ne sont que de mauvaises habitudes prises à la faveur d’un texte laxiste à options nombreuses, et qui pourraient être corrigées .
Quand je subis toutes ces mochetés (rien de trop moche pour le bon Dieu, comme ne disait pas le curé d’Ars !), je me console en pensant à la crèche et encore une fois à l’Enfant Jésus. S’il n’a pas été dégouté de venir au monde dans une étable où il y avait de la paille, du crottin d’âne et de la bouse de bœuf, pourquoi, moi, serais-je dégoutée par les choses ci-dessus énumérées ? La dame qui fait chanter me fait penser à une ânesse ? le prédicateur à un bœuf ? Bon, c’étaient tout de même de braves bêtes. Et si moi, je pouvais tenir le rôle d’une bergère, est-ce que ce ne serait pas épatant ?

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Cet article a été écrit par Jacqueline Picoche, membre de notre association qui a participé au voyage en République Tchèque. Jacqueline Picoche est auteur du dictionnaire etymologique français et de divers autres ouvrages.

Voyage en Pologne mai 2006

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J’aurai voulu soudain être aussi Polonais pour retrouver un peu ma fierté de Français

La délégation française du Chemin Européen des Oratoires, conduite par Robert et Claudia Mestelan a effectué du 12 au 17 mai un pèlerinage mémorable. A son retour, elle nous a fait parvenir la communication suivante :

Nous étions finalement 36 le 12 mai à partir en avion de Marseille, Nice, Lyon et Paris pour être le 13 mai à Wadowice et participer ainsi à la bénédiction de l’oratoire « Totus tuus », élevé en reconnaissance au pape Jean Paul II.

La bénédiction solennelle a été faite le 13 mai à 10 heures par le père Kazimierz Suder, condisciple de S.S. Jean Paul II au séminaire clandestin de Cracovie et par l’abbé Gérard Trauchessec de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre en présence d’une foule de personnalités civiles et religieuses, conduite par Ewa Filipiak, maire de Wadowice et Stanislawa Wodynska présidente de l’Association Dr. Edmund Wojtyla.

Après l’interprétation des hymnes nationaux Polonais et Français, de nombreuses allocutions ont sou-ligné la force de l’amitié Franco Polonaise, ainsi que la signification et la portée de cet oratoire première pierre du Chemin Européen : en inscrivant dans la pierre les cœurs entrelacés de Jésus et de Marie, il affirme avec éclat la vocation chrétienne de l’Europe.

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Les français ont tenu à visiter la maison natale de Jean Paul II et la basilique Offertoire de la Sainte Vierge, avant de participer, à l’église Saint Pierre, à la sainte messe, suivie ici comme partout en Pologne par la récitation du chapelet devant le Saint Sacrement et une procession solennelle. Les jours suivants nous sommes allés à Czestochowa, Auschwitz, Cracovie et Kalwaria Zebrzydowska, mais c’est ici dans cette église Saint Pierre, élevée par la foi et la reconnaissance des Polonais, que nous avons pris conscience de la puissance de ce peuple et du trésor spirituel qu’il nous transmet, ainsi qu’à toute l’Europe.
En entendant chanter cette foule, en la voyant prier le chapelet à la main, toute l’église à genoux derrière son évêque, Jean Claude Constantin, un des membres de notre groupe, a écrit ce que nous avons tous ressenti :

« De chants et de discours, quelle inauguration !
Quelle fête ce fut, quelle grande émotion !
Tout le monde bien mis, fiers de nous recevoir
Nos amis Polonais ont le sens du devoir.
J’ai reçu ce jour-là des leçons de valeurs, de fierté, de
Courage, ces gens n’ont jamais peur de montrer en
Chantant leur foi dans la prière.

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Alors que je rentrais à l’église Saint Pierre, un frisson
de bonheur me porta vers le haut : tant ces chants étaient
purs, tant ces chants étaient beaux.

J’aurais voulu soudain être aussi Polonais
Pour retrouver un peu ma fierté d’être Français. »

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Avant de quitter la Pologne, une semaine avant l’arrivée de Benoît XVI, nous sommes allés une dernière fois nous recueillir devant l’oratoire « Totus tuus » pour demander à la Sainte Vierge de nous aider à poursuivre la construction de ce chemin, placé maintenant sous la protection spirituelle de Jean Paul II, le plus grand pèlerin de notre temps.

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