Voyage-pèlerinage en Italie avec St Michel Archange

MERCREDI 25 SEPTEMBRE 2019
Nous fêtons saint Firmin (4e siècle), évêque et martyr, il convertit au christianisme l’Aquitaine, l’Auvergne et la Picardie et saint Nicolas de Flüe, le patron de la Suisse qui a vécu 20 ans sans manger ni boire.
7h30 du matin, il fait à peine jour dans la cour de l’église du Sacré-cœur à Avignon car il pleut ! La première pluie de l’été. Mais « Pluie du matin n’effraie pas le pèlerin » et nous sommes 40 à partir pour une grande aventure. Ce matin-là, la plupart d’entre nous n’a aucune idée des merveilles que nous allons découvrir les douze jours qui suivent…
Une grande journée de car nous attend car nous remontons la Durance sur la Via Domitia vers Turin.

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Au col de Montgenèvre nous pique-niquons en plein soleil au pied de la pyramide qui commémore le passage d’Hannibal et de Bonaparte. Si le versant français des Alpes briançonnaises est plutôt paillasson, la descente sur Oulx nous montre un paysage verdoyant et luxuriant. Après quelques kilomètres dans la vallée du jeune Pô et à 40km à l’ouest de Turin, nous apercevons très haut et très loin une construction impressionnante sur un pic rocheux. Les photos se multiplient, cette ‘forteresse’ étonne et fascine.

Première surprise de ce pèlerinage : C’est là-haut que nous allons, l’abbaye saint Michel de la Cluse dite en italien La Sacra di San Michele sur le mont Pirchiriano qui culmine à plus de 900m d’altitude.
Une heure de route plus tard, le car nous laisse dans une clairière et nous cheminons plus de 500m sur une crête pour arriver au pied de cet édifice qu’aucun de nous n’arrive à décrire tellement sa masse impressionne. (Umberto Eco s’en inspira pour l’abbaye de son roman « Au nom de la Rose »). Une forteresse romaine qui fait corps avec la roche. Aussi imposant que notre Mont St Michel, mais planté sur la montagne.

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Une roche rousse et grise à l’histoire géologique surprenante car les calschistes qui forment la base du monument viennent du fond des océans et furent propulsées dans les hauteurs avec la poussée des Alpes.

Toujours plus haut, nous arrivons au pied d’une muraille haute comme un immeuble de 10 étages. Toujours plus haut, encore des escaliers… Mais nous essayons de calmer notre fascination pendant la première messe de notre pèlerinage dite par notre fidèle Chanoine Gérard Trauchessec dans une chapelle aménagée près de la billetterie.
Une visite est prévue pour notre groupe. Une guide parlant bien le français nous conduit vers les premières marches. Son discours est ‘new age’ mais c’est la mode. Plus de 30 marches hautes et irrégulières nous conduisent à la porte du sanctuaire. Nous y voici. Mais non.

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Toujours plus haut par un escalier en S d’une trentaine de marches hautes et irrégulières et nous arrivons à la deuxième porte du sanctuaire. Nous y voici. Mais non. Nous passons cette porte symbolique, encore des marches et un palier et puis le spectacle saisissant d’un escalier en une seule volée de 5m de large de plus de 60 marches hautes et irrégulières. Les murs le cantonnant sont immenses et creusés de niches où jadis les dépouilles des moines étaient exposées, se desséchant dans l’air d’altitude. Nous sommes dans ‘l’Escalier de la Mort’. Les dépouilles étaient là pour rappeler le premier et l’ultime état de notre corps d’humain. Le pèlerin médite sur chaque marche, le regard fixé sur la porte du haut qui montre la lumière. Toujours plus haut, le visage tendu vers la lumière qui n’est pas seulement celle du jour. Surtout ne pas se retourner car derrière soi est le sombre enfer et le dénivelé abrupt des marches immenses donnent le vertige et peuvent faire chuter.
Passée ‘la porte du zodiaque’ aux sculptures parlantes aux anciens par des mélusines et autres animaux fantastiques, l’âme du pèlerin est lavée par la contrition et l’effort de son corps. Il peut enfin jouir du jour sur une terrasse et se sentir près des cieux.
Toujours plus haut, encore une volée d’escalier de plus de 30 marches hautes et irrégulières. Le pèlerin dont l’âme a revêtu le vêtement blanc peut enfin accéder aux plateformes hautes et à la porte de l’église.
Nous voici enfin dans le cœur même du sanctuaire à 960 m d’altitude. Une église du XIIe siècle simple mais portant la puissance spirituelle des constructeurs qui y ont accompli une prouesse architecturale. L’abside de l’abbatiale repose sur le vide de l’escalier de la Mort dont les murs sont le soutient de l’édifice supérieur.
En 1836, le fond de la nef devint la nécropole des rois du Piémont ayant régné jusqu’au 19e siècle.

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Jadis, des bâtiments conventuels s’accrochaient sur la montagne au nord de l’abbatiale. Des destructions aux origines diverses additionnées de tremblements de terre, ont partiellement détruit ces édifices. Les travaux de soutènement modernes sont à la démesure des ruines colossales restantes. A la porte nord de l’abbatiale, une terrasse en nid d’aigle nous offre une vue ‘d’aigle’ sur toute la région. A l’occident, le soleil se fond sur les montagnes de France. A l’orient, la plaine du Pô s’élargit sous le voile de pollution de Turin. En bas le monde lilliputien des hommes. Ici, des hommes de Dieu ont bâti l’impossible pour la gloire et sous le regard de l’archange Saint Michel.

Nous descendons de la montagne en passant par des banlieues cossues de Turin. Des kilomètres de belles villas au milieu de parcs et jardins à la végétation luxuriante. Il fait déjà nuit quand nous arrivons à notre hôtel de la banlieue sud-est de Turin. Au restaurant le début d’une longue série de pasta-poglio/vitello-patatine et une chambre confortable. La journée était longue mais c’était si beau !

JEUDI 26 SEPTEMBRE 2019
Nous fêtons Saint Côme et Saint Damien, (3e siècle) frères, médecins et martyrs en Syrie.
Il fait encore nuit quand nous partons pour un trajet de 700 Km. Cap sur le sud-est, d’où l’emplacement judicieux de l’hôtel. Nous longeons la colline de la Basilique de Superga, nécropole des derniers rois du Piémont.
Direction Bologne. L’autoroute suit l’interminable et plate vallée du Pô. Quatre heures de circulation dense. Nous arrivons dans la région de Bologne pour le déjeuner. Claudia nous a trouvé un restaurant d’entreprise ouvert à tous les publics dans la banlieue sud de la ville. L’enseigne est prometteuse, Tuttogusto ! La nourriture est bonne et variée, les pèlerins essaient leur italien, le personnel essaie son français. Des grands sourires de part et d’autre. En prime, Un verre de ‘Spumante’ pour ceux qui aiment.
Après Bologne, nous repartons vers le grand sud et longeons la côte Adriatique. La végétation change ainsi que le style des maisons. En fin d’après-midi, nous arrivons dans les Marches dont la capitale est Ancone que nous dépassons et distinguons bientôt la ville de Loretto sur la hauteur d’une colline. Nous prenons nos quartiers dans la communauté religieuse des Scalabriniens fondée par le bienheureux Monseigneur Jean Baptiste Scalabrini. Au loin à l’est, la mer Adriatique, au-dessus de nous, la basilique de Loretto et son trésor.
Le trésor de Loretto est ‘la maison de la Vierge’ ou Casa Santa, transportée au XIIIe siècle par les anges à l’arrivée des musulmans sur les lieux saints.

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Trois pans de murs de pierres qui, analysées par les scientifiques démontrent qu’elles proviennent de Nazareth. Dans la basilique de Nazareth, on peut voir le fond de la maison qui est une grotte. Ici, c’est la petite maison bâtie de 3m x 5m qui a été transportée. Seules les pierres du bas sont de Nazareth. Le haut des murs en briques reforment le volume ainsi que l’autel qui remplace le fond de la grotte. Il apparait que le dessin stéréotomique de l’arrachement de l’une correspond exactement à l’autre.

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Elle fut d’abord transportée sur la côte Dalmate, puis une nuit de décembre 1294, elle fut transportée en face, de l’autre côté de l’Adriatrique. Pendant longtemps, il était clair que la Maison de Marie était arrivée par les anges, le marbre de Bramante en témoigne sans l’ombre d’un doute. Puis, avec le harcèlement incessant des protestants, on finit par ne plus en parler et même, par inventer une histoire à dormir debout…

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Une statue de la Vierge couronnée et de l’enfant jésus était miraculeusement apparue dans la maison. D’où la dévotion mariale qui ne s’est jamais démentie. Notre Dame de Lorette est une ‘vierge noire’. Elle est la patronne des voyageurs aériens et des aviateurs.

De même qu’à Assise, la chapelle de La Portioncula construite par St François est protégée par le dôme d’une immense église, ici, la Casa Santa est sous le dôme richement décoré d’une église baroque. La maison est enchâssée dans un mausolée de marbre blanc dessiné par le Bramante. Les sculptures en haut relief qui courent tout autour de l’édifice sont une pure merveille.

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Dans les chapelles rayonnantes dédiées à plusieurs nations se trouve la chapelle Saint Louis des Français qui, toute humilité mise à part est la plus finement et élégamment décorée de peintures représentant notre Roi Saint Louis. C’est ici que nous devrions assister à notre deuxième sainte messe de pèlerinage. Claudia et notre fidèle chanoine apprennent à leurs dépens que dans ce diocèse, Saint Pie V est relégué aux oubliettes et c’est donc dans une chapelle souterraine que nous nous rassemblons.
Dehors, Dans la lumière somptueuse du soleil couchant la Piazza de la Madonna aux arcades majestueuses a des allures de palais. Il fait doux, Nous contemplons encore la beauté du site et nous rentrons pour le diner et un repos bien mérité. La journée était longue mais tout était très beau.

VENDREDI 27 SEPTEMBRE 2019
Vous fêtons St Vincent de Paul, (17e siècle) un de nos grands saints Français.
Nous repartons toujours plus au sud pour un ‘petit’ trajet de car de 100km et arrivons à Manoppello, petite ville située sur une colline. Les chats du sanctuaire nous accueillent.
Un grand nombre de pèlerins ne savent pas ce qui les attend à Manoppello et le ‘Volto Santo’ n’est qu’un mot en italien…
Le site paraît banal. Dans la petite église très simple tenue par les franciscains, un groupe de pèlerins polonais officient. Ici aussi, Saint Pie V fait peur et nous assistons à notre troisième sainte messe dans une chapelle attenante. Une belle consolation nous attend en la présence d’une reproduction du Christ de San Damiano. Le Christ admirable qui s’anima pour celui qui deviendrait Saint François d’Assise.
En attendant que les polonais terminent leur office, nous entrons dans le magasin de l’église. Les néophytes, les ignorants s’étonnent du Volto Santo reproduit à volonté sur tous les supports possibles. Serait-ce le visage du Christ ? Sont-ils étonnés, sont-ils… déçus ? La comparaison avec le visage du linceul de Turin est inévitable.
Patience, le temps fait son œuvre.
Dans la nef, la relique située très haut au-dessus de l’autel ne montre rien qu’une tache blanche qui joue avec la lumière des vitraux. Il faut monter derrière l’autel pour regarder la châsse de plus près et là… le choc.

Le Volto Santo ou ‘Sainte Face’ serait le ‘voile de Véronique ‘ (d’autres disent le mandylion soigneusement roulé à part du linceul comme nous le rapporte l’Evangéliste, mais il serait plutôt à Oviedo en Espagne). Longtemps montré à Rome Il serait arrivé à Manoppello au XVIe siècle après le sac de Rome et ‘sauvé’ –ou pris- par un militaire qui avait des attaches dans cette partie d’Italie.
Longtemps traité comme un linge de lin extrêmement fin, il s’avère que c’est un tissage de soie de mer ou Byssus, un fil concrété par un mollusque avec lequel il s’attache aux rochers. Très fin et inégal, très résistant, soyeux et transparent, cette matière était connue aux temps anciens et synonyme de munificence. Dans la parabole du pauvre Lazare et de l’homme riche qui meurent la même nuit, le texte araméen dit que ce dernier était vêtu de pourpre et de byssus. Les contemporains de Jésus comprenaient parfaitement le message. Le riche était riche à millions ce qui aggrave son cas envers le pauvre Lazare.

Le Volto Santo est le visage du Christ en couleur. La transparence et le soyeux irisé du voile donnent une troisième dimension qu’aucune reproduction photographique ne peut saisir.
Le visage d’un homme vivant, les yeux ouverts, dont les lèvres entre-ouvertes s’animent pour parler.
Des scientifiques ont relevé 12 points spécifiques du visage qui correspondent exactement à celui du linceul de Turin. Le même mystère sur la nature de l’impression. Sur le linceul, la figure hiératique de la mort donne au Christ sa majesté et sa grandeur. Mais ici, c’est le Christ vivant, qui nous apparait…

Ecce Homo. Voici le visage de l’Homme martyrisé et déformé par les hommes.
Le regard transparent qui se fixe sur chaque humain de passage est d’une mansuétude infinie qu’aucun mot humain ne peut décrire. La bouche semble dire doucement : La paix soit avec vous. Elle ne parle pas à nos oreilles qui n’entendent que le bruit du monde.
Chaque seconde de face à face avale 2000ans. Le temps n’existe plus. Le ‘monde’ n’existe plus.
Le Volto Santo est une leçon de contemplation pure. Ici, toutes les prières des hommes et les chapelets sont poussière. Chaque pèlerin est un Samuel qui n’a qu’une phrase à dire : Parle, Eternel, car Ton serviteur T’écoute.

Nous sortons dans le soleil de midi sous un ciel azzuro. Avons-nous bien compris ce que nous venons de voir ?
Patience, le temps fait son œuvre.
Nous piqueniquons à l’ombre de la terrasse d’un café fermé dont nous utilisons généreusement tables et chaises.
Des chats du sanctuaire viennent humer nos victuailles. Pas assez intéressant…

Nous repartons pour un autre petit trajet. Les Abruzzes se montrent et nous rejoignons une autre ville ancienne sur les hauteurs d’une autre colline : Lanciano.
Un grand nombre de pèlerins ne savent pas ce qui les attend à Lanciano.
Au VIIe siècle, un prêtre célébrant la sainte messe eût un moment de doute sur la présence réelle du Christ sous les deux espèces. L’hostie se transforma immédiatement en chair et le vin en sang.
Le miracle est depuis lors vénéré à Lanciano. Il est maintenant présenté dans l’église St François au centre de la ville.

En 1970 des examens scientifiques furent entrepris pour vérifier la véracité du miracle. Les conclusions ne laissaient aucun doute sur la nature de la chair, une coupe de tissus de myocarde humain frais sans élément de conservation et pour le sang, du sang humain frais sans élément de conservation. Les deux du groupe sanguin AB.
En 1973 l’OMS/ONU s’intéressa à ces résultats et demanda une nouvelle étude qui dura 15 mois. Les conclusions furent les mêmes avec les mêmes interrogations sur l’incompréhensible absence totale de décomposition après treize siècles d’existence. Les scientifiques reconnaissaient, non le miracle mais les limites de la science aussi repoussées soient-elles.

Nous entrons dans la petite église de St François. Les saintes reliques sont exposées au-dessus de l’autel dans un magnifique travail d’orfèvrerie. Un groupe de femmes, visiblement du lointain Est, chante avec ferveur une mélopée en Russe. Nous les rencontrerons plus tard avec leur pope. Elles viennent de Sibérie ! Oui, on vient de très loin pour contempler ce miracle.
Pour les pèlerins convaincus, toute future adoration de l’hostie sera superposée de l’hostie de Lanciano. Pour les autres…
Patience, le temps fait son œuvre.

Nous repartons en laissant à regret la jolie ville de Lanciano sous le beau soleil d’après-midi. Nous continuons toujours plus au Sud. Le paysage change encore, les Abruzzes s’éloignent et nous apercevons sur notre gauche le Promontorio di Gargano, l’ergo de la botte italienne, le nord des Pouilles. La plaine plate se transforme en mer de vignes et d’oliviers. Nous montons dans la montagne pour arriver en fin d’après-midi à San Giovanni Rotondo à flanc de montagne dominant la rive sud du promontoire. Devant nous, très loin, le Sud, une autre mer d’oliviers et la mer Adriatique.
Nous posons nos valises pour trois nuits à la Domus Franciscana ‘l’Approdo’ (le havre) un refuge de luxe pour pèlerins coincé entre une maison pour handicapés moteurs et une maison de soins de suite. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans le pays du Padre Pio…

SAMEDI 28 SEPTEMBRE 2019
Nous fêtons la Saint Wenceslas (10e siècle) Duc de Bohème et martyr.
Nous sommes à San Giovanni Rotondo. Jadis, un hameau plutôt qu’un village, dont le nom ne figurait sur aucune carte. Un lieu au milieu de nulle part à flanc d’une colline aride où tout était maigre et pauvre, bêtes et gens.

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C’est dans ce village qu’arriva le 4 septembre 1916 Francesco Forgiono. Entré dans l’ordre des Capucins en 1903. Il y prit le nom de Pio en hommage du Pape Pie V.
Padre Pio est né en 1887 à Pietrelcina en Campanie dans une famille très pauvre et pieuse. Sa vie entière est une aventure avec le Christ dans les plus grandes joies et les plus grandes souffrances. Padre Pio est un contemporain puisque mort le 23 septembre 1968 après exactement 50 ans de stigmates. On a beaucoup écrit sur Padre Pio, il fut abondamment photographié et filmé.

A San Giovanni Rotondo, San Pio, comme l’appellent les Italiens, a transformé la montagne.
Dans la région la plus pauvre d’Italie, il a transformé la bourgade en l’une des villes les plus riches du pays. Son grand œuvre visible est incontestablement l’hôpital, ‘la Casa Sollievo della Sofferenza’. Le titre lui-même résume l’œuvre du saint, ‘La maison du soulagement de la souffrance’.
Padre Pio connait la souffrance sous toutes ses formes, celle du Christ, la sienne, par une santé déficiente depuis toujours et celle physique et morale des hommes et des femmes qui viennent se confesser à lui.
Padre Pio voulut le plus beau et le meilleur pour le peuple des petits. Les meilleurs médecins furent accueillis dans un hôpital à l’architecture moderne et aux murs parementés de marbre. Aujourd’hui, l’hôpital monumental ouvert en 1944 a plus que doublé en superficie. La ville entière est devenue une université de médecine avec toutes les spécialités et leurs centres de recherches.

Nous consacrons notre journée à la visite du couvent des capucins où vécut Padre Pio. Ici, tout est conservé en l’état à sa mort; conservé à la manière italienne. Le moindre morceau de tissus, de pansement qui a touché son corps est scrupuleusement conservé, répertorié, numéroté, montré… Nous voyons tous les ornements liturgiques portés, les vases sacrés dont il s’est servi. Nous passons devant la cellule où il s’éteignit en 1968, les cellules de ses compagnons, une salle où un pan de mur est couvert de centaines de lettres, représentant une seule année de correspondance reçue… Visite émouvante dans ces logements d’une grande simplicité, au mobilier hétéroclite, à la limite du dénuement, à l’image de la vêture des capucins et de leurs vœux de pauvreté.
Dans une crypte, le premier tombeau de Padre Pio -simple et digne- où il n’est plus car transféré plus loin … plus vaste, plus beau, plus riche …

L’église Sainte Marie des Grâces église attenante à la chapelle du couvent est devenue trop petite pour les foules de pèlerins toujours plus nombreux par milliers. Une vaste basilique en forme de conque, 2e en taille après le Duomo de Milan, œuvre de l’architecte Renzo Piano fut inaugurée en 2004. Une chapelle inférieure abrite la châsse en cristal de l’artiste Goudji où repose dorénavant le corps de Padre Pio en ostension permanente.
Cet homme qui ne vivait que dans la pauvreté, l’abnégation et la souffrance est maintenant dans une vaste crypte sous le scintillement doré d’une décoration en mosaïque de personnages de grands formats imaginées par le père jésuite Marko Ivan Rupnik. Son graphisme particulier connu du monde entier, car choisi pour l’année de la Miséricorde en 2015, est ici omniprésent et envahissant. Ces êtres aux yeux ronds immenses et noirs où l’on cherche le plein dans le vide -ou l’inverse- sont à l’opposé des prunelles noires ardentes de saint Padre Pio où se reflétait l’ange gardien de ses visiteurs.

Nous visitons également l’hôpital avec une guide dont le père vint à San Giovanni Rotondo pour vivre au plus près de Padre Pio. La première chapelle étant devenue trop petite, une deuxième vaste et claire fut construite. Le confort du lieu, la noblesse des matériaux, la majesté des escaliers et des couloirs furent la volonté du saint.
La pérennité de son œuvre (qui reste toujours du domaine privé) et son développement incontesté démontrent la volonté profonde et inspirée de son initiateur.

L’évêque Karol Wojtyla vint rencontrer Padre Pio qui lui prédit qu’il serait un jour pape. Padre Pio fut canonisé en 2002 par Saint Jean Paul II sous le nom de San Pio de Pietrelcina.

Nous retournons à l’Approdo pour la sainte messe de notre 4e jour de pèlerinage dans la chapelle de la Domus Franciscana.
Une journée bien remplie toute occupée de la vie d’un être exceptionnel et si proche de nous. Seigneur, je T’écoute, Que me veux-Tu ? Le Seigneur lui a beaucoup demandé, Saint Pio a tout donné.

DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 2019
Nous fêtons Saint Michel Archange
Bravo à Claudia qui a tout organisé pour que nous soyons au Monte San Angelo le jour de la St Michel. Robert nous a demandé de mettre nos vêtements du dimanche.
Une heure de route dans la montagne et nous voici au sommet du Monte Gargano à 796m d’altitude. Ici, l’archange apparut en 490 et réapparut à plusieurs reprises. Le culte à San Michele est vivant depuis lors.

Le 29 septembre est la grande fête de Monte San Angelo comme la St Michel l’était jadis dans nos villes et villages. En témoignent les foires, le temps des comptes à la fin des récoltes avant le basculement vers l’automne, les rencontres, les accordailles… Toute la vie des hommes sous la protection de l’archange armé.

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Nous arrivons de grand matin, le soleil est à peine levé. Les marchands de toutes sortes ouvrent des étals de fromages, de guirlandes de piments, de plaques de morues séchées, de chapelets et de statues de L’Ange et autres artefacts et les inévitables vrais-faux sacs de marques.
Nous longeons le château des rois Normands du XIe siècle et descendons vers le sanctuaire où la foule se presse déjà. Nous descendons quatre bons étages dans le rocher pour arriver dans une immense grotte où le curé de San Angelo commence la messe dominicale. Notre groupe est dirigé vers le fond près de l’autel… Nous devons rester jusqu’à la fin. La ferveur des autochtones est palpable. Le curé du sanctuaire, jeune et dynamique parle fort et d’après ce que l’on comprend de son homélie, n’hésite pas à admonester ses ouailles. Nous remontons sur le toit terrasse de la grotte pour une photo souvenir. Le paysage est grandiose sous un ciel parfaitement bleu.

Nous reprenons notre car pour descendre au pied du mont qui au sud tombe presque à pic vers la mer par une route en lacets vertigineux façon ‘échelles de Kotor’. Il faut tout le métier de notre chauffeur Philippe qui avec calme et prudence manie son grand car et nous évite ‘un saut de l’ange’ qui serait fatal.
En bas la rive plate devenue une mer d’oliviers nous conduit à la ville de Manfredonia. Nous nous arrêtons à la basilique de Siponto, jadis lieu d’une bataille gagnée par les locaux grâce à l’intervention de St Michel. La basilique de Siponto est une beauté architecturale de l’art roman des Pouilles construite sur un plan carré, dans un magnifique calcaire blond, presque blanc qui scintille au soleil. La base est romaine. Dans le chœur, une très belle vierge couronnée à l’enfant, Marie de Siponto.
A l’est de cet édifice, un chantier archéologique fait ressortir l’ombre d’une basilique paléochrétienne reconstruite en 3D grâce à un fin treillis métallique. Très original.
Ce site est très beau et calme sous le soleil de midi. Nous pensions pouvoir dire notre sainte messe du jour mais le gardien nous l’interdit à l’intérieur et à l’extérieur. Sur ces entre-faits, nous voyons des Italiens habillés sur leur 31 et très hauts talons arriver en nombre. Y aurait-il une fête ou une cérémonie locale ?
La chapelle de l’Approdo nous accueillera ce soir.

Nous rejoignons le centre de la ville de Manfredonia, lieu de villégiature au bord de la mer. Nous déjeunons dans une trattoria au personnel charmant et accueillant. Un coup d’œil à la mer et nous remontons les 700m de dénivelé et retrouvons le Monte San Angelo qui domine le promontoire. La foule est dense dans les rues. Notre groupe de pèlerins est guidé par nos Chevaliers de l’ordre de Saint Michel en lourde cape noire et sautoir aux armes de St Michel, notre chanoine est en grand habit de chapelain des Compagnons de St Michel, la bannière de St Michel est déployée ainsi que le drapeau tricolore et celui de la Route de l’Europe Chrétienne.

Nous nous rendons en procession jusqu’à la cour du sanctuaire où nous sommes bientôt rejoints par un groupe de chevaliers de St Michel italiens en grande cape blanche légère et virevoltante et grosse épée de théâtre au côté… Grand contraste avec la sobriété de nos chevaliers français qui ne sont pas armés.

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ous attendons… Nous attendons quoi ? Que les messes qui se succèdent dans la grotte se terminent et libèrent la statue de l’archange qui sera portée en gloire lors de la procession qui doit commencer à 17h. Pour l’heure, des pèlerins polonais occupent l’espace. Nous sommes spectateurs de la légendaire organisation désorganisée italienne où le chaos est permanent mais s’ouvre par miracle au dernier moment… Il est 16h lorsque des enfants de tous âges déguisés en archange avec cuirasse dorée à la romaine arrivent dans la cour propulsés par les mammas au verbe haut…
De la grotte sort, par une sono fortissssimo, une mélopée à St Michel dont les sons orientaux remontent du fond des âges.
Il est près de 17h lorsque qu’arrivent les autorités locales en costume cravate. Ici Saint Michel est le citoyen d’honneur, le grand personnage, celui qui assure la prospérité de la ville. La procession peut commencer, des enfants de chœur essaient de fendre la foule. Nous sommes le deuxième groupe et le drapeau français nous assure des sourires et quelques Vive la France.

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Nous traversons tous les quartiers des plus humbles aux plus cossus. Des maisons de pêcheurs, sortes de cases à un étage serrées les unes contre les autres comme des moineaux sur une branche, aux palais du 17e siècle et suivants. Les rues pavées suivent les pentes très irrégulières de la montagne et il faut avoir le pied sûr pour descendre normalement certaines portions du parcours. Nous passons devant chaque église dont les portes sont grandes ouvertes. M. le curé nous salue et fait sonner les cloches au passage de la procession.

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La procession est sonorisée fortissssimo tous les 10m et nous apprenons par cœur le refrain :
San Michele Archangelo, con la tua luce illuminaci, con les tue ali proteggici, con la tua spada difendici.
Saint Michel Archange, par ta lumière éclaire nous, par tes ailes protège nous, par ton épée défend nous.
Qu’il est agréable de vivre une procession dans une ville où la religion n’est pas cantonnée au minimum.
Ici, l’Archange St Michel est le maître incontesté et fêté.
Comme la procession doit continuer jusqu’à la nuit, nous la quittons pour retourner à l’Approdo. Nous remontons les rues de la ville. La fête va continuer toute la soirée et la nuit. Les rues sont noires de monde, une atmosphère bon- enfant règne partout. Nous sommes très fatigués car nous sommes debout depuis longtemps.

La chapelle de l’Approdo nous attend pour notre sainte messe. Aujourd’hui est un jour particulier, ce sera la messe des anges, messe chantée.
Il est déjà tard lorsque nous arrivons. La fatigue se lit sur tous les visages. Mais, il suffit d’entonner Gloria in excelcis Deo pour que les bienfaits du chant grégorien opèrent. Cette musique sur une seule octave, calée sur la respiration humaine peut se chanter sans effort des heures durant. Elle respecte le souffle humain et calme le corps et l’esprit. Nous nous remettons de notre fatigue en chantant les grandes prières si belles et si peu entendues dans nos églises. Gloria, Credo, Sanctus…
Merci Monsieur le Chanoine pour ces moments bénis où le pèlerin se sent pousser des ailes…

Le personnel du restaurant nous attend avec patience bien au-delà de ses heures habituelles. La soirée se termine car nous bouclons de nouveau nos valises et départ demain à la première heure.

LUNDI 30 septembre 2019
Nous fêtons St Jérôme, confesseur et docteur qui a traduit les Livres Saints en latin
Nous amorçons notre retour en remontant vers les Abruzzes et roulons dans une vallée nous conduisant vers le mythique Monte Cassino, grand épisode de la seconde guerre mondiale. Les montagnes sont boisées et la nature sauvage. Comme toujours en Italie, les villages anciens sont perchés, souvent fortifiés, des vigies sur les sommets. Il faut se rappeler les siècles d’invasion des barbaresques et les luttes intestines entre les grandes villes italiennes.

Nous arrivons en fin de matinée au cimetière français de Venafro.
Ici sont enterrés les soldats qui sont tombés sous le drapeau Français lors de cette grande bataille, en particulier le Corps Expédionnaire Français commandé par le Général Juin. Des soldats chrétiens, musulmans, israélites, agnostiques. Un enclos avec un petit minaret rassemble les tombes musulmanes.

A l’entrée, sur la pierre commémorative, on lit entre autres
…« Au nombre de 15000 en décembre 1943. 113000 en mai 1944. Les troupes françaises ont déploré 6517 tués. 2000 disparus et 28508 blessés. Le cimetière de Venafro regroupe les soldats morts lors des combats pour la prise de la ‘ligne Gustav’ y compris décédés dans les hôpitaux de Naples précédemment enterrés à Miano soit 4922 sépultures. »
« Passant, songe que ta liberté a été payée de leur sang. »

La science militaire, l’intelligence de son commandement et le courage de ses hommes valent au Général Juin une reconnaissance unanime de tous les généraux et en premier, des généraux allemands.
Nous devons aussi nous rappeler le lourd tribut payé par les hommes de la 4e Division Marocaine de Montagne qui, avec leurs mules (leurs brèles) contribuèrent à la victoire par la conquête de versants montagneux pratiquement infranchissables.

La chapelle au centre du cimetière est ouverte pour notre sainte messe. La chapelle au décor sobre est assez grande pour notre groupe. Nos pensées et nos prières sont pour ces milliers de soldats qui nous entourent. Plusieurs pèlerins racontent au groupe qu’ils ont un père, un oncle, un cousin qui s’est battu au Mont Cassin. Certains y ont été blessés, certains n’en sont pas revenus.
Robert signe le livre d’or du cimetière au nom de l’Association de la Route de l’Europe Chrétienne.

Nous quittons le cimetière sous le soleil de midi et nous dirigeons vers la ville de Venafro pour le déjeuner.
Claudia et Robert nous ont réservé une surprise suite à une belle rencontre qu’ils firent lors d’une de leurs pérégrinations St Michel.
Alors qu’ils cheminaient avec le sac à dos dans la vallée de Venafro, un autochtone arrêta sa voiture et engagea la conversation. Il leur donna son adresse en les invitant pour le gîte et le couvert à son domicile.
Le domicile en question est le ‘Palazzo del Prete’, un palais du 19e siècle au centre de la ville.

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Aujourd’hui, sa veuve la Contessa Dorotea habite toujours le palais et l’ouvre à diverses manifestations artistiques et pour des chambres d’hôtes. Après avoir visité les salons du ‘piano nobile’, nous déjeunons dans une salle voutée et fraîche au rez de chaussée, déjeuner arrosé de vin de Molise, La région de Venafro. Merci Dorotea pour votre accueil si sympathique dans votre belle demeure.

Nous reprenons la route vers la ville de Cassino. Le mont éponyme la domine à 516m d’altitude. Nous montons à l’assaut de la montagne et nous arrêtons au pied du monastère. Telle une forteresse en quadrilatère de 100m x 200m de façade, l’abbaye couvre la totalité du mont. Le 15 février 1944, elle fut entièrement détruite par les bombardements alliés. Il fallut 10 ans pour la reconstruire à l’identique y compris toutes les décorations intérieures.
‘Où c’était, tel que c’était’. Telle fut la devise de la reconstruction.

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Le Mont Cassin est utilisé depuis des temps très anciens. Lieu cultuel bien avant l’ère chrétienne, forteresse romaine, lieu cultuel romain. Le premier monastère fut fondé par St Benoit en 529. Depuis lors, et traversant toutes les vicissitudes au cours des 15 derniers siècles, le monastère détruit et reconstruit tant de fois du Mont Cassin s’est forgé une renommée dans toute la chrétienté pour ses richesses et les trésors de ses bibliothèques.

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Nous entrons au niveau de la partie la plus ancienne et traversons 3 niveaux de cours dont la centrale est doublée d’un cloître dessiné par le Bramante en 1595. Ce dernier donne à l’austérité des hauts murs percés de fenêtres une allure de palais. A l’ouest du cloître, une élégante galerie ‘la galerie du paradis’ s’ouvre sur la vallée conduisant vers Rome. Elle domine une colline avoisinante où repose maintenant le cimetière des 1000 soldats polonais tombés ici à Monte Cassino. A l’est une montée monumentale vers la basilique dont l’escalier est cantonné par deux grandes statues baroques, Saint Benoit et sa sœur Sainte Scholastique.

Mais pourquoi la bataille de Monte Cassino ?
La géographie parle d’elle-même. Le mont est une vigie plantée à la croisée de grandes vallées disposées en rose des vents. Qui domine le Monte Cassino, domine les routes en particulier la route vers Rome.
Le pilonnage du monastère fut une erreur stratégique car les allemands n’occupèrent jamais les lieux du temps des moines. Erreur qui ne fit que prolonger la lutte et couta la vie à des milliers d’hommes, soldats et civils. Les trésors du monastère furent sauvés et mis en lieux sûrs aux frais de l’armée allemande, grâce à l’initiative d’un officier allemand, un chrétien sans doute, qui pensa que le trésor inestimable de ces hommes de Dieu ne devait pas pâtir de la folie des hommes qui avaient oublié Dieu.

Nous redescendons dans la belle lumière de fin d’après-midi, les prunelles pleines de ces paysages empreints de tant d’Histoire…
Notre histoire de pèlerins continue car la voie est libre vers Rome. Nous logeons chez les Carmes du quartier de Ciampino au sud-ouest de Rome.

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MARDI 1er OCTOBRE 2019
Nous fêtons St Rémi. Premier mardi du moi : messe en l’honneur de St Michel et pour la sécurité, la prospérité et le salut de la France
Nous partons avant l’aube pour éviter les embouteillages légendaires de Rome. Notre chauffeur expérimenté semble connaître tous les chemins qui mènent à Rome car nous arrivons rapidement sur la Via Appia Antiqua et bientôt nous nous engouffrons dans l’énorme tunnel du mont Janicule devenu un cloaqua maxima pour tous les cars de tourisme entrant dans Rome. Un ‘vomitorium’ conduit les piétons directement sur la place St Pierre.
Nous avons l’honneur d’assister à notre sainte messe de ce jour à l’autel St Michel dans St Pierre de Rome. Les premiers rayons du soleil tombent sur la façade de St Pierre. La lumière est magnifique et les touristes sont peu nombreux à cette heure matinale. St Pierre est presque vide sauf une demi-douzaine de groupes qui eux aussi ont réservé une chapelle.
Nous cherchons la chapelle dédiée à St Michel qui se trouve derrière le baldaquin à droite. Le chœur de la plus grande basilique du monde est à nous seuls ou presque ! Qui peut s’empêcher de regarder tant de splendeurs et dire comme Charles-Quint à Chambord : ‘Je vois ici le résumé de l’industrie humaine’.

La journée est chargée et nous sortons rapidement en jetant un coup d’œil sur la pietà de Michel Ange –pour ceux qui savent où elle est ou qui s’y intéressent. Nous longeons les colonnades et marchons le long de la Via della Conciliazione jusqu’au château St Ange. Pourquoi St Ange, parce que l’archange Saint Michel.

Le Château St Ange est d’abord une construction romaine, massive et méthodiquement construite à la romaine. Nous franchissons la première enceinte derrière laquelle se dresse la forteresse qui fut jadis bâtie pour être le mausolée de l’empereur Hadrien. D’escaliers en coursives extérieures et intérieures, nous passons par la rampe des romains, la tour où sont les cendres de Caracalla et d’Hadrien pour atteindre le premier chemin de ronde avec vue sur Rome. Un café des hauteurs agréablement végétalisé et judicieusement placé offre une vision idyllique sur la basilique St Pierre entre Janicule et Cité vaticane. LA vue à peindre… Ma, non è possibile, foto presto, espresso non troppo ristretto ma subito bevuto… car nous avons rendez-vous tout en haut sur la terrasse du donjon.
Au sommet du donjon, une vaste terrasse offre une vision à 360° sur la ville éternelle. Dominant le donjon, une immense statue en bronze de l’archange St Michel qui, toutes ailes déployées, revêtu de l’armure romaine, dans un geste d’auguste imperator rengaine son épée.
C’est ainsi que le pape Grégoire 1er en eut la vision le 26 mars 590 lors de la grande peste qui sévissait à Rome. Par ce geste, l’archange signifiait au Pape que la peste n’était plus, suite aux pénitences qu’il avait imposées au peuple de Rome pour faire cesser l’épidémie. Puis, la foule sur le pont entendait les chœurs angéliques chanter : « Regina caeli laetare, alleluia. Quia quae meruisti portare, alleluia. Resurrexit sicut dixit, alleluia ! » et le pape saint Grégoire le Grand d’ajouter « ora pro nobis Deum, alleluia ! »

‘Saint Archange Saint Michel, par ta lumière éclaire nous, par tes ailes protège nous, par ton épée défend nous.’

Nous restons un bon moment pour chanter les litanies à St Michel. La statue est si imposante que nous sentons que sous l’ombre protectrice de ses ailes, nous sommes dorénavant reliés à tous les sanctuaires de St Michel.
Nous sommes si bien là-haut. Quelques nuages noirs se profilent à l’horizon, juste pour donner plus de vigueur au spectacle fascinant que nous offre cette vue inoubliable sur Rome.
Nous redescendons par l’intérieur du château et les aménagements opérés par quelques papes au fil des siècles dont la fameuse loggia qui donne une vue imprenable sur le pont des Anges. De nouveau des escaliers, des passages des galeries, des salles occupées par une exposition des bijoux Bulgari que nous traversons ‘con velocità’ car notre déjeuner nous attend dans une Domus Franciscana un peu plus loin sur les bords du Tibre.
Nous passons d’abord sur le Pont des Anges dont chacun porte un instrument de la Passion de Christ. Chaque statue aux envolées baroques est d’une beauté à couper le souffle.
‘Touristes, arrêtez-vous et regardez la véritable signification de ces merveilles !’
Nous entonnons un chant à l’adresse de St Michel qui là-haut nous regarde et veille sur nous.

Une promenade sur les bords du Tibre jusque chez les Franciscains qui proposent gîte et couvert aux touristes et pèlerins à Rome. Nous nous arrêtons quelques instants dans leur belle chapelle. Nous retournons à notre car par le même chemin et roulons vers l’église St Paul hors les murs.

Nous nous dirigeons directement vers la chapelle gauche du chœur pour prier devant le très beau Christ en croix qui s’adressa à Ste Brigitte (14e siècle). Il lui dicta ses oraisons.
St Paul hors les murs est une magnifique église baroque qui abrite le tombeau de St Paul. Nous descendons dans la crypte ouverte devant le maitre autel.
Une frise de la partie haute de la nef est décorée des portraits de tous les papes. A l’extérieur, un cloître décoré, à la mesure de l’église. Devant la façade, une colonnade majestueuse et une belle statue de St Paul.
Et à côté un magasin de souvenirs et un café qui vend des gelati. Nos pèlerins y arrivent un à un et bientôt le groupe s’y retrouve au complet. En cette fin d’après-midi d’été, les gelati ont un effet contaminant…

Nous rentrons dans notre carmel, par les embouteillages côté sortie. La belle lumière s’accroche au paysage si italien des pins parasols pointés d’ifs qui défilent au travers des vitres du car.

MERCREDI 2 OCTOBRE 2019
Nous fêtons nos saints anges gardiens
Nous quittons Rome et remontons vers la ville ancienne de Lucca. De belles fortifications nous accueillent et nous commençons notre visite par le déjeuner dans une pizzeria que semble connaître Claudia. Il y a pizzeria et pizzeria ! Celle-ci est une vraie qui sert la pizza al forno. De la vraie pâte à pizza, de la vraie tomate, du vrai fromage fondu…. Que du vrai en abondance, du parfum de vraie pizza et du vin italien. L’ambiance est festive, nos pèlerins se régalent…
Ils se régalent tellement que le temps devient très court pour la suite de la visite. Il faut courir vers le centre de cette ville ancienne et si belle, deviner le chemin dans le dédale de ces rues bordées de hautes façades du 12esiècle et suivants, flanquées de tours dominantes. Prego, Dove la basilica San Michele ?… La basilique dont le sommet de la façade porte une grande statue de St Michel. Dévotions devant le porche et pas le temps d’entrer. Dommage. Certains y voleront quand même une photo. Pour les autres, il y a le net…

Nous reprenons la route car nous avons encore beaucoup de chemin à faire avant d’arriver à notre dernière étape de Bobbio, petite ville dans les montagnes au nord-est de Gènes.
Notre hôtel nous attend avec de la ‘combinazione’ qui complique l’existence de nos organisateurs et retarde la distribution des chambres. Certains sont beaucoup mieux logés que d’autres. Une consolation au petit déjeuner avec des (presque) vrais croissants et du café pour une fois en abondance…
Ce soir, le curé de Bobbio, qui porte allègrement ses 90 ans et parle bien le Français, nous ouvre les portes d’une petite église pour notre sainte messe du jour.

JEUDI 3 OCTOBRE 2019
Nous fêtons Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, vierge et docteur de l’Eglise
Ici à Bobbio, nous faisons connaissance avec le très important Saint Colomban. Ce moine Irlandais, né en 540, reçut vers 580 l’autorisation de son supérieur d’aller évangéliser les peuples païens du continent. Il s’arrêta d’abord en Cornouailles puis accosta à côté de St Malo à l’actuel St Coulomb. Il continua son périple d’évangélisation vers Rouen et s’établit à Luxeuil où il fonda plusieurs monastères et fut appelé St Colomban de Luxeuil. A un âge déjà avancé, il partit vers le sud, et arriva dans la montagne de Bobbio où il fonda un monastère en 614. Il y mourut le 23 novembre 615. Il repose dans la crypte de la basilique dans un très beau sarcophage de marbre blanc.
Nous avons l’honneur d’assister à notre sainte messe du jour dans la crypte devant son tombeau.

St Michel, Qui est comme Dieu, St François d’Assise qui ne vécut que pour Dieu, Saint Padre Pio qui donna tout à Dieu, et maintenant Saint Colomban dont la devise est Christi simus non nostri, Soyons tout à Dieu et non à nous.
La boucle de notre pèlerinage est bouclée.
Colomban, comme d’autres moines irlandais de ces temps anciens sillonna l’Europe qu’ils christianisaient sur leur passage. Les chemins de St Colomban croisent les chemins de St Michel.

Nous quittons Bobbio pour un court trajet dans la montagne vers le village de Coli où Saint Colomban se retirait dans une grotte dédiée à St Michel. En chemin nous nous arrêtons pour inaugurer la restauration d’un petit oratoire enchâssé dans la roche dans un virage. L’association La Route de l’Europe chrétienne a participé à cette restauration. Des gens du village sont ici, ainsi que le maçon, le sculpteur et M. le Curé –qui ensuite nous fera la visite de la belle cathédrale de Bobbio.

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La tradition est respectée : chaque pèlerinage de la Route de l’Europe Chrétienne contribue à l’édification ou à la restauration d’un oratoire sur les routes des pèlerins.

VENDREDI 4 OCTOBRE 2019
Nous fêtons saint François d’Assise
Après notre dernière messe très tôt à l’église San Lorenzo, nous partons dans le soleil du matin et traversons les montagnes plein sud vers la côte de Gênes vers notre dernière étape, le sanctuaire du Gesù Bambino di Praga au monastère des Carmes d’Arenzano.
L’Enfant Jésus avait été apporté à Prague par une princesse d’origine Espagnole. La dévotion au Bambino est très vive ici à Arenzano. L’Enfant, comme à Prague, collectionne les vêtements les plus richement ornés.
Nous piqueniquons dans les jardins aménagés autour du sanctuaire.
Il nous faut repartir car la route est encore longue jusqu’à l’église du Sacré-Cœur à Avignon. L’autoroute est une succession de ponts et de tunnels traversant les pentes des Alpes qui tombent vers la mer.
Déjà Menton, Nice, et Avignon. L’horaire prévu est respecté. Ce soir encore, nous aurons un beau coucher de soleil.
Chacun reprend sa valise et les pèlerins fatigués mais heureux se dispersent dans toutes les directions.
Ce n’est qu’un Au Revoir, mes frères….

Voyage-pèlerinage en Macédoine du 2 au 9 octobre 2017

Pèlerinage sous la conduite de Robert et Claudia Mestelan, l’accompagnement spirituel était assuré par M. le chanoine Gérard Trauchessec (messe quotidienne dans le rite “extraordinaire”) ainsi que par Monseigneur Jan Penaz (de Tchéquie) (messe quotidienne dans le rite ordinaire). Nous avions le choix de notre messe selon l’inspiration des participants.

Ce voyage pèlerinage s’est formé de 23 personnes dont 5 parisiens, 3 tchèques et 15 membres de la Vallée du Rhône.
Le soir du 2 octobre, nous nous retrouvons tous à Skopje à l’aéroport ‘Alexandre Le Grand’. Des panneaux en anglais et en macédonien le qualifient de ‘meilleur aéroport d’Europe’, disons qu’il est fonctionnel et suffisamment modeste pour ne pas désorienter le voyageur. Mais le nom qu’il porte n’est pas fortuit. Nous sommes déjà dans l’ambiance de ce petit pays de Macédoine qui se souvient des grandes heures des temps anciens et se bat pour exister.
Il est minuit passé lorsque nous montons dans un grand car de Balkan Tourist avec notre interprète Verka pour continuer notre voyage vers la ville de Kavadarci à une bonne heure de route au sud-est de Skopje. L’hôtel se situe au bord du centre ville, nous nous installons pour les 5 nuits à suivre dans des chambres spacieuses.

Mardi 3 octobre (Saint Gérard, bonne fête Monsieur le Chanoine)
Nous commençons notre journée par constater qu’une très belle église orthodoxe toute neuve voisine notre hôtel au milieu d’un espace aménagé et entretenu à grands frais. Nous lui rendrons visite plus tard. Pour le moment notre pèlerinage nous conduit vers la ville de Prilep à l’ouest de Kavadarci.
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La Macédoine est un pays de montagnes pelées ou boisées d’arbres buissonnants, majoritairement de moyenne hauteur mais quelques unes dépassent 2000m. Entre ces montagnes, des hauts plateaux et des grandes plaines. Il nous faut rouler près de deux heures sur une route très sinueuse à flanc de collines ou a travers des défilés rocheux le long de torrents peu fournis en eaux et bordés par d’anciennes routes en terre. Notre itinéraire est entrecoupé de travaux d’une autoroute dont nous voyons le commencement des ouvrages d’art en béton. Le chantier qui se déroule sur plusieurs dizaines de kilomètres a visiblement peu de moyens en matériel et en hommes et il faudra certainement plusieurs années avant la fin de sa construction. Nous constaterons au fil des jours que toutes les routes de macédoine –et même les autoroutes- peuvent afficher le panneau ‘chaussée déformée’. Nous avons un très bon chauffeur qui mène son grand car avec prudence et efficacité dans les lacets et voies étroites. Chaque croisement avec un camion ou un autre car est un défi…
Sortant d’un dernier défilé nous découvrons la ville de Prilep au nord de la grande plaine de Pélagonie.
Les montagnes qui la bordent sont hautes et effilées, entaillées par des carrières ici de pierre calcaire et là de marbre blanc. La plaine a soif ! Les pluies sont rares ou inexistantes en été où la température dépasse volontiers les 40°. Les quelques taches vertes qui se profilent sont trompeuses. DSCF7314_web.jpg
Ce sont les derniers éclats verts des champs de tabac qui font la richesse de cette plaine. Tabac pour cigarettes acheté par William Morris et profitant à l’exportation. Il semble que chaque maison de Prilep et des quelques villages environnants ait son séchoir à tabac, échalas et barres de bois recouverts d’une bâche en plastique.
A part le tabac, peu de cultures vivrières, des champs entiers de chaumes desséchées et des champs sans doute abandonnés. Ici comme les jours suivants nous voyons des petits chevaux et des ânes, bêtes de somme encore fréquemment utilisées pour tirer des carrioles à pneus de voitures. Dans les champs, des tracteurs antiques et mécaniques adaptés aux faibles moyens des ruraux.
Nous traversons Prilep pour notre rendez-vous du matin :
Le monastère St Michel Archange à flanc de montagne est dominé par une vertigineuse paroi au dessus de laquelle dominent encore les vestiges du château fort du roi Marko de Mournyav. Les tours de Marko sont le symbole de la ville. Nous regardons avec crainte de formidables rochers en équilibre sur le bord de la paroi à 300m au dessus de nous mais qui n’affolent pas la dizaine de religieuses orthodoxes qui entretiennent ce monastère. Les bâtiments du XIXe d’architecture macédonienne sont en parfait état. Architecture qu’on retrouve en Bulgarie et en Turquie.
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Le sanctuaire du XIIe siècle conserve quelques fresques d’origine. En ce premier mardi du mois, jour dédié à la dévotion de St Michel Archange, les sœurs nous autorisent l’angélus sur le parvis de l’église et esquissent un sourire. A nos pieds, la plaine de Pélagonie sous un ciel d’azur. Autour de nous des chats blancs maigrelets gardent le silence des lieux.
Nous redescendons le chemin escarpé bordé d’un chaos d’énormes blocs de granit. Sur le dernier, en vigie, dominant la plaine, se dresse un monument à la mémoire du roi Marko dernier roi des Macédoniens mort en 1393 qui avait fait de Prilep sa capitale. Roi bienfaiteur de son royaume, il construisit 59 églises. Il est entré dans l’histoire macédonienne par sa personnalité rare à l’époque, privilégiant le langage de la diplomatie à celui des armes et tenant tête aux Ottomans. Sa mort marquera la fin du royaume de Prilep. C’est à Prilep en octobre 1941 qu’eut lieu le premier soulèvement pour l’indépendance contre la domination bulgare.
Nous entrons dans la ville où nous attend notre déjeuner au restaurant Makedonska Kuka (maison macédonienne). Le bâtiment est bâti comme une maison caractéristique de la région avec des murs de pierres sèches à l’extérieur, grand toit plat de tuiles et balcon de bois agrémenté de guirlandes de poivrons séchés.
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A l’intérieur, une immense salle où sont exposés des costumes macédoniens. Dans la cour, sous l’auvent aménagé pour les groupes un panneau en macédonien ‘Nationalen Restaurant, Skopje, Prilep, Ohrid, Makedonia’ nous indique que ce restaurant devait, jadis être l’un des quelques restaurants du pays macédonien autorisé à recevoir des touristes étrangers. Le dépliant publicitaire datant de cette époque nous montre une table chargée de victuailles où à la manière orientale tous les plats sont apportés en même temps. Comme toujours les publicités valent ce qu’elles valent, et surtout celles de l’ère communiste à l’attention des capitalistes occidentaux.
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Nous expérimentons le service express macédonien : l’invariable assiette de crudités (tomate, choux, carotte, betterave, très bons légumes non industriels) bientôt accompagnée d’un plat chaud de croquette de viande et pommes de terre bientôt accompagné du dessert, l’invariable pâtisserie orientale au miel aqueux et café turc. Les mastiqueurs lents sont rapidement envahis d’assiettes et rattrapés par la pub ci-dessus mentionnée. Dans le grand monde on dit que l’eau ne se donne pas mais se réclame… c’est la coutume dans ce pays ; Voda, Voda, ????, ah ! Water ! ok … Grâce à l’attention de Claudia nous sommes dotés d’un verre de vin du pays. En ce jour le résiné qui s’appelle ‘Alexandre’ est noir et épais; pour hommes de constitution robuste avec les mollets en balustre comme écrivait Balzac…
L’après midi, changement de programme, le monastère prévu est inaccessible pour notre grand car et nous nous dirigeons dans la partie ouest de la plaine de Pélagonie vers la petite ville de Srze à 25km de Prilep. Nous grimpons la montagne par des lacets au milieu de chênes buissonnants, et quelques arbustes épineux. Le car s’arrête sur une terrasse dominant la plaine.
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Le monastère de Zrze actuel occupe 7000m2 sur une grande terrasse naturelle de la montagne. En dessous de la terrasse, on voit à flanc de paroi les grottes naturelles où habitaient les premiers ermites avant le XIVe siècle.
Les monastères sont toujours perchés contre les envahisseurs et les atteindre se mérite. Encore 600m à pieds sur une montée à 40%, mais la récompense est à la porte du Monastère de la Sainte Transfiguration où une petite vision du paradis nous attend : terrasse ombragée, herbe verte, bâtiments bien entretenus, vue magnifique. DSCF7321_web.jpg
Le silence est reposant et les conversations superflues. Nous entrons dans l’église du XIVe dont les murs sont couverts de fresques dont certaines par le peintre albanais Onufri appelé ‘le Michel Ange des Balkans’.

L’iconostase obéit à des règles dans la disposition des icônes. Celle du Christ est toujours au sud de la porte royale et celle de la Vierge au nord de la porte royale car elle est à la droite de son fils. Hors ici c’est le contraire. L’histoire dit que, les icônes étant finies, elles furent placées dans l’ordre réglementaire. Hors le lendemain les moines les trouvèrent en sens inverse. L’ordre fut rectifié, le surlendemain, les icônes étaient encore inversées. Les moines ne comprenaient pas. Un moine eut une vision: la vierge lui dit en songe qu’elle devait se trouver côté sud car elle ne pouvait pas tourner le dos à son fils ! Effectivement, l’icône représente la vierge de trois quart droit. Les icônes sont donc restées telles que la Vierge en a décidé.
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Le moine préposé aux visiteurs nous donne quelques explications pour la lecture des fresques sur la façade principale. Les peintures des églises orthodoxes sont codifiées depuis toujours et doivent se décrypter. Mon-seigneur Penaz nous aide à lire les inscriptions en slavon et nous apprenons au fil des jours à reconnaître l’ordonnance des figures peintes et déchiffrer les noms.
Ce monastère est tenu par une dizaine de moines. Ici les chats sont noirs, silencieux et toujours maigrelets.
Après cette halte bénie, nous avons des ailes aux pieds et redescendons pour rejoindre notre car.
Nous avons deux heures de route et en ce début octobre, ici il fait nuit bien avant 19h.
Mercredi 4 octobre, Saint François d’Assise
Nous partons en direction de la ville de Strumica à l’est de Kavadarci vers la frontière bulgare et grecque. La route passe par de la moyenne montagne toujours boisée de chênes et des vallées fertiles bordées de noyers et de platanes d’orient, plantées de choux à perte de vue, de champs de poivrons et de vignes sur pieds, sur rangs et parfois sur pergola. Les conditions climatiques du pays, ses températures extrêmes de -25° à +40° encouragent l’habitat regroupé. Peu de maisons isolées, plutôt des abris précaires pour travaux des champs. En Macédoine la constante voisine des hommes est la décharge sauvage qu’elle soit micro, mini ou maxi. Le nouveau règne des emballages de tous genres et surtout de verre et de plastique est un problème pour les pays où le ramassage des ordures n’entre ni dans les mentalités ni dans les finances. Il faudra bien deux générations avant qu’il ne soit résolu, nous avions aussi nos décharges il y a 50ans –et en avons encore…

Nous traversons à pieds le village de Veljusa. Les maisons ne sont pas riches mais les jardins sont remplis de fleurs et de fruitiers, des vignes, des kiwis, des figuiers.
Ici comme partout des chats maigres, des chiens sans collier ni maître. Des chiens placides qui se chauffent au soleil, mâtinés de tout, gras de rien, beaux quand ils sont jeunes…
En haut du village, nous arrivons au monastère féminin de Veljusa dédié à la Vierge Eleoussa ou Notre Dame de la Tendresse ou de la Miséricorde. Ici encore, la porte du monastère est une frontière entre vision terrestre et vision de paradis. Derrière les murs, la poussière n’entre pas, l’herbe est verte, les fleurs respirent au frais, les noyers s’épanouissent et la vigne porte encore de grosses grappes bien alléchantes.
Ce lieu est remarquable et l’église date du XIe siècle. A l’intérieur le sol porte encore des fragments de mosaïque byzantine et l’iconostase est en marbre. Dans la coupole de la chapelle du sud, une très rare fresque représente le Christ jeune au temple. Sur la façade sud protégée par un auvent une fresque restaurée montre une croix formée par des entrelacs. Sous cet auvent, les religieuses nous offrent gentiment un jus de fruit. Nous les remercions en entonnant un Salve Regina.
Nous déjeunons dans un restaurant au centre ville de Strumica.
Le programme est modifié car nous apprenons que l’oratoire que nous devions inaugurer n’est par encore construit car des raisons administratives compliquées n’ont pas favorisé la mise en œuvre. Robert et Claudia de visu sont souvent plus productifs que des courriels.
Nous nous rattrapons en visitant le monastère St Nicolas de Kavadarci qui n’est plus habité par des religieux mais est devenu la propriété de la ville. Il est dans la montagne, au dessus d’un étang artificiel, lieux de villégiature où les habitants de la ville viennent volontiers se rafraîchir pendant les jours de fournaise. Les cellules et des cuisines de plein air ont été aménagées par les habitants et sont à leur disposition. Ce monastère est actif pendant les jours de procession en l’honneur de St Nicolas (il y a même une fontaine miraculeuse objet de dévotion de la population) et très fréquenté pour la fête de la naissance de la Très Sainte Vierge Marie où toute la population vient déjeuner après la messe d’où les cuisines de plein air.
L’église qui porte encore quelques fresques du XVIIe siècle, fait l’objet d’une restauration picturale complète. Nous visitons donc un chantier de peintures religieuses orthodoxes avec toutes les étapes particulières à ce type de peinture. Chaque bienfaiteur qui donne des fonds pour la représentation d’un personnage ou d’un panneau entier peut demander que son nom soit inscrit en bas de la fresque.
Nous retournons à notre hôtel et certains veulent visiter l’église voisine toute neuve dont la décoration intérieure est en cours d’achèvement. Nous prenons plaisir à décrypter le nom des saints et admirer cette iconographie immuable. Les courageux irons à l’office chanté du matin à 7h30.
Jeudi 5 octobre, Sainte Faustine
Des courageux étant à l’église voisine, d’autres encore devant leur tasse de café, font la connaissance d’un lieutenant colonel français en treillis. Entendant parler français, il engage la conversation. Il vérifie pour le compte de l’ONU les capacités du régiment macédonien que le pays met à la disposition de cet organisme. Echange sympathique. Nous lui parlons de notre pèlerinage. Il est visiblement content de pouvoir parler avec des français.
Nous partons vers le nord ouest vers la capitale Skopje. Nous sillonnons dans des collines couvertes de vignes. Nous nous dirigeons vers la forteresse de Kale dominant la ville et qui remonte au moins au IIe siècle.
A l’est de ses murs, sur une placette bordée d’arbres et d’une brasserie moderne (la première brasserie artisanale de Skopje), nous entrons sous un porche discret dominé par un clocher composé d’une structure de bois.
Nous sommes au monastère du Saint Sauveur dont les toits des bâtiments, tous en rez de chaussée ne dépassent pas le mur d’enceinte. Nous découvrons l’église à demi enterrée. Cette disposition sécuritaire date de l’époque ottomane lorsque les églises chrétiennes ne devaient pas dépasser les mosquées.
C’est la plus belle église de Skopje et nous restons un bon moment devant l’iconostase dont la structure verticale et horizontale est formée de poutres de noyer sculpté en haut relief miniature, entourant des panneaux peints d’icônes. L’iconostase, sculptée entre 1817 et 1824, par des macédoniens mesure 10m de long et 6m de hauteur. Des scènes bibliques y sont représentées avec des costumes macédoniens au milieu de guirlandes de fleurs et de scènes animales, un ouvrage d’une précision inouïe.
Dans la cour intérieure, la tombe de marbre blanc du héros national Goce Delcev (4/02/1872-4/05/1903). Né à Kilkis, ville de Macédoine grecque mais de langue majoritairement bulgare, Goce Delcev fit des études au lycée bulgare de Thessalonique où il organisa une fraternité révolutionnaire secrète contre la domination ottomane. Il étudia à Sofia et écrivit de nombreuses publications subversives en bulgare tout en se disant profondément macédonien. Ses écrits furent considérés comme étant l’inspiration de la République socialiste de Macédoine, composante de la Yougoslavie.
Les écrits en bulgare furent traduits en macédonien et la version originale volontairement occultée… Mais qui était-il ? Un macédonien ou bien un bulgare?
Un casse tête pour les autorités devant ménager toutes les factions. Le 10 octobre 1946, Moscou, décida que le héros serait macédonien et ses restes transférés là ou ils reposent encore à ce jour.
Nous sortons de la capitale polluée et escaladons le mont Vodno pour visiter le monastère de St Panteleimon qui date du XIIe siècle. Des fresques remarquables dont une descente de croix particulièrement expressive et émouvante où la Vierge Marie tient Jésus entre ses jambes comme si elle l’enfantait une deuxième fois. Saint Panteleimon était médecin et reconnaissable au stylet qu’il tient dans sa main droite et à sa boîte de flacons (d’huiles essentielles?) dans sa main gauche.
D’après le Petit Futé, ce monastère est transformé en hôtel restaurant. Nous n’avons pas été témoins d’une telle activité. Seuls les religieux savent entretenir un monastère, les lieux et …’les Lieux’ !
Nous redescendons pour déjeuner dans un restaurant spécialisé dans la cuisine macédonienne au bord d’un parc, puis nous repartons vers la place Makedonia, au cœur de la capitale.
La nouvelle mairie élue en 2009 a lancé la construction de bâtiments administratifs sans véritable plan d’urbanisme mais dans un style classique ‘parthénon’ ou en classique revisité par Bofill & co, tous peints en blanc très blanc flanqués de statues de bronze. Ceux qui aiment le style temple grec ne sont pas dérangés et disent pourquoi pas ?… Les élections prochaines diront si les skopiotes apprécient ou non.
Ici le ‘kolossal’ est de mise. Nous sommes vite dominés par un énorme Philippe II de Macédoine qui tend le bras vers son colossal fils Alexandre (22m de haut ; un immeuble de 4 étages) qui de l’autre côté du fleuve Vardar caracole sur son cheval cabré. Nous nous arrêtons au pied d’une énorme statue des frères Cyrille et Méthode qui sont parfaitement reconnus dans leur pays. Près d’Alexandre, une stèle indique l’emplacement de la maison natale de Mère Teresa.
Nous longeons les quais du fleuve Vardar aménagés en promenade, prenons une passerelle bordée d’une vingtaine de statues de bronze représentant des hommes et femmes illustres et nous dirigeons vers un immeuble blanc dont la façade est ponctuée de colonnes cannelées et de statues, le musée archéologique où sont présentées des richesses des temps anciens.
Nous repartons sous un chaud soleil et arriverons dans la plaine de Kavardarci dans la lumière d’un coucher de soleil caractéristique des pays du sud, au moment où, le soleil ayant disparu, la voûte céleste est uniformément bleue turquoise et la terre sans ombres se pare de tous les ocres.
Comme chaque soir, notre église voisine est illuminée.
Vendredi 6 octobre, Saint Bruno. ORA ET LABORA. Notre chanoine nous rappelle la beauté de cet ordre et la beauté de cette devise. Prions pour qu’elle gouverne le monde.
Nous repartons sur la route de Prilep et retraversons la plaine de Pélagonie à l’ouest de Prilep mais sur autre route à travers des champs de tabac et de poivrons pour atteindre le village perché de Krusevo. Arrivés au pied du village, nous redescendons la montagne mais en minicar car nous voulons visiter le monastère de St Sauveur perché sur un contrefort. Le chemin est réservé aux 4X4 et autres véhicules avec chauffeur expérimenté ! Le monastère est désert, seul un gentil chien nous accueille. Où est son maître ? Nous ne le saurons jamais. Un monastère sans religieux est triste. La route était peu accueillante, Monseigneur Penaz déchiffre un règlement intérieur pour les passants qui ne transpire pas la fraternité. Nous en rions. Pour nous consoler, notre chanoine nous lit l’angélus et nous repartons par ce chemin de bout du monde pour remonter dans Krusevo où nous attend notre déjeuner.
Krusevo est une station de ski à 1350m d’altitude, la ville la plus haute des Balkans. Un grand hôtel en forme de chalet est à peu près l’unique logement pour les skieurs. Ici des maisons de style bulgaro-macédonien sont accrochées à la montagne. Le ‘centre ville’ est pittoresque, ‘en l’état’ avec ses maisons plus ou moins finies et entretenues, les micros décharges, et les pavés inégaux. La ville est une ‘etno grad’ ou ville musée en restauration depuis les années 2000. Les macédoniens sont en général accueillants et curieux de voir des têtes étrangères. Ils ne sont pas encore blasés. Un habitant de la petite ville se révèle et s’adresse à notre interprète : il était professeur de lycée et parle le français. Il se propose de nous faire visiter la ville. Nous partons avec lui accompagnés des saluts de ses congénères qui le reconnaissent et plaisantent. Nous nous arrêtons à l’église de la Vierge pour voir l’iconostase et la place de l’église où se trouve un monument historique : la tribune où fut prononcée la première déclaration d’indépendance contre les Ottomans en 1903. La République de Krusevo naquit en octobre 1903. Elle vécut 10 jours et ses insurgés furent exécutés. Malgré tout, cette insurrection fait partie de la grande histoire du peuple macédonien. Nous faisons l’impasse sur le Makedonium, bâtiment moult bizarre construit en 1974 pour commémorer l’insurrection d’Ilinden de 1903.
Nous continuons notre visite de la ville en regardant les maisons à l’architecture macédonienne typique. Les couleurs des maisons de la ville devraient être blanc pour les murs et bleu ciel pour les montants de bois. Seules deux maisons sont en respect de la tradition. Nous nous dirigeons vers ‘la Galerie’, une belle maison construite dans le style local par un enfant du pays, le peintre Nicola Martinovski (1903-1973). Il vécut un temps à Paris où visiblement il rencontra Giacometti et autres artistes de la même époque. Ici, les habitudes sont tenaces, même le balcon de cette maison-musée est un dépotoir de bouteilles de plastique…..
Des gentils chiens nous accompagnent jusqu’au car et même un âne au pelage pelé et qui vit sa vie dans les rues de la ville… Au revoir notre professeur, nous repartons pour Kavardarci.
Nous disons au revoir à Verka qui reste dans sa ville. Nous trinquons avec un magnum de vin rouge de Prilep récolté pas un des ses oncles viticulteur – Prilep est la première région viticole de Macédoine. Merci Verka.
Samedi 7 octobre, Notre Dame du Très Saint Rosaire ou Notre Dame de la Victoire, Saint Serge. Notre chanoine nous rappelle la dévotion à Notre Dame de Fatima les premiers samedi du mois et les grâces exceptionnelles qu’elle nous apporte.
Ce matin il pleut, il a plu toute la nuit. Nous avons perdu 20°. Il fera 6° toute la journée. Chacun cherche écharpes et chapeaux et tous les vêtements chauds au fond des valises.
Nous quittons Kavadarci pour la ville de Bitola, deuxième ville de Macédoine. Notre but n’est pas de visiter la ville sur laquelle il y aurait beaucoup à dire selon les guides mais aujourd’hui notre pèlerinage est pour le cimetière français de Bitola. Le nom de Monastir (nom ottoman de Bitola) est plus connu dans les manuels d’histoire. Ici reposent 13.000 soldats français, 6.000 dans des tombes individuelles et 7.000 dans le cénotaphe érigé à leur mémoire.
La guerre de 14-18, les déclarations de guerre en cascade, les Balkans qui s’enflamment, les contours flous des qui fait quoi et qui veut quoi, les ordres et les contre ordres. Un chaos qui fut fatal à ces 13.000 soldats pratiquement morts le même jour, le 18 mai 1917. Des noms bien français de pieds noirs, de nos provinces et des noms de soldats musulmans d’Afrique du Nord joints côte à côte à jamais dans cette terre lointaine. Le cimetière est bien entretenu par le consulat français et par un gardien Ivan qui est content de parler avec des français. Pendant 4 mois de l’année, à la belle saison, il entretient les allées et arrose les fleurs. Nous le complimentons pour les massifs de pétunias bleus qui lancent leurs dernières fleurs en ces premiers jours d’automne.
Dans un local aménagé pour les visiteurs, un livre d’or relate des visites de descendants et de membres des familles des soldats, Robert Mestelan inscrit notre passage au nom de La Route de l’Europe Chrétienne. Un autre livre recense tous les noms des soldats enterrés ici, un fac-similé de la liste laborieusement tapée à la machine à écrire, page après page comme une litanie des martyrs.
Une exposition est en cours d’aménagement, On y voit des photos prises par les frères Manaki qui importèrent de Londres la première caméra dans les Balkans. Ils firent de nombreux clichés sur plaques de verre des soldats et des habitants lors de la 1ère guerre mondiale. Les clichés sont spontanés, des tranches de vie.
Nous assistons à notre messe du jour, Notre chanoine dans le musée, monseigneur Penaz dans le salon du gardien où sa mère, veuve, femme autoritaire et affairée a préparé un autel de fortune avec des petites bougies. Il fait froid. La sainte messe nous réchauffe.
Après avoir rendu les honneurs à ces soldats qui ne doivent pas tomber dans l’oubli français, nous reprenons notre route sous la pluie vers les bords du lac Ohrid dont la rive ouest appartient à l’Albanie. Nous déjeunons à Pestani sur la rive est dans un restaurant qui nous promet de la truite du lac et du vin non résiné. Nous fêtons un joyeux anniversaire à Bernard qui se voit attribuer une double ration de gâteau au miel… Des autochtones semblent amusés de nous voir et de nous entendre parler français.
Nous repartons vers la ville d’Ohrid pour visiter la cathédrale Sainte Sophie dans la vieille ville. La cathédrale du XIe siècle porte encore de nombreuses fresques dont certaines célèbres dans l’iconographie orthodoxe. Dans l’abside en cul de four, une grande Vierge au signe c’est-à-dire portant Jésus jeune enfant en majesté en médaillon devant elle et sur la voûte un Christ Pantocrator sur fond bleu entouré des apôtres.
Sainte Sophie est le siège de l’église autoproclamée ‘Eglise autocéphale de Macédoine’.
Le nom de Sainte Sophie n’a rien à voir avec une sainte portant le nom de Sophie. Cette appellation signifie en grec la Sainte Sagesse. Il existe dans le monde sept cathédrales portant ce titre.
Pendant l’occupation ottomane, la cathédrale fut transformée en mosquée et les fresques badigeonnées de blanc et recouvertes de motifs végétaux. Après l’indépendance, l’édifice fut rendu au culte orthodoxe et les fresques redécouvertes suite à des travaux de restauration. Evidemment, nous aurions préféré ne pas avoir Moustapha comme guide, l’interprétation musulmane de cette cathédrale était sujette à caution…
Nous quittons la cathédrale et revenons au car par les rues de la vieille ville. Il fait froid et nous cherchons un café chaud. D’autres moins frileux ferons quelques achats dans une rue piétonne et touristique près du lac. La culture des perles y est florissante et les prix très intéressants pour les possesseurs d’euros.
Nous faisons une photo de famille devant une grande statue de St Cyril et Méthode.
A côté se trouve une grande statue de Saint Clément d’Ohrid. Personnage vénéré, souvent représenté sur les fresques des églises macédoniennes.
Ohrid est chrétienne à 90%. La ville et sa région forment la partie la plus riche de la Macédoine. Le revenu par habitant est le double du reste du pays. Ici se concentre le tourisme. Les maisons sont pratiquement toutes finies et entretenues, les rues sont relativement propres et les poubelles théoriquement utilisées. De grands hôtels de luxe sont construits et en construction.
En ce samedi 7, le lac fait des vagues sous les bourrasques, il nous présente le revers de la vision carte postale. Mais déjà le soleil couchant ourle les montagnes albanaises d’une frange dorée et promettent du beau temps pour le lendemain. Nous reprenons le car et nous enfonçons au sud du lac vers le monastère saint Naoum. A la nuit tombée, nous entrons dans un domaine, au bord du lac. Un bâtiment imposant se dessine sous la pleine lune dans le ciel bleu sombre. Nous entrons dans un grand hall au confort soviétique pour nomenklatura. Chacun prend possession de sa chambre-suite, spacieuse et meublée dans le style apparatchik. Le diner est macédonien classique. Nous nous retirons dans notre chambre bien chauffée pour une nuit réparatrice au son des vagues courtes que le vent lance sur la rive.
Dimanche 8 octobre, vue idyllique sur le lac Ohrid. Le soleil est au rendez-vous.
Le plus grand lac d’Europe est une merveille et l’eau d’une limpidité à couper le souffle. Long de plus de 30km, large de 11 à 14km et profond de plus de 288m, ce lac s’est formé il y a quatre millions d’années d’un affaissement de terrain. A l’est, un lac proche et plus élevé ainsi que des sources souterraines alimentent le lac Ohrid. Nous prenons notre petit déjeuner dans une salle panoramique sur le lac.
Le monastère prévu à la visite n’est pas accessible. La frontière albanaise n’est qu’à 600m du monastère de St Naoum et les soldats en faction interdisent tout passage. Nous visitons l’église du monastère qui date du XVIe siècle. L’église d’origine remontait au IXe siècle. La chapelle de droite en entrant est pour le tombeau de St Naoum. Les pèlerins s’y agenouillent et mettent l’oreille sur la pierre. Il est dit qu’on peut entendre battre le cœur du saint.
Nous parcourons le parc du monastère avec les quelques chapelles qui y sont dressées. Il y a une fontaine miraculeuse. Des paons s’y promènent. Le paon est le symbole de l’église de Macédoine. De nombreux visiteurs arrivent en ce dimanche car St Naoum et très populaire à Ohrid. Un chemin de boutiques invite à la promenade et aux achats.
Déjeuner au monastère dans notre salle panoramique. Le pope desservant l’église nous offre une grosse bouteille du meilleur vin du pays.
Nous reprenons la route vers Ohrid pour visiter la fameuse église du XIIIè siècle de Saint Jean Kaneo située sur un promontoire à l’extrême ouest de la ville d’Ohrid. Une proue de navire qui pointe sur le lac. C’est la vue emblématique du lac Ohrid et même de la Macédoine.
Claudia négocie un retour par bateau vers le centre ville. Nous contournons le rocher qui dévoile un phénomène géologique assez rare : un plissement en genou des différentes couches terrestres qui sort de l’eau. 15 minutes de bonheur sur cette eau limpide dans un paysage somptueux.
En ville, nous faisons une photo de famille au pied de l’ immense statue de St Clément d’Ohrid et toujours avec des chiens. Retour vers le monastère de St Naoum. Ce soir nous fêtons l’anniversaire de Christian.
Lundi 9 octobre, c’est la fin du voyage.
Messe à l’aube pour les plus courageux (presque tous) et départ à 5h du matin. Nous partons dans le silence de la nuit. L’hôtellerie nous a confectionné des repas que nous prendrons en route vers Skopje. En route, nous souhaitons un bon anniversaire à Robert qui nous donne les dernières nouvelles de la Chapelle St Hilaire.
Nous remontons l’ouest du pays et longeons des montagnes enneigées. Ici, les vallées sont plus vertes et il y a plus de minarets que de croix.
Nous arrivons à l’aéroport et prenons congé de notre excellent chauffeur Marian.
Les pèlerins de la vallée du Rhône sont les premiers à s’envoler puis les tchèques avec qui les parisiens ont pris une dernière leçon de tchèque en récitant les Sdravas Maria de l’angélus, puis les parisiens.
Au revoir la Macédoine et à bientôt chers pèlerins de La Route de l’Europe Chrétienne.

Voyage-pèlerinage au Portugal du 7 au 14 septembre 2016

Poème du Barde-pèlerin, Jean Brulé

Route de l’Europe Chrétienne.

Nous partîmes 25, mais par un prompt renfort

De Paris ,nous étions en arrivant à POR…

TO ou tard 36 pélerins emplis d’ardeur,

Armés de scapulaires et de leur bonne humeur;

Car dans ce lieu bénit de la ferveur mariale

Appelé FATIMA,joyau du Portugal,

Nous fûmes soulevés,dans un pieux élan,

Par le souriant tonus du duo MESTELAN.

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Les bras des Portugais devancèrent l’appel:

Après la messe de l’église SAN MIGUEL,

Ayant dressé l’oratoire de QUEMADELA,

Celui-ci fut béni aux chants d’AVE MARIA.

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Au village paisible et plein de modestie

D’AJUSTREL, là Jacinthe,François et Lucie

Avaient eu la Visite de la Sainte Vierge,

Dont le rayonnement depuis lors les submerge!

Nous suivîmes les pas des trois petits bergers

Sur le chemin de Croix arboré d’oliviers,

Au(x) lieu(x) d’apparition, une aura de Clémence

Illumina leur Foi, les comblant d’Espérance.

Place au tourisme:avec la culture en étages,

De vaillants vignerons armés de leur courage,

Produisent du PORTO, ce nectar plein d’onction

-Tel un chanoine – à boire avec modération.

Pour 2017, le plan est grandiose:

Les Chemins de l’Europe Chrétienne,qu’on ose

Au delà de l’OURAL,les prolonger à l’est,

En visant-mais plus tard- les monts de l’EVEREST.

On dit que le KREMLIN s’intéresse à « VODKA »,

Même s’il n’y pas lieu d’en faire un plat,

Sachant qu’à NAZARE il y a des sardines

Qu’il devra digérer, l’idée harasse POUTINE !

Du Barde vint l’idée de l’extrême INDOCHINE…

Mais ce plan, débridé, est loin de nos racines;

Sans compter qu’il faudra apprendre des mots VIET;

Devant cette utopie, Jacqueline a dit: NIET!

JB, Barde

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7 septembre : 20h rendez-vous à l’aéroport de Marseille pour embarquement avec Ryanair
22h40 départ pour Porto
23h50 heure locale, arrivée à l’aéroport de Porto, déplacement car à l’hôtel Comfort Inn à Fafe

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8 septembre : 9h30 petit-déjeuner au Comfort Inn
10h départ pour Braga, visite du Bom Jesus do Monte
14h déjeuner au Bom Jesus
15h30 sanctuaire Marial du Sameiro, messe et visite
18h visite de la Sé (cathédrale)
retour à Fafe, dîner et coucher au Comfort Inn

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9 septembre : 8h petit-déjeuner
8h30 départ pour Guimaraes, visite de cette ville médiévale
13h déjeuner à Guimaraes
14h30 départ pour le sanctuaire de Penha, messe au sanctuaire, vue sur la vallée
20h dîner et coucher au Comfort Inn, Fafe

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10 septembre : 8h45 petit déjeuner, puis départ en car pour Queimadela
10h30 messe à l’église de San Miguel
12h bénédiction de l’oratoire ND de Fatima à l’entrée de Queimadela
13h30 déjeuner avec la population du village au barrage de Queimadela
Dîner et coucher au Comfort Inn, Fafe

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11 septembre : 7h petit déjeuner au Comfort Inn,
7h40 départ de Fafe en direction de Alijo, puis Pinhao dans la vallée du Douro jusqu’à Lamego
visite d’une cave de vinho verde
14h déjeuner à Lamego, déplacement sur Fatimà
19h messe à Fatimà
20h30 dîner et coucher à l’hôtel Rosa Mistica, Fatimà

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12 septembre : 8h petit-déjeuner, puis départ à Aljustrel, visite des maisons natales de Lucie, François et Jacinthe
11h30 départ pour Nazaré
13h déjeuner face à l’Atlantique
15h visite d’Alcobaça (monastère Cistercien du 12ème, classé par l’Unesco)
18h messe à Fatima
19h dîner à l’hôtel Rosa Mistica
21h30 procession aux flambeaux à la Cova da Iria, coucher à l’hôtel Rosa Mistica
« Mon regard et celui de mes prédécesseurs se sont toujours tournés vers ce sanctuaire et la Sainte Vierge. De la Cova da Iria semble toujours se détacher une lumière consolatrice pleine d’espérance. » (S.S. Jean-Paul II )

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13 septembre : 8h petit-déjeuner
10h Rosaire à la chapelle des Apparitions
11h Messe sur l’Esplanade
Déjeuner, puis
14h Réparation au Cœur Immaculé de Marie
15h Visite du Cabeço et des Valinhos
17h Procession de Notre Dame de Fatima
20h dîner à l’hôtel Rosa Mistica
21h30 Rosaire

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14 septembre : 8h petit-déjeuner puis
8h40 départ à l’aéroport et retour en France

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Pèlerinage en Lozère et à Poitiers du 25 au 29 août 2015

PÈLERINAGE 2015 organisé par La Route de l’Europe chrétienne

À l’occasion de la bénédiction de l’oratoire du bienheureux Pape Urbain V,
et du 1700ème anniversaire de la naissance de St Hilaire

25 – 29 août 2015

Une fois de plus, la Raconteuse (en abrégé LaR) s’installe devant son clavier pour sauver de l’oubli, au moins pendant quelque temps, les cinq journées mémorables que les pèlerins ont vécues, non sans demander, en bien des occasions, de l’aide à Wikipédia. Comme elle ne veut pas faire endosser à ses compagnons de voyage ses opinions personnelles, elle prendra soin, quand elle passera du simple énoncé des faits au commentaire, de le signaler en précisant “LaR se dit que” ou autre formule analogue.

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Le Diable s’était trompé de jours. Il déchaina sur le Languedoc, le dimanche 23 août, un des ces orages méridionaux dont il a le secret et une considérable pagaille SNCF. LaR qui se trouvait à Nîmes, ne put arriver à la gare TGV d’Avignon où elle était attendue le lundi 24 qu’avec 1h45 de retard, pour apprendre que, l’orage s’étant déplacé vers l’est, le matin même, la salle à manger où Claudia nous offrit, une dizaine d’heures plus tard, un excellent diner, avait été inondée.

Le mardi 25, le ciel était pur et pas une goutte de pluie ne tomba jusqu’à notre retour.

Nous aurions dû être 31 et nous n’étions que 30.

Absent : Robert retenu dans une clinique où on rééduquait son cœur, qu’il avait fallu ouvrir pour déboucher des artères obstruées. Avant même qu’il bénéficie de nos prières, on nous assura qu’il allait très bien, et nous lui souhaitons un complet rétablissement.

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Jacques Sarrade lui prêta sa voix quand il s’agit de lire son discours, et veilla efficacement à ce qu’aucune des brebis de son troupeau ne s’égare. Claudia, notre Mère Supérieure, veilla maternellement sur nous tant pour le spirituel que pour le temporel. Notre excellent chanoine Trauchessec ne nous ménagea pas ses exhortations et nous fit profiter de son exactitude liturgique qui mérite bien l’adjectif “extraordinaire”. Et Philippe, notre chauffeur, avec l’aide de nos anges gardiens, par des routes pas toutes faciles, nous amena sains et saufs à bon port.

La finalité du voyage était spirituelle. Vénération de deux “reliques insignes” dont nous aurons à reparler, et rencontre de tout un cortège de saints dont laR s’efforcera de montrer l’actualité, si anciens soient-ils. Car enfin, une fois entrés dans l’éternité, le temps ne compte plus pour eux. À travers tous les siècles des siècles, ils peuvent servir de modèle aux chrétiens, intercéder pour eux et les protéger.
La beauté nous fut donnée par surcroit : l’image des profondes vallées boisées des Cévennes, le frais soleil sur les hauts plateaux du Velay et du Gévaudan, les architectures poitevines et leurs chapiteaux historiés resteront longtemps dans nos mémoires et peut-être dans nos photos…

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MARDI 25 AOUT

Nous voilà vers 11 heures, à 1082 m d’altitude, à LALOUVESC (Ardèche), nom de village dont l’étymologie est claire ! Et c’est bien parce que, sur ces hauts plateaux fort enneigés en hiver, Il y avait des loups, et qu’il était dangereux de s’y aventurer, que le jésuite JEAN-FRANÇOIS RÉGIS (1597-1640) a été réputé saint par la voix populaire dès le jour de sa mort, bien avant d’être canonisé en 1737. L’image qu’on conserve de lui, c’est celle du missionnaire infatigable qui, par tous les temps, surtout en hiver, quand les paysans sont libérés des travaux des champs, marche de hameaux en hameaux pour raviver dans leurs cœurs la flamme de l’amour de Dieu. Fin décembre 1640, il affronte une violente tempête de neige, atteint Lalouvesc, s’enferme dans l’église glaciale écoute, réconcilie, donne les sacrements, et contracte une pneumonie. Alité, il ne va plus se relever : il meurt le 31 décembre, à l’âge de 43 ans, alors que le village est entièrement isolé par les neiges. Plus tard, lorsque, de la ville, les pères vinrent chercher le corps du père Régis, les villageois refusent de rendre une aussi précieuse relique. C’est ainsi que ce village se transforme presque aussitôt en un lieu de pèlerinage et l’est encore de nos jours.

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Mais enfin, ce n’est que pendant les quatre dernières années de sa vie que le Père Régis, sur l’ordre de ses supérieurs, exerça les fonctions de missionnaire itinérant et eut l’occasion non seulement de mourir à Lalouvesc, mais aussi de défendre les dentellières du Puy réduites au chômage par un édit de Louis XIII interdisant les dentelles. Auparavant, il était simplement professeur de grammaire dans les divers collèges de jésuites d’une région circonscrite entre Montpellier et le Puy, où il serait resté parfaitement inconnu, sans ce changement d’affectation. Était-il moins saint quand il enseignait la grammaire que lorsqu’il pataugeait dans la neige ? Dieu seul le sait… LaR pense qu’on peut le prier non seulement pour les curés de campagne qui ont à desservir aujourd’hui des paroisses à 17 clochers quand ce n’est pas 20 (se déplaçant, il est vrai, plutôt en voiture qu’à pied et, l’hiver, sur des routes déneigées) mais aussi pour les écoliers auxquels on enseigne aujourd’hui si mal la grammaire et si bien ce qu’il aurait probablement qualifié avec horreur d’ “incitation au péché de luxure et à la débauche”.

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À chaque pèlerin son intention… Au sortir de la période révolutionnaire, ils devinrent si nombreux qu’une jeune paysanne du coin, THÉRÈSE COUDERC (1805-1885), soutenue par un bon prêtre, s’employa à fournir aux pèlerines des lieux d’accueil où elles puissent se reposer à l’abri de certaines promiscuités. Elle s’aperçut que malgré leur dévotion à St François Régis, elles étaient d’une grande ignorance religieuse. Elle se mit donc à leur faire le catéchisme, et il en résulta, en 1826, la fondation de la congrégation des Sœurs du Cénacle et, ultérieurement, la béatification de Thérèse (1951) et sa canonisation (1970). Quand, entrant au Paradis après bien des tribulations, elle y a rencontré Jean-François, il a dû la féliciter, en bon jésuite, de son orientation “ignatienne” et d’avoir voué son institut à la prédication des exercices spirituels de St Ignace, leur père spirituel commun.

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À l’heure prévue, une messe “ordinaire” était célébrée à la basilique et nous dûmes nous contenter, pour notre messe “extraordinaire”, de la chapelle, ni grande ni belle, intérieure à l’immeuble occupé par quelques pères jésuites allergiques au latin, qui ne se dépensèrent pas pour faciliter à notre célébrant sa célébration. Le “saint du jour” était notre grand roi Louis IX, et nous aurions bien aimé le prier pour la France dans un cadre digne de sa majesté. Mais enfin, ce roi qui lavait les pieds des mendiants et rendait la justice sous un chêne aimait la simplicité. Espérons qu’il a été content des dispositions de nos cœurs.

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L’après-midi, arrêt à la trappe de NOTRE DAME DES NEIGES fondée en 1850 en Ardèche, tout près de la Lozère, dans le diocèse de Viviers. Le site internet de cette abbaye entourée de grandes forêts et de vallées encaissées, nous assure qu’ “elle est le lieu idéal pour le silence et la contemplation”. Les trappistes tiennent à ne pas être dérangés dans cette contemplation par des touristes, même pèlerins. Ceux-ci ne voient que grâce à un film quelque chose de leur vie, mais ont tout loisir d’aller à la boutique acheter le pittoresque récit d’un Écossais protestant agnostique qui y passa deux jours vers 1880, pendant que son ânesse Modestine se reposait à l’écurie, j’ai nommé Robert Louis Stevenson.

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Plus pieusement, ils ont tout loisir de méditer en présence du Saint Sacrement, dans une chapelle ad hoc, sur la vie du personnage qui a fait la célébrité de leur monastère, CHARLES DE FOUCAULD (1858-1916) qui, suspect de “colonialisme” et malgré son rayonnement exceptionnel, ne fut “vénérable” qu’en 2001, “bienheureux” qu’en 2005 et atteindra peut-être un jour le grade de “saint”. Un “Bienheureux” des plus actuels, qu’on en juge :

Après une jeunesse “dissolue” qui semblerait “normale” à plus d’un de nos contemporains, alors qu’il est promis à une carrière militaire, il choisit de devenir une sorte de “père du désert”. C’était un grand esprit. Avant même sa conversion, à 23 ans, il explore, déguisé en rabbin, un Maroc alors très fermé et très hostile aux étrangers. La langue n’est pas pour lui un obstacle. Il a appris l’arabe et l’hébreu, et à son retour, son ouvrage Reconnaissance au Maroc, lui vaut la médaille d’or de la Société de géographie de Paris et les palmes académiques. Beaucoup plus tard, il fera, sur la langue des Touaregs, des études qui font encore aujourd’hui autorité. Entré à Notre-Dame des Neiges le 16 janvier 1890, il n’y fait qu’un noviciat de sept mois et convainc ses supérieurs de le laisser mener une vie moins “confortable” à la trappe d’Akbès en Syrie, puis celle d’ermite, jardinier des clarisses de Nazareth. Il ne retourne à son port d’attache que pour son ordination sacerdotale en 1901 à la cathédrale de Viviers, et pour y dire sa première messe. Il repart pour l’Algérie, s’enfonce dans le Hoggar et finit assassiné en 1916 dans son
ermitage de Tamanrasset où pas un seul compagnon n’était venu le rejoindre. Sa célèbre lettre de 1907 à René Bazin, qu’on trouvera in extenso en annexe, est le fruit de toutes ces expériences.

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Quand il parle des musulmans, on peut se fier à lui, il les connaît bien, il les aime, il veut les sauver de l’islam en les francisant. « Il ne s’agit pas de les convertir en un jour ni par force, mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, oeuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.… Si nous n’avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu’ils deviennent Français est qu’ils deviennent chrétiens.»
Les “Pieds-noirs”, qui, pour la plupart, n’étaient pas de fervents chrétiens, ont payé cher de n’avoir pas été, auprès des “indigènes” qu’ils côtoyaient quotidiennement, ces éducateurs discrets, tendres, affectueux, persuasifs, bien au contraire, et de s’être fait trop souvent mépriser et haïr. LaR n’est pas la seule à penser que 130 ans d’occupation ont été donnés à la France par la Providence pour que l’Algérie renoue avec son antique christianisation et devienne, par son brillant développement, un phare pour les pays restés islamiques. Nos gouvernements successifs ont eu une politique entièrement contraire. Ce n’est pas seulement la France, mais toute l’Europe, tout le monde occidental qui paye aujourd’hui ce péché. Ah ! il peut prier pour nous, le Père de Foucauld !

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MERCREDI 26 AOUT

Nous nous réveillons à MENDE (chef-lieu de la Lozère) en plein Gévaudan, vieille province célèbre par sa “bête”, un grand méchant loup du XVIIIe s. qui dévora maintes bergères. Elle mériterait plutôt de l’être par deux enfants du pays : le saint évêque et martyr Privat et le bienheureux pape Urbain V. Sur l’emplacement d’édifices antérieurs, la grande et belle cathédrale de cette petite ville fut fondée, en 1360, par Urbain, et placée sous le patronage de Privat, chose bien normale : cela faisait déjà plus de mille ans, que Privat était tenu pour le protecteur de Mende et avait fait de sa ville un lieu de pèlerinage.

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Plusieurs fois remaniée, elle possède un portail néogothique du meilleur effet et, à l’intérieur,

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une vierge noire du XIIe s., sœur moins illustre de celle qui nous attendait, le lendemain, à Rocamadour. Des boiseries du XVIIe s. , une série de tapisseries d’Aubusson pendues dans le choeur, créent un bel ensemble et sont la preuve que les guerres de religion et la grande Révolution n’ont pas réussi à tout détruire.
Dès huit heures du matin nous nous instruisons de la biographie de SAINT PRIVAT, personnage historique connu par Grégoire de Tours et par un biographe plus moderne, le chanoine Remize. Il serait mort en 258, avant l’édit de Milan (313), donc à une époque où des persécutions contre les chrétiens étaient encore possibles, et où le “limes” commençait à ne plus résister à la poussée des “barbares”. Une époque de grande insécurité, donc pour un évêque qui assurait plus ou moins, dans son diocèse, les fonctions de préfet.
Il eut affaire aux Alamans, des migrants qui migraient les armes à la main, à la recherche de terres plus prospères que leurs forêts d’Allemagne de l’Est, des terres bonnes à habiter ou du moins à piller. Ils arrivaient tout simplement par l’antique “chemin de Régordane”, dit encore “chemin de Saint-Gilles”, aujourd’hui sentier de grande randonnée, partie cévenole de la route qui reliait l’Ile-de-France au Bas Languedoc et à la Méditerranée. Sans être un axe majeur, il était emprunté par des convois d’étain, et on y charriait les métaux qu’on extrayait de part et d’autre dans des lieux dédiés au dieu du commerce et de l’industrie, Mercoire, Mercoirol, Mercouly. Ces grands marcheurs dévastèrent le Gévaudan dont la défense se concentra sur la forteresse de Grèze qui les tint en échec. Privat ne se trouvait pas parmi les défenseurs de cet oppidum gaulois juché sur un piton rocheux et fortifié à l’époque romaine. Il était dans sa grotte favorite, au sommet du mont Mimat qui domine la ville de Mende, où il s’était retiré pour prier et jeûner, et c’est là que les envahisseurs s’emparèrent de lui et exigèrent qu’il envoie à Grèze l’ordre de capituler. Son refus lui coûta la vie. Maltraité et poussé à coups de bâton jusqu’à Mende, il y fut laissé pour mort et ne tarda pas à succomber à ses blessures. N’ayant pu obtenir la réalisation de leur projet, les Alamans traitèrent avec les assiégés et quittèrent le pays.

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L’office liturgique composé en son honneur au XIIe siècle, donc près d’un millénaire après l’événement, en rajoute, pour faire de Privat un martyr plus classique, mis à mort “en haine de la foi”, ce qui n’a rien d’évident dans son cas. Les Alamans se seraient-ils vraiment déplacés avec des idoles qu’ils l’auraient forcé à adorer ? Lui auraient-ils vraiment infligé des tortures raffinées, flagellation, torches ardentes sur le corps ? Le gourdin ne leur suffisait pas ? LaR en doute. Il lui suffit, pour le vénérer, qu’il soit mort pour avoir été le protecteur de son peuple, et le défenseur de la cité contre la barbarie.
Bien loin de considérer son attitude comme “raciste” et “xénophobe” les Mendois la con-sidérèrent comme héroïque et la rumeur publique en fit aussitôt un saint et un martyr. Ses reliques, placées dans la crypte de la cathédrale n’y restèrent pas toujours : très recherchées à cause de la réputation de sainteté du personnage, elles furent volées au moins partielle-ment, et voyagèrent à travers l’île de France, la Lorraine, l’Orléanais, le Berry de sorte que non seulement une quinzaine de paroisses lozériennes mais onze localités en France, hors Lozère, sont placées sous son patronage et sa protection. Wikipédia assure que les guerres de religion et la Révolution ne firent pas entièrement disparaître ce qui en restait à Mende. Mais à supposer même que ses fidèles dévots s’agenouillent devant un reliquaire complète-ment vide, il ne refuserait pas à leurs prières son intercession.
Le livre des Miracles de St. Privat relate un certain nombre de faits extraordinaires qui lui sont attribués et son culte s’est toujours maintenu dans le diocèse de Mende. La grotte du Mont Mimat, n’a jamais cessé d’être un lieu de pèlerinage et aujourd’hui encore un chemin de Croix y mène. Au sommet, à côté d’antennes de télévision et de radio, et de pylônes pour la TNT, depuis 1933, se dresse une croix de fer de 12 mètres 50 de hauteur illuminée chaque nuit.

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Un saut de quelques kilomètres et de quelques siècles nous emmène célébrer la messe, vers 11h, à la collégiale de BÉDOUÈS, une rude église fortifiée bâtie sur un promontoire schisteux dominant la haute vallée du Tarn. URBAIN V (1310-1370), né Guillaume de Grimoard au château tout proche de Grizac, la fit construire pour y abriter le tombeau de ses parents, qu’on peut encore voir, dans le transept droit, avec un bas-relief où figure une tiare. Elle domine un village de 284 habitants où nous reçûmes, à la sortie de la messe,

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un accueil exceptionnel à l’occasion de la bénédiction de l’oratoire implanté au pied de l’église. Edifié par la Route de l’Europe Chrétienne en liaison avec l’Association des Amis du bienheureux Pape Urbain V, ce pape y est représenté de façon magistrale par un très beau bas-relief en couleur, œuvre de M. Pascal Beauvais, sculpteur à Cublac.

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Quelle cérémonie que cette bénédiction ! Que de personnalités y participèrent : l’évêque du diocèse, le maire de la commune, M. le Marquis de Laubespin,

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descendant de la famille de Grimoard et fondateur de l’association des amis d’Urbain V, qui laissa la parole à sa fille, présidente de cette association, créateur d’un Chemin Urbain V, tracé autour de sa vie et de son œuvre, qui permet aux randonneurs de découvrir l’Aubrac, les Causses, le mont Lozère, les gorges du Tarn, les Cévennes et les Garrigues… Il y avait même deux religieux orthodoxes, relevant du Patriarche de Constantinople, venus en voisins, de leur Skyte Sainte Foy (48160 Saint Julien des Points), honorer un pape d’Avignon!

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Que de beaux discours qu’on trouvera en annexe y furent prononcés! Y prirent la parole : Monseigneur Jacolin, évêque de Mende, M. Christian Bataille, maire de Bédouès, Mme de Gatellier présidente de l’association des amis d’Urbain V, et lointaine descendante d’un frère de ce pape, et pour finir, Jacques Sarrade, au nom de Robert Mestelan, président de la Route de l’Europe Chrétienne. LaR fut particulièrement sensible au côte-à-côte de l’évêque, en habits liturgiques, représentant de Dieu, et du maire, ceint de son écharpe bleu-blanc-rouge, représentant un César républicain et laïque. C’était pour elle l’image même de la “saine laïcité” voulue par Pie XII, chacun restant dans son domaine de compétences, mais bons amis, et coopérant au bien public…

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Qui était donc cet Urbain V, sixième, avant-dernier, et seul pape d’Avignon à avoir été sinon “canonisé”, du moins “béatifié”, et encore bien tardivement, par Pie IX en 1870?
Et d’abord pourquoi Avignon? Parce que, suite aux démêlés de Philippe le Bel avec la papauté, le prestige du roi de France avait favorisé l’élection de papes français (en fait tous méridionaux, de langue d’oc), parce que, à Rome, un climat d’émeutes entretenu par de grandes familles rivales rendait la vie impossible au pape, parce que Avignon, sur le Rhône, moins excentré que la Ville Éternelle, se prêtait mieux aux relations internationales et commerciales européennes. Mais bien sûr, c’était une situation provisoire et anormale. Urbain V tenta, en 1367 de retourner à Rome, ne put s’y maintenir et, en 1370, revint, épuisé en Avignon où il mourut. Mais il ne connut pas le pire. Son élection ne fut pas contestée. Il n’eut pas, comme ses successeurs à partir de 1378, à affronter des anti-papes. Le “Grand Schisme d’Occident” n’avait pas encore eu lieu.

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C’était un moine. Après des études de droit à Montpellier, le jeune Guillaume de Grimoard intègre, en 1335, l’ordre des bénédictins, au prieuré de Chirac en Lozère. Il y reçoit l’ordination sacerdotale avant d’aller enseigner le droit à l’Université de Montpellier. Nommé à la tête de l’abbaye Saint-Victor de Marseille par le pape Innocent VI, celui-ci en fait son conseiller diplomatique et lui confie diverses missions en Italie. C’est d’ailleurs à Naples qu’il apprend en 1362 qu’il est élu par le conclave avignonnais et qu’il succède à Innocent. On peut imaginer l’atmosphère qui régna dans ce conclave pour que les grands seigneurs qu’étaient les cardinaux n’arrivent à se mettre d’accord, en son absence, que sur le nom d’un ecclésiastique de petite noblesse – il est vrai au courant des affaires ecclésiastiques – qui n’était ni cardinal ni même évêque, et qu’il fallut sacrer à la hâte pour l’introniser!
Il arriva en Avignon sans importante escorte, alors que la Durance et le Rhône étaient en crue et déclara à son arrivée au palais : « Mais je n’ai même pas un bout de jardin pour voir grandir quelques arbres fruitiers, manger ma salade et cueillir un raisin ». C’est pourquoi il entreprit, durant son pontificat, de coûteux travaux d’extension des jardins dont l’un est toujours nommé “le Verger d’Urbain V”. En outre, il fit construire la Roma, longue galerie d’apparat à un étage, achevée en 1363, qui marquait la fin des travaux architecturaux du Palais Neuf. Il la fit décorer par Matteo Giovanetti de peintures sur toile illustrant la vie de saint Benoît. Elle fut détruite en 1837, mais des vestiges en subsistent dans les jardins du palais.
Considéré comme un pape humaniste, visionnaire européen, créateur de la faculté de médecine de Montpellier, ainsi que des universités de Cracovie et de Vienne, il est aussi un grand bâtisseur. On lui doit la cathédrale de Mende, les collégiales de Bédouès et de Quézac, et il est à l’origine de nombreux développements architecturaux à travers le monde de son époque, qui est pourtant celle de la guerre franco-anglaise “de Cent Ans”.

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Son pontificat se déroule à la fin du règne du roi de France Jean II le Bon, et pendant celui de son successeur, Charles V, qui, avec l’aide de Duguesclin, obtint pour la France quelques an-nées de paix, mais non de tranquillité, les troupes démobilisées s’étant transformées en “grandes compagnies” de “routiers” qui pillaient pour vivre.
Ses talents de diplomates furent souvent mis à l’épreuve. Dès la première année de son pontificat, en 1362, Jean le Bon, le vaincu de Poitiers, qui n’avait pas fini de payer sa rançon aux Anglais, arriva à Villeneuve-lès-Avignon, à la tête d’un fort détachement armé. Il était venu solliciter le Souverain Pontife pour une aide financière et l’entretenir de son désir d’unir son fils Philippe le Hardi à la reine Jeanne de Naples. Comme les négociations risquaient de traîner, le roi de France décida de prolonger son séjour sur les bords du Rhône et fit commencer, à Villeneuve-lès-Avignon, la construction du fort Saint-André.
Le pape eut à régler un conflit entre Gaston Fébus, comte de Foix, et Jean Ier, comte d’Armagnac, qui se disputaient la suprématie féodale dans le sud de la France. Le vendredi saint 1363, il lança un appel solennel pour la croisade d’Alexandrie à tous les rois et princes chrétiens. Ce fut sans succès, on peut le comprendre, dans le contexte des guerres que se livraient entre eux ces rois et princes. En l’année 1365, Avignon fut menacé par les Routiers, et il fut obligé de traiter et de payer rançon à Bertrand Du Guesclin qui les entraînait vers l’Espagne. Cinq ans plus tard, à son retour en Avignon, même jeu. Pour stopper les exactions des routiers, il dut monnayer une trêve. Elle fut signée le 19 décembre 1370, le jour même où le pape, tourmenté par la maladie de la pierre, s’éteignit dans son palais. Il fut d’abord inhumé à Notre-Dame des Doms, mais comme il avait souhaité que son corps soit enseveli à la manière des pauvres, à même la terre, puis réduit en cendres et que ses ossements soient portés à l’église abbatiale de Marseille, le 31 mai 1372, ses restes furent exhumés du tombeau de la cathédrale avignonnaise et transférés à Saint-Victor.
Quel pape a eu la vie facile ? se demande LaR. Urbain V était un esprit supérieur, un homme pieux et intègre, qui a dirigé l’Église dans une période particulièrement troublée, tant au point de vue politique qu’au point de vue religieux. Plusieurs de ses fondations subsistent encore de nos jours. Sa carrière doit être un encouragement pour tous ceux que désespère aujourd’hui la situation de l’Europe et la crise de l’Église.

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L’épisode de Bédouès se termina, bien entendu, par un festin. Les canapés du vin d’honneur étaient garnis de saucisson et de foie gras locaux qui n’avaient rien d’industriel ni de halal, et le repas qui s’ensuivit: salade de tomates garnie d’œufs durs, bœuf bourguignon et tarte aux abricots, était bien digne de la France profonde. Ah! la sauce de ce bourguignon, où se rencontraient des feuilles de laurier et des fragments de pied de veau, onctueuse et parfumée, Urbain V l’aurait aimée! Inoubliable!

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Peu avant l’heure de dîner (à vrai dire, nous n’avions pas grand faim), nous arrivons à FIGEAC. Les plus chanceux, à la faveur de la sortie d’une messe du soir, purent, avant sa fermeture, jeter un coup d’œil à l’intérieur de l’église Saint Sauveur, ancienne abbatiale de Cluny, et tous purent apprécier pendant un bon moment, le charme des vieilles rues de cette jolie ville.

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JEUDI 27 AOUT

Avant l’arrivée de la foule, avant même l’ouverture de l’ascenseur, vers huit heures, à la fraîche et dans le silence, nous sommes à ROCAMADOUR , un roc si beau, si évocateur de la puissance divine que c’est le rocher et pas le saint – un “saint” bien problématique et bien tardif – qui a donné à quelque personnage inconnu certainement antérieur au XIIe s., l’idée d’y construire une chapelle, et d’y installer une statue féminine en majesté de couleur noire, d’environ 70 cm de haut, portant sur ses genoux un enfant. La chose est sure, puisqu’on possède une bulle du pape Pascal II, datée de 1105, qui mentionne le culte à « La Bienheureuse Vierge Noire de Rocamadour ». Bien entendu, cette bulle était écrite en latin, et le toponyme, bien étrange, est écrit Rupis Amatoris, ce qui rend discutable l’opinion de l’universitaire occitaniste Gaston Bazalgues, selon laquelle l’origine du nom serait Roca major, Roca désignant un “abri sous roche” et major évoquant son importance.

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Dès avant 1105, donc, cette roche était celle d’un Amoureux. De qui? De la Vierge? Cette antique statue était-elle bien celle de la mère de Dieu? Ou celle d’une antique déesse de la fécondité? Car enfin, le site était habité depuis l’âge du bronze… Les habitants et les pèlerins furent heureux de trouver une solution à cette énigme quand, en 1166, à l’occasion d’une inhumation, creusant devant l’entrée de la chapelle, on découvrit, dans un sarcophage, un corps intact. Rocamadour avait trouvé son saint ! Le voilà, notre Amadour! Et les esprits de trotter et d’imaginer que c’était Zachée en personne venu là vivre en ermite, qui aurait sculpté la fameuse statue. Ou bien que le saint homme aurait ramené avec lui, d’Orient, une statue de couleur noire œuvre de St Luc l’évangéliste lui-même…
Toujours est-il que la Mère de Dieu n’attendit pas la date de 1166 pour confirmer que la statue noire, du moins celle que nous vénérons aujourd’hui et qui date du XIIe s., était bien la sienne : Dès 1148, un premier miracle est attesté, et dès 1159, Henri II d’Angleterre, époux d’Aliénor d’Aquitaine vint à Rocamadour remercier la Vierge de l’avoir guéri, miracles suivis de nombreux autres puisque en 1172, les bénédictins qui régentent la vie du sanctuaire rédigent le premier Livre des miracles et y authentifient 126 guérisons attribuées à la Vierge.

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Un grand pèlerinage démarre donc au XIIe s. Les plus grands personnages le fréquentent. On raconte que le fils d’Isabeau de Bavière, qui n’était pas sûr d’être celui de Charles VI, demanda un temps de prière à Notre-Dame de Rocamadour pour en avoir le cœur net. Il fut exaucé quand il entendit les paroles de Jeanne d’Arc qui, à Chinon l’avait identifié dans la foule de ses courtisans : “Gentil dauphin, je te dis de la part de Messire Dieu que tu es vrai héritier du trône de France”.

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Les pèlerins affluent au moins jusqu’au passage iconoclaste de mercenaires protestants en 1562, qui provoque la destruction des édifices religieux et de leurs reliques. Les chanoines décrivent, dans une supplique au pape Pie IV en 1563, les dégâts causés : « Ils ont, ô douleur! tout saccagé; ils ont brûlé et pillé ses statues et ses tableaux, ses cloches, ses ornements et joyaux, tout ce qui était nécessaire au culte divin… ». Les reliques sont profanées et détruites, y compris le corps de “saint Amadour”. Selon les témoins, le capitaine protestant Bessonie le rompt à coups de marteau de forgeron en disant : « Je vais te briser, puisque tu n’as pas voulu brûler ». Les capitaines Bessonie et Duras tireront, au profit de l’armée du prince de Condé, la somme de 20 000 livres de tout ce qui composait le trésor de Notre-Dame depuis le XIIe siècle.

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Rocamadour, aujourd’hui bien restauré et très visité, est le rocher des merveilles! En haut du grand escalier, sur la petite esplanade des chapelles, on vous montre, haut fichée dans le roc, l’épée Durandal, dont le comte Roland aurait donné au monastère le pesant d’or (Oh! oh! le monastère existait-il déjà aux temps carolingiens?) – Et voyez, sous une avancée du rocher, cette fresque de l’Annonciation, qui n’a jamais été restaurée ?

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Eh! bien, le 25 mars, le premier rayon du soleil vient la frapper. – Le croiriez-vous, cette Vierge si terrestre s’occupe spécialement des marins, et cette cloche, que vous voyez là haut, à la voûte de sa chapelle, elle se met à sonner toute seule chaque fois qu’elle en sauve un du péril de la mer…

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Cette sollicitude pour les gens de mer est si vraie qu’une plaque de marbre affirme qu’en 1536 Jacques Cartier est venu la remercier d’avoir sauvé son équipage du scorbut.
Un miracle bien attesté de nos jours, et cher aux musiciens, est celui de la conversion de Francis Poulenc, le 22 août 1936, alors qu’il profite d’un séjour de travail chez Pierre Bernac à Uzerche en Corrèze, peu de temps après le décès de son ami Pierre-Octave Ferrou. Il raconte lui-même: “A Rocamadour, je passe de longues heures dans le sanctuaire, seul en face de la Vierge sans péché et je reçois tout à coup le signe indiscutable, le coup de poignard de la grâce en plein cœur. Jamais plus depuis ma croyance n’a faibli.” Le soir même il écrit les premières notes de ses Litanies à la Vierge noire pour chœur de femmes ou d’enfants avec un accompagnement à l’orgue. A partir de 1937, il compose essentiellement des œuvres religieuses qu’il met “sous la protection de la Vierge Noire”: le Stabat Mater (1950) l’opéra Dialogues des carmélites (1957), la Messe en sol majeur pour chœur mixte a capella, et le Gloria (1959).

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Plus récemment, les lecteurs du roman de Michel Houellebecq intitulé Soumission auront repéré, au beau milieu du récit, un épisode de prière aux pieds de la Vierge Noire de Rocamadour qui apparaît comme le recours contre l’islamisation de la France.

Après avoir visité Rocamadour au calme, sous la conduite d’une guide exceptionnelle, aussi fine, érudite et distinguée que religieuse, nous avons fui la foule. Mais non sans nous réjouir qu’il y ait foule à Rocamadour. Car, parmi tous ces touristes ignorants, débraillés, irréligieux, il ne peut manquer que quelques uns soient touchés par la grâce. Le pourcentage? c’est le secret de Dieu…

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Il y a loin de Rocamadour à Poitiers! Le saint ermite LÉONARD DE NOBLAT, qui fut peut-être baptisé par Saint Rémi, avec pour parrain Clovis en personne, et qui se retira près de Limoges, ne nous permit qu’un rapide déjeuner et ne nous laissa même pas le temps de visiter sa magnifique église. La journée se termina par un moment de détente dans le noble site de l’abbaye de FONTGOMBAULT avec son église “joyau de l’art roman” et l’oratoire “mater admirabilis” installé à l’initiative de notre association et béni par les moines en 2010.

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Après quoi nous arrivâmes à la MAISON DE LA TRINITÉ, juste à temps pour ne pas rater le dîner, qui n’y est servi qu’entre 19h.15 et 19h. 30, dans une vaste cantine d’un niveau gastronomique tout à fait honorable. Cette “maison” sise en plein centre ville, en haut d’escaliers, sur un terrain fortement dénivelé, est un lieu chargé d’histoire: En 962 la comtesse Adèle, épouse du comte de Poitiers, donne le terrain pour y installer un lieu de prière qui deviendra l’abbaye bénédictine de la Trinité et le restera jusqu’à la Révolution. Les religieuses sont alors chassées et les bâtiments, vendus comme bien national, sont pratique-ment rasés par le nouveau propriétaire. Mais le nom de “Trinité” ne s’efface pas. En 1840, des religieuses enseignantes achètent le terrain et y construisent l’essentiel des bâtiments actuels. En 1906, elles sont chassées à leur tour, et les locaux deviennent ceux du Grand Séminaire qui, en 1973, cède la place à la “Maison Diocésaine”. S’y installent la plupart des services du diocèse: Catéchèse, Centre Théologique, Radio Accords, Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique, etc… Pour les personnes qui ont des raisons d’y séjourner, elle aligne de part et d’autre de longs couloirs, des chambrettes (ou cellules ?) dont les caractéristiques sont des murs blancs sans la moindre image même religieuse, avec un simple lavabo sans serviettes de toilette. On peut au besoin utiliser la taie d’oreiller pour se laver. Les W-C et douches sont rares et lointains, mais une solide poubelle en plastique peut servir de pot de chambre. Point positif: le lit est bon et l ‘éclairage permet la lecture. Ce petit peu d’ascèse nous prépare à rencontrer le lendemain deux grands saints: Hilaire et Radegonde.

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VENDREDI 28 AOUT

La journée est entièrement consacrée à POITIERS.
Nous sommes rassemblés au bord du Clain.

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De l’autre côté de la rivière ombragée de beaux arbres, nous apercevons la maison des Filles de la Sagesse, fondée au XVIIe s. par St Louis Marie Grignon de Montfort et, de ce côté-ci, le chevet roman d’une église élevée aux XIe et XIIe s. sur la crypte qui renferme le tombeau de Sainte RADEGONDE (518-587).

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Au-dessus de la crypte, les colonnes du chœur sont couronnées de chapiteaux admirables.

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Sur le côté de la nef angevine du XIIIe s, derrière un renfoncement grillagé, deux statues baroques: Radegonde, agenouillée devant le Christ, à elle apparu, qui lui dit : “De tous les joyaux de ma couronne, sache que tu es le plus beau” et qui lui prédit sa mort prochaine. Et pour attester la réalité de son passage, il laisse dans le rocher l’empreinte de son pied qu’on peut voir entre les deux statues .

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C’est “le Pas de Dieu”, une cavité qui, ma foi, peut avoir à peu près la dimension d’un grand pied… Pour en finir avec la tradition populaire, rappelons que la Grand’Goule, un dragon monstrueux vivait au fond du Clain et, lors de la montée des eaux, entrait dans les caves labyrinthiques qui traversent le sol poitevin et dévorait ceux qui s’y aventuraient. Radegonde s’arma d’une croix et d’eau bénite, et, une fois face à face avec la Goule, l’aspergea, dit une prière, et la bête disparut dans d’atroces souffrances.

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Mais Radegonde est un personnage historique des temps mérovingiens très bien connu par des textes contemporains. Princesse de Thuringe, orpheline de guerre encore enfant, ré-duite en esclavage avec son jeune frère, elle est vendue au roi franc Clotaire qui, vu la valeur politique que lui donne son rang, lui fait donner une bonne éducation. Elle sait lire et écrire et à l’époque, on ne lit qu’en latin! Elle grandit, embellit et il lui impose de l’épouser. La voilà reine. Mais Clotaire est un brutal, un ivrogne, un débauché; elle le déteste, et comble d’horreur, il fait assassiner son frère bien-aimé. Elle s’enfuit, passant par Noyon, elle exige de l’évêque Saint Médard qu’il la consacre à Dieu et vainc sa résistance. Elle se réfugie un temps, avec quelques suivantes dans le plus lointain de ses douaires où elle mène une vie sainte et charitable. Ses paroles sont une lumière pour ses compagnes, comme l’atteste son amie et sœur en religion Baudonivie qui rédigea sa Vie. Clotaire la rejoint, mais ayant peur de l’enfer dont elle le menace, il accepte la séparation et finance (entre 551 et 560) la construction d’un monastère, un des premiers monastères féminins.

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Radegonde s’y retire, le place sous la Regula ad virgines que saint Césaire d’Arles (470-542) déjà auteur d’une Regula ad Monachos avait écrite pour sa propre sœur. Radegonde refuse d’en être l’abbesse et se place sous l’autorité de son amie Agnès, mais entretient des relations épistolaires avec les souverains et grands personnages du temps. Elle fait de son mieux pour régler certains conflits, tient tête à l’évêque de Poitiers qui ne l’aime pas, et – Oh! merveille! – obtient de l’empereur byzantin Justin II un morceau de la Croix découverte par Sainte Hélène en 326, tenue pour la Vraie Croix et précieusement conservée depuis lors. Le monastère jusque-là consacré à Notre-Dame devient le Monastère de la Sainte Croix. Le 19 novembre 569, l’insigne relique arrive en grande procession, accompagnée du chant de deux hymnes composées tout exprès par un poète ami de la reine-moniale, Venance Fortunat : le Vexilla Regis et le Pange lingua qui font encore partie de la liturgie de la Semaine Sainte.

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Radegonde était une femme de caractère qui savait ce qu’elle voulait et savait l’obtenir. Elle sut conquérir sa liberté en faisant profession religieuse et offrit aux femmes, qui avaient la vie dure, un asile de paix. Victime d’un mariage forcé – fort avantageux, il est vrai – elle ne fut pas répudiée, mais c’est elle qui répudia un mari détesté. LaR pense qu’on peut recommander à ses prières les féministes et tout particulièrement les “Femen” iconoclastes qui auraient bien besoin de conversion. Parmi les Gallo-Romains, elle était une étrangère, venue d’Outre-Rhin, épouse d’un envahisseur de seconde génération plus ou moins bien intégré… Comment, aujourd’hui, traiterait-elle l’afflux des “migrants”? Comment, du haut du Ciel, voit-elle le problème? Recommandons lui Angela Merkel!

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Avec saint HILAIRE (315-367), nous changeons d’époque et de milieu social. La jeunesse de cet aristocrate gallo-romain, né deux ans après l’édit de Milan qui accorde la liberté du culte aux chrétiens (313), s’écoule sous le règne de Constantin (272-337). Il est exactement contemporain de celui de ses fils qui lui succéda non sans peine, l’empereur Constance II (317-361), premier empereur romain élevé dans la foi chrétienne. Celui-ci, au milieu des campagnes militaires que lui impose la poussée des envahisseurs et parmi les problèmes engendrés par la division politique de l’Empire entre Orient et Occident, a conservé le titre paternel de Pontifex Maximus et, peu respectueux des papes Jules Ier et Libère, se considère comme “l’évêque des évêques”. Il essaye, tant bien que mal, de donner à l’Empire une unité religieuse afin de parvenir à l’unité politique. Malheureusement, alors qu’il a interdit les cultes païens, il opte pour une forme de christianisme pourtant condamnée au concile de Nicée en 325, la doctrine du prêtre Arius, l’arianisme. Autrement dit il cherche à imposer une doctrine selon laquelle le Père est supérieur et antérieur au Fils qu’il a créé et qui ne lui est pas “consubstantiel”, alors que les Nicéens considèrent le Fils comme engendré, non créé (genitum, non factum), de même “substance” que le Père (un seul Dieu en trois personnes, pas trois dieux) et en tout égal au Père. C’est un exemple frappant de ce qu’on a appelé au XIXe s. le “césaropapisme”

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C’est dans ce contexte de polémiques religieuses qu’Hilaire va trouver l’occasion de devenir “saint”, “Père de l’Église” et d’être proclamé “docteur de l’Église” par Pie IX en 1851:
Né païen, bien formé à la rhétorique latine, il est déjà marié et père de famille quand il lit l’Évangile et, en 345, il demande le baptême. Sa conversion ne passe pas inaperçue des Poitevins puisque cinq ans plus tard, vers 350, alors qu’il n’a que 35 ans, il est proclamé évêque par la voix populaire.

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Il prend très au sérieux ses nouvelles fonctions et, pour instruire son peuple, rédige un Commentaire sur l’évangile de Matthieu, première œuvre exégétique latine qui nous soit parvenue, texte remarquable, mais qui révèle qu’Hilaire, cet Occidental, ne connaît pas la tradition orientale. La ville de Nicée, aujourd’hui Iznik en Anatolie, est bien loin de Poitiers. Il ne découvre qu’en 354 les formulations du Concile de Nicée sur l’engendrement du Verbe et c’est un trait de lumière! l’évidence de la Vérité, et il défendra toute sa vie la théologie trinitaire de ce concile, au prix de maintes tribulations. En 356 il participe à un certain concile de Béziers où il combat l’arianisme, ce qui lui vaut d’être exilé en Phrygie. Il n’est pas le seul dans ce cas. Plusieurs évêques antiariens font partie de la purge. À quelque chose malheur est bon! Il découvre là-bas les Pères orientaux et notamment la vie et l’œuvre de son aîné, saint Athanase (298-328) cinq fois exilé pour les mêmes raisons, dont il se sent très proche. C’est là qu’il découvre la pensée des théologiens orientaux et qu’il écrit ses grands traités de doctrine trinitaire: de Trinitate, de Synodis. Il cherche à exposer la doctrine catholique à l’empereur dans ses deux Livres à l’empereur Constance. En 359, il participe au concile de Séleucie. Voici ce qu’en dit l’historien quasi-contemporain Sulpice Sévère dans ses Chroniques: « L’empereur ordonna de rassembler les évêques dans Séleucie, Hilaire, qui achevait alors sa quatrième année d’exil en Phrygie, dut se rendre au concile comme tous les autres. Dès son arrivée à Séleucie, où il reçut un accueil des plus favorables, il gagna le cœur et l’estime de tous. Il n’eut qu’à exposer sa foi, qui était celle des pères de Nicée et il rendit par là témoignage en faveur des Occidentaux. Il fut alors admis à participer à leur communion. Les fauteurs d’hérésies coupables furent découverts et retranchés du corps de l’Église.

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Quand le concile eut rédigé ses décrets, une députation fut chargée de notifier à l’empereur ce qui avait été fait ». Mais l’empereur ne l’entendait pas de cette oreille et promulgue une loi qui définit que la foi des sujets de l’Empire doit être arienne. Furieux, Hilaire le traite – en privé, on peut le supposer – d’“antéchrist”. Mais Julien, nommé César en Gaule par Constance II, puis proclamé empereur romain en 361 rend aux Églises chrétiennes toute leur liberté religieuse, sans distinction de dogme. Les évêques exilés rentrent chez eux. Hilaire retrouve à Poitiers Martin qui s’était déjà mis à son école avant son exil et qui fonde le monastère voisin de Ligugé. Il réussit à organiser à Paris un concile régional qui fait condamner l’arianisme et excommunier Saturnin, l’évêque d’Arles, principal défenseur des thèses arianistes en Gaule.

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C’est vraisemblablement pendant cette période et sous sa direction, qu’a été construit le BAPTISTERE SAINT-JEAN réputé être le plus ancien monument chrétien d’Occident, une rotonde, éclairée par des vitres d’albâtre où nous avons admiré une cuve octogonale destinée aux baptêmes par immersion

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et de vénérables fresques tout de même très postérieures au IVe s.

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Il continue à écrire des commentaires de l’Écriture sainte, et quand il s’éteint, six ans après son retour, il est assez illustre pour que diverses paroisses se placent sous son patronage et qu’on édifie, sur une colline proche de Beaumes de Venise, une Chapelle Saint Hilaire dont nos amis Mestelan ont entrepris et mènent à bien la restauration.

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C’est vraisemblablement aussi sur le tombeau qu’il avait fait construire pour lui-même, son épouse et sa fille sainte Abre, qu’ont été édifiées les églises antérieures à l’extraordinaire édifice roman mis en chantier en 1049 et sauvé de la ruine en 1847 grâce à Mérimée, dont les arcs en plein cintre s’étagent sur plusieurs niveaux, l’ÉGLISE SAINT HILAIRE LE GRAND. Sous la plus haute voûte de cette merveille d’architecture, nous avons célébré la messe.

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Les combats de saint Hilaire pour l’orthodoxie catholique ont-ils encore de l’importance pour nous aujourd’hui? Assurément! Ils sont fondamentaux! Si Jésus Christ était seulement un homme, s’il n’était pas également Dieu, né de Dieu, Lumière né de la Lumière, Vrai Dieu, né du Vrai Dieu, comment aurait-Il pu donner à Pierre le pouvoir de lier et de délier? donner à ses apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de remettre les péchés? nourrir les fidèles de Son Corps et de Son Sang?

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Ce serait tout l’édifice des sacrements, toute l’Église qui s’écroulerait. À notre époque, dont Benoit XVI déplorait le “relativisme”, Saint Hilaire nous donne l’exemple d’un homme pour qui le mot de Vérité a un sens. Je suis la Voie, la Vérité et la Vie dit Jésus, l’un des trois V ne va pas sans les autres, et La vérité vous rendra libres…

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Après une matinée bien remplie, l’après-midi fut plutôt méditative. Il y eut, bien sûr la visite à l’incontournable NOTRE DAME LA GRANDE avec sa façade aussi extraordinaire et expressive dans le genre sculpture

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que la Tapisserie de Bayeux dans le genre broderie. Mais l’essentiel fut la visite au MONASTERE SAINTE CROIX, qui a plusieurs fois changé d’emplacement. Il n’a pas été épargné par la Révolution, mais la relique de la Croix a été préservée. L’autocar nous conduisit au lieu-dit campagnard de la Cossonière où la dédicace du nouveau monastère eut lieu le 19 octobre 1967. Un traitement de faveur nous y attendait. La vénération publique de la Croix est fixée au 3e vendredi de chaque mois, au 14 septembre et au 19 novembre. Or nous étions au 4e vendredi du mois d’août et nous avons eu droit à une bonne heure de vénération, le morceau de la Croix nous étant présenté dans son petit reliquaire.

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Ce fut, pour LaR, l’occasion de raviver les sentiments que lui avait inspirés, l’année précédente, la visite de la Colline des Croix en Lituanie. Qui éprouve le besoin de venir prier au pied de la Croix? Il y a le pèlerin qui se sent appelé à accomplir quelque chose de nécessaire, mais de dangereux, et qui a peur. Il vient planter là sa lâcheté et demander à Dieu de lui donner le courage de faire ce qu’il doit faire, jusqu’au martyre s’il le faut. Et puis, il y a le pèlerin accablé par le malheur ou le remords, qui vient planter là sa souffrance et son désespoir, et demander à Dieu de lui donner le courage de continuer à vivre et à le servir, jusqu’au bienheureux trépas qui est toute son espérance.

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Aucun doute! cet instrument de mort engendre un extraordinaire dynamisme, le dynamisme même de la résurrection, le dynamisme qui a engendré cette civilisation chrétienne qui vacille aujourd’hui, faute de ceux que Grignon de Montfort appelait les “amants de la Croix”. Ô crux ave, spes unica, comme on le chante dans l’ancien hymne Vexilla Regis composé précisément pour cette relique-là: “Salut, ô Croix, unique espérance”.

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SAMEDI 29 AOUT

Ce n’est plus la Croix mais le Sang du Christ qui nous attend à NEUVY SAINT SÉPULCHRE, bourgade de l’Indre où trois seigneurs locaux, retour de Terre Sainte, fondèrent au XIe s. une collégiale imitée du Saint Sépulcre de Jérusalem sous l’invocation de saint Jacques le Majeur, patron des pèlerins.

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Elle comporte une rotonde romane, avec des tribunes, soutenues par des colonnes dont plusieurs possèdent de beaux chapiteaux, retouchés par Viollet le Duc, sauveteur de l’édifice.

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Cette rotonde est prolongée par une nef gothique reconstruite en 1360. La renommée de l’édifice et son importance sur le chemin de Saint Jacques décupla lorsque un enfant du pays devenu cardinal-évêque de Tusculum et légat du pape Innocent IV à la VIIe croisade (la première des deux croisades de Saint Louis), Eudes de Châteauroux, y consacra un autel en 1246 puis, en 1257, y fit parvenir un fragment du tombeau du Christ et “Trois gouttes du Précieux sang” dans un reliquaire. Le 21 avril 1621, Mgr André Frémiot, propre frère de Ste Jeanne de Chantal, institue la confrérie du précieux Sang en réponse à une supplique des notables de la paroisse et encore aujourd’hui, tous les lundis de Pâques, dans une affluence considérable, le reliquaire est porté en procession à travers les rues de la ville avec allocution du prédicateur invité, prières, salut et bénédiction du Saint Sacrement.

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Que contient au juste ce reliquaire? Comment et sur quoi ces “trois gouttes” auraient-elles pu être prélevées un peu plus de 1200 ans après avoir été versées? Questions sans importance. Il suffit que le reliquaire actuel, qui date de 1909 (un tube de verre soutenu par une pièce d’orfèvrerie figurant un ange), et qui se trouve exposé à l’entrée de la nef, soit un support concret qui dirige les pensées des fidèles vers le sang du Christ versé pour nous…

C’est fini! Les saints qui nous attendent dans leur Ciel depuis le IIIe siècle (Privat), le IVe s. (Hilaire), le VIe s. (Radegonde), le XIIe s. (le légendaire saint Amadour), le XIVe s. (Urbain V) le XVIIe s. (Jean-François Régis) , le XIXe s. (Thérèse Couderc) , le XXe s. (Charles de Foucauld) nous ont conduits jusqu’à la Croix et au Sang du Christ. Ce fut un beau voyage. Nous allons nous séparer, mais “ce n’est qu’un au revoir, mes frères”…

Voyage-pèlerinage en Pologne et en Lituanie

LE PROGRAMME CI-DESSOUS

Permettra au lecteur de se repérer quand la raconteuse
prendra des libertés avec l’ordre chronologique

Mercredi 8 octobre : Arrivée à Varsovie dans la matinée. L’après-midi, à Niepokalanow, visite du sanctuaire du père saint Maximilien Kolbe

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Jeudi 9 octobre : départ pour Malbork (alias Marienborg), visite du château et histoire des Chevaliers Teutoniques.

Vendredi 10 octobre : départ pour Gdansk (alias Dantzig). Visite de la vieille ville. L’après-midi, visite du chantier naval d’où est partie la résistance de Solidarnosc contre le communisme.

Samedi 11 octobre : Le matin, trajet en bateau jusqu’à Westerplatte où les Nazis ont déclenché la 2ème guerre mondiale.
L’après midi on s’arrête en route dans un joli village où un mariage nous empêche de célébrer la messe à l’église (sanctuaire marial et lieu de pèlerinage). Il faut se replier sur la chapelle des sœurs, installée au troisième étage, dans le grenier de leur maison. On gagne en soirée, à Olsztyn, ville en grimpette, une très confortable résidence, après avoir trainé nos valises dans les raides escaliers du pourtour du château.

Dimanche 12 octobre : La longue route que nous avons à faire est coupée par l’arrêt, en Mazurie, non loin d’Augustow, au charmant sanctuaire de Notre-Dame du Puits, édifié sur le lieu d’un antique ermitage, en forêt, entre deux lacs.

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On quitte la Pologne pour la Lituanie et on s’installe, le soir, à Vilnius (alias Wilno) chez les frères de St Jean qui disposent de l’ancien couvent des Trinitaires. On y célèbre la messe dans la simple et charmante chapelle d’hiver des frères.

Lundi 13 octobre : Visite, le matin, de la vieille ville, et l’après-midi, du Parlement, d’une maison où a habité Ste Faustine Kowalska, et pour terminer, d’un cimetière où les tombes, dont certaines fort artistiques, s’éparpillent sous les arbres d’un grand parc forestier, et où reposent un certain nombre de Français, grognards de la Grande Armée, morts de faim et de froid à Vilnius pendant la retraite de Russie, dont Robert nous lut, en chemin, d’épouvantables récits.

Mardi 14 octobre : Le matin, visite de la cathédrale et de l’église St Pierre et St Paul. L’après-midi, en attendant (vainement) un couple de pèlerins qui devaient nous rejoindre et avaient raté une correspondance d’avion, on fait la connaissance d’un artiste lituanien, Vaidotas Kvasys, et on visite son exposition de gravures sur cuivre illustrant les visions de ste Faustine. On admire (plus ou moins selon les gouts) un grand tableau de lui, représentant l’Apocalypse. En fin d’après-midi, départ pour Baltriskes, hameau perdu dans la campagne du nord-est de la Lituanie, aux confins de la Lettonie et de la Biélorussie. Le soir, installation chez les frères de Tibériade.

Mercredi 15 octobre : Causerie du frère François sur la communauté de Tibériade, visite de l’église en bois et de son clocher extérieur, visite de la ferme des frères, et promenade dans la campagne. Journée de repos pour le chauffeur.

Jeudi 16 octobre : en fin de matinée, après la messe, bénédiction solennelle de l’oratoire st Jean Baptiste. Verre de l’amitié et festin partagé avec plusieurs Lituaniens.

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L’après-midi, marche dans la forêt jusqu’au mémorial du massacre de 8000 juifs [Les juifs étaient jadis nombreux en Lituanie. Ils avaient même appelé Vilnius “la nouvelle Jérusalem”. Pendant leur occupation du pays, les Allemands s’employèrent à les exterminer. Nous avons récité à leur mémoire un De Profundis. Ce lieu est une sorte de petit Katyn].

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Ensuite, visite de la chapelle de Stelmuze, près d’un lac et d’un chêne millénaire, et retour pour notre dernière soirée à Baltriskes.

Vendredi 17 octobre : Le matin, sanctuaire marial de Siluva. L’après-midi, visite de la colline des Croix.

Samedi 18 octobre : Retour en Pologne. On roule toute la journée en direction de Varsovie qu’on atteint le soir après un nouvel arrêt à Notre-Dame du Puits où notre chanoine célèbre la messe. On s’installe, au quartier nord de Zoliborz, dans la confortable maison Dom Amicus, tout près de l’église moderne St Stanislas Kostka. Le bienheureux Jerzy Popieluszko y fut vicaire, y soutint Solidarnosc de ses homélies enflammées, fut assassiné, et sa tombe, très vénérée, se trouve dans le jardinet adjacent.

Dimanche 19 octobre : Journée libre à Varsovie: le matin, la raconteuse se promène dans le quartier, et découvre sur un des côtés de la place Wilson, autour d’un ancien fort reconstruit à neuf et désormais lieu de loisirs, un très joli parc. De retour à la résidence, elle assiste à la télé, à la béatification de Paul VI. L’après-midi, quelques uns vont au musée Chopin, d’intérêt moyen, après avoir pris le métro place Wilson, dans la plus belle station de la ville. Oh ! ce plafond moderne vraiment superbe! Pendant ce temps, les organisateurs et la traductrice s’occupent d’une pèlerine qui a fait une mauvaise chute… et la journée se termine par le grand concert en l’honneur du 30e anniversaire de l’assassinat de Popieluszko

Lundi 20 octobre : Le matin, visite de la vieille ville. L’après-midi, musée de l’Insurrection.

Mardi 21 octobre : Le matin, musée national. Après-midi libre.

Mercredi 22 octobre : départ pour l’aéroport et retour en France.

UN PÈLERINAGE EXCEPTIONNEL

Exceptionnel, il le fut à divers points de vue: D’abord et surtout par l’intérêt de lieux ignorés de la plupart des touristes français, visités (sauf quelques épisodes pluvieux) par un temps plus clément que de saison; par sa longueur: deux semaines; par l’intensité des prières qui meublaient les longs trajets en car et les arrêts dans les sanctuaires, les angélus s’enchaînant aux chapelets, les chapelets aux litanies, les litanies aux lectures et les lectures aux cantiques; enfin par les efforts qu’il a demandés aux pèlerins.

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Robert et Claudia Mestelan, qu’on ne saurait trop remercier et admirer d’avoir tout prévu et organisé, avaient recruté trois accompagnateurs:
Un chauffeur, Stanislas, qui ne parlait que le polonais, mais nous a conduits sans problèmes de l’aéroport de l’arrivée à l’aéroport du départ
Une charmante traductrice, Eva, professeur de français et d’italien, au chômage faute d’élèves pour apprendre ces langues. [la perte d’influence de la France en Pologne est évidente: dans les musées, les inscriptions à l’usage des étrangers sont uniquement en anglais, les voitures françaises sont quasi absentes: une Renault de loin en loin, une Peugeot rarissime, dans un flot de japonaises avec une forte minorité d’allemandes. Toutefois, dans une parfumerie de Varsovie, on pouvait acheter les champoings du Petit Marseillais, et à Baltriskes, sur la table du festin, figuraient des bouteilles de Bordeaux] À noter que nos deux accompagnateurs polonais ont participé à nos messes et à nos prières comme de véritables pèlerins. [En Lituanie comme en Pologne, républiques “laïques” mais pas à la manière française, nous étions en pays catholique.]

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Enfin, un aumônier, notre fidèle chanoine Trauchessec, qui célébra notre messe quotidienne, et confessa ceux qui avaient envie de se confesser. Il est membre de l’institut de droit pontifical du Christ-Roi Souverain Prêtre qui a obtenu de Rome le privilège de ne célébrer que l’ancienne messe, de sorte que notre ordinaire fut chaque jour “extraordinaire”. [Ce privilège ne doit pas plaire à l’évêque de Vilnius:

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Le 14 octobre à 7 heures du matin, dans la chapelle haute de la Porte de l’Aurore, devant l’icône de la Mère de Dieu, la plus vénérée de la ville, alors que notre cher chanoine était déjà revêtu de la chasuble, intervint le sacristain : “La messe tridentine est interdite dans ce diocèse”. Il fallut se rabattre sur la chapelle des frères de St Jean où, apparemment, elle n’est pas interdite, ni d’ailleurs à Baltriskes ni à Siluva. Le sacristain avait-il outrepassé ses fonctions ? Toujours est-il que le cardinal chargé à Rome de la commission Ecclesia Dei fut averti de cet incident].

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Nous étions en tout 26 (y compris les deux qui parvinrent à nous rejoindre à Baltriskes). Donc 21 pèlerins de base, dont la moyenne d’âge devait tourner autour de 77 ans, avec une majorité d’octogénaires. Ils apprécièrent tout le long du chemin la cuisine polonaise, simple familiale, roborative, les bonnes soupes et les petits déjeuners pantagruéliques, mais il leur fallut se contenter, chez les frères de St Jean d’un confort rustique, et chez les frères de Tibériade d’un confort ascétique. Quand elle constata qu’il faudrait y coucher en dortoir sur de simples matelas de mousse de plastique posés sur le sol du grenier, la raconteuse se dit que les organisateurs étaient fous de condamner des vieillards à faire la pénible gymnastique consistant à se relever quand on est par terre. Elle se demanda si c’était en l’honneur de la Sainte Trinité qu’il faudrait passer trois nuits là où on était le plus mal, se dit que si elle avait su, elle ne serait pas venue… et puis, ma foi, tout le monde s’est accommodé de la situation et le séjour s’est bien passé. Mais, même là où le confort était normal, voire excellent, il fallait se lever tôt , monter les valises dans les escaliers quand il n’y avait pas d’ascenseur et faire de longues marches rapides dans les lieux inaccessibles au car. Les participants n’oublieront pas de sitôt leur marche jusqu’au mémorial juif sous la pluie (un de nos rares jours de pluie), dans une allée forestière complètement défoncée par les tracteurs, avec des mares, des ornières pleines d’eau, de la mousse spongieuse… C’est miracle si personne n’est tombé dans la boue! Il y eut une chute plus tard, dans un endroit où on ne l’aurait pas imaginée: dans le couloir central de l’autocar! Une chute grave avec fracture, hospitalisation, nécessité de rentrer en avion allongée sur une civière… Bref, les vingt qui sont rentrés en France sains et saufs étaient enchantés d’avoir beaucoup vu et appris, d’avoir prié tous ensemble en bonne amitié, et fiers d’avoir tenu le coup, mais vraiment, ils étaient à la limite de leurs forces et de leur capacité de déplacement.
Ce pèlerinage exceptionnel nous a donné beaucoup à réfléchir et à méditer et les méditations des 26 devaient être 26 méditations différentes. C’est pourquoi la raconteuse (en abrégé LaR), qui ne veut pas imposer aux autres sa propre vision des choses, prendra soin, quand elle passera du simple énoncé des faits au commentaire, de le signaler en précisant “LaR se dit que…” ou autre formule analogue.

POLOGNE ET LITUANIE

Deux pays tard christianisés. La Pologne, pas avant le Xe siècle. Quant à la Lituanie, elle était encore païenne en 1386 quand son grand duc Jagellon se fit baptiser en épousant la reine Hedwige de Pologne. Alors que le grand voisin russe optait pour Constantinople, la Pologne, et à sa suite la Lituanie, optèrent pour Rome. Il paraît que tout un folklore païen subsiste en Lituanie, et même en Pologne on trouve sur la grand place de la vieille ville de Varsovie un objet bien étrange : une fontaine surmontée de la statue d’une sirène qui, d’une main bran-dit une épée et de l’autre tient un bouclier. Cette créature née dans la Baltique aurait remonté la Vistule jusqu’à Varsovie dont elle se serait proclamée la protectrice… LaR la rapproche d’autres ondines nordiques, sœurs lointaines de celles de l’Odyssée, la Petite Sirène d’Andersen dont la statue orne le port de Copenhague, et la Lorelei qui, par son chant, attire au fond du Rhin les imprudents qui l’écoutent. Un poème de Mickiewicz, le Victor Hugo polonais, sur un thème analogue a inspiré la 3e ballade de Chopin.
Et la Lituanie serait passée d’un catholicisme encore tout jeune au calvinisme si, en 1610, au village de Siluva, la Mère de Dieu en personne n’avait pas redressé la situation en apparaissant – chose unique dans les annales – à un Protestant, auquel elle exprima ses regrets de constater que dans ce lieu où naguère le corps et le sang de son fils étaient honorés y étaient désormais méprisés. Cette apparition fit grand bruit, ramena les Lituaniens à la vraie foi, et Siluva devint un lieu de pèlerinage. Une grande esplanade destinée aux processions sépare l’ancienne église en briques, richement décorée à l’intérieur, d’une chapelle moderne hypersulpicienne où nous pûmes communier à côté du rocher où Notre-Dame posa ses pieds. Toujours est-il qu’une fois implanté, le catholicisme prospéra et qu’aujourd’hui encore, malgré, dit-on, la concurrence de quelques sectes, ces deux pays sont peut-être, en Europe, ceux où il est le plus vivant. Certaines belles églises modernes, comme cette Sainte Barbara de Gdansk, aux vitraux remarquables, où nous eûmes la messe, ne sont pas indignes des églises anciennes aux retables dorés, qui se partagent entre le gothique flamboyant aux voûtes en étoile, et le baroque, avec foison de décorations en stuc. L’église St Pierre et St Paul de Vilnius ne compterait pas moins de deux mille statues! Plus modeste, mais plus touchante, la petite chapelle de Stelmuze, du XVIIIe s., tout en bois, entièrement chevillée, sans un clou, possède, à l’intérieur, une décoration en stuc d’une beauté stupéfiante. On nous a signalé comme une curiosité, dans le voisinage, l’existence d’un village orthodoxe de “vieux croyants”, ces “intégristes” qui ont résisté aux réformes de Pierre le Grand et dont quelques uns – leurs descendants en sont la preuve – ont survécu au drame mis en musique par Moussorgsky dans la Kovantchina.
La Pologne n’est pas “riche” selon les critères occidentaux. Disons qu’elle est un peu plus pauvre que la France, du moins apparemment et pour le moment. Le zloty vaut un quart d’euro et les prix sont favorables aux Français. Les chômeurs sont nombreux et ne reçoivent une aide, inférieure au smic polonais, que pendant un an. Il se peut que ce soit la faiblesse des aides et allocations qui ait préservé l’homogénéité de la population, dans laquelle on ne remarque pas de “diversité” comparable à celle que la France accueille si généreusement. La guide qui nous a parlé, aux chantiers de Gdansk, déplorait la “fuite des cerveaux” et l’exil en Amérique de trop de jeunes Polonais diplômés. Varsovie, qui est une ville très étendue, n’a encore qu’une seule ligne de métro. Le nord du pays manque un peu d’autoroutes. Partis de Malbork pour Gdansk, nous fumes bloqués par un accident, pendant une bonne demi-heure, devant un paysage marécageux parfaitement plat où un méandre de rivière simulait un lac. Des cygnes s’y ébattaient. Une demi-heure à rêver au “Lac des Cygnes”!
Ceci dit, LaR, qui a connu la Pologne en 1981, aux jours glorieux de Solidarnosc, est en admiration devant la vigueur avec laquelle les Polonais ont redressé leur pays et ont sauvé leur patrimoine architectural en restaurant à l’identique les monuments historiques bombardés, en reconstituant leurs vieilles villes et en faisant de Varsovie en ruines, une grande capitale occidentale,
La Pologne est riche par rapport à la Lituanie, qui n’a guère comme ressources naturelles que l’ambre de la Baltique

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et le lin, et qui a eu encore davantage à souffrir de la guerre et de la période soviétique. Alors que la Pologne n’était qu’une nation satellite de l’URSS, la Lituanie y avait été entièrement intégrée de force et n’est devenue indépendante qu’en 1991. Les Soviétiques avaient déporté en Sibérie un tiers (oui, un tiers!) de sa population, soit environ un million de personnes. Il semble que le projet de remplacer ce tiers par des Russes n’ait pas abouti. Nous n’avons pas entendu parler de problème de russophonie, comme en Ukraine, dans ce pays dont les natifs parlent une langue indo-européenne non slave, très archaïque, sans aucune parenté, sinon très lointaine, avec le polonais ni le russe. Quand on entre dans Vilnius on a l’impression d’une de ces capitales d’Europe de l’Est (Roumanie, Bulgarie) qui ont du mal à se remettre du communisme. La vieille ville aux multiples clochers et le centre ville ont été bien restaurés, mais il reste beaucoup à faire et l’argent manque.

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Le couvent où résident les frères de St Jean a une grande église du XVIIe s. avec une haute coupole qui aurait bien besoin de ravalement. Ils n’ont pas le premier litas des millions que cela couterait. La visite du Parlement de Vilnius fut très intéressante, moins par le bâtiment lui-même que par la personnalité de nos guides. Le premier, dans un français savoureux, et avec une pointe d’humour nous dépeignit la vie politique lituanienne comme une alternance pendulaire entre la droite et la gauche, avec un gouvernement féminin, la présidence et les principaux ministères étant occupés par des dames. Notre deuxième guide était précisément une dame, députée, dont les Mestelan avaient fait la connaissance à Rome. Ses préoccupations étaient les mêmes que les nôtres en matière de bioéthique (avortement, euthanasie, mariage gay etc.). Ajoutons que selon les frères de Tibériade, les Lituaniens sont proches des Ukrainiens occidentaux et hostiles à Poutine. Il faut dire que la Lituanie est membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004, fait partie de l’Espace Schengen depuis le 21 décembre 2007 et ambitionne de passer à l’euro. La pauvre!
Tout au long de ce voyage, la réflexion de LaR s’est souvent portée sur la notion d’identité: identité des individus (“Moi”, qui suis un autre que “Toi”, tantôt mon “ami“, tantôt mon “ennemi”, toujours mon “prochain” que notre sainte religion m’oblige à “aimer comme moi-même”), les identités des familles, des groupes sociaux, des “nations”, tenues pour “patries”, qu’elles aient ou non statut d’ “États”. L’identité est une chose si fondamentale dans le psychisme humain qu’elle est inscrite dans notre système des pronoms personnels. Le locuteur qui dit “Nous” affirme qu’il fait partie d’un groupe homogène distinct du groupe auquel il dit “Vous”. Il y a “les uns” et “les autres.“
Or nous voilà en présence de deux pays sans frontières naturelles. La Lituanie, ce petit pays qui compte aujourd’hui 3 millions d’habitants, a fait partie pendant des siècles du royaume de Pologne depuis le jour du 18 février 1386 où la reine Hedwige épousa le grand duc Jagellon. Dans la cathédrale froidement classique de Vilnius, une belle chapelle baroque conserve les grandes statues en argent des rois et des reines polono-lituaniens. Eh bien, dès que la chose lui a été possible (rarement dans l’histoire, il faut le dire), la Lituanie a choisi d’être indépendante. Les Lituaniens entretiennent avec les Polonais des relations de bon voisinage, mais ils ne sont pas des Polonais.
Et les Polonais eux-mêmes, dont le pays a été trois fois partagé entre la Prusse (protestante et germanophone), la Russie (orthodoxe et russophone), et l’Autriche (catholique et germanophone)? Une amie polonaise de LaR lui a affirmé que la partie de la Pologne sous domination autrichienne n’a pas été malheureuse, bien au contraire. Et pourtant, se sont-ils laissé assimiler? Non! Ils ont résisté, ils sont restés polonais. Comment ont-ils fait? Les deux points d’appui principaux de la résistance sont évidemment la langue et la religion, auxquelles s’ajoute le souvenir de quelques glorieux évènements historiques devenus plus ou moins mythiques.
Napoléon, grand chambouleur des identités européennes, occupe Vilnius pendant 19 jours en 1812. Il y est accueilli en libérateur et y recrute 13 régiments lituaniens à intégrer à la “grande armée” partie à la conquête de Moscou. Il est moins fier au retour. C’est un rêve d’unité européenne qui s’écroule. Ce ne sera peut-être pas le seul. De même que les Terrestres, n’en déplaise aux mondialistes, ne pourraient dire “Nous” d’une seule voix que par opposition à des Martiens (mais les Martiens n’existent pas), de même les Européens, unis dans leur diversité, ne pourraient dire d’une seule voix “Nous” au reste du monde, qu’en se montrant fiers de leurs “racines chrétiennes” et de tout ce qu’ils ont pu offrir à ce reste du monde en matière d’arts, de science, d’inventions, et de bonnes mœurs, justement grâce à leur civilisation chrétienne. Ce n’est pas précisément l’idéologie de l’Union Européenne. Combien de temps cette idéologie nous sera-t-elle imposée ?

WESTERPLATTE

La guerre peut être considérée comme une pathologie des identités. Un “Nous” dynamique et conquérant attaque un “Vous autres” qu’il considère inférieur à quelque point de vue et qui, à son tour, devient un “Nous” qui se défend plus ou moins héroïquement contre le “Vous” de son injuste agresseur. Le “Nous” de Hitler, extrêmement dynamique et conquérant, décida d’en finir avec une stupidité du traité de Versailles, le “corridor de Dantzig (alias Gdansk)”, seul accès à la mer Baltique laissé à la Pologne, qui séparait la Prusse-Orientale du reste de l’Allemagne, et d’en profiter pour annexer l’ensemble du territoire polonais. Dantzig était alors une “ville libre” placée sous la protection de la Société des Nations. Toutefois, depuis 1924, la Pologne avait le droit d’y avoir “un dépôt de munitions protégé » qui se trouvait à Westerplatte, une petite presqu’ile boisée qui contrôle l’accès du chenal menant au port. Hitler avait déjà annexé, sans réaction significative des alliés, la Ruhr, l’Autriche, et la Tchécoslovaquie. Il pensait qu’il en serait de même cette fois encore. De toute façon, si réaction il y avait, il était prêt à la guerre. La réaction eut lieu, et le vendredi 1er septembre 1939, la seconde guerre mondiale commença.

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La garnison de Westerplatte comprenait 180 soldats. Elle était commandée par le major Sucharski qui la renforça en creusant des abris souterrains et sept tranchées à des endroits stratégiques, pour bloquer l’accès à la bande de terre la reliant au continent, tous travaux faits de nuit, pour échapper à la vue d’Allemands postés sur les toits d’entrepôts des quais, qui les observaient pendant la journée. De son côté, le général allemand Eberhardt disposait de 1.500 SS répartis en 225 commandos d’élite, et le contre-amiral Kleikamp avait positionné son navire, le Schleswig-Holstein, alors en “visite de courtoisie”, de façon à pouvoir bombarder Westerplatte. Le premier assaut commença le 1er septembre lorsque des soldats allemands arrachèrent une barrière à la frontière polonaise et que, à 4 h 48 du matin, le navire de l’amiral Kleikamp ouvrit le feu. Huit minutes plus tard, les commandos allemands montaient à l’assaut en trois escouades. Les soldats polonais réussirent à arrêter leur progression. Les Allemands en difficulté firent appel à l’aviation. Le 3 septembre, 60 avions de la Luftwaffe bombardèrent les casemates polonaises qui abritaient les derniers stocks de nourriture. Après délibération les Polonais décidèrent néanmoins de continuer la lutte et ne hissèrent le drapeau blanc que le 7 au matin. Les prouesses du commandant Sucharski avaient retardé l’occupation allemande de la côte polonaise pour une durée courte, mais suffisante pour sauver la marine polonaise. Sucharski se rendit à Kleikamp qui lui rendit son sabre en l’honneur de son courage et les soldats allemands se mirent au garde-à-vous lorsque la garnison quitta Westerplatte et qu’ils purent hisser sur la place conquise le drapeau du Troisième Reich.
Les Allemands pensaient venir à bout en douze heures de la garnison de Westerplatte. Sa longue résistance fut pour eux une considérable humiliation et pour les Polonais un de ces sujets de fierté qui permettent aux vaincus de garder le moral et de ne pas se sentir humiliés. Les pertes en hommes étaient beaucoup plus importantes du côté allemand que du côté polonais. Un monument aux morts fut érigé. Notre deuxième matinée à Gdansk fut consacrée à aller leur rendre hommage.

SOLIDARNOSC ET LE BIENHEUREUX JERZY POPIÉLUSZKO

Comment la Pologne, trois fois partagée entre ses puissants voisins depuis 1772, et qui n’a retrouvé son indépendance qu’en 1918, a-t-elle réussi à sauvegarder son identité nationale, religieuse et linguistique ? Elle s’est rassemblée autour de l’Église catholique, et s’est livrée périodiquement, surtout à l’égard de la Russie, à des insurrections dont les résultats furent toujours décevants, à l’exception de celle qui a abouti à la reconnaissance de Solidarnosc. Après l’insurrection de Kosciuszko en 1794, celle du royaume de Pologne en 1830-1831, après le soulèvement de Cracovie en 1846, l’insurrection de 1861-1864 a pour résultat une dure répression et une tentative de russification complète de la Pologne sous domination russe. Et plus près de nous, suite au partage du monde à Yalta, on recommence, contre une Russie qui n’est plus celle des Tsars, mais des Soviets… Dès juin 1956, à Poznan, des émeutes où les ouvriers crient “Nous voulons du pain”! éclatent et prennent une telle ampleur que des généraux russes sont envoyés diriger quelques régiments de l’armée polonaise pour les réprimer. Des morts et des arrestations en grand nombre! Solidarnosc n’oublie pas cette première insurrection et l’une de ses premières initiatives, après les accords de Gdansk, est de lui faire édifier un monument commémoratif.
Bien que réprimées, les insurrections polonaises eurent au moins l’efficacité de “barouds d’honneur”, ces combats qu’on sait ou qu’on présume perdus d’avance, mais qu’on livre néanmoins, afin de pouvoir résister à l’humiliation et ne pas tomber dans le désespoir. Les acteurs de ces glorieuses défaites deviennent des héros nationaux dont on vénère la mémoire et qui servent d’exemple aux générations nouvelles. Le major Sucharski est incontestablement un de ces héros. Le bienheureux Jerzy Popieluszko, dont nous allons avoir à parler, en est un autre.
La Pologne entretient soigneusement leur mémoire. Juste avant de quitter Varsovie, à Wilanow, dans la banlieue sud, nous avons visité un “Temple de la Divine Providence” en construction, qui est destiné à servir de panthéon aux grands hommes de la Patrie et qui abrite déjà un musée Jean-Paul II. À Varsovie même, à la sortie de la vieille ville et à l’orée d’un grand parc, comme sous l’Arc de Triomphe de Paris, brule une flamme qui doit être constamment ravivée. Des soldats montent la garde auprès d’elle dans un garde-à-vous impeccable et une immobilité de statue. Mais, sur le monument qui la protège, ce n’est pas depuis 1789, mais depuis 966, date du baptême du premier roi de Pologne, que sont mentionnées les principales batailles de l’histoire polonaise.
Parmi les grands hommes de la Pologne, il en est un auquel nous avons adressé une petite prière d’actions de grâces, devant son monument, sur le boulevard qui entoure la vieille ville de Varsovie : le roi Jean Sobieski qui, le 12 septembre 1683, délivra Vienne assiégée par les Turcs. Tout apprenti pianiste qui joue la “Marche turque”, tout spectateur de l’“Enlèvement au Sérail” devrait faire de même. Imagine-t-on Mozart sous le joug islamique, sans parler de tout ce que la Vienne du XVIIIe et du XIXe s. a apporté au monde ?
LaR pense qu’actuellement, la principale différence entre les Français et les Polonais est que le politiquement correct en France consiste à se repentir des “heures les plus sombres de notre histoire”, alors qu’en Pologne il consiste à s’enorgueillir de Solidarnosc et de l’insurrection de Varsovie, ce qui est incontestablement plus tonique.
Donc à Gdansk, l’après-midi du 10 octobre, à proximité des “chantiers navals”, nous sommes debout devant un haut monument érigé à la mémoire des victimes de l’insurrection de 1970, dite “émeutes de la Baltique”, et d’un mur où figurent des noms, des photos, des images. Notre guide francophone, une dame d’un certain âge, qui a vécu ces évènements, les raconte avec émotion. Quoique ces émeutes ne se limitent pas à Gdansk et touchent les autres villes côtières, les ouvriers des chantiers dont le nombre s’est élevé jusqu’à 100.000 à l’époque soviétique, y jouèrent un rôle important. [Les chantiers de Gdansk, fondés à l’époque de l’occupation prussienne, n’ont jamais construit que des bateaux de guerre, d’abord pour les Prussiens, puis pour les Nazis, enfin pour les soviétiques. LaR se proposait de les comparer aux chantiers de Saint Nazaire qu’elle connaît bien, afin de comprendre pourquoi Poutine avait commandé ses navires Mistral à Saint Nazaire plutôt qu’à Gdansk. La réponse est simple! Il a choisi la technologie française, et Dieu fasse que la France ne les refuse pas à leur destinataire. Les chantiers de Gdansk, depuis la chute du communisme, ne construisent pratiquement plus rien, se limitant au contrôle des navires et à la réparation de ceux qui sont endommagés. Une des causes du développement du chômage…]
Comme en 1956, les revendications des émeutiers de 70 étaient plus économiques que politiques. Le système des prix alimentaires fixés à un niveau artificiellement bas aboutissait à la stagnation de l’agriculture, d’où la nécessité de recourir à des importations couteuses, de sorte que le gouvernement dut finir par augmenter massivement les prix de produits alimentaires essentiels. Par une étonnante erreur de jugement, il en fit l’annonce en décembre 70, en pleine préparation du réveillon de Noël. Devant l’extension des émeutes, il mobilisa cinq mille membres de brigades de police spéciales et vingt-sept mille soldats équipés de chars lourds et de mitrailleuses. Plus de mille personnes furent blessées, au moins quarante tuées (le nombre exact de victimes restant inconnu) et trois mille furent arrêtées. Toutes les victimes furent enterrées de nuit, en présence seulement de leur famille proche, afin d’éviter l’extension des émeutes.
Dix ans plus tard Lech Walesa, un simple électricien des Chantiers, tira des leçons de cette expérience quand il prit la tête, en juillet 1980, d’une vague de grèves démarrée, une fois encore, à la suite de l’augmentation des prix alimentaires, et par le licenciement d’une militante. Et pour une fois, le succès fut au bout de l’action! Il faut dire que l’élection, deux ans auparavant, d’un pape polonais, et son célèbre “N’ayez pas peur!” avait été un formidable encouragement pour le peuple opprimé, et aussi que le vieux Brejnev n’avait pas la poigne de Staline. Lech sut convaincre les grévistes de garder leur calme: “Il ne doit pas y avoir de revendications qui inciteraient le gouvernement à utiliser la violence ou qui mène-raient à son effondrement. Nous devons leur laisser des portes de secours. Nous avons besoin de revendications économiques et politiques négociables.” Les grévistes demandent à l’archevêque de Varsovie un prêtre qui puisse célébrer la messe pour eux, et c’est un jeune vicaire de la paroisse saint Stanislas Kostka, âgé de 34 ans, inspiré de la spiritualité de Maximilien Kolbe et ami de Lech Wałęsa, Jerzy Popiełuszko, qui est choisi et qui devient leur aumônier. Les négociations menées avec le pouvoir sur un programme en 21 points à tendance autogestionnaire sont publiques, enregistrées par les délégués d’entreprises, et permettent aux travailleurs d’affiner les mandats de leurs délégués, d’en changer si nécessaire. Elles aboutissent enfin, le 31 août 1980, à l’issue de 14 jours de grève au chantier naval Lénine de Gdansk: le vice-Premier ministre Mieczyslaw Jagielski cosigne avec Lech Wałęsa, devant l’assemblée générale des délégués des entreprises en grève dans la région, un accord qui ouvre la voie à la constitution d’un syndicat indépendant auquel on donne le nom de Solidarnosc, en français Solidarité, qui ne tarde pas à devenir une fédération de syndicats. C’est un événement sans précédent, non seulement en Pologne, mais dans tous les pays du Pacte de Varsovie. Cela signifie une cassure dans la ligne dure du Parti qui avait auparavant provoqué un bain de sang pour réprimer un autre mouvement de protestation. Le syndicat issu de cette lutte bénéficie tout de suite du parrainage de l’Église et les adhésions affluent: le nombre total de membres atteint 10 millions, soit un tiers de la population totale de la Pologne ou plus de trois fois le nombre de membres du parti communiste. Le premier congrès de solidarité, en septembre 1981, précédé d’une messe durant laquelle tous les délégués prient à genoux, est un événement international, couvert par les médias du monde entier. Naturellement, Lech Wałęsa est reçu officiellement en audience par Jean-Paul II au Vatican.
Et voilà que le 13 décembre 81, aux ordres de l’Union des républiques socialistes soviétiques, le gouvernement polonais, en la personne de son chef, le général Jaruzelski, proclame l’état de siège: toutes les réunions sont interdites, à l’exception des messes. Dans la nuit du 13 au 14, Walesa, avec toute la direction de Solidarité, est arrêté par la police et le syndicat est « suspendu » par décret, avant d’être interdit quelques mois plus tard. Soutenu par le clergé catholique et la CIA, le syndicat interdit maintint cependant une activité clandestine jusque en 1989, année de la chute du mur de Berlin. Il fut alors de nouveau autorisé et put présenter des candidats aux élections. C’est pendant cette période que Lech Walesa, sorti de prison au bout d’un an, obtint en 1983 le Prix Nobel de la Paix, et que le P. Popieluszko donna la mesure de sa charité, de son courage et de son engagement. Non seulement il aide les personnes recherchées et leurs familles, mais chaque mois, dans sa paroisse, il célèbre des « Messes pour la Patrie » au cours desquelles il prononce de vibrants sermons condamnant le régime en place, régulièrement diffusés par la radio américaine “Radio Free Europe”. Ils parviennent jusqu’au Pape Jean-Paul II qui lui envoie un chapelet pour lui manifester son soutien. Ces messes attirent des milliers de fidèles. Elles débouchent parfois sur des échauffourées car les policiers en civil qui les quadrillent n’hésitent pas à jouer les provocateurs, dans le but de le museler ou de le faire tomber. Ce prédicateur trop écouté échappe à plusieurs attentats jusqu’au jour du 19 octobre où il est enlevé par la police. Son corps portant des marques de torture est retrouvé cinq jours plus tard, pieds et poings liés et lesté de pierres, dans l’eau de la Vistule. Il a été béatifié au titre de martyr le 6 juin 2010 et un miracle qui lui est attribué, survenu en 2012 dans la ville française de Créteil, ouvre la voie à sa canonisation.

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Revenons à Gdansk le 10 octobre 2014. Notre petite troupe, après s’être instruite des émeutes de 70, pénètre dans le modeste bâtiment de briques où fut signé le 31 aout 80, l’accord de Gdansk, et y étudie une série d’intéressantes grandes photos relatives aux évènements ci-dessus relatés. Jusque là, pense LaR, tout est bien, normal, intéressant et même émouvant. Mais voilà qu’il lui faut ensuite pénétrer dans un énorme machin d’une laideur exceptionnelle, baptisé “Centre Européen de la Solidarité”, donc financé par l’Union européenne, qui met en scène sur plusieurs étages, ces évènements fondateurs de la Pologne moderne et démocratique. Les messes et le personnage de Popiełuszko, sont occultés. Les enfants des écoles y défilent en groupes serrés. Bref, l’exemple même, selon l’expression de Péguy, de la dégradation de la mystique en politique.
Heureusement la mystique n’est pas morte. Transportons-nous à Varsovie, où nous nous trouvons providentiellement le dimanche 19 octobre 2014, précisément le jour du 30e anniversaire de l’assassinat de Popieluszko. Grand Dieu! Quelle cérémonie inimaginable en France! Nous sommes bien placés pour y assister, notre résidence donnant sur le parvis de l’église qui ne désemplit pas de toute la journée. Dès le matin les marchands de lampes, de fleurs, de littérature religieuse, d’objets de piété, plantent leurs stands autour de l’esplanade débarrassée de ses voitures, la tombe du bienheureux se couvre de fleurs et c’est le Premier ministre en personne qui dépose la première gerbe. Les gens s’agenouillent spontanément sur le ciment, le soir une garde d’honneur s’installe: deux soldats au garde-à-vous impeccable. Quand nous revenons du musée Chopin, vers 18h, il faut jouer des coudes à travers la foule pour atteindre l’esplanade et attraper quelque chose du concert diffusé sur écran géant, qui est plutôt une suite de témoignages en langue polonaise entrecoupée de chants. Dans la nuit, au pied de la tombe, les lampes rouges forment un véritable tapis.
LaR est ébaubie de tant de ferveur populaire et il lui vient tout d’un coup une petite idée: L’assassinat de Popieluszko est un crime d’État, ça ne fait pas de doute, et Jaruzelski devait bien être au courant, à supposer même qu’il n’en ait pas personnellement donné l’ordre. C’est entendu, Jaruzelski, collabo du communisme, est un affreux. Mais enfin, est-il complètement incorrect, en Pologne d’examiner les raisons pour lesquelles il a pris une décision tellement impopulaire, et d’en dire au moins un petit peu de bien? Est-ce aussi interdit que de dire du bien de Pétain, “collabo du nazisme”, en France? Après tout il valait peut-être mieux organiser entre Polonais la répression d’un mouvement qui déplaisait énormément au voisin soviétique, encore puissant,,que de risquer qu’il soit réprimé beaucoup plus brutalement encore par l’Armée Rouge, comme à Budapest en 1954… Et Popieluszko aurait-il été moins saint s’il avait crié moins fort?

LE MUSÉE DE L’INSURRECTION DE VARSOVIE (AOUT 1944)

Encore une insurrection ! Mais bien différente des précédentes. Cette fois, c’est durant la
Seconde Guerre mondiale, contre l’occupation allemande, que Varsovie se soulève. Aujourd’hui encore, ce soulèvement ne fait pas l’unanimité des Polonais. A-t-il été un acte de patriotisme héroïque, malheureux, mais nécessaire ou une catastrophique erreur? Selon Wikipédia, un sondage de 2009 témoignait que 48% seulement des habitants de la capitale le jugeaient nécessaire, et, en 2010, le président de la principale association de vétérans de l’insurrection a présenté les excuses des combattants à la population civile pour les souffrances endurées en 1944. Le musée consacré à sa glorification a été ouvert par la volonté du regretté président Lech Kaczynski le 31 juillet 2004, à l’occasion du soixantième anniversaire du soulèvement. Il présente, dans un éclairage réduit une multitude de documents et d’objets que le touriste français, ignorant de la langue polonaise, a du mal à interpréter, et un film sous-titré très intéressant, composé d’actualités filmées à l’époque par des cinéastes partisans des insurgés, qui donne une bonne idée de la vie des Varsoviens pendant l’insurrection. Mais LaR, qui n’est pas historienne, a dû longuement surfer sur internet pour replacer cet épisode dans son cadre politique. Ceux qui voudraient avoir une idée de la vie des habitants de Varsovie pendant la guerre auraient intérêt à lire le roman de Michaël o’Brien intitulé La librairie Sophia (Paris, éd. Salvator, 2010)
Remontons à Septembre 1939: Des hommes politiques polonais parviennent à quitter le pays et à constituer à Londres un gouvernement en exil qui est reconnu par les Alliés. Conformément au Pacte germano-soviétique qui avait été signé le 23 aout 1939, la Pologne est encore une fois partagée, entre les Allemands à l’Ouest et les Soviétiques à l’Est (c’est pendant l’hiver 39-40 que ceux-ci massacrent les officiers polonais à Katyn). Le 22 juin 1941, le pacte est rompu et Hitler lance ses divisions à l’attaque de l’URSS. La Pologne est dès lors entièrement occupée par les Nazis. Ils enferment les juifs de Varsovie dans le ghetto, et, considérant les slaves eux-mêmes (et pas seulement les juifs) comme des “sous-hommes”, se conduisent avec les Polonais d’une façon tellement odieuse qu’ils suscitent parmi eux une haine qui explique le soutien populaire à l’insurrection d’aout 44. Sous le nom d’“armée de l’intérieur” se constitue une résistance qui parvient à garder le contact avec le gouverne-ment en exil (comme les résistants en France, gardaient le contact avec la “France libre”). Elle a ses caches d’armes, mais cet armement est dérisoire par rapport à la puissance de feu que conserve encore la Wehrmacht en 44.
L’insurrection d’août 44 ne fut pas la seule contre l’occupant allemand. Elle fut précédée de celle du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943, complètement occultée, du moins dans ce musée. Pas un mot, pas une photo sur cette première insurrection. LaR regrette de ne pas avoir pensé à demander à la traductrice si la grande synagogue de Varsovie a été reconstruite ni s’il y a encore des juifs en Pologne. Il y eut aussi des ghettos en Lituanie où les Juifs étaient regroupés avant d’être déportés ou tués, comme dans la forêt de Baltriskes. Personne ne nous en dit rien. Il a fallu que, de retour à Paris, LaR aille au Mémorial de la Shoah, deux jours avant la fermeture de l’exposition “Regards sur les ghettos”, pour voir des photos – bouleversantes – du ghetto de Varsovie.
Où en est-on pendant l’été 44? L’armée allemande vaincue à Stalingrad, mais encore redoutable, se replie sous la poussée de l’armée rouge. Le 22 juillet, les soviétiques, sont à Lublin, en Pologne orientale, où ils installent un Comité Provisoire de Libération Nationale pro-communiste. Les Allemands regroupent des forces importantes à Varsovie. Le gouvernement en exil souhaite que l’Armée de l’Intérieur y prenne le pouvoir, donc s’empare des lieux stratégiques tenus par les Allemands, pour éviter que la Pologne ne tombe aux mains d’un gouvernement communiste. Celle-ci en prend le risque, malgré la disproportion flagrante des forces, et bien qu’elle ne puisse compter sur aucun secours de la part des alliés. Les combats commencent le 1e aout et les derniers insurgés ne capitulent que le 2 octobre. La répression fut d’une extrême sauvagerie. À Varsovie vidée de ses habitants, ce qui restait d’immeubles debout fut systématiquement détruit par les sapeurs allemands, dans le but de faire de la Pologne une nation sans passé. Staline, dont les troupes avaient atteint la Vistule, se garda bien d’intervenir, pensant que plus l’élite de la résistance se saignerait au combat, plus il serait facile d’imposer le communisme en Pologne et ce n’est que le 17 janvier 1945, que l’Armée rouge conquit une ville réduite à un champ de ruines, et qu’il fallut reconstruire.
La reconstruction se fit sous l’égide du gouvernement communiste trop heureux de dissimuler ses propres crimes en insistant sur ceux des Nazis et en se posant en bienfaiteur de la République Populaire de Pologne. Staline fit même à Varsovie le cadeau d’un “Palais de la Culture et de la Science” semblable à celui de Moscou, gratte-ciel surmonté d’une flèche aigüe qui, dans la nuit varsovienne, s’éclaire de projecteurs colorés. Bien d’autres gratte-ciels, depuis, ont été construits dans la ville moderne, parmi de jolis parcs et de moroses quartiers du plus pur style HLM. La grande réussite a été la restauration de la vieille ville, avec ses monuments historiques: Le slogan officiel du régime, “La nation tout entière construit sa capitale”, fut pour une fois, véridique. Tout le monde s’y mit. Les dons affluaient de tout le pays, des volontaires déblayaient les gravats. Il fallut cependant dix ans pour faire ressurgir le centre historique de ses ruines. Cette réhabilitation minutieuse (la moindre pierre identifiée retrouvait sa place originale) était une première mondiale. Les architectes s’inspirèrent notamment des tableaux de Bernardo Bellotto dit Canaletto, neveu et élève du grand Canaletto de Venise, qui séjourna et mourut à Varsovie; ils innovèrent aussi, en réalisant par exemple des motifs d’inspiration renaissance, mais de style contemporain. Cet effort fut reconnu par l’Unesco. La Vieille Ville, ressuscitée fut inscrite au patrimoine mondial de l’humanité en 1979. Et elle le mérite bien! Une merveille! Dans une antique cathédrale toute neuve, éclairée d’admirables vitraux, nous avons prié pour la béatification du Cardinal Wyszynski qui a eu à souffrir du communisme et qui a fait beaucoup pour que la Pologne conserve pendant cette période la liberté d’être catholique .

LES CHEVALIERS TEUTONIQUES À MALBORK ET À GDANSK

Ces chevaliers que les Français – et encore s’ils sont cinéphiles – ne connaissent guère que par le célèbre film d’ Eisenstein Alexandre Nevski, qui met en scène, sur une musique de Prokofiev, leur défaite de 1242 sur le lac Peïpous gelé. Pourquoi sont-ils appelés “teutoniques”? Tout simplement parce que lorsque ils arrivèrent en Terre Sainte en 1190, au début de la troisième croisade, au moment où St Jean d’Acre est disputé aux musulmans, leur langue n’était pas ce français mâtiné d’italien que parlaient les premiers croisés. Ils parlaient deutsch ce qui sonnait /teut/ à des oreilles méridionales. Or le mot natio, qui désigne un groupe humain en latin médiéval se réfère uniquement à la langue. Donc, tout naturellement, les scribes de l’époque accolèrent à la base /teut/ le suffixe latin –o, -onis. Ces nouveaux venus étaient donc des “teutons” en français moderne, des “germanophones”. Et quand on eut besoin d’un adjectif dérivé, le suffixe -ique s’imposa. D’abord simples pèlerins, ils commencèrent par créer un hôpital, pour soigner leurs compatriotes malades ou blessés, et comme il fallait bien en assurer la sécurité, ces moines-infirmiers se firent également moines-soldats. D’autres ordres du même genre (chevaliers de St Jean de Jérusalem, aujourd’hui ordre de Malte, fondés dès le XIe s., Templiers, fondés en 1129) existaient déjà sur place et se développèrent aussi ailleurs en terre chrétienne. Reconnus par le Pape, soutenus par des princes allemands, les Teutonici Milites deviennent un “ordre souverain”, dont le Grand Maître a le rang de chef d’État. En 1226, Conrad, duc de Mazovie, qui avait des problèmes avec ses voisins prussiens encore païens, les appelle à l’aide. Ils accourent, massacrent efficacement les Prussiens, et, en remerciement, Conrad leur donne ce qu’on appelait alors la Livonie, dans les pays baltes. C’était une position de repli qui leur fut fort utile quand les croisés durent abandonner la Terre Sainte. Ils rencontrèrent dans leurs nouvelles possessions un autre ordre militaire voué à la christianisation de la région, les “chevaliers porte-glaive” qui, loin de les combattre, fusionnèrent avec eux.

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Au commencement des années 1280, ils commencent la construction dans cette région d’un formidable château en briques (la pierre est rare dans la région), à la fois forteresse imprenable et résidence princière chauffée par le sol, comparable au Palais des Papes à Avignon, où le Grand-Maitre installa le quartier général de l’Ordre en 1309 et dont la visite occupa tout l’après-midi de notre 9 octobre. Ils le nommèrent Marienburg , (aujourd’hui Malbork) le “château fort de Marie”. Sa construction ne leur prit pas moins de trente ans. Fort abimé pendant la guerre, il a été très bien restauré à l’exception de la grande église, encore en attente, et d’une statue géante de la Vierge, haute de 8 mètres, complètement anéantie.
Vers 1300, tous les peuples baltes, sauf les Lithuaniens, étaient sous l’autorité de l’Ordre Teutonique. En 1308, ils s’emparent de la ville de Gdansk, grand port et ville hanséatique, ce qui avait un intérêt fiscal évident et leur permit de parsemer leurs domaines de tout un réseau de forteresses. Il y a dans la vieille ville de Gdansk, elle aussi bombardée et magnifiquement restaurée, avec ses riches maisons à pignon dans le style flamand, une église Sainte Marie réputée pour être la plus grande église en briques du monde. Quoique pillée par les Russes, elle contient encore beaucoup d’œuvres d’art et une remarquable horloge astronomique. Un petit local annexe reconstitue le conseil municipal de la ville au Moyen Age: douze bourgeois de cire, en costume de l’époque, assis autour d’une lourde table, ce qui permet d’imaginer la discussion des impôts à payer aux Chevaliers, qui a dû être souvent orageuse.
Cette avantageuse conquête avait, pour les Chevaliers, l’inconvénient de faire du roi de Pologne, privé de son accès à la Baltique, leur ennemi irréconciliable, et en 1410, lors de la bataille de Tannenberg-Grünwald, ils furent battus à plate couture par les Polonais unis aux Lituaniens. Aujourd’hui encore, au Musée National de Varsovie, on peut admirer un tableau d’histoire à la gloire de la Pologne, daté de 1878, qui occupe tout un panneau et représente la bataille de Tannenberg. Il est l’œuvre d’un peintre nommé Jan Matejko, par ailleurs excellent portraitiste, qui mériterait d’être mieux connu hors de Pologne.
Vaincus, mais pas exterminés, les Chevaliers! Encore retranchés dans leur château, que le roi dut leur acheter pour une somme exorbitante en lingots d’or au bout d’une “guerre de treize ans”, et qui devint résidence royale, puis caserne, aujourd’hui musée. Quant aux chevaliers survivants, le roi de Pologne en fit ses vassaux. En 1525, ils passent à la Réforme et leur territoire devient le duché protestant de “Prusse Orientale”. Dans un jardin du château, on peut voir un bien curieux monument : statue de bronze de quatre Grands Maitres aux quatre coins d’un bloc de pierre quadrangulaire. C’est la copie du socle d’une statue du Grand Frédéric élevée à Berlin en 1886, aujourd’hui détruite. Nul doute que les Prussiens qui envahirent la France en 1870 se reconnaissaient comme les descendants, au moins spirituels, des Chevaliers Teutoniques. Certains étaient restés catholiques. Ils assurèrent la survivance de l’Ordre qui a encore quelques centaines de membres, en Autriche et à Rome, mais qui est loin d’avoir gardé l’activité de l’Ordre de Malte.
Cette histoire a semblé à LaR un parfait exemple de cette “dégradation de la mystique en politique” déjà évoquée à propos de Solidarnosc. Ces charitables infirmiers, ces héroïques défenseurs de la chrétienté, sont devenus des seigneurs médiévaux comme les autres, battant monnaie (un chevalier teutonique en costume bat monnaie sous les yeux des visiteurs et vend pour 6 zlotys quelques pièces bien imitées). Le Grand Maître est un grand seigneur qui vit dans des appartements décorés à fresque et peut, les jours de beau temps, jouir d’un jardin de roses. Avec une hypocrite humilité il lave les pieds des ambassadeurs avant de les introduire dans la magnifique salle de réception dont les voutes – prodige d’architecture – sont soutenues par une unique colonne centrale. Les chevaliers sous ses ordres ont certes conservé leur dure règle originelle: ils prient sept fois par jour et couchent en dortoir, habillés et chaussés, prêts à monter au créneau à la moindre alerte et à se défendre… mais contre qui? Pas contre des Sarrasins musulmans. Contre des Polonais et des Russes chrétiens. Quant à leur essai de christianisation de la Lituanie, plutôt par l’épée que par l’exemple d’une vie humble et charitable, il ne fut guère efficace, puisque elle ne se fit qu’en 1386 par le mariage d’Hedwige et de Jagellon. À sept siècles de distance, LaR pense qu’ils auraient mieux fait de se mettre au service du Basileus et de l’aider à défendre Constantinople contre les Turcs. Mais depuis le grand schisme de 1054 et surtout depuis le pillage de Constantinople par les Croisés en 1204, c’était devenu un frère ennemi. Ainsi va la vie! Les Grands Maitres devinrent des chefs d’État à qui “le pouvoir était donné d’en haut” comme tout “pouvoir”, qu’on l’ait pris par la force, reçu des urnes, ou acquis par héritage, selon la parole de Notre Seigneur Jésus Christ à Ponce Pilate. LaR a tendance à juger les hommes de pouvoir de jadis par les monuments dont ils ont marqué leur passage sur terre. Jugés à cette aune, les Grands Maitres Teutoniques ont été aussi bons ou, du moins, pas plus mauvais que beaucoup d’autres. Il faut reconnaître que leur château de Malbork est une merveille et celui d’Olsztyn que nous avons aperçu un soir sous le feu des projecteurs et un matin dans les lueurs de l’aube, a fière allure, lui aussi. On ne peut pas en dire autant du cadeau de l’Union Européenne à la Pologne, le “Centre Européen de la Solidarité” de Gdansk qui, heureusement, ne durera probablement pas sept siècles.

DEUX JEUNES COMMUNAUTÉS FRANCOPHONES EN LITUANIE

Depuis quelques décennies, tandis que d’anciennes congrégations ne recrutent plus, s’étiolent et que certaines meurent, d’autres naissent et se développent. Quelle différence y a-t-il entre une congrégation nouvelle et une secte? entre un fondateur et un “gourou” ? C’est que le fondateur fait les trois vœux religieux de pauvreté, de chasteté (qui, en principe, mettent ceux qui lui font confiance, à l’abri de l’exploitation financière ou sexuelle) et d’obéissance à un évêque, en grec episcopos, ce qui signifie en français “surveillant” dont le rôle est de rappeler à l’ordre ses religieux en cas de dérives et de les défendre en cas de calomnies. Les communautés nouvelles avec lesquelles nous avons été en contact pendant notre voyage sont “de droit diocésain”. Celle de St Jean qui nous accueillit à Vilnius, se rattache au diocèse d’Autun, celle de Tibériade, qui nous accueillit à Baltriskes, à celui de Namur. D’autres, dites “de droit pontifical”, sont rattachées directement à Rome.
On peut penser que si l’une comme l’autre ont fondé des maisons en Lituanie, c’est à la suite d’occasions, de propositions qui leur ont été faites d’un local à habiter, avec une population en attente: A Vilnius c’était un couvent du XVIIe siècle à restaurer. Pour Baltriskes, paroisse de campagne en déshérence, avec une assez grande église en bois, ornée d’une belle icône de la Vierge, habillée d’argent, et un vieux presbytère dans le genre “isba russe”, il faut remonter au monastère belge de Chevetogne en lien avec les églises des pays de l’Est. Le frère Joseph y fit des rencontres qui le conduisirent à participer à un camp organisé par Vytautas Toleikis, un professeur de Vilnius. Et c’est ainsi que, le 11 novembre 1991, l’année même où la Lituanie devient indépendante, alors qu’en Belgique, la fraternité croissait difficilement, les frères Joseph (aujourd’hui au Congo), Marc et Benoît prennent le départ pour Baltriskes et posent les premiers jalons de la future fondation!
Les frères des deux communautés envoyés en Lituanie ont dû, pour leur apostolat, apprendre la langue lituanienne, ce qui n’est pas chose facile. Apparemment, ils se font comprendre sans problème.
Les frères de St Jean, dits “petits gris” à cause de la couleur de leur habit, qui nous ont accueillis à Vilnius les 13 et 14 octobre, ont été fondés en 1975 par le père dominicain Marie-Dominique Philippe (1912-2006) à la demande d’un groupe de cinq étudiants de l’université de Fribourg dont il était le père spirituel. Il est docteur en théologie et diplômé des Hautes Études. Ses trois références sont Aristote, saint Thomas d’Aquin et saint Jean. Il enseigne et donne des conférences un peu partout. C’est un intellectuel, qui imposera à ses novices sept ans d’une solide formation. Hostile au courant moderniste, il encourage les débuts de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, mais s’en détache lorsque Mgr Lefebvre refuse d’appliquer le Novus Ordo Missae de Paul VI. Dès 1974 il est l’ami de Karol Wojtila, et Jean Paul II le soutiendra pendant tout son pontificat. La fondation se fait avec les encouragements de Marthe Robin, et la communauté connaît pendant une vingtaine d’an-nées une phase de grande expansion et doit compter aujourd’hui un bon millier de membres: Elle installe de nombreux “prieurés” en France et à l’étranger, là où, souvent, ce sont les évêques qui lui demandent de venir. Au cours du temps, se créent deux branches féminines (apostolique et contemplative). Aux trois communautés se joignent des laïcs, les “oblats de Saint-Jean”, l’ensemble formant dans l’Église, la “Famille Saint-Jean” qui essaye de vivre chaque jour à la suite du “disciple que Jésus aimait”, avec une grande dévotion à la Vierge Marie, fondée sur la parole du Christ en Croix à saint Jean : « Ecce mater tua », c’est-à-dire « Voici ta Mère ».

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Le frère qui nous a accueilli, à l’origine kinésithérapeute, nous a raconté sa vocation et nous a parlé des activités de sa communauté auprès des jeunes défavorisés et de leurs familles.
Bien différente est la petite fraternité de Tibériade fondée en Belgique en 1979, de tendance franciscaine et écologique, qui ne compte encore en 2014 qu’une trentaine de frères et treize sœurs, mais qui a des maisons non seulement en Lituanie mais aussi au Congo, et aux Philippines. Ces moines sont des “moineaux” qui prennent leur vol pour aller évangéliser en tout lieu. En Lituanie, ils sont quatre dont un prêtre, Michel. Le frère François nous a fait une causerie sur son histoire et Wikipédia aide laR à compléter ses notes.
Depuis 1968, un laïc, qui allait devenir le frère Marc, vivait sur la commune de Lavaux Sainte Anne, dans une sorte d’ermitage en forêt d’Ardenne, où beaucoup de jeunes le visitaient. Il caressait l’idée de se marier, lorsqu’une nuit de Pâques, au monastère de Chevetogne, une décision s’impose à lui : Non, il ne se mariera pas, et il offrira au diocèse ce “lieu de passage” pour donner vie à une petite fraternité vivant dans l’unité, la prière et l’humilité. Accepté par l’évêque de Namur, il prononce ses vœux monastiques en 1979 et sera ordonné prêtre dix ans plus tard en 1989. Les débuts sont difficiles, ses premiers compagnons l’abandonnent et il reste seul jusqu’à l’arrivée d’un charpentier nommé Joseph qui offre de l’aider bénévole-ment à construire une chapelle, et qui devient, en 1985, le “frère Joseph”, peu à peu rejoint par quelques autres.
Pourquoi “Tibériade”? Pourquoi un autel en forme de navire ? Le récit de la marche de Pierre sur les eaux a guidé le frère Marc dans le choix de ce nom: “Pour moi, suivre le Christ est un appel à marcher dans la foi. Bien souvent, j’avale quelques tasses d’eau bien salées, mais sans cesse, le Christ ressuscité me tire des profondeurs de la mer. En méditant l’Evangile, j’ai perçu combien ce lac et ses rives étaient riches de la présence de Jésus: réponse des premiers disciples à son appel, témoignage de confiance de Jésus qui dort dans la barque malgré la tempête et qui répond à la détresse de ses frères”. Il a tenu à ce que, par l’étude, ses frères reçoivent une formation solide et spirituelle pour devenir des moines-apôtres « tout terrain », dont certains pourraient devenir prêtres selon l’appel et les besoins de la mission, ce qui fut le cas de notre frère Michel.
Ceux que nous avons connus à Baltriskes y ont beaucoup travaillé de leurs mains, dans une grande pauvreté, restaurant l’église, modernisant le vieux presbytère, l’agrandissant pour pouvoir y recevoir des groupes. Au clocher séparé de l’église, un beau travail de restauration fut accompli par de jeunes ouvriers éduqués à la charpente par les frères de Saint Jean (heureuse coopération des deux communautés!). Ceux de Tibériade essaient de vivre en autarcie:

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Ils habitent, à peu de distance du presbytère, une ferme qui est un ancien kolkhoze, et se livrent aux joies du jardinage, dans un grand potager que nous avons admiré en compagnie du frère Séraphin, et aux joies de l’élevage de quelques animaux comestibles (volailles et moutons). Ils élèvent aussi deux animaux non comestibles, des ânes qu’ils promènent le long des routes et qui leur sont fort utiles pour susciter la curiosité et engager de fructueuses conversations, notamment avec les enfants. Ils partent aussi en stop, parfois en ski de fond, visitent les familles, se laissant guider par la main de Dieu, qui leur réserve des rencontres parfois bien surprenantes, tout cela, bien sûr, entrecoupé de temps de prière et de lecture spirituelles. Ils ne vendent rien et beaucoup de gens les aident bénévolement. Ils ont leurs saints préférés, saint François, bien sûr, avec son amour des animaux et de la nature, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et sa “petite voie”, mais aussi un jeune bienheureux italien, Pier Giorgio Frassati, et des moines d’Orient, Saint Séraphin de Sarov et saint Silouane.
Il faut reconnaître qu’ils ont été efficaces. À Complies à 21 heures, un jour de semaine, on trouve dans leur église, combien? trente? quarante personnes? venues des villages voisins à cette heure tardive, en pleine nuit, la plupart en voiture, certains en vélo, pour prier avec eux dans le plus grand recueillement. Combien, donc, à la messe du dimanche? Ils s’occupent, bien sûr des jeunes et des familles, leur proposent des week-ends, des retraites, font travailler de jeunes drogués, reçoivent les “alcooliques anonymes”, et essaient de contrebalancer l’influence de la vodka et de sectes comme les Témoins de Jéhovah.
Donc, c’est à Baltriskes qu’eut lieu, le 16 octobre 2014, la bénédiction solennelle de l’oratoire implanté en ce lieu grâce à la collaboration de “la Route de l’Europe Chrétienne” et de l’artiste lituanien qui a sculpté un petit groupe du Baptême du Christ qui trône en haut d’un tronc de chêne juste équarri servant de pilier, le tout se détachant sur fond de sapins et de bouleaux. Cette bénédiction avait réuni beaucoup de monde.
De l’église où notre chanoine avait soigneusement béni l’eau qui devait servir à l’aspersion, on se rendit en procession au lieu de la cérémonie. Il y eut des prières en latin, en français et en lituanien, des discours avec traduction du français en lituanien et vice versa, des chants dans les deux langues, beaucoup d’eau bénite jetée et d’encens balancé. Suivit un apéritif pour toute la petite foule présente et un repas festif dans la grande salle du presbytère, construite en 2007, où les frères avaient invité bon nombre de leurs amis du pays.

Assurément, ce n’était pas rien pour ces Lituaniens que des Français soient venus jusqu’à eux pour cette célébration fraternelle, et pour les Français, ce n’était pas rien non plus, que le spectacle édifiant, au fond de la campagne lituanienne, d’une ferveur bien rare en France. Une petite contribution à la rechristianisation de l’Europe, but de notre association? Oui, certainement.

Voyage-pèlerinage du 28 juin au 10 juillet 2013 Italie, Rép. Tchèque, Pologne, Slovaquie, Hongrie, Autriche, Allemagne

Aux sources de l’Europe chretienne

NOUS PARTIMES QUARANTE-CINQ, dont notre chauffeur habituel, Philippe, les deux organisateurs, Robert et Claudia Mestelan, deux prêtres, le P. Marcel Bang et le chanoine Gérard Trauchessec, et quarante pèlerins de base, plus ou moins jeunes retraité(e)s.
D’Avignon à Avignon, dans la sérénité et la gentillesse, le chauffeur de notre car a couvert ses 5000 kilomètres, et les nombreux chants, prières, exhortations, lectures, vidéos et musiques qui se déroulaient pendant que le car roulait nous empêchaient de trouver le temps long et contribuaient, espérons-le, à notre sanctification.

Les organisateurs avaient fait des prodiges de documentation et de négociations avec hôtels, maisons religieuses, restaurants, pour que ce voyage soit à la portée de (presque) toutes les bourses. Ils n’ont cessé, pendant sa réalisation, de veiller à tous les détails pour que tout se passe bien, et tout se passa bien.

Le fait de disposer pour quarante fidèles de deux prêtres (et même d’un troisième dont nous parlerons plus loin) est une chose extraordinaire, si l’on considère que selon les statistiques les plus récentes, il n’y aurait dans le monde que 413.418 prêtres diocésains et religieux, pour plus d’1 milliard 200 millions de catholiques (calculera qui voudra le pourcentage). Le Père Marcel est le noir curé de Beaumes de Venise, né Camerounais, qui n’a appris et ne connait que la messe “ordinaire”, et qui avait pu laisser le soin de ses sept paroisses à un remplaçant. Plus âgé, le chanoine Trauchessec, qui fêta, le 29 juin, le 52e anniversaire de sa “prise de soutane” (soit 47 ans de sacerdoce), n’a jamais quitté ce vêtement. Il fait partie de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, qui est de droit pontifical et dont les membres ont le privilège de ne célébrer que la messe “extraordinaire”. Les pèlerins eurent donc le choix entre deux messes quotidiennes, l’ancienne et la nouvelle. Une bonne dizaine d’entre eux se révélèrent être des inconditionnels de l’ancienne. Les autres semblaient avoir intégré la formule de Benoit XVI selon laquelle il ne s’agit que de “deux formes différentes de l’unique rite romain” et passaient facilement de l’un à l’autre, quoique avec une fréquentant plutôt la nouvelle. Le point positif est que cette coexistence fut non seulement pacifique mais cordiale et fraternelle. Le chanoine Trauchessec ne parla, en ce qui concerne son choix, que d’une “légitime préférence”, et l’on n’entendit jamais, d’un bord à l’autre, échanger aigrement les qualificatifs de “tradis” et de ”propros”, de “conciliaires” et d’“intégristes”. Non, non, il n’y avait, dans ce car, et à table, que des catholiques.

Nous étions, sans le savoir, tout à fait dans la ligne du colloque Sacra Liturgia qui s’est tenu à Rome du 25 au 28 juin “afin d’étudier, promouvoir et renouveler la formation liturgique, l’esprit, et le sens de la célébration dans ses fondements pour la mission de l’Eglise, en particulier à la lumière de l’enseignement et de l’exemple de Sa Sainteté, le Pape Benoît XVI ”. Ce colloque, était “biformiste”, c’est-à-dire que les célébrations avaient lieu tantôt selon la forme ordinaire tantôt selon la forme extraordinaire du rite romain, la forme ordinaire étant au maximum extraordinarisée par l’orientation du célébrant, l’usage du latin, du plain chant et de la polyphonie romaine (d’après Présent du 13/07/13).

Les pèlerins de base, parmi lesquels le corps enseignant était assez bien représenté, et dont le corps médical n’était pas absent, gagnaient tous à être connus, mais deux d’entre eux se signalèrent à l’attention générale : Anne Pinatelle est une organiste de grand talent qui nous donna un concert dans la basilique baroque de Velehrad et accompagna quelques unes de nos messes.

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En compagnie de sa femme Béatrice, ex-professeur d’allemand et traductrice appréciée, joyeusement, Claude Torcheboeuf suivit le mouvement dans un fauteuil roulant qui se dépliait et se repliait selon qu’on le tirait de la soute du car ou qu’on l’y introduisait. Sa maladie génétique, appelée “ostéogenèse imparfaite”, ne l’empêcha pas d’exercer la profession d’horloger et de se marier. Claude et Béatrice adoptèrent trois enfants et sont aujourd’hui grands-parents. Ils vivent dans le Vaucluse et ont aménagé en “gite rural” une maison qu’ils mettent volontiers à la disposition de leurs parents ou amis qui voudraient séjourner quelque temps à proximité de l’abbaye du Barroux.

UN PEU DE GÉOGRAPHIE
Il y a quelque 2 millions d’années, Dieu entreprit un grand plissement de l’écorce terrestre qui aboutit à créer les Alpes et leurs sous-chaines aux noms multiples à l’intention (pourquoi pas? les desseins de la Providence sont insondables !) des futurs habitants de l’Europe Centrale, région pas vraiment inconnue, mais plutôt méconnue des Français. Outre qu’elle a été pendant 45 ans coupée en deux par un “rideau de fer” dont la disparition ne remonte même pas à vingt-cinq ans, l’allemand est peu enseigné dans nos collèges et lycées, les langues slaves ne le sont que dans des instituts très spécialisés, sans parler du hongrois, guère parlé par plus de 12 millions de personnes, complètement isolé dans sa spécificité finno-ougrienne. Une redoutable “barrière des langues”, donc! Et pas de bord de mer pour y nager, surfer, ou naviguer… Bref, les Français n’y vont pas en vacances, et beaucoup seraient aussi peu capables de situer sur une carte la Moravie que la Namibie, ou la Slovaquie que le Honduras…

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En créant ces montagnes, Dieu préparait pour leurs futurs habitants des points de vue sublimes bien propres à élever leurs âmes vers sa divinité et nous en contemplâmes! Il leur préparait aussi le poumon que constituent de grandes forêts. Il leur préparait enfin un château d’eau d’où découlent plusieurs grands fleuves : Dans le sens ouest-est, au sud des Alpes (donc au nord de l’Italie), le Po, dont nous parcourûmes la plaine le premier jour. Au nord des Alpes le Danube, avec ses affluents, dont le bassin moyen constitua l’essentiel de notre voyage. Dans le sens sud-nord, la Vistule que nous aperçûmes à Cracovie et le Rhin que nous traversâmes, le dernier jour, à la hauteur de Strasbourg. Enfin, dans le sens nord-sud, le Rhône, que les pèlerins méridionaux longèrent, sur leur retour, de Lyon à Avignon. Les plaines du Po et du Danube offrent aux agriculteurs un limon fertile, mais apparemment, pas de roches fournissant de nobles pierres de taille,

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d’où la surprise de trouver à Padoue une basilique Saint Antoine du XIIIe s. entièrement en briques rouges, couverte à l’intérieur de fresques partout où les splendeurs du baroque n’illustrent pas le tombeau et les reliques du Grand Saint. D’où aussi, les enduits qui couvrent presque tous les murs d’Europe Centrale, tant ceux des modestes maisons basses des villages moraves que les palais des bourgeois de Cracovie, et les parent des douces couleurs de la glace à la vanille ou à la pistache, du sorbet à la fraise, et de la crème chantilly.

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Notre itinéraire : Le 28/06 on longe la côte d’Azur et la riviera ligure, avec un stop à Arenzano, près de Gênes. On passe un col et nous voilà dans la plaine du Pô que nous parcourons jusqu’à Udine avec un stop à Padoue (près de 1000 km en une seule journée!). Le 29/06 après de nombreux tunnels et échappées sur la montagne, nous voilà dans la partie plate de l’Autriche, où nous ne nous arrêtons pas. Nous roulons vers le nord jusqu’à Velehrad qui se situe en Moravie, province méridionale de la République tchèque. Le 30/06, nous marquons un stop à Olomouc (Olmütz du temps de l’empire austro-hongrois) ville principale de la Moravie, et nous continuons jusqu’à Wadowice en Pologne, où nous passerons deux nuits chez les Carmes. Le 01/07, nous visitons Wadowice et la localité voisine de Kalwaria Zebrzydowska.

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Le 02/07 nous visitons Cracovie, puis nous franchissons la chaine des Tatras, très escarpée, qui culmine à 2600 m et abrite encore dans ses forêts primaires des ours, des loups et des lynx, et nous voilà en Slovaquie, hébergés dans le village de Spisska Sobota où nous passons deux nuits dans une authentique maison du XVIIe s., peinte en vert clair et aménagée en agréable auberge.

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Pour l’anecdote, je précise que nous franchîmes à pied la frontière entre la Pologne et la Slovaquie, pour rendre le poids de notre car compatible avec la capacité de résistance du pont qui traverse la petite rivière-frontière. Le 03/07, nous sommes à peu de kilomètres de l’Ukraine au château de Spisska Pohradie et au sanctuaire de Levoca, notre ultime point oriental. Désormais, nous nous dirigerons vers l’ouest. Le 04/07 nous visitons Nitra, ville importante de la Slovaquie où nous couchons deux nuits au séminaire (majestueux monument du XVIIIe s.) et assistons le 5 à la Fête Nationale slovaque et à la et bénédiction d’un oratoire de l’association. Le 06/07 nous faisons étape à Györ, en Hongrie, après un stop à Esztergom où l’on domine une courbe du Danube et un stop à Pannonhalma, et le 07/07, après la visite de Györ, cérémonie au sanctuaire autrichien de Maria Dreieichen (Marie aux trois chênes), à une cinquantaine de kilomètres de Vienne, où nous allons coucher pour deux nuits. Le 08/07, c’est le château de Schönbrunn et la cathédrale St Etienne, et la fin de notre pèlerinage . Le 9 et le 10 nous ne ferons plus que rouler sur le chemin du retour.

LES RÉALISATIONS DE L’ASSOCIATION Tout le monde n’est pas obligé de savoir que le but de la Route de l’Europe chrétienne est la rechristianisation de l’Europe par le moyen de l’implantation, partout où cela se révèle possible, d’oratoires, petits édifices rappelant aux passants quelque chose de l’histoire religieuse du pays. Cela demande beaucoup d’autorisations, des collectes de fonds, cela oblige à remuer pas mal de personnes officielles qui, à l’occasion, peuvent se souvenir qu’elles sont chrétiennes. Or, les organisateurs n’en étaient pas à leur première visite. Dès 2006, un oratoire avait été implanté à Wadowice, ville natale de Jean-Paul II, et un autre en 2007 à Velehrad, lieu par où sont entrés en pays slave les frères Cyrille et Méthode. Dans ces deux endroits, il s’agissait de revoir, éventuellement d’améliorer ce qui existait déjà et d’y retrouver des amis. Velehrad avait bien changé !

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La place de l’église était devenue une esplanade et le P. Jan Penaz, francophone et ami de la France, naguère simple curé vêtu en pékin, portait désormais, du moins dans les grandes occasions, une soutane ornée de violet, et on lui donnait du “Monseigneur”. Sa promotion ne lui avait pas enlevé sa cordialité et il nous accompagna pendant un grand bout de chemin, ce qui nous fit trois prêtres ! Ce qui n’avait pas changé, c’était notre petit oratoire à l’Enfant Jésus de Prague, bien entretenu et fleuri, auquel nous chantâmes plusieurs cantiques, dont un, tchèque, auquel avaient été adaptées des paroles françaises, qui fut utilisé tout le long du chemin.

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A Wadowice, il s’agissait de remplacer la statue en résine de la Sainte Vierge par une statue en pierre (sculptée par M. Pierre-Louis Chomel, Marseille), dans l’oratoire implanté dans le jardin de la fondation Edmund Wojtyla.

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Cet Edmund, frère de Karol, mort relativement jeune, était un grand médecin et sa fondation est principalement destinée à la rééducation des infirmes moteurs.

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Madame le maire, accompagnée d’un conseiller municipal et d’une traductrice, tous fort élégamment vêtus, était présente. Ce fut l’occasion de grandes retrouvailles et de grandes embrassades. La pâtisserie était abondante et le café coula à flots.

Une implantation prévue sur le lieu présumé de la naissance de Saint Martin (évangélisateur de la Gaule né Hongrois) où se trouve la grosse abbaye bénédictine de Pannonhalma, ne put avoir lieu: l’oratoire n’était pas prêt et nous ne pûmes même pas, à cause de l’affluence et de mariages à l’église, y pénétrer, mais l’extérieur ombragé était charmant.

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Deux implantations pour de bon: la 25e, à Nitra, un grand et bel oratoire à la mémoire de deux frères, Constantin et Michel qui, devenus moines, prirent les noms de religion de Cyrille et Méthode, grecs de naissance, évangélisateurs des Slaves au IXe s., antérieurs au schisme de 1054, donc vénérés comme saints à la fois par l’Église catholique et par celle qui se dit “orthodoxe”. Cyrille est l’inventeur d’un alphabet dit “glagolitique”, ancêtre de l’alphabet ”cyrillique” actuel. Son objectif était de se donner le moyen de traduire l’écriture sainte en slavon et de transcrire cette langue en respectant ses caractères phonétiques, auxquels l’alphabet grec se prêtait mal.

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Cyrille mort, Méthode, promu archevêque, fut attaqué par des moines bavarois qui lui reprochaient de célébrer dans une langue barbare porteuse d’hérésies. Mais il fut soutenu par le pape de l’époque qui reconnut le slavon comme langue liturgique au même titre que l’hébreu, le grec et le latin. On peut donc prier ces deux saints frères pour qu’ils convainquent les récalcitrants que le latin n’est pas l’unique langue dans laquelle on puisse consacrer validement le corps et le sang du Christ, et pour qu’ils rétablissent la paix liturgique dans notre Église. A plus forte raison peut-on les prier pour que l’église orthodoxe retrouve, au bout de plus d’un millénaire de schisme, le moyen d’une unité avec le siège de Pierre, dans une diversité qui devrait être possible, puisque l’Évangile nous apprend qu’il y a de multiples demeures dans la maison du Père. Ainsi, comme le disait Jean Paul II, l’Église pourrait respirer pleinement, avec ses deux poumons, l’occidental et l’oriental. Ils pourraient même peut-être étendre leur intercession sur les Luthériens avec lesquels Rome cherche péniblement des formules d’accord et en a signé récemment une sur la justification par la grâce, le 31 octobre 1999 à Augsbourg, à l’endroit même où Luther avait refusé les propositions du Pape représenté par le cardinal Cajetan.

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L’oratoire qui leur est dédié est un très beau bas relief polychrome du sculpteur Pascal Beauvais, ami des Mestelan. Il est très bien situé, à l’entrée de la ville, à l’endroit où la route de Bratislava traverse la rivière Nitra, dont les bords constituent une promenade publique et il est dominé par la colline, où se dressent les clochers bulbeux de la cathédrale St Emeram.

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L’évêque était là, pour le bénir, avec quelques ecclésiastiques et un groupe de Filles de la Charité, qui avaient préparé en notre honneur quelques cantiques en français.

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L’orage menaçait mais pas une goutte de pluie ne troubla la cérémonie. Ajoutons que la dite cérémonie avait lieu le jour de la fête des deux saints qui est aussi celle de la fête nationale slovaque et qu’à cette occasion furent édités un timbre-poste et une pièce de deux euros à leur effigie.

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L’union Européenne avait insisté pour qu’ils ne portent ni croix ni auréole sur cette monnaie, mais les Slovaques tinrent bon et maintinrent croix et auréoles.

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La 26e implantation eut lieu en Autriche, à Dreieichen, en l’honneur de la sainte Vierge, grande médiatrice de toutes nos prières et de la Sainte Trinité à qui elle les transmet. A vrai dire, il ne s’agissait pas d’une création ex nihilo, mais d’une très belle croix de pierre du XVIIIe s., menacée dans son existence par des travaux de voirie, que l’association contribua à restaurer et à déplacer. Nous arrivâmes un peu en retard, au bout d’un chemin de terre, au lieu où nous étions attendus par l’orphéon du village

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et par un Suisse parfaitement bilingue français-allemand, son Excellence Peter Stephan Zurbriggen en personne, qui est nonce apostolique, autrement dit ambassadeur du pape, en Autriche! C’était à l’orée d’un bois, sous de grands arbres, avec une échappée sur un champ d’orge encore vert, et une campagne de douces collines, au bord d’un sentier de randonnée emprunté par les pèlerins qui se rendent à Maria Dreieichen. Il faisait beau. Assis sur des bancs à l’ombre, nous contemplions cette belle croix : de bas en haut : des fleurs, arrangées en bleu, blanc, rouge, en notre honneur. Puis, de part et d’autre du pied de la croix, deux bas reliefs représentant les âmes du purgatoire. Un peu plus haut, la Vierge avec sous ses pieds le globe et le serpent et tout en haut, la Sainte Trinité.

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Le nonce transmit à l’Association la bénédiction du Saint Père, ce qui était une reconnaissance officielle de l’action menée pendant une dizaine d’année par les Mestelan, grande satisfaction et grand encouragement pour eux!

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Puis il nous dit la messe dans la belle église baroque du village, et, après un pot sympathique offert par les paroissiens, nous fit l’honneur de partager notre diner, où il se révéla homme du monde, bon causeur, distillateur d’innocentes anecdotes vaticanes, bref un vrai diplomate à la mode d’autrefois. Et notre Wiener Schnitzel ne fut pas, ce soir-là, arrosée de notre bière habituelle, mais d’un vin local, ma foi, très bon !

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LES LEÇONS DE L’HISTOIRE
Elles furent multiples et graves et nous permirent de méditer par analogie sur notre propre situation.

La plaine danubienne, route de trois invasions est-ouest

Invasion N°1. De 1239 à 1243, ce furent les Tatars qui, poussés par les Mongols, ravagèrent toute l’Europe orientale. Construit par un roi de Hongrie au XIIe s., le château fort de Spiss, près de Spisska Pohradie en Slovaquie, dont nous visitâmes les ruines imposantes (les plus grandes, d’Europe selon l’ONU ?) résista de son mieux, avant leur reflux ou leur sédentarisation.

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Invasion n°2 : À partir de 1453, après avoir pris Constantinople, les Turcs , musulmans, mirent la pression sur une Europe chrétienne en état de faiblesse, divisée depuis le schisme orthodoxe de 1054, et surtout ébranlée par des guerres dues à des troubles religieux internes à l’église catholique. À preuve, la visite du musée d’Olmütz où, sortant de la cathédrale saint Venceslas, nous fûmes contraints par la pluie à nous réfugier, lors de notre unique journée de mauvais temps. Ouvert en 1998 dans l’ancien palais épiscopal, il présente ses collections dans l’ordre historique, avec tous les raffinements de la muséologie moderne. On part de l’âge du bronze au fond du sous-sol et on remonte doucement le Moyen Age jusqu’à un entresol où de très bonnes statues et une fresque du XVe s. montrent que les Moraves n’auraient pas été moins artistes que les Italiens si les circonstances s’y étaient prêtées, mais elles ne s’y prêtèrent pas.
Après, plus rien, jusqu’au premier étage, où règne la peinture du XVIIe et surtout du XVIIIe s.
Que s’était-il passé pendant la béance d’un espace de temps qui s’étend, en gros de 1418 à 1648 ? Des divisions et des guerres entre chrétiens, dont les acteurs avaient d’autres préoccupations que de cultiver les beaux arts et de guerroyer contre les Turcs, ce qui leur permit de s’emparer sans peine de la basse vallée du Danube et des Balkans : Le grand schisme d’Occident, avec la rivalité de deux papes, n’avait été terminé qu’ en 1418 par le concile de Constance qui avait condamné au bucher en 1415 le réformateur religieux Jean Huss. Celui-ci comptait en Bohême de nombreux partisans qui déclenchèrent des “guerres hussites” qui ne se terminèrent qu’en 1436. Sur un mur de la cathédrale St Etienne de Vienne on peut voir une chaire extérieure et une statue de St Jean de Capistran (1386-1456) franciscain italien qui parcourut toute l’Europe, et, notamment prêcha en Allemagne des croisades contre les hussites, et convertit, dit-on, plus de 4000 personnes.

Les idées de Jean Huss ouvrirent la voie à celles de Luther qui ne fut pas pour rien dans le déclenchement de la “guerre des paysans allemands” (1524-1526) et des “guerres de religion” en France (1542-1598), puis, par voie de conséquence, de la “guerre de Trente ans” qui commença en 1618 et à laquelle le traité de Westphalie ne mit fin qu’en 1648. Après, on commença à respirer et à construire, dans la partie de l’Europe centrale restée catholique, ces merveilleuses églises baroques que nous admirâmes un peu partout. Période de prospérité. De relâchement?

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Redescendons au rez-de-chaussée du musée et restons ébahis devant un mirifique carrosse dont tout l’or se relève en bosse, orné sur ses portières de peintures galantes, auquel ont devait pouvoir atteler jusqu’à six chevaux. Il appartenait à un évêque d’Olmütz qui ne brillait pas par l’humilité ni par l’esprit de pauvreté. Le cyclone napoléonien le priva d’une partie de ses privilèges. Providentielle leçon !

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La pluie, en nous obligeant à cette instructive visite, nous priva d’une promenade jusqu’à une certaine colonne de la Vierge et de la Sainte Trinité haute de 35 mètres, qui, selon l’Unesco, fait partie du “patrimoine mondial de l’humanité”. Mais nous vîmes un peu partout des “colonnes de la Vierge” plus jolies les unes que les autres. Celle-là fut élevée en 1740, en reconnaissance de la fin d’une épidémie de peste. Car enfin, il n’y a pas que la guerre pour dépeupler un pays. Il y a aussi la peste. Il y a aujourd’hui le SIDA , et surtout la contraception et l’avortement qui provoquent, avec des taux de 1,3 enfant par femme, le “suicide démographique” de pays d’Europe où affluent des populations de substitution. Saurons-nous éviter ce que certains appellent “le grand remplacement”?

Pendant plus de trois siècles, donc, les Turcs, qui régnaient déjà sur une partie importante de l’Europe orientale, ne cessèrent de menacer l’Europe occidentale. Les troupes impériales, quoique appelées aussi sur d’autres fronts, la défendirent vaillamment, mais sans l’aide des Français, le roi François Ier ayant jugé habile de faire alliance en 1536 avec Soliman le Magnifique, pour contenir les ambitions des Habsbourg. Ce n’était pas une trahison complète, en ce sens qu’en échange de sa promesse de non agression, il avait obtenu que la France serait désormais la protectrice officielle des chrétiens réduits à la condition de “dhimmis” dans l’empire ottoman, et elle le fut en effet, avec une certaine efficacité, jusqu’à la Troisième République.

Les Hongrois subirent l’occupation ottomane de 1543 à 1683 et ne retrouvèrent qu’au début du XIXe s. les moyens financiers de reconstruire la cathédrale, rasée par les Turcs, d’une ville qui s’appelait Gran du temps de l’empire austro-hongrois et qui porte aujourd’hui le nom hongrois d’Esztergom, siège de l’archevêque primat de Hongrie.

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Mais ils le firent sans lésiner, en édifiant une grande basilique dont le dôme central, cousin germain de celui du Panthéon de Paris, s’élève à une hauteur de près de 100 mètres. Le brillant style baroque était bien passé de mode! On donna dans le néoclassique le plus solennel et le plus froid. Mais un fils du pays, le compositeur Franz Liszt composa une Missa solemnis, dite Messe de Gran, qui fut exécutée lors de son inauguration. Les Hongrois avaient toutefois su planquer beaucoup de leurs objets liturgiques, si l’on en juge par les antiques chasubles et les orfèvreries exposées dans le fabuleux trésor de la basilique d’Esztergom!

De même, un simple pavillon de chasse rasé par les Turcs près de Vienne, fut reconstruit en beaucoup plus beau et plus grand après la victoire. Ce fut le vaste, noble et joyeux château de Schönbrunn, domaine de la grande impératrice Marie-Thérèse (1717-1780), femme politique assez virile pour mériter l’acclamation de l’armée hongroise : “Mourons pour notre roi, Marie-Thérèse”, ce qui ne l’empêcha pas de mettre au monde 16 enfants : 11 filles et 5 fils, parmi lesquels 10 parvinrent à l’âge adulte. C’est là que fut élevée, mais peu instruite, une de ses filles, archiduchesse à la tête légère dont on fit une reine de France, qui termina sa vie saintement dans le martyre : Marie-Antoinette (1755-1793). Deux occasions de méditer sur la condition féminine. Nous en aurons une autre.

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Une pièce de ce château particulièrement touchante est le modeste bureau où l’empereur François-Joseph, qui régna à partir de 1848, travaillait d’arrache-pied, pendant que sa femme Elizabeth, dite Sissi, voyageait. Il mourut en 1916 et son successeur, petit neveu, et dernier empereur d’Autriche, Charles Ier fit de vains efforts pour obtenir une paix séparée avec la France en 1917.

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C’était l’année où la Sainte Vierge, à Fatima, mettait en garde contre les erreurs que risquait de répandre à travers le monde la Russie, qui s’engageait alors dans sa “révolution d’octobre”. Ni l’une ni l’autre n’ayant été écoutés, elle les y répandit effectivement. Mort en exil d’une pneumonie en 1922 à l’âge de 34 ans, l’empereur détrôné laissait veuve son épouse Zita et orphelins ses huit enfants, dont l’archiduc Otto de Habsbourg (1912-2011) qui fut président du Comité international pour le français langue européenne, du Mouvement pan-européen (1973-2004) et député au Parlement européen (1979-1999). Charles Ier a été béatifié en 2004 et mériterait bien d’être mis au rang des “saints patrons de l’Europe”. On peut le prier pour l’Union Européenne qui aurait bien besoin de changer d’orientation. Il n’est pas interdit non plus de prier pour ceux qui ont empêché la réalisation de son sage projet, dans l’hypothèse où ils ne seraient pas en enfer mais au fin fond du purgatoire.

La pression des Turcs sur l’Europe ne commença à se relâcher que, sur mer, en 1571 avec la victoire navale des chrétiens à Lépante, et, sur terre, avec la levée, en 1683, du second siège de Vienne (déjà assiégée en 1529), par les troupes du roi de Pologne Jean Sobieski, et du duc Charles V de Lorraine, et grâce à l’action du saint capucin Marco d’Aviano, ami de l’empereur Léopold Ier et chargé de mission du pape Innocent XI, dont nous pûmes vénérer le tombeau à l’église des Capucins de Vienne qui est aussi la nécropole des empereurs d’Aut-riche. Le frère Marco ne cessa de soutenir le moral des Viennois pendant les trois mois que dura le siège, et une fois la victoire acquise, eut assez d’autorité pour obtenir une conduite irréprochable de la part des soldats impériaux refusant toute violence gratuite ou inutile de leur part. Nombre de Turcs en appelèrent à lui pour avoir la vie sauve.

Pensons un peu à tout ce dont Vienne a enrichi le patrimoine de l’humanité entre 1683 et 1914, notamment en matière musicale – mais pas seulement – et à la catastrophe qu’aurait été une victoire turque !
En fait de musique, Mozart, l’auteur de L’enlèvement au Sérail et d’une Marche turque que nous avons tous tapotée au piano, nous ne le vîmes, à Vienne, qu’en effigie, sur des plaques de chocolat et des bonbons. Mais nous y rencontrâmes Schubert. Notre hôtel était situé sur la Hernalser Hauptstrasse qui est quelque chose comme la rue de Vaugirard à Paris, Hernals étant jadis, avant son rattachement à Vienne, un simple village de vignerons.

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Nous eûmes la messe, accompagnée à l’orgue par Anne, à la Kalwarienkirche de cet ancien village et nous découvrîmes sur un de ses murs une plaque portant l’inscription suivante: « Franz Schubert hörte am 3 November 1828 die letzte Musik vor seinem Tode, das lateinische Requiem seines Bruders Ferdinand, in diesem Gotteshaus », ce qui signifie : « Dans cette maison de Dieu, le 3 novembre 1828, Franz Schubert entendit de la musique pour la dernière fois avant sa mort : le requiem latin de son frère Ferdinand ». Dans son enfance, Franz tenait l’alto, et Ferdinand était au violon, ainsi qu’un troisième frère, Ignaz, dans un quatuor familial où le père jouait du violoncelle. Franz devait être bien malade le jour de l’enterrement de Ferdinand, car il le suivit dans la tombe peu de jours après, à l’âge de 31 ans, le 19 novembre 1828.

Songeons, plus gaiement, que si les belles Viennoises, au lieu de porter la burqa, purent valser au son de la musique des Strauss, c’est parce que Marco d’Aviano était tous les matins prosterné au pied du crucifix et devant une image de la Vierge encore vénérée dans la cathédrale, et parce que des braves, commandés par des chefs courageux, comme le Prince Eugène, toujours en prière avant la bataille, risquèrent leur peau à 100.000 contre 250.000 et que beaucoup d’entre eux la laissèrent sur la colline du Kahlenberg.

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Le symbole de ces héros, nous l’avons trouvé dans l’église du XVe s. du village de Spisska Sobota, qui possède un orgue historique et plusieurs retables de toute beauté datés de 1566 , œuvres d’un sculpteur localement célèbre, Pawel de Levoca. Dans celui du maître autel trône une magnifique statue équestre de Saint Georges terrassant un dragon. Pendant les croisades, les Templiers, les chevaliers Teutoniques, les chevaliers anglais des ordres de Saint Michel et Saint Georges et ceux de la Jarretière, s’étaient emparés de la légende dorée de ce martyr du IIIe s. et en firent leur saint patron. C’est ainsi que la modeste bourgade de Spisska Sobota fut honorée d’une visite d’ Elizabeth II, venue vénérer devant cette statue, le saint patron du pays, aujourd’hui fort islamisé, dont elle est reine.

Soyons sûrs que si, nous aussi, nous remportons une victoire difficile sur les islamistes qui nous livrent une autre sorte de guerre, ce ne sera pas grâce à la laïcité du moins telle qu’elle est comprise en France, mais grâce à de ferventes prières, au témoignage de notre vie et au sacrifice de quelques martyrs.

Invasion n°3 en 1939, puis en 1944-45, celle de l’armée rouge soviétique
Conformément au Pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939, l’Allemagne envahit la partie occidentale et l’URSS la partie orientale de la Pologne. Au printemps 1940, sur l’ordre de Béria, chef du NKVD (police politique de l’URSS) et grand organisateur du goulag, l’armée polonaise est décapitée: Plus de 25000 Polonais, majoritairement des officiers, sont déportés en Russie, dans la région de Smolensk, et assassinés dans la forêt de Katyn (le film d’Andrzej Wajda traitant de ce drame nous fut un soir projeté). Mais Le 22 juin 1941, l’Allemagne déclenche l’Opération Barbarossa, invasion à grande échelle du territoire de l’URSS, prenant les autorités soviétiques de court. Les Russes reculent, subissent de grosses pertes et la Pologne est entièrement occupée par les Allemands. Mais lorsque, en 43, les Allemands sont battus à Stalingrad, le vent tourne et le cours de la guerre est joué sur le front Est. Dans la nuit du 4 au 5 janvier 1944, les premiers tanks de l’Armée rouge, franchissent la frontière de la Pologne. Mais les Soviétiques attendent que les Allemands aient maté une insurrection à Varsovie et que la ville soit aux trois quarts détruite pour y entrer début octobre.
L’offensive d’été soviétique de 1944 coïncide avec le débarquement des alliés occidentaux en France. Les troupes soviétiques envahissent la Roumanie, la Bulgarie et la Hongrie, pays alliés de l’Allemagne, où ils soutiennent des gouvernements de coalition, dominés par les communistes locaux ou incluant ceux-ci. En Yougoslavie, l’Armée rouge effectue une incursion qui permet aux Partisans de Tito de prendre Belgrade. Les pays baltes sont reconquis et redeviennent des républiques soviétiques. En Albanie, le Mouvement de libération nationale dirigé par Hoxha prend le pouvoir à la faveur du retrait des Allemands. La Tchécoslovaquie, qui avait un gouvernement en exil et dont les partisans communistes avaient combattu aux côtés des Russes, ne fut pas envahie, mais en 1948, par un coup d’État dit “coup de Prague”, les communistes locaux y prirent le pouvoir et son sort fut semblable à celui des autres États tombés sous le joug communiste. Sous le prétexte de “préserver l’URSS de futures attaques, comme en 1914 et en 1941, en la protégeant par un glacis territorial et politique”, et pour maintenir à tout prix ce glacis, l’URSS réprima durement dans les années 1950-1960, des insurrections en RDA (République Démocratique Allemande), en Hongrie et en Tchécoslovaquie et ne lâcha ses conquêtes que contrainte et forcée, près de cinquante ans plus tard.

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Tenue du 4 au 11 février 1945, la conférence de Yalta, qui réunit en grand secret les chefs de gouvernement de l’Union soviétique (Joseph Staline), du Royaume-Uni (Winston Churchill), des États-Unis (Franklin D. Roosevelt) prévoit, entre autres dispositions, un partage des zones d’occupation de l’Allemagne entre les puissances victorieuses et la ville de Berlin fut coupée en deux par une ligne de démarcation séparant la zone américaine de la zone soviétique. Ce fut le début d’une “guerre” maintenue “froide” par la menace nucléaire, entre les deux puissances aux ambitions mondiales, les USA et l’URSS. Le régime imposé à sa zone par l’URSS engendrait tant de misère et d’oppression que les candidats à l’émigration vers l’ouest étaient nombreux. Pour les contenir, il fallut ériger, à Berlin en 1961, un mur et tout le long de la frontière est-ouest, des ensembles de barbelés ponctués de miradors. Le génial auteur anglais de 1984 et de la Ferme des Animaux, George Orwell, fut le premier à donner à ce dispositif un nom qui fit fortune : Iron curtain, le Rideau de fer. C’est seulement dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989 que, sous la poussée de la foule, après plus de 28 années d’existence, le mur de Berlin tombe, sous les yeux ébahis de l’Occident. C’est le début de la libération de l’Europe de l’Est.

L’occupation soviétique, beaucoup plus courte que l’occupation turque avait été pire: Quelle que fût leur cruauté, jamais les Turcs n’ont inventé d’institutions aussi perverses que le goulag et les hôpitaux psychiatriques pour les citoyens mal pensants. Ce qui se passait au fond du cœur des chrétiens, par eux réduits à la condition de “dhimmis », ne les intéressait pas. Ils se contentaient de mépriser et d’exploiter ces infidèles assez bêtes pour ne pas se convertir à l’islam. Il leur suffisait de leur faire payer des impôts exorbitants et de leur imposer des discriminations sociales humiliantes, moyennant quoi ils pouvaient célébrer leur culte dans la discrétion. Les communistes, eux, voulaient s’emparer de leur âme, traquer chez eux la moindre pensée critique ou religieuse, créer un homme nouveau, l’homo sovieticus sincèrement athée et entièrement dévoué au Parti Unique des travailleurs, au profit d’une classe dirigeante de plus en plus corrompue.

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Le cas emblématique du cardinal Joseph Mindszenty

Les nazis ne furent pas tendres à l’égard des catholiques, et les communistes encore moins, qui firent de l’athéisme la religion officielle, et décapitèrent l’Église en persécutant systématiquement le haut clergé. L’évêque de Nitra n’échappa pas à la règle comme nous l’apprit un feuillet destiné aux touristes.

József Mindszenty (1892-1975) eut, lui, à souffrir de ces deux régimes inhumainement totalitaires, et, par surcroit, de l’incompréhension de l’Église romaine. Ce n’était certes pas une sinécure d’être 1. ordonné prêtre en 1915 en pleine première guerre mondiale, 2. évêque le 3 mars 1944, alors qu’un gouvernement à la solde des nazis vient de remplacer celui de Horthy, régent du royaume de Hongrie, et que les Soviétiques vont entrer à Budapest en février 45, 3. cardinal le 18 février 46 alors que le régime communiste s’installe en Hongrie. Non sans tribulations, Il sera, de 1946 à 1974, archevêque d’Esztergom et Primat de Hongrie.

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Il fut emprisonné une première fois pendant quelques mois en 1919 jusqu’à la fin d’un éphémère gouverne-ment communiste appelé République des conseils de Hongrie, dirigé par un certain Bela Kun qui devait lui-même être victime des purges staliniennes en 1937.
Il le fut une deuxième fois en 1944-45, accusé de trahison en raison de son opposition au parti des Croix fléchées, grand persécuteur de juifs, imposé par les nazis. Il est libéré en avril 1945, par l’armée rouge!
Plus grave, Le 26 décembre 1948, il est arrêté et inculpé de trahison, conspiration et non-respect des lois du régime. En 1949, il est condamné à la prison à vie pour trahison envers l’État hongrois. Il est soutenu par le Pape Pie XII qui, dès le verdict connu, excommunie toutes les personnes impliquées dans son procès et sa condamnation.
Pendant l’insurrection du peuple de Budapest appelée “Révolution de 56” qui commença le 23 octobre, il retrouve la liberté, et fait à la radio un discours où il exprime son espoir d’un avenir anti-communiste. Quand elle fut écrasée par les chars soviétiques dès le 10 novembre, Imre Nagy, qui avait été ministre communiste, et qui devait payer de sa vie sa dissidence, lui conseilla de se réfugier à l’ambassade américaine. Il le fit et n’en sortit plus pendant 15 ans.

Un compromis est trouvé en 1971: le pape Paul VI lève l’excommunication de 1949 et le déclare “victime de l’Histoire ” plutôt que “du communisme”, avec lequel l’“ostpolitik” vaticane entretient une certaine connivence, ce qui lui permet de quitter la Hongrie. On lui propose de renoncer à sa charge en échange de la publication non censurée de ses mémoires. Il refuse et s’installe à Vienne plutôt qu’à Rome. Le pape lui retire ses titres en 1974, mais refuse de nommer un nouveau primat de Hongrie avant sa mort qui survient le 6 mai 1975. Ce n’est donc qu’en 1976 que le titre est à nouveau attribué. En 1991, sa dépouille est rapatriée à Esztergom à la demande du gouvernement. Il est inhumé dans sa cathédrale où nous avons pu vénérer ses reliques et son tombeau. Il est l’auteur d’un livre intitulé La mère, miroir de Dieu dont de larges extraits nous ont été lus pendant que nous roulions.

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Toujours en Hongrie, à Györ, nous fîmes la connaissance d’un autre évêque victime du communisme, tenu pour martyr, le bienheureux Vilmos Apor, abattu fin mars 1945 par un des vaillants soldats de l’Armée Rouge, alors qu’il s’interposait entre eux et un groupe de femmes menacées d’être violées, et qui ne le furent pas. Il est rare que les filles menacées de “tournantes” dans les cités de nos banlieues trouvent de pareils défenseurs.

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Le culte du bienheureux Jean-Paul II (1920-2005)

Statues, images, photos, portraits, expositions, il est partout! Entre Wadowice et Cracowie, on a pu compter cinq grandes statues de bronze à son image, et encore une, près de la cathédrale de Nitra. Il est certain que l’élection, le 16 octobre 1978, d’un pape polonais a été pour la Pologne opprimée une immense joie, une grande bouffée d’oxygène, d’autant plus que, parmi ses innombrables visites apostoliques à travers le monde, il en a réservé neuf à sa propre patrie. Lors de celle de 1983, il soutient les opposants au régime. Il appelle les Polonais à “faire un effort pour être un individu doté de conscience, appeler le bien et le mal par leur nom et de ne pas les confondre… développer en soi ce qui est bon et chercher à redresser le mal en le surmontant en soi-même” et en 87 il leur dit : “Chaque jour je prie pour vous, là-bas à Rome et où que je sois, chaque jour je prie pour ma Mère Patrie et pour mes compatriotes.

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Je prie particulièrement pour l’action du grand mouvement de Solidarnosc”. Son encyclique Laborem exercens de 1981 était déjà un véritable acte de soutien à Solidarnosc. Il échange avec le Président Reagan, qui partage son point de vue sur le problème de l’avorte-ment, des informations sur la Pologne et on ne peut nier qu’il ait joué un rôle important dans l’effondrement des régimes communistes en Europe. Aussi, quelle émotion et que de prières quand on apprend que le 13 mai 81, il a été victime, en pleine place St Pierre, d’une tentative d’assassinat ! Heureusement sauvé après une délicate opération, il ne lui échappe pas que ce 13 mai 81 est l’anniversaire du 13 mai 1917 où la Vierge apparut pour la première fois aux trois enfants de Fatima. Lui, qui dès ses années de séminariste, s’état consacré à la sainte Vierge en adoptant pour devise les mots Totus tuus, ne manque pas de faire envoyer à Fatima la balle qui avait failli le tuer et de la faire insérer dans la couronne de la statue de la Vierge qui trône dans la basilique. Mais il ne va pas jusqu’à réaliser enfin la “consécration de la Russie à son Cœur Immaculé”, dans les termes qu’elle avait prescrits soixante quatre ans plus tôt, en pleine guerre mondiale, pour que soit obtenue de Dieu pour la Russie, la conversion, et pour le monde “un temps de paix”. Les gens de Wadowice, sa ville natale, décident d’élever en son honneur une église Saint Pierre. Les travaux commencent en 1986. Tout ce qui n’exige pas la main d’un professionnel, est réalisé par les habitants qui se relaient, rue par rue, pour y travailler chacun à leur tour.

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Le résultat est une très belle église moderne adossée à une colline sur laquelle s’échelonnent les stations d’un chemin de croix. Lorsque déjà vieux, Jean-Paul II vient l’inaugurer lui-même, en 1991, la Pologne est enfin libre.

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Le symbole de Cracovie

Une haute citadelle et une ville basse. Le Wawel: avec un palais royal renaissance et une cathédrale gothique; des casernes pour une garnison.

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En bas de riches bourgeois voués aux activités économiques ont élevé, autour de la grand place, de vrais palais tous différents, ornés d’une profusion de détails charmants et se sont trouvés encore assez riches pour offrir à leur basilique gothique, consacrée à Notre-Dame,

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un magnifique retable du maitre Veit Stoss réalisé entre 1477 et 1489, “chef d’œuvre de la sculpture du gothique tardif” qu’encore aujourd’hui, on ouvre en grande cérémonie à la fin de chaque matinée et dont la contemplation conclut notre visite de Cracovie. Preuve qu’ils pouvaient travailler et s’enrichir en sécurité, et qu’ils n’étaient pas accablés d’impôts. Preuve que là-haut, au Wawel, le roi et l’évêque, dans la distinction de leurs fonctions respectives, mais dans la bonne entente, faisaient leur métier et pas plus que leur métier, l’évêque veillant à ce que soit bien enseignée la saine doctrine, et le roi à faire régner l’ordre et la justice, tout en laissant à ceux d’en bas l’initiative de toutes sortes de bonnes œuvres charitables, hospitalières et éducatives.

Dans le même ordre d’idées on peut citer le petit sanctuaire montagnard de Stare Hory, situé dans une région où on exploitait des mines de cuivre et d’argent, de façon assez lucrative pour que l’exploitant, à qui le fisc ne prélevait pas 75% de ses bénéfices, puisse construire l’église et faire tailler et dorer la belle statue de la Vierge que nous y admirons encore aujourd’hui. Images à méditer et prières pour les économistes !

La nation et l’État

La nation est un ensemble de gens nés sur une certaine terre, leur patrie, la “terre de leurs pères”, et qui ont en commun une culture, une langue, une religion, une histoire, des lieux de mémoire. La nation a une âme et un ange gardien. Elle est du côté de Dieu. L’État est une structure de pouvoir dont la fonction est d’exercer sur un certain territoire au moins les fonctions “régaliennes” de maintien de l’ordre, de défense et de justice, et celles de “battre monnaie” et de lever un impôt raisonnable. Il est du côté de César. Il arrive que la nation et l’État coïncident mais ce n’est pas toujours le cas, notamment en Europe centrale où il n’existe guère de “frontières naturelles” et où, selon les aléas de l’histoire, les frontières des différents États ont beaucoup varié. Une nation peut être répartie en plusieurs États. Ce fut le cas de la Pologne, quatre fois partagée avant de trouver son unité actuelle. Elle conserva jalousement son identité nationale. Un seul État peut englober plusieurs nations, chose parfaitement supportable si César n’est pas un tyran. Ce fut généralement le cas du temps de l’empire austro-hongrois qui fut démembré en 1919. La suite montra que les nations libérées de sa tutelle ne gagnèrent pas au change. On créa une Tchécoslovaquie qui ne se révéla pas vraiment viable puisque la Slovaquie fit sa “révolution de velours” en 1989 et devint indépendante, le 1er janvier 1993, sous le nom de République Slovaque.

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Mais ce fut pour se jeter dès l’an 2004 dans les bras de l’Union Européenne. On dit que les écolos jouèrent un rôle non négligeable dans cette révolution, la Slovaquie, beaucoup moins polluée que la Bohême, préférant le tourisme vert et la mise en valeur de ses grottes karstiques à l’industrialisation.

Autant que nous avons pu en juger et en parler avec un prêtre autrichien, les pays qui ont subi l’oppression communiste sont aujourd’hui plus fervents que l’Autriche et la France – qui ne l’ont pas subie. À preuve, ce que nous avons constaté au sanctuaire de Levoca en Slovaquie le 3 juillet.

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C’est un lieu de pèlerinage à la Vierge des sept douleurs qui fut aussi un lieu de résistance à l’époque communiste. Il y convergeait, à certaines occasions, jusqu’à 2 millions de personnes. Il se peut que l’affluence soit en relation avec les fêtes toutes proches de Cyrille et Méthode, mais enfin, dans l’après-midi, l’église se remplit de gens qui venaient se confesser. Il y avait des prêtres qui confessaient dans tous les coins. Les pénitents se tenaient debout en file, attendant leur tour dans le plus parfait silence. C’était un spectacle stupéfiant, inimaginable en France. C’est aussi à la stupéfaction de son homologue français qu’un homme politique russe en visite en France en 2012, le président Medvedev, demanda et obtint de vénérer les reliques de la Passion conservées à Notre-Dame de Paris.

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Fête nationale slovaque à Nitra

Le 5 juillet 2013 on fêtait à la fois le 1150e anniversaire de l’arrivée de Cyrille et Méthode en pays slave et le 20e anniversaire de l’indépendance (toute relative) de la République Slovaque qui est, selon sa constitution, laïque et respectueuse de toutes les religions.

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Mais l’essentiel de sa fête nationale est une messe catholique célébrée par le Cardinal Francis Rodé, envoyé de S.S. le Pape François en grande pompe sur un podium élevé sur la grande place de l’hôtel de ville,

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devant une foule nombreuse et avec la participation du maire et du Président de la République qui y prirent la parole. Pas de défilé militaire? Si! Mais rien à voir avec celui du 14 juillet aux Champs Élysée: un petit bataillon de gaillards vêtus de vives couleurs, galonnés, soutachés, porteurs de brandebourgs et de plumets, l’épée au côté et la baïonnette au canon, de vrais soldats d’opérette.

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L’après midi fut consacrée à une sorte de fête médiévale avec troubadours et boïards en costumes d’époque

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et le soir, tandis que les gens se restauraient dans des guinguettes tout autour de la place dans une atmosphère de fête de la bière, le podium se peupla de tout un orchestre qui n’était rien de moins que la Philharmonie de Vienne et qui joua gratis une admirable musique avec récital (en slovaque, malheureusement) et chœurs. Renseignements pris, c’était un oratorio à la mémoire de Cyrille et Méthode composé par un musicien slovaque né en 1958 à Bratislava et qui y fit toutes ses études musicales, du nom d’Egon Krak. On peut juger par là que la “laïcité” de la République Slovaque est très “ouverte”.

Et nous, catholiques français, quelle leçon pouvons-nous tirer de tout cela ?
L’Europe centrale a fait successivement l’expérience du totalitarisme turc de jadis et du totalitarisme communiste de naguère. Elle a résisté aux deux.
Nous, nous sommes menacés simultanément de deux totalitarismes: D’une part celui de l’islam, qui ne cesse de gagner en influence en France et dans les autres pays d’Europe. Et il ne faut compter ni sur nos hommes politiques ni sur notre clergé pour chercher à l’endiguer.
D’autre part l’idéologie mondialiste: à la fois immigrationniste et malthusienne, qualifiée par Jean-Paul II de “culture de mort”, elle nous est imposée par l’Union Européenne qui n’en est qu’un relai. Athée, et, plus qu’aux autres religions, hostile surtout au catholicisme, cette Union, qui a renié explicitement ses “racines chrétiennes”, restreint toujours davantage, sous d’hypocrites dehors démocratiques et tolérants, l’indépendance des nations-membres et la liberté d’expression des citoyens et ne défend nullement ni l’identité ni les intérêts de l’Europe dans le monde. Elle contribue, par contre, à détruire sa civilisation, à commencer par ses principaux fondements, le mariage d’un homme et d’une femme et la famille.

Que faire ? « Aller à contre courant », comme nous y invite le Pape François. Résister. Faire confiance à Celui qui a dit “la Vérité vous rendra libres”.

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Comment ? Nous qui ne sommes ni apôtres ni personnes politiques, ni journalistes des grands médias, nous ne pouvons rien faire d’autre qu’être ce que nous sommes (ou que nous devrions être) et ne pas le cacher; ne pas accepter notre “relégation sociologique”, ne pas laisser aux musulmans le monopole de la visibilité de Dieu dans la société. Et peut-être que Dieu utilisera pour le mieux le peu que nous aurons à lui offrir.

Oh ! Ne nous faisons pas d’illusions! Les chrétiens sont enjoints d’aimer leurs ennemis. Mais nos ennemis ne le sont pas. Ils nous haïssent. Nous avons en tête ce que Jésus disait à ses apôtres : “Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc adroits comme les serpents, et candides comme les colombes. Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens. Quand on vous livrera, ne vous tourmentez pas pour savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. Le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort. Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre…” (Matthieu ‪10,16-23). De ces paroles, on a vu, par les condamnations d’un certain Nicolas et du Dr Dor, une récente et bien réelle application. On ne peut les digérer qu’au moyen d’une fréquente méditation de la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, d’où la nécessité de laisser bien visibles un peu partout croix et crucifix qui sont de bons aide-mémoires.

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Les Polonais en sont bien convaincus, qui, à Kalwaria Zebrzydowska, jouent, chaque semaine sainte, un “mystère de la passion” et ont réparti dans la montagne, sur 400 hectares, de si remarquables chapelles reproduisant les principaux lieux de Jérusalem et les quatorze stations du chemin de croix qu’elles sont classées au patrimoine mondial de l’humanité. Les plus jeunes et les meilleurs marcheurs d’entre nous sont grimpés jusqu’en haut après avoir vénéré, dans le couvent de Bernardins tout proche, une image miraculeuse de la Vierge qui en des temps très anciens versa, dit-on, des larmes de sang. Le cas n’est pas unique!

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Au XVIIe s. à Györ en Hongrie, une image de la Vierge vénérée dans la cathédrale a fait de même! Don d’un évêque Irlandais en exil, alors que les catholiques étaient persécutés par les Anglais, elle s’était mise à pleurer le jour de la St Patrick de 1697, saint patron de la lointaine Irlande (des dizaines de Hongrois ont témoigné de ce fait).

Certes, quand on se sent la vocation d’un engagement risqué, il ne faut s’y décider qu’avec “la prudence du serpent”. Si chacun est obligé d’être “témoin” de sa foi, c’est-à-dire “martyr” au sens étymologique du mot, seul un petit nombre est destiné à devenir “martyr” au sens usuel. Il y a une quantité de conduites catholiques qui ne tombent pas sous le coup de la loi et pour lesquelles on ne risque rien, ou seulement de légers sarcasmes, à commencer par bien remplir les églises le dimanche, “ne pas hurler avec les loups”, et envoyer des chèques à des associations qui les méritent. Mais enfin, on ne peut exclure tout à fait l’éventualité de se trouver un jour coincé dans de telles circonstances que la seule issue honorable soit le passage prématuré de cette vie terrestre à la vie éternelle. Quoi qu’il en soit, les sept dons du Saint Esprit nous sont bien nécessaires et ceux qui ne sont pas confirmés feraient acte de prudence en demandant cet excellent sacrement.

UN CORTÈGE DE QUELQUES SAINTS rencontrés pendant ce voyage, outre ceux déjà cités :

Si nous mettons à part, puisqu’il est Dieu lui-même, l’enfant Jésus de Prague que nous rencontrâmes à Arenzano et retrouvâmes à Velehrad, (mais nous pouvons le prier pour les petits enfants qu’on empêche de naître ou qu’on empêche de le connaître, à qui on prétend donner deux papas mais pas de maman ou vice versa), le premier saint que nous rencontrâmes s’annonçait à Padoue par une affiche collée sur la façade de sa basilique, qui aurait fait rire en France, mais pas en Italie. Elle proclamait : 1263-2013, 750e anno del ritrovamento della lingua incorotta di san Antonio soit “750e anniversaire de la découverte de la langue non corrompue de Saint Antoine”. Eh ! oui, Antoine (1195-1231), né à Lisbonne et mort à Padoue après avoir enseigné à Montpellier, disciple de saint François qu’il a connu, avait souhaité et obtenu d’aller au Maroc pour y convertir les musulmans ou y subir le martyre (On peut donc l’invoquer pour les musulmans qui demandent le baptême et ne sont pas accueillis à bras ouverts dans l’Église). Mais Dieu avait pour lui d’autres projets, et le contraignit, au moyen d’une crise de paludisme, à rebrousser chemin. Il en fit un savant intellectuel qui, avant saint Bonaventure, sut réconcilier l’ordre franciscain avec les hautes études théologiques, et surtout un grand prédicateur, d’où l’intérêt d’avoir trouvé, à l’ouverture de son tombeau, 32 ans après sa mort (suivie d’une nouvelle ouverture en 1981), sa précieuse langue quasi intacte, alors que tout le reste était tombé en poussière, et de la conserver dans un riche reliquaire. Un jour qu’il prêchait sans succès des hérétiques récalcitrants, il leur dit que ses arguments étaient si simples et si clairs que même des animaux pourraient les comprendre. Se trouvant au bord du Po, il adressa donc son discours aux poissons qu’on vit en grand nombre se rassembler et sortir de l’eau leurs petites gueules ouvertes, faisant mine de comprendre! Ce que voyant, les hérétiques se convertirent. En France on n’invoque guère Saint Antoine de Padoue “qui déniche tous les petits trous”, que pour retrouver des objets perdus. L’origine de cette coutume vient de ce qu’un beau jour il ne retrouva plus un précieux psautier (manuscrit sur parchemin, bien sûr) dont il avait absolument besoin pour son travail. Il se mit en prières et le manuscrit réapparut. Comment ? C’était un novice du couvent de Montpellier où il se trouvait qui l’avait volé et s’était enfui en l’emportant, peut-être pour le vendre ? Toujours est-il que, pris de remords, il revint et le posa doucement sur la table de son professeur. Il est certes très souhaitable de retrouver une clé perdue, mais plus souhaitable encore de recouvrer la foi quand on l’a perdue, ce qui est le cas de pas mal de ses collègues universitaires d’aujourd’hui. On peut donc le prier aussi à cette intention.

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En pénétrant en Moravie, nous fûmes tout de suite accueillis par Jan Nepomuk, en français saint Jean Népomucène (1340-1393) très populaire, dont la statue est partout. Il est surtout célèbre pour avoir été le confesseur de la reine Sophie, épouse du roi Venceslas IV qui la soupçonnait d’adultère. Venceslas voulait absolument savoir ce qu’elle pouvait bien lui raconter en confession et alla jusqu’à torturer Jan pour le lui faire dire, mais il fut absolument fidèle au secret de la confession et Venceslas, de rage, le fit mettre dans un sac et jeter dans la Moldau, affluent du Danube qui arrose Prague. Il y mourut noyé. Les Tchèques en ont fait le patron des bateliers, des constructeurs de ponts, de tous les métiers qui ont quelque chose à voir avec l’eau. Mais il semble plus intéressant de l’invoquer pour tous les gens qui résistent à Big Brother lorsque celui-ci fait de puissants efforts pour violer le secret des consciences.

La cathédrale d’Olomouc/Olmütz est placée sous le patronage du saint roi Venceslas qui n’est certes pas le Venceslas ci-dessus. Non, non, Saint Venceslas Ier de Bohême (907-935), fils d’un duc de Bohême aurait été baptisé par un prêtre slave, disciple de l’apôtre saint Méthode et fut élevé par sa pieuse grand mère Sainte Ludmila, mal vue de sa mère païenne qui la fit étrangler en 921. Devenu roi de Bohême en 924, il modifie le système judiciaire en réduisant le recours à la peine capitale ou à la torture, entreprend la construction de la cathédrale Saint-Guy de Prague , et signe un pacte de non-agression avec Henri l’Oiseleur, souverain germa-nique qui le menace, moyennant une rente annuelle de 129 bœufs et 500 talents. Son frère Boleslav, un ambitieux batailleur, n’apprécie pas ce procédé. Aidé par plusieurs seigneurs, il conspire contre son propre frère en l’attirant à la fête des patrons de l’église Saints-Côme-et-Damien de la ville de Stará Boleslav, non loin de Prague. Sans arme, Venceslas est attaqué par son frère et d’autres conspirateurs, et meurt devant la porte de l’église. Et Boleslav devient roi à sa place. Trois ans plus tard, il accepte de faire transporter à l’intérieur de la cathédrale saint Guy la dépouille de son frère qui devient le saint patron de la Bohême.

Venceslas n’est certes pas le seul chef d’État assassiné par des fanatiques pour avoir mené une politique de compromis trop pacifique à leurs yeux. On peut penser à Henri IV qui travailla à réconcilier les catholiques et les protestants, au président Sadate, artisan d’une paix entre Israël et l’Égypte… On peut le prier pour nos chefs d’État, pour qu’ils nous gouvernent bien, et avec d’autant plus d’insistance s’ils nous gouvernent mal…

Un autre martyr : au centre de la cathédrale du Wawel, à Cracovie, trône le grand reliquaire d’argent de l’évêque saint Stanislas, patron de la Pologne. Comme Venceslas, il fut victime de Boleslav, débauché et peu scrupuleux en politique, à qui ses hauts faits avaient valu le nom de Boleslav Ie “le cruel”. Ce Stanislas, qui avait été en France faire des études à St Germain des Prés et travaillait en Pologne à répandre la réforme de Cluny, avait, à l’imitation de Saint Ambroise à l’égard de l’empereur Théodose coupable d’un massacre, reproché au roi sa mauvaise conduite, et avait été jusqu’à l’excommunier et lui interdire l’entrée dans les églises tant qu’il ne se serait pas repenti. Le roi en personne l’égorgea au pied de l’autel en 1079 alors qu’il célébrait la messe. Il n’est pas le seul lui non plus. Qu’on songe à Thomas Becket, Mgr Romero, Jean-Paul II lui-même sur la place St Pierre en 1981…
Un peu plus loin, toujours au Wawel, on rencontre le gisant de marbre blanc d’une descendante de Charles d’Anjou, frère cadet de saint Louis, fondateur d’une dynastie qui brilla pendant près de deux siècles à Naples et en Sicile puis en Hongrie et en Pologne.

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La jeune sainte Hedwige “la grande” (1372-1399), fiancée à 4 ans à un Habsbourg d’Autriche, fut, au cours d’une crise successorale couronnée à 12 ans, en 1384, en vertu de sa haute ascendance, “roi” et non “reine” de Pologne. Elle est priée par la diète de rompre ses fiançailles pour épouser à 14 ans, en 1386 un païen de 35 ans, duc de Lithuanie, nommé Jagellon, qui devint lui aussi roi de Pologne, et se convertit en prenant le nom de Ladislas, le couple réalisant ainsi en pleine paix l’union de la Pologne et de la Lithuanie, rempart contre les Chevaliers Teutoniques. Pendant sa courte vie, qu’elle termina en couches à l’âge de 27 ans après avoir mis au monde son premier enfant, elle eut un rayonnement suffisant pour être proclamée “sainte” par l’acclamation populaire, attendant jusqu’à l’an 1997 sa canonisation officielle par Jean-Paul II. Et la voilà “patronne de la Pologne”, en compagnie de son voisin Stanislas! Née en Hongrie, elle avait été bien instruite pendant son enfance, puisqu’elle parlait dit-on, le latin, l’allemand le hongrois, et quelques langues slaves : le serbe, le polonais, le bosniaque. Elle aimait s’entourer de savants, favorisa la création de l’université de Cracovie, introduisit la courtoisie à la cour de Pologne, fit quelques fondations charitables. On montre, dans la même cathédrale un “Christ noir” qui lui aurait parlé. Cette jeune femme “de spiritualité franciscaine” aurait-elle eu, par surcroit, des expériences mystiques ? C’est un cas assez complexe pour qu’on la prie à la fois pour les malheureuses jeunes filles victimes de mariages forcés, pour les biologistes, sages-femmes et obstétriciens confrontés aux problèmes actuels de la bioéthique, et en général pour toutes les femmes qui ont à trouver un équilibre entre leur situation d’épouse et de mère et leur rôle social, et d’accomplir ce rôle social dans un esprit conforme à leur sexe et à leur vocation maternelle .

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Terminons le voyage et ce reportage par une personnalité plus récente, sainte Faustine Kowalska (1905-1938) religieuse des sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde à Lagiewniki, dans la banlieue de Cracovie. Elle est l’apôtre de la miséricorde divine. Dans l’une des nombreuses apparitions dont Notre Seigneur Jésus Christ la favorisa, il se montra à elle debout, en vêtements blancs, la main droite se levant en signe de bénédiction et l’autre touchant le vêtement sur la poitrine. De sous ses vêtements sortent deux grands rayons, l’un rouge, l’autre blanc, symbolisant le sang et l’eau coulant de son côté. Il lui demanda d’en faire faire une image. Cette image fut exécutée sous sa direction par un peintre polonais. Le confesseur de Faustine, le Père Michel Sopocko, contribua à sa diffusion et elle est répandue aujourd’hui un peu partout.

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De même que les enfants de Fatima eurent la vision de l’enfer, elle le visita sous la conduite d’un ange et ne le trouva pas vide, loin de là. C’est que le fait d’être assassiné, massacré, ou de “mourir au champ d’honneur” fait de vous une victime, mais nullement un martyr, si on ne vit pas cette épreuve comme le bon larron qui reconnaît ses péchés, demande à Jésus son secours, et dont la prière est efficace et exaucée, mais comme le mauvais larron qui meurt dans la révolte et le blasphème. Si le nombre énorme des victimes de la guerre de 1914 n’a pas entrainé une rechristianisation de la France, loin de là, c’est peut-être que la plupart étaient de mauvais larrons, à la souffrance inutile alors que bon nombre des assassinés de Katyn étaient peut-être des martyrs. D’où l’amertume qu’éprouve en son cœur Notre Seigneur à voir tant d’âmes refuser les trésors de sa miséricorde et rendre vaine sa “douloureuse passion” et le conseil qu’il donne à Faustine de s’en souvenir et de réciter un certain “chapelet de la divine miséricorde” à l’heure de sa mort sur la croix.

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Sœur Marie Faustine a été béatifiée à Rome, le 18 avril 1993, puis canonisée le 30 avril 2000 par le Pape Jean-Paul II en la Fête de la Miséricorde Divine, deuxième dimanche de Pâques, qu’il instaura le même jour pour l’Église Universelle. La nouvelle sainte a laissé un “petit journal” assez gros et assez intéressant pour que plusieurs cardinaux et évêques aient demandé au Pape Benoît XVI de lui accorder le titre de Docteur de l’Église. Le dossier a été ouvert. La chapelle des sœurs de Lagiewniki ne suffisait plus aux pèlerinages. C’est pourquoi le cardinal Macharsky et l’évêché de Cracovie construisirent à proximité sur une vaste esplanade herbeuse capable de contenir une foule, une grande et belle basilique ronde avec un haut clocher, “Centre de la Miséricorde divine”. Donc, nous autres, qui avons eu la grâce d’y communier, au milieu de toutes nos occupations, prenons conscience que le Christ est présent dans nos âmes et à 15 heures, offrons à Son Père sa douloureuse Passion pour notre salut et celui du monde entier.

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Voyage-pèlerinage à L’Ile Bouchard du 29-31 mai 2012

UN TRIDUUM (29-31 MAI 2012)

Il fut super, comme tout ce que Robert et Claudia Mestelan, fondateurs de l’association la Route de l’Europe Chrétienne ( http://www.route-europe-chretienne.fr/) organisent pour les personnes pieuses non allergiques aux chapelets, cantiques, litanies, et qui ne craignent pas l’overdose.

SON OBJECTIF était unique, en deux intentions :

1. Assister à la bénédiction, le 30 mai, d’une plaque en bas-relief à la mémoire de Jeanne d’Arc, fixée sur le mur de l’église Saint Gilles de l’Ile Bouchard –

2. Prier pour la France.
L’intention n°2 ne pose pas problème. Il est clair que notre malheureux pays surendetté, au bord de la faillite, ravagé par le chômage, envahi, déchristianisé, islamisé, meurtrier de ses propres enfants à naître, a un besoin urgent de prières. Mais, au fait, pourquoi prier pour la France seule-ment, alors que la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, sont dans un état encore plus piteux que nous ? Pourquoi pas pour toute l’Europe ? Et même pour le monde entier, pendant qu’on y est? Parce que le Christ a dit “Allez, évangélisez toutes les nations” et pas “Allez, supprimez toutes les nations” et qu’il est plus naturel et plus facile de prier pour notre “prochain” le plus proche que pour un “prochain” plus lointain. Que les Grecs prient pour la Grèce, les Espagnols pour l’Espagne etc., cela nous sera infiniment sympathique et fera une “Europe des Nations” plus souple et plus spirituelle que l’Europe matérialiste et totalitaire que nous subissons. Le problème est plutôt que l’association n’ait réussi à réunir dans le but de prier pour la France, que dix-huit Français(e)s, alors que le prix (200 euros pour deux nuitées, la nourriture, et le transport Avignon – l’Ile Bouchard AR) était à la portée de beaucoup de bourses, et que trouver trois jours libres en semaine est à la portée de beaucoup de retraités. Il est vrai que Dieu ne demandait que dix justes pour sauver Gomorrhe. Ces dix-huit-là sont ils assez justes pour sauver la France? Toujours est-il que le feu du Ciel ne s’est pas encore abattu sur elle.

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L’intention n°1 peut sembler plus mystérieuse à certains. Pourquoi Jeanne d’Arc? Parce qu’elle est née en 1412 et que son 600e anniversaire tombe en 2012. Pourquoi le 30 mai? Parce que c’est le jour de sa fête liturgique, anniversaire de sa “naissance au ciel” après un accouchement par le feu plutôt difficile. Pourquoi l’Ile Bouchard, modeste bourgade du département d’Indre et Loire, où la Vienne, affluent de la Loire, se divise en deux bras, enserrant une petite ile? Parce que Jeanne y est passée le 6 mars 1429, qu’elle y a entendu la messe dans l’église romane qui subsiste encore aujourd’hui, et qu’elle y a dicté une lettre annonçant sa venue prochaine au Dauphin résidant à Chinon. Soit, mais enfin, Jeanne d’Arc est passée et a fait des choses plus ou moins remarquables en bien d’autres endroits. Pourquoi avoir choisi précisément l’Ile Bouchard ?

Ce n’est pas nous qui l’avons choisie, c’est la Sainte Vierge, qui se souvenait peut-être de ce passage, lorsqu’elle a décidé d’apparaître à quatre petites Bouchardaises

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les 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14 décembre 1947, et de leur demander de prier pour la France qui était “en grand danger”, apparitions officiellement reconnues en 2001 par Mgr Vingt-Trois alors évêque de Tours. Je parie que plus d’un, parmi vous, n’en avait jamais entendu parler. L’Église officielle n’est pas très loquace à ce sujet et si beaucoup de fidèles s’y rendent, c’est plutôt grâce au bouche à oreille que sur l’invitation de leur curé. C’est qu’on ne peut guère y pèleriner sans y dire du mal du communisme, chose encore aujourd’hui politiquement incorrecte, puisqu’il subsiste en France un honorable micro-parti communiste, électeur de Hollande au second tour, qui n’a jamais fait repentance de ses crimes et n’a jamais été touché par la diabolisation réservée au Front National.

QUE SE PASSAIT-IL DONC EN 1947? Piochons un peu dans divers sites internet:

Au sortir de la guerre et de l’occupation allemande, la France était ruinée, le manque d’argent criant, la production réduite, les communications aléatoires. L’hiver très dur de 1946-1947 nécessita de grandes quantités de charbon, et détruisit par le gel une partie importante des récoltes. Les cartes de rationnement existaient encore, mais ne permettaient d’obtenir que des quantités minimes et le marché noir était plus florissant que jamais. On ne trouvait plus de céréales en France. Il y eut des semaines où les boulangeries furent fermées d’autorité pendant trois jours. La France était réduite à dépenser ses dernières réserves en or pour acheter des céréales et du charbon aux États-Unis. En un an, les prix de détail doublèrent. Les hommes politiques, les socialistes Vincent Auriol élu président le 16 janvier 1947, et son premier ministre Paul Ramadier, devaient en outre faire face à des débuts de soulèvements en Algérie, en Indochine, à Madagascar, au Maroc. Leur politique était systématiquement contrée par les communistes pourtant présents dans le gouvernement. Le 18 mars, le propre ministre de la Défense Nationale, le communiste François Billoux, refusa de rendre hommage aux combattants d’Indochine, et resta assis à son banc, tandis que Jacques Duclos annonçait que le PCF rejetait la politique indochinoise de Ramadier. Le 25 avril, les ouvriers de Renault se mirent en grève contre le blocage des salaires. Le 1er mai, Maurice Thorez se désolidarisa de la politique salariale du gouvernement, auquel il participait cependant. Le 5 mai, Ramadier expulsa les communistes du gouvernement, ce qui envenima encore le conflit. Envoyé par le Président Truman se rendre compte de la situation en Europe, William Clayton retourne effrayé aux Etats-Unis: La France, l’Angleterre, l’Italie, sont au bord de l’effondrement. Pour parer à la catastrophe, le Secrétaire d’État Marshall, prononça à l’Université de Harvard, le 5 juin 1947, un discours proposant un plan de reconstruction économique de l’Europe que les nations occidentales acceptèrent et que l’URSS, (suivie par les nations que la conférence de Yalta avait laissées sous sa coupe) refusa. Du 22 au 27 septembre 1947, Staline réunit secrètement dans la petite station touristique polonaise de Szlarska Poreba, des représentants des partis communistes bulgare, hongrois, polonais, roumain, tchécoslovaque, yougoslave, français et italien pour leur faire admettre que désormais le monde était divisé en deux camps absolument antagonistes, le nouvel ennemi à combattre à fond étant l’impérialisme américain. Ce fut le début de la “guerre froide”. Les communistes français et italiens furent violemment critiqués d’avoir cédé, en s’alliant avec d’autres partis de gauche, au « crétinisme parlementaire » et « oublié » de prendre le pouvoir en 1944-1945. Ils ne tardèrent pas à essayer de se racheter. Le 2 octobre, au vélodrome d’hiver, Maurice Thorez, secrétaire général du P.C.F., déclara que le moment était venu « d’imposer un gouvernement démocratique où la classe ouvrière et son parti exercent enfin un rôle dirigeant ». Les grèves se déclenchèrent de tous les côtés. On arriva rapidement à trois millions de grévistes. Le maire communiste d’une ville ouvrière du Gard témoigne: « Les grèves de 1947 ont été terribles. C’était une lutte armée… Les mineurs avaient gardé l’esprit maquisard… Nos gars rêvaient toujours à la libération; ils croyaient que la révolution allait venir. Pour nous, les responsables du Parti, c’était très difficile de contenir nos camarades. Ils étaient prêts à tout foutre en l’air… Les socialistes étaient au ministère. C’était une vraie guerre entre les socialistes et nous. » Les voies ferrées furent bloquées, des centraux téléphoniques attaqués; le 29 octobre, une véritable bataille rangée opposa les forces de l’ordre aux militants communistes dans les rues de Paris; durant cette période, il y eut 106 condamnations pénales pour sabotage des voies de chemin de fer et des armes destinées à l’Indochine. Début novembre, Robert Schuman (Mouvement Républicain Populaire) devint premier ministre en remplacement de Ramadier. Il avait décidé de ne pas céder, soutenu en cela par son ministre de l’intérieur, Jules Moch (socialiste atypique). Le 28 novembre, le général Leclerc, héros de l’armée d’Afrique, libérateur de la France, populaire, patriote et bon chrétien, disparaît en vol dans ce qui n’est peut-être pas un simple accident d’avion. Le 3 décembre, le déraillement provoqué de l’express Paris-Tourcoing cause 21 morts. Jules Moch estime que son plan d’action est « désespéré ».

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Or, en quelques heures, le soir du deuxième jour des apparitions de la Sainte Vierge, tout bascule dans le sens de l’apaisement et de la paix civile. Le général Maurice Catoire écrit dans son journal: « A 20 heures, ce mardi 9 décembre 1947, la radio nous annonce la capitulation du Comité National de Grève et l’ordre donné à tous, dans la France entière, de reprendre le travail normal. » Benoît Frachon, secrétaire général de la C.G.T., avait eu assez d’influence pour convaincre ses camarades d’arrêter brusquement le conflit.

Or, le 8 décembre au matin, dans l’obscurité de sa chambre de Chateauneuf-de-Galaure, Marthe Robin, mystique stigmatisée, aujourd’hui en voie de béatification, reçoit la visite d’un prêtre ami, le P. Finet qui lui dit : “Marthe, la France est foutue (sic). Nous allons avoir la guerre civile”. – “Non mon Père , répond Marthe, la Vierge Marie va sauver la France à la prière des petits enfants”. Le jour même, en début d’après-midi, commencent les événements de L’Ile-Bouchard. Et voilà comment nous avons échappé aux délices du goulag soviétique et nous avons pu jouir des “trente glorieuses”. Assurément, ce sursis nous avait été concédé pour que nous en fassions un autre usage que celui qui nous a amenés à la situation calamiteuse où nous nous trouvons à présent.

A L’ILE BOUCHARD, accueillis par un violent orage pendant lequel on nous passa une vidéo contenant des images d’archives du temps des apparitions, nous trouvâmes refuge à l’église pour la messe. La pluie daigna cesser le temps de la bénédiction de la plaque. Nous eûmes la joie de faire la connaissance de Jacqueline Aubry, 12 ans en 1947, l’aînée des quatre petites voyantes (dont deux sont aujourd’hui décédées) qui fut alors soudain guérie d’une ophtalmie tenace. Des deux survivantes, elle est la seule qui accepte de témoigner de ce qui lui est arrivé. Comme elle parle très doucement, je n’entendais rien de ce qu’elle disait, mais la seule vue de sa personne gracieuse et distinguée, de son élégance simple et de son charmant sourire était déjà beaucoup.

NOS PRIÈRES POUR LA FRANCE se composaient essentiellement de chapelets, le détail des intentions restant dans le secret des cœurs. J’ai cherché à les expliciter ci-dessous:

LITANIE POUR LE SALUT DE LA FRANCE

Au nom du Père du Fils et du Saint Esprit

Kyrie eleison

Seigneur trois fois saint qui as dit “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu” et qui as voulu ou permis, que nous vivions dans une république laïque, aide-nous à vivre cette laïcité dans le respect de la morale naturelle qui s’impose à tous les hommes et qu’on peut définir par les “repères” que sont les quatre vertus cardinales à pratiquer et les sept péchés capitaux à éviter. Nous te le demandons pour tous les Français, “de souche” ou “de papier” et pour tous les étrangers résidant en France, en pensant au poids relatif des responsabilités de chacun et tout particulièrement de ceux qui tiennent en France la place de “César”.

Pour que les Français pratiquent la vertu de TEMPÉRANCE, nous te prions, Seigneur (NTPS): qu’ils sachent profiter des biens de la terre avec une sage modération et ne recourir à l’emprunt que dans la mesure du strict nécessaire, Exauce-nous, Seigneur (ENS)
Pour que les Français pratiquent la vertu de PRUDENCE (NTPS): qu’ils sachent réfréner leurs désirs de jouissance immédiate et réfléchir aux conséquences des décisions qu’ils ont à prendre et des actions à accomplir, sur le long terme et sur l’ensemble de la société (ENS)
Pour que les Français pratiquent la vertu de FORCE (NTPS): qu’ils aient le courage de ne pas mentir, de dire la vérité même lorsqu’elle “blesse”, de ne pas imposer aux historiens des lois “mémorielles”, de prendre des décisions douloureuses quand elles sont nécessaires et d’imposer leur application, de faire de leur mieux leur travail quotidien même pénible, d’obéir aux ordres justes, de supporter l’adversité et de ne pas la fuir dans le suicide (ENS)
Pour que les Français pratiquent la vertu de JUSTICE: (NTPS) pour qu’ils ne donnent pas force de loi à des pratiques traditionnellement tenues pour crimes ou incitations à la débauche; pour qu’ils ne multiplient pas et ne modifient pas inutilement les lois; pour que leur justice ne soit pas à sens unique, qu’ils écoutent aussi bien l’accusation et la défense et se gardent de la calomnie; pour que leur justice ne soit pas laxiste et, en matière de sécurité, se conforme à la vieille maxime “que les méchants tremblent et que les bons se rassurent” (ENS)

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Seigneur trois fois saint, Préserve les Français du péché d’ORGUEIL qui engendre les ambitions démesurées, le mépris des faibles, la tyrannie des puissants à tous les échelons de la société, et qui empêche d’entendre de justes objections et d’en tenir compte. Rappelle-leur sans cesse que l’autorité est un service et pas un privilège et qu’elle doit être exercée dans l’intérêt de la communauté dont ils ont la charge. (NTPS, ENS)
Préserve les Français du péché d’ENVIE qui engendre la haine, la lutte des classes, les émeutes et révolutions, qui met la discorde dans les familles, qui aboutit, par un égalitarisme stérile, au nivellement par le bas et à la marginalisation des élites. Qu’ils travaillent à remédier aux situations d’injustice de façon pacifique et en faisant appel à la raison. (NTPS, ENS)
Préserve les Français du péché de COLÈRE qui aveugle et engendre toutes sortes de violences: brutalité, sévices, meurtres, vengeances, massacres (NTPS, ENS)
Préserve les Français du péché d’AVARICE, de l’amour immodéré de l’argent, de la cupidité, qui engendre toutes sortes d’injustice dans la répartition des salaires, le vol, les abus de biens sociaux. Aide les à assurer à chacun au moins le nécessaire et rappelle à tous, surtout à ceux qui ont su s’enrichir, que “l’argent est un bon serviteur et un mauvais maître” et qu’il doit être employé le plus judicieusement possible pour la prospérité générale (NTPS, ENS)
Préserve les Français du péché de LUXURE qui s’attaque à la source même de la vie et engendre prostitution, proxénétisme, viols, avortements, sexualité irresponsable, mépris de la femme, refus de paternité. Aide les à construire de solides familles composées d’un homme et d’une femme unis par les liens du mariage et de leurs enfants biologiques, et à éviter qu’elles se décomposent et se recomposent. Que les parents aient la liberté d’éduquer leurs enfants de façon à pouvoir en être fiers et que les enfants honorent leurs parents et leur soient reconnaissants. (NTPS, ENS)
Préserve les Français du péché de PARESSE qui entrave la recherche scientifique, engendre la stagnation sociale et toutes sortes de négligences. Inspire-leur l’estime pour tous les métiers utiles y compris manuels, artisanaux et techniques trop souvent dévalorisés. Aide-les à réindustrialiser la France, à remédier aux délocalisations par un protectionnisme raisonnable et à résorber le chômage (NTPS, ENS)
Préserve les Français du péché de GOURMANDISE qui, sous le nom de gastronomie, empêche certains de penser à autre chose qu’à leur ventre, et rappelle-leur qu’ “il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger”. Fais qu’ils ne cherchent pas dans l’alcool, le tabac et la drogue une échappatoire à leurs angoisses. Aide–les à rechercher et à trouver une nourriture simple et saine et à pratiquer une politique agricole judicieuse. Qu’elle permette à un nombre de paysans suffisant pour pratiquer une agriculture biologique moderne, d’assurer à la France l’autosuffisance alimentaire, d’exporter, de repeupler nos villages et de faire revivre ce qu’on a appelé “le désert français”, pour la beauté de nos terroirs et la santé de l’ensemble du peuple. (NTPS, ENS)

CONCLUSION: C’est bien beau, tout ça! Mais nous savons que par la faute de nos “premiers parents”, la pratique de tant de vertus naturelles est bien difficile aux païens, que même les meilleurs chrétiens ne sont pas exempts de défaillances et que seuls les plus grands saints, par la grâce de Dieu ont pu les pratiquer en plénitude. C’est pourquoi, hors laïcité et dans notre privé, nous vous prions, Seigneur trois fois saint, pour la conversion de tous les Français, baptisés, oublieux de leur baptême, athées, musulmans, bouddhistes, francs-maçons, juifs, protestants de toutes espèces etc. à la seule et vraie Église, catholique, apostolique et romaine fondée par Jésus-Christ sur le rocher de Pierre. Nous vous prions pour qu’ils ne soient pas privés de la grâce du baptême et de celles que donnent les autres sacrements, afin que les vertus théologales de FOI, d’ESPÉRANCE et de CHARITÉ les rendent capables d’exercer au mieux les vertus naturelles de TEMPÉRANCE, de FORCE, de PRUDENCE et de JUSTICE. Nous vous prions pour que la religion catholique ne dépérisse pas en France, pour que des vocations religieuses et sacerdotales se manifestent en nombre suffisant, pour que nos églises de campagne ne s’écroulent pas faute d’entretien et de célébrations. Autrement dit, en priant pour le salut et la prospérité de la France, nous aurons prié en réalité pour le salut éternel des Français. Vous avez dit, Seigneur trois fois saint, “Cherchez d’abord le royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît”. Qu’il en soit ainsi. Sauvez-nous! et pour “le reste”, nous vous faisons confiance.

LE RESTE N’ÉTAIT PAS MAL: Pour partir d’Avignon le 29 à 6 h, plusieurs participants durent arriver la veille au soir et furent hébergés par les Mestelan. Ils jouirent d’un dîner inoubliable, au coucher du soleil, sur la terrasse de leur jardin provençal. Le lendemain matin le car traversa les admirables paysages de l’Ardèche, département de forêts abruptes difficilement exploitables, qui ne peut guère vivre que du tourisme vert et de la farine de châtaigne, où cependant subsistent quelques bourgs non entièrement dépeuplés, et les voyageurs atteignirent leur première étape, le Puy en Velay (Haute Loire), point de départ d’une des routes de St Jacques de Compostelle.

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Dans l’extraordinaire cathédrale qui domine la ville, juchée sur son rocher volcanique, on leur montra, dans les parties hautes, une fresque du XIe siècle représentant, vêtu à la byzantine, l’inspirateur de Jeanne d’Arc et protecteur de la France, un archange St Michel haut de cinq mètres. Dans une chapelle aux poutres rustiques et aux épais murs de lave noire, la messe fut dite devant un retable tout en or. On put toucher (certains même s’y étendent !) une certaine “pierre des fièvres”, probablement un fragment de dolmen, sur laquelle eurent lieu jadis les premières guérisons miraculeuses à l’origine de la fondation du sanctuaire. Je signale aux amis musiciens que sur la plaque consacrée aux noms des prêtres réfractaires martyrs de la Révolution dans le diocèse, on relève un Fauré et un Chabrier. En partant, on salua encore, à travers la vitre du car, l’archange St Michel, ou plutôt sa chapelle, à la pointe de son “dyke”, au plus haut sommet de la ville.

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Une autre étape marquante fut Sainte Catherine de Fierbois (Indre et Loire) où Jeanne d’Arc, sur le conseil de ses voix, envoya chercher l’épée, marquée de cinq croix, qui avait été enterrée derrière l’église, et qui lui était destinée. On la trouva en effet, en bon état, à part un peu de rouille facile à enlever. Selon les historiens, elle y avait été offerte en ex-voto par quelque seigneur, retour des croisades, mais la légende veut que ce soit la propre épée de Charles Martel! L’église, un vrai bijou de gothique flamboyant, est postérieure au passage de Jeanne, mais on y voit la statue de Ste Catherine, garantie authentique, devant laquelle elle aurait prié, et des fac-similés de son épée et de son étendard. La dernière étape marquante, sur le chemin du retour, fut une messe à l’abbaye bénédictine de Fontgombault, dans la Creuse, département le plus pauvre de France et aussi le moins affligé par la délinquance, sanctifié par la présence de quelques quatre-vingt messieurs qui n’ont rien trouvé de mieux à faire de leur vie que de prier et de travailler au fond de ce vallon, d’y adorer Dieu et d’y célébrer ses mystères dans une abbatiale construite de 1091 à 1141 qui a défié les siècles. Le Père abbé nous accueillit aimablement, près de l’oratoire d’une Mater admirabilis installé là il y a quelques années, devinez par qui? Par les moines et la Route de l’Europe Chrétienne, bien sûr!
Parlons aussi de nos hébergements. Non loin de l’Ile Bouchard, nous fûmes accueillis et nourris à Chézelles, dans un château du XIXe s. qui domine un paysage verdoyant intact, avec un beau parc planté de cèdres… Il fut donné jadis aux Pères Montfortains qui le donnèrent à leur tour à la communauté de l’Emmanuel, qui aménage dans les communs des chambres d’hôtes. Nous n’étions pas les seuls; au moment de notre départ une bande d’enfants encadrés par leur moniteurs, jouaient dans la verdure.

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Enfin et surtout, notre première nuitée se passa au couvent Saint Gildas de Nevers où Bernadette, lasse d’être harcelée par la curiosité des pèlerins de Lourdes, chercha le silence et l’obscurité, où elle termina sa courte vie sous le nom de Soeur Marie-Bernard, et où elle repose, pratiquement intacte, dans une chasse, sous un autel de la chapelle. Ce couvent est grand, noblement bâti, et possède de beaux jardins en terrasse. Il s’y trouve encore des sœurs, habillées en civil, qui l’ont aménagé à la moderne pour y recevoir des groupes. Le dîner y fut excellent.

REVENONS À BERNADETTE SOUBIROUS (1844-1879) Qu’a-t-elle à voir avec Jeanne d’Arc et Jacqueline Aubry ? Rien apparemment. Beaucoup, en fait. Elle est leur garant, en tant que personnage central des évènements de Lourdes. Je m’explique:

Il est bien entendu que les “révélations privées” dont sont favorisés les mystiques ne sont pas de foi, et qu’on peut en douter, ou même les nier, sans être hérétique. Il est vrai qu’il existe des menteurs et des fous qui prétendent avoir des apparitions, et des maladies psychosomatiques qui peuvent guérir par suggestion. Il est vrai que des paranoïaques ou des schizophrènes peuvent avoir des hallucinations, généralement auditives, plus rarement visuelles. L’Église a mis au point toute une batterie de critères pour les détecter et n’en reconnaît qu’avec une extrême prudence. Vous êtes libres, si vous le pensez sincèrement, de dire “Jeanne d’Arc était paranoïaque” ou “Jacqueline Aubry est schizophrène” et d’affirmer que dans les deux cas, le salut de la France est dû à des causes purement naturelles. Mais dans le cas de Lourdes, c’est particulièrement difficile. D’abord parce que Bernadette a répété à son curé, en patois, des paroles théologiques prononcées par la “dame” apparue, dont elle ignorait entièrement le sens. Ensuite parce que la réalité de l’apparition a été confirmée (l’est encore) par une série de guérisons scientifiquement inexpliquées survenues sur le lieu de l’apparition, passées au crible des examens scientifiques les plus exigeants. Un “Bureau des Constatations” est ouvert à tous les médecins qui veulent étudier leurs dossiers et quiconque peut prendre connaissance des documents publiés par les évêchés pour la soixantaine de guérisons miraculeuses qui ont été reconnues. Il faut donc avoir l’esprit plongé dans l’obscurité d’une sorte d’ “erreur invincible” pour nier de bonne foi la réalité des apparitions de Lourdes et le caractère miraculeux des guérisons conséquentes.
Mon raisonnement est donc le suivant: Monsieur le sceptique, la forte tête, le matérialiste, si, vous en convenez, les apparitions et les miracles de Lourdes sont pratiquement irréfutables, c’est la preuve que d’autres apparitions vraies sont possibles. Je ne dis pas qu’elles le sont toutes, mais vous ne pouvez pas les nier par principe. Il faut les étudier, d’autant plus sérieusement qu’il serait bien extraordinaire que la Sainte Vierge (ou d’autres saints personnages) quittent leur céleste séjour pour ne nous rabâcher que des choses insignifiantes, qui nous importent peu…
Et si la dame apparue , qui a parlé à Bernadette et s’est même laissé toucher par Jacqueline Aubry est bien la Vierge Marie (et qui d’autre pourrait-elle être?), c’est que l’ “Autre Monde” n’est pas un simple “opium du peuple” mais une réalité, et de la plus haute importance…

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UNE PAUSE AUPRÈS DE BERNADETTE. Puisque, depuis sa canonisation le 8 décembre 1933, elle nous est garantie habitante du Paradis, je lui ai demandé, pour occuper la demi-heure que nous avons passée en contemplation devant sa châsse, de m’expliquer un peu comment fonctionne la “communion des saints”: le système de la prière montante et de la grâce descendante, les relais, les hiérarchies, le mécanisme de l’intercession, les possibilités de communication entre ce bas monde et l’Autre etc. et, ma foi, il m’est venu des idées que j’ai trouvées intéressantes.
Le monde du temps, de la vie biologique avec naissance, procréation et mort, de la connaissance indirecte de Dieu par voie neuronale, est séparé du monde de l’Éternité, des âmes sans corps, des “corps glorieux” de Notre Seigneur et de la Vierge, de la connaissance directe, sans recours au cerveau, des réalités divines, par une cloison opaque à nos sens, sauf phénomènes mystiques extraordinaires, mais poreuse aux réalités spirituelles que sont la prière et la grâce. La vision béatifique n’empêche pas ceux qui en jouissent d’avoir une certaine connaissance des choses terrestres, de même que les habitants de la terre peuvent légitimement s’adresser à eux, selon qu’ils les con-naissent et les aiment. L’ensemble fonctionne comme un vaste réseau internet, en beaucoup plus complexe et beaucoup plus subtil que le nôtre parce qu’il met en relations non ces simples ma-chines que sont les ordinateurs mais, depuis la création des anges et des hommes, d’innombrables esprits vivants, capables de pensée, de volonté et d’affectivité, qu’on peut se représenter chacun par une lampe électrique. Les connexions se font par la prière de ceux d’en bas et par des actes de volonté de ceux d’en haut. Toutes sont reliées directement ou par paliers à ces grandes centrales d’énergie amoureuse que sont Marie et la Sainte Trinité. Bien sûr, il y a des interrupteurs, des pannes de courant et, malheureusement, des circuits déglingués difficilement réparables. Le courant qui circule peut revêtir toutes sortes de couleurs et de degrés d’intensité. Certaines lampes diffusent presque continûment une lumière à la fois claire, intense et délicieuse et sont le siège d’innombrables connexions, d’autres plus sourdes et plus rarement connectées. Il y a même un courant violet, à peine lumineux qui passe par l’inconscient des Terrestres lorsque Dieu le Père y perçoit les “gémissements ineffables” poussés par l’Esprit Saint. Tant que le Terrestre en question ne coupe pas le courant, rien n’est perdu! Dieu qui voit le fond des cœurs, comprend toutes sortes de langages, pas seulement notre langage verbal. Il y a des arrangements de formes et de cou-leurs, et des arrangements de sons qui sont des actes d’adoration et d’autres qui en sont le contraire. Pour le Créateur de l’Arc en Ciel et de la Musique des Sphères, cela n’a pas de secret. Le soir même de mon retour, j’entendais une sonate de Debussy pour violon et piano extrêmement surprenante et émouvante, composée en 1915, en pleine guerre, alors qu’il était atteint du cancer qui devait l’emporter. Quand, le 25 mars 1918, il a frappé à la porte du Ciel, l’archange Saint Michel a mis dans un plateau de la divine balance sa vie sentimentale, pas irréprochable, et son agnosticisme, dans l’autre plateau, son œuvre musicale et notamment, cette sonate finale. Comment se sont faites les connexions? Dieu seul et Claude-Achille le savent…

Jacqueline Picoche

Sainte Jeanne d’Arc à l’Ile Bouchard

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CEREMONIE DU 600ème ANNIVERSAIRE DE NAISSANCE DE SAINTE JEANNE D’ARC

Mes chers amis,

En érigeant aujourd’hui le bas-relief dû au talent de M. Pascal Beauvais, en bénissant avec vous cette plaque qui immortalise le passage de sainte Jeanne d’Arc dans votre paroisse à l’église St Gilles, le 6 mars 1429, l’association La Route de l’Europe chrétienne a vécu cet après-midi un grand moment et je tiens à vous dire toute notre joie et à vous exprimer toute notre reconnaissance :

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– d’abord à Monsieur le recteur du sanctuaire, le Père Xavier Malle, curé de l’Ile Bouchard

– ensuite à Monsieur le Maire et son adjoint qui se sont dépensés pour convaincre Mme l’architecte des bâtiments de France que le bas-relief ne déparerait en rien la beauté du mur d’entrée, mais au contraire, l’ennoblirait

– M. le Général Charpy dont le travail et la patience inlassable ont permis l’aboutissement heureux de ce projet, fruit d’une étroite collaboration.

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Créé en 2006, au retour d’un pèlerinage à pied entre Vézelay et Kiev, l’association La Route de l’Europe chrétienne s’est donnée pour tache de réunir l’Europe par la foi, en cultivant le maintien de ses racines chrétiennes. Comment y parvenir ? Tout simplement, en bâtissant des oratoires sur tous les chemins de pèlerinage qui la traversent

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et qui deviennent ainsi les chemins de la Visitation de Marie vers ses enfants. A ce jour, 27 oratoires, croix ou calvaires ont été dressés. C’est ainsi qu’est né tout naturellement cette année le désir impérieux de évoquer sur les lieux de la dernière apparition de la Sainte Vierge en France en 1947, au sanctuaire de Notre Dame de la Prière le passage de Jeanne, 518 années avant, en 1429. Jeanne d’Arc est une grande sainte, car elle nous aide à redécouvrir l’Amour de Dieu pour les Français, un amour qui n’est jamais fini et qui ne finira jamais. Du 8 au 14 décembre 1947, venue spécialement pour la France, la Vierge Marie a voulu lui redire son inlassable et toute puissante protection, en même temps que lui indiquer la route à suivre que Jeanne a résumée dans sa maxime : « Dieu premier servi ».

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Notre vénéré Pape Benoît XVI vient de nous le rappeler : « Avec son témoignage lumineux, sainte Jeanne d’Arc nous invite à un haut degré de la vie chrétienne : faire de la prière le fil conducteur de nos journées, avoir pleinement confiance en accomplissant la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit, vivre la charité sans favoritismes, sans limite et en puisant comme elle dans l’Amour de Jésus un profond amour de l’Eglise. »

Alors aujourd’hui gloire ici bas et gloire là-haut à la plus pure de nos héroïnes. Sainte Jeanne d’Arc, le peuple en jouvence par votre candeur et ennobli par votre courage, ce vieux peuple toujours démaillé par les habiles et les escrocs, toujours ravaudé par la Providence, ce peuple par ma voix vous rend humblement hommage. Il ne cessera jamais de vous dire MERCI du fond de son cœur et de vous aimer.

Vive Jeanne d’Arc pour que vive la France.

Robert Mestelan

Président de l’Association

La Route de l’Europe chrétienne

Voyage-pèlerinage en Espagne du 17 au 24 mars 2012 par Jacqueline Picoche

Organisateurs : La Route de l’Europe chrétienne, association dont la finalité principale est l’implantation d’oratoires dans toutes les nations d’Europe.

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Itinéraire : au départ d’Avignon : Catalogne (Barcelone, Manrèse et Montserrat), Andalousie (Velez Rubio et Grenade), Castille (Tolède, Avila, Getafe), Aragon (Saragosse), de nouveau Catalogne (Poblet) et retour à Avignon. Tout le long du chemin, nous fumes rassasiés de cantiques, prières, admonitions et messes « extraordinaires ». Nous étions 31, y compris le chauffeur, à le parcourir.

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Accompagnateurs : Saint Joseph, santa Teresa de Jesus, native d’Avila et leurs auxiliaires : notre fidèle chanoine Trauchessec et le couple de nos amis, Robert et Claudia Mestelan, fondateurs de l’association, dont le dévouement, les relations dans le monde ecclésiastique et le désintéressement permettent à leurs compagnons de voyager pour des prix doux.

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Une condition : Il était entendu dès le départ qu’on ne parlerait pas de politique, pour éviter toute discussion, voire dispute, oiseuse et qu’on oublierait pendant une semaine l’élection présidentielle. Ce parti pris nous priva de la Valle de los Caidos dont la visite aurait nécessairement entraîné une apologie de Franco qui n’aurait peut-être pas plu à tout le monde…

Nous avons fait un beau voyage

Comme disait la Madre Teresa : « Le monde est en feu, ce n’est pas le moment de parler de choses sans importance ». Essayons donc, dans ce récit, de ne dire que ce qui est important, en pensant que si l’incendie du 16ème siècle a été circonscrit, si tout n’a pas brûlé, elle y est sans doute pour quelque chose, et que par conséquent, nous pouvons nous aussi, à notre petite place, faire quelque chose pour que l’incendie du 21ème siècle soit circonscrit et que tout ne brûle pas.

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Et pour ceux qui trouveraient notre époque fâcheuse, elle ajoutait que « la vie n’est qu’une nuit dans une mauvaise auberge » dont elle avait la ferme espérance de se réveiller au Paradis, comme le comte d’Orgaz, à l’enterrement duquel, par la grâce du Gréco, nous avons assisté à l’église saint Thomas de Tolède.

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Qu’est-ce qu’un pèlerinage ? Une sorte de retraite, non statique, mais mobile, à faire dans un ou plusieurs lieux éloignés de notre résidence habituelle, ayant une signification religieuse, historique, symbolique. Il se trouve que la plupart de ces lieux sont naturellement et artistiquement magnifiques. Les pèlerins ont les yeux bien ouverts et le tourisme leur est donné par surcroît.

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Et quelle est la signification de l’Espagne ? Même si aujourd’hui elle ne résiste pas plus que le reste de l’Europe, son nom signifie résistance. Résistance à quoi ? à deux grands fléaux dont Dieu se sert pour empêcher les mauvais chrétiens de s’endormir et le sel de perdre sa saveur : depuis 711, le monothéisme antitrinitaire et guerrier de l’Islam et, depuis 1808, l’athéisme révolutionnaire, comme le prouvent les épisodes les plus importantes de son histoire.

Quelle était la finalité principale de notre pèlerinage ? La bénédiction, le 19 mars, fête de saint Joseph, d’un oratoire dédié à ce saint, à côté de la « fontaine du chat », à quelque distance de la bourgade andalouse de Velez Rubio.

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Hein ? Quoi ? Oui, oui ! Une voisine des Mestelan, dont le mari est natif de Velez Rubio, où il avait encore de la famille, leur avait signalé que tous les 19 mars, jour de la saint Joseph, qui est férié et chômé en Espagne, les Velez-Rubiens vont en bande pique-niquer à proximité de cette fontaine où coule un mince filet d’eau ferrugineuse, et que le Maire verrait d’un bon œil qu’une statue de saint Joseph préside cette fête par trop profane. Le curé n’en voyait pas l’intérêt.

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Mais effectivement, le Senõr Alcalde, qui est un caballero dont le visage et toute la tenue révèlent une certaine noblesse, a favorisé le projet, trouvé le beau-frère de la voisine des Mestelan, Eliséo, pour le réaliser et dignement présider la cérémonie, précédée d’une messe dans la collégiale baroque de cette petite ville pas trop déchristianisée : ce n’est pas en France qu’on verrait pendre aux fenêtres des toiles violettes pour célébrer le carême, ni qu’on verrait affiché sur un monument public quelque chose comme hermandad de la Vera Cruz y Sangre di Cristo… (Fraternité de la Vraie Croix et du Sang du Christ)

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Et c’est important, ça ? Oui, oui ! Prier saint Joseph devant sa petite statue auprès de cette petite fontaine, c’est aussi important que de le prier à la Sagrada Familia de Barcelone, cette église extraordinaire, impossible à transformer en mosquée, qui attire comme un aimant des milliers de touristes, et que l’avant-veille, le curé francophone nous avait fait visiter en détail et avec enthousiasme, nous vantant les mérites de son architecte Antoni Gaudi (1852-1926) qui commença à travailler à cette église en 1882, lui consacra intégralement les vingt-cinq dernières années de sa vie, et sera sans doute un jour béatifié. Son œuvre, restée inachevée au moment de sa mort accidentelle, fut continuée par d’autres architectes et on y travaille encore. Nous avons eu le privilège d’une messe dans la crypte, à côté de sa tombe.

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Et c’est important de prier saint Joseph ? Et comment ! Songez qu’il est le chef de la Sainte Famille, donc habilité à sanctifier toutes les familles, qui sont le lieu normal de la transmission de la vie humaine depuis la conception jusqu’à la mort naturelle et au-delà, jusqu’à la vie surnaturelle, et que ses qualités de Grand Charpentier et de Descendant du Roi David lui donnent les compétences nécessaires pour recharpenter de fond en comble une société qui est le pur produit de l’athéisme révolutionnaire et lui donner une toute autre impulsion politique. Il a à résoudre (disons, à nous inspirer la manière de résoudre) des problèmes économiques, moraux, éducatifs, démographiques, écologiques énormes. Bien sûr, il n’y parviendra pas en un jour. En attendant, qu’il bénisse les micro chrétientés que nous pouvons construire autour de nous et qui feront, si Dieu veut, tache d’huile, ce ne sera déjà pas mal.

Il a, pour l’aider dans cette tâche, tous les martyrs connus et inconnus qui ont versé leur sang en Espagne dans leur lutte contre l’athéisme révolutionnaire. Quand nous étions à visiter la mirifique cathédrale du Pilar,

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à admirer ses clochers et ses coupoles, à aller sur le vieux pont la voir se refléter dans l’Ebre, pendant notre messe dans la chapelle saint Antoine dont pas un centimètre n’est exempt de peintures et de dorures, songions-nous à ce qu’ont été, au temps de Napoléon, vecteur de la Révolution, en 1808 et 1809, les deux sièges de Saragosse ? Les Français, une première fois repoussés, durent prendre la ville maison par maison, et les femmes, la servante Augustine, tout comme la jeune et belle comtesse Zurita, participaient, comme les hommes, au combat. Au fait, Goya, qui a peint l’emblématique Dos de Mayo et gravé toutes les horreurs de la guerre, était de Saragosse. Nous y vîmes sa statue, aux pieds du Pilar.

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Et Tolède où nous arrivâmes de nuit, roulant nos valises de ruelle en ruelle, jusqu’au Carmel transformé en luxueuse hôtellerie ? Eh bien ! nous apprîmes qu’en 1936, les 16 pères Carmes qui l’occupaient ont été fusillés par les rouges. Et son Alcazar, assiégé du 21 juillet au 27 septembre 1936, commandé par le colonel Moscardo, comparable à Abraham et à Dieu le Père ? Jugez-en plutôt : les rouges avaient fait prisonnier son fils Luis, 17 ans, et lui passèrent le téléphone : « Papa, ils disent que si tu ne rends pas l’Alcazar, ils vont me fusiller. » « Eh bien, dis ton confiteor, recommande-toi à la Sainte Vierge et sois courageux ! » Et Luis Moscardo fut fusillé…

Bon ! Tous ces gens-là, si admirables qu’ils soient, ne sont que des intercesseurs. Le dernier mot reste au Dieu fait homme au Sacré Cœur duquel, en 1919, le roi Alphonse XIII consacra toute l’Espagne et érigea un monument à Getafe, petite ville de la banlieue sud de Madrid, sur une colline dite « des Anges », d’où on a une vue circulaire admirable. Bien entendu, le monument fut dynamité pendant la guerre civile et reconstruit en plus grand et plus beau après que Madrid fut enfin tombé aux mains des Nationalistes le 26 mars 1939. A proximité se trouve le Carmel d’une certaine sainte Maravillas de Jésus (1891-1974), exacte contemporaine à un an près de Franco, canonisée en Espagne le 4 mai 2003 par Jean-Paul II. Non sans mésaventures, elle échappa pendant la guerre, à la fusillade, et se révéla une grande fondatrice, comparable à sainte Thérèse d’Avila. Elle donnait à ses filles un conseil dont tout le monde peut faire son profit : « Pour parvenir à l’union de l’âme avec Dieu, il faut être attentif aux petites choses sans importance aux yeux du monde. Et c’est dans ces petites choses que se trouve la sainteté. Ne laissons pas échapper ces occasions que le Seigneur, dans son infinie Miséricorde, place sur notre chemin tant de fois par jour. Le Seigneur demande peu de grandes choses dans la vie et à ces moments-là, Il donne une force spéciale pour aider à les porter. C’est dans ces bagatelles qu’Il veut que nous Lui prouvions notre amour et c’est dans ces bagatelles que se trouve notre sanctification. Parfois, nous rêvons de faire pour le Seigneur des choses extraordinaires ; c’est très bien d’avoir de grands désirs ; mais la sainteté, c’est de faire aussi toutes ces petites choses qui sont à notre portée. »

La reconquête de l’Espagne sur l’Islam fut une toute autre affaire que la reconquête de l’Espagne sur les rouges. Elle ne dura pas trois ans, mais presque 800, de 711 à 1492. Quelle longue patience ! Que de hauts et de bas ! Quel exemple, sur la longue durée, de persévérance dans les négociations, les combats, et la confiance en Dieu !

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Ceux d’entre nous qui acceptèrent de débourser 6€ visitèrent, dès le premier jour, la cathédrale de Barcelone (en Espagne, les grandes cathédrales sont gratuites pendant les offices, disposition dont nous bénéficiâmes à Tolède à l’occasion d’une messe en rite mozarabe, mais payantes pour les « visites culturelles »). On y vénère, dans un magnifique sarcophage, la patronne de la ville, la jeune sainte Eulalie, martyrisée en 304, du temps de l’empereur Maximien, qui fut assez célèbre dans toute la chrétienté pour inspirer une poème dit Séquence de sainte Eulalie, composé à l’abbaye de Saint-Amand près de Valenciennes peu après 878, qui compte parmi les quelques très ancien documents d’une langue romane qui n’était déjà plus du latin et était destinée à devenir la langue française. Cette sainte protégea-t-elle efficacement sa ville ? Toujours est-il que l’occupation musulmane y dura moins d’un siècle et qu’elle fut libérée dès 801. Mais ce grand port ne pouvait pas rester indifférent au sort des chrétiens enlevés par les pirates barbaresques. C’est là qu’en 1218, le saint languedocien Pierre Nolasque fonda l’ordre des Mercédaires, encore appelé Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci (en latin : Ordo Beatae Mariae Virginis de Redemptione Captivorum), pour racheter les malheureux réduits en esclavage dans les bagnes d’Alger et de Tunis et éventuellement, prendre leur place. Dans la cathédrale, une chapelle commémore cette fondation. Et dans celle du Saint Sacrement, une relique insigne : le crucifix qui figurait à la proue du navire du Juan d’Autriche, le jour de cette victoire de Lépante qu’il remporta sur la flotte turque et qui empêcha les musulmans de réaliser leur projet de s’emparer de Rome.

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A Grenade, l’Alhambra fournit à nos méditations un intéressant point de comparaison. Que signifient, en effet, ces jardins du Generalife où les fleurs, arrosées de ruisseaux, s’épanouissent sous des ifs taillés, à l’abri d’un soleil trop ardent ? ces salles ouvertes sur des pièces d’eau ou des fontaines, ces fines colonnettes, ces élégantes arabesques et inscriptions calligraphiques ? les délices de la paix de l’Oumma, celle qui règnera sur le monde quand le djihad, partout victorieux, n’aura plus de raison d’être et que les guerriers pourront se reposer ! Et s’occuper à quoi, pour tuer le temps ? à jouer aux échecs ? à écrire des poèmes sur les roses ? à fumer le narghileh ? à écouter un joueur de luth ? à boire du thé à la menthe, en dégustant des gâteaux au miel ? à honorer leurs quatre épouses et multiples concubines, qui, enfermées dans le harem, attendent docilement d’être « labourées » ? En espérant, au jour de leur mort, aller rejoindre dans le paradis d’Allah les houris que Mahomet leur aura préparées ? C’est un idéal, ça ?

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A supposer même que le Calife adhère à une confrérie « soufie », qui est ce que l’Islam possède de plus mystique et de plus pacifique, pensez-vous qu’il arrive seulement à la cheville du plus modeste moinillon, de la plus humble novice qui se prépare à faire vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance ? à passer sa vie entière à soigner les lépreux ou les clochards ? à se faire prisonnier ou prisonnière volontaire pour n’avoir d’autre occupation que Dieu ? Et à aimer ses ennemis et à prier pour eux ? Or les ordres religieux n’ont pas disparu de l’Espagne. Si, il est vrai, les Carmes déchaux de Tolède portent des chaussures et des blues jeans, ne sont plus que cinq, et sont devenus de très bons et très aimables hôteliers, il y a encore des Carmélites qui prient derrière leurs grilles à Avila et à Getafe.

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Il y a encore, à Montserrat, des bénédictins que nous avons entendus chanter les vêpres aux pieds de l’antique Vierge Noire, appelée tendrement par les Catalans la « brunette », la Moreneta, et nous n’oublierons pas la petite chapelle, juste derrière la Moreneta, où, le lendemain matin nous avons eu la messe du dimanche. Il y a encore des Cisterciens à Poblet et ils recrutent !

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Et ils reprennent doucement le rôle civilisateur qui a été le leur dans le haut Moyen Âge en faisant de l’hôtellerie de leur magnifique monastère, qui attire tant de touristes et de pèlerins, une école hôtelière où on essaye de retrouver les anciennes recettes monastiques et où on ne sert que les aliments naturels et le vin produits par les moines. Nous y avons déjeuné et c’était bon ! Et dans la grotte de Manrèse où il a écrit ses Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola, sinon en corps, du moins en esprit, continue à prier pour que ses Jésuites restent dignes de saint François-Xavier et de tant d’autres lumières de leur ordre.
C’est pourquoi, dans la chapelle Royale attenante à la cathédrale de Grenade, nous avons vénéré les tombeaux de Ferdinand d’Aragon et de son épouse Isabelle de Castille, ceux qui ont mis le point final à la domination musulmane sur l’Andalousie, auxquels le Pape de l’époque a décerné le titre de « Reyes catolicos » et admiré, dans une vitrine, l’épée de Ferdinand et la couronne d’Isabelle.

Tout cela, ce sont des braises toutes prêtes à faire reflamber l’antique ferveur de la chrétienté et à convertir nos envahisseurs musulmans, surtout si la Sainte Vierge, qui nous a donné tant de preuves de sa puissance, vient à s’en mêler ! Ne raconte-t-on pas que dans ces tout premiers temps du christianisme où saint Jacques le Majeur était parti évangéliser l’Espagne, alors qu’il était découragé par trop d’échecs et pensait à retourner en Palestine, la Sainte Vierge encore vivante, par quelque effet de bilocation, vint le trouver et lui remit un pilier sur lequel il pourrait construire son église, le fameux Pilar sur lequel repose la petite mais très vénérée statuette de Nuestra Señora del Pilar, ce pilier que, par une petite ouverture pratiquée par derrière, on peut toucher, baiser, faire toucher à son chapelet !
Saint Thérèse avait un ami, saint Jean de la Croix, qui fit lui aussi, un bout de chemin avec nous. En qualité de réformateur de l’ordre carmélitain, il eut pas mal à souffrir de ses frères qui, rebelles à sa réforme, l’enfermèrent dans un cachot pieusement réstitué au Carmel de Tolède où nous couchâmes. Il écrivit La montée du Carmel (la subida del Monte Carmelo) où il explique le rôle actif de l’âme dans son ascension vers Dieu. Or l’Espagne ne manque pas de montagnes qui peuvent servir de symboles et nous rappeler cette subida que nous aurions tout intérêt à faire pour le salut de notre âme. Celles de Montserrat sont faites de rochers nus et déchiquetés. D’autres sont couvertes de neige. A l’aller, comme au retour, le Canigou dans toute sa splendeur. Et surtout, au-dessus de Grenade, la Sierra Nevada ! Et, le croiriez-vous, après une matinée lumineuse à Grenade, en route vers Tolède, nous vîmes le ciel se brouiller et tomber quoi ? de la neige ! Tolède sous la neige !

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A Avila, un froid de loup, des fleurs de givre sur le pare-brise des voitures et d’Avila jusqu’aux abords de Madrid, toute la campagne d’un blanc immaculé, de cette pureté qui devrait être celle de nos âmes si nous avions profité à fond de ce pèlerinage !

Jacqueline Picoche

Voyage-pèlerinage en Suisse du 16 au 22 septembre 2011

18 septembre 2011 – Einsiedeln (Suisse)
Baptême de l’oratoire Saint Nicolas de Flüe

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Si les gouttes de pluie pouvaient parler, elles nous raconteraient une journée si belle et si chantante … avant de ruisseler vers les près émeraudes de Suisse que tous nos adhérents pourraient à juste titre nous envier de l’avoir vécue…

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Réveil dimanche 18 septembre à Einsiedeln. La cloche du monastère sonne dès 5 heures pour les laudes. Aujourd’hui nous avons droit à un carillon pour annoncer la fête du dimanche national d’action de grâce, de prière et de pénitence (Bettag). Sur les vitres de l’hôtel St Georg la pluie crépite déjà : elle nous incite à la prière.

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9h Messe chez les sœurs Bénédictines au monastère In der Au. « Allerheiligen », nom du chœur des chanteurs d’Einsiedeln du canton de Schwyz est en place au fond du chœur. Pendant une heure et demie, ils vont réjouir nos cœurs et charmer nos oreilles par leur beau répertoire, un timbre de voix d’une parfaite justesse aux résonances montagnardes et des tyroliennes endiablées qui vont nous faire grimper jusqu’au sommet du Mythen. Leur tenue de gardiens de vaches est du plus bel effet, et leurs sabots à grosse semelle de bois, bien sympathiques. Nos amis Allemands sont venus spécialement d’Ottobeuren : il y a là Franz Fakler et son épouse Klara, Joseph Lutz et Reinald Scheule, le talentueux organiste qui va interpréter avec brio l’entrée et la sortie en accompagnant l’hymne national Suisse à la fin de la messe.

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On espérait une accalmie, mais à la sortie de la messe, la pluie redouble, ce qui ne dérange en rien la formation du cortège. En tête le drapeau Suisse déployé, il est suivi par celui de la France frappé du Sacré Cœur et par celui de l’association La Route de l’Europe chrétienne : les cœurs de Jésus et de Marie, surmontés de la couronne du Christ Roi et entourés des 12 étoiles de l’Apocalypse.

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La pluie redouble, mais elle n’entrave aucunement le mouvement irrésistible de la procession qui s’ébranle courageusement sous la frêle protection de parapluies multicolores. Sept cent mètres nous séparent de l’oratoire. Sautillants entre les flaques, nous chantons de tout notre cœur : « Laudate Mariam », puis « Nous voulons Dieu, Vierge Marie » et enfin les litanies de Saint Nicolas de Flüe. Le chemin nous conduit au carrefour du chemin de Saint Jacques et du chemin des bergers où a été placé l’oratoire Saint Nicolas de Flüe . Conçu comme un tabernacle, la niche contenant la statue du saint s’élève sur un pied de 1m50. On ouvre la porte délicatement ouvragée, peinte couleur bronze et soudain apparaît « Bruder Klaus ». Revêtu d’une robe de bure bleu horizon, il élève la main droite pour nous protéger, tandis que sa main gauche tient fermement le chapelet et le bâton.

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Le père Nathanaël Wirth procède alors à la bénédiction. Il lit l’Evangile, puis asperge d’eau bénite l’oratoire et les assistants.

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Tous ensemble, nous récitons alors la prière de Saint Nicolas de Flüe :
« Mon Seigneur et Mon Dieu
ôte de moi, tout ce qui m’éloigne de Toi
Mon Seigneur et Mon Dieu
donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi
Mon Seigneur et Mon Dieu
détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi. »

La pluie continue à dégringoler joyeusement. Quelle pluie de grâces et quel admirable baptême !

Heureusement, à environ 100 mètres, depuis très longtemps, la Providence avait construit une cabane en bois, fermée de trois côtés, avec un Christ sur la paroi, modeste abri pour les pèlerins de St Jacques. Elle nous permet maintenant d’arroser cet évènement inoubliable au sec. Le vin du Ventoux coule à flots et nous buvons à la santé de la Suisse et de son vénéré patron, en chantant les plus beaux chants de notre répertoire.

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Nous sommes un peu serrés, mais tous très joyeux et très unis, les religieuses Bénédictines, Mère Benedicta, quelques chanteurs de la messe, l’association qui nous a donné le terrain, le sculpteur qui a aidé au montage de l’oratoire et les 35 participants de ce pèlerinage d’automne, organisé par l’association La Route de l’Europe chrétienne » qui sont venus de Provence, de Nice, des Alpes, du Dauphiné et de Paris.

Au déjeuner de fête qui suit à l’hôtel St Georg, nous honorons particulièrement nos amis Suisses et Allemands (Franz et Klara Fakler, Joseph Lutz, Reinald Scheule) en leur offrant une bonne bouteille de vin de Caromb.

Depuis la Pentecôte d’amour vécue ce matin sous la pluie lors de la bénédiction de l’oratoire, une grande joie et une concorde totale s’est mystérieusement installée entre nous, elle durera toute la journée.

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L’après-midi, les vêpres, la procession solennelle à Notre Dame des Ermites, la Vierge Noire, le Salut du Saint Sacrement et un magnifique concert de chants religieux interprété par la chorale Roumaine de Cluj, vont constituer la suite du programme de cette journée exceptionnelle.

Puisse ce nouvel oratoire, bâti sur la route de l’Europe chrétienne et consacré à Saint Nicolas de Flüe, aider la Suisse à rendre à Dieu la seule place qui Lui est due : la première. Oui, en Suisse comme dans tous les autres pays « le Christ est la seule espérance de l’Europe ».

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Voyage-pèlerinage en Suisse

Le bien modeste pèlerin que je suis, vous livre ici ses quelques réflexions, glanées au cours de notre beau pèlerinage dédié à Saint Nicolas de Flüe.

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Au cours de nos pérégrinations a bord du car piloté par Philippe « Durand », nous avons vu des immenses prairies très vertes où paissent immobiles des vaches de montagne grises.

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Nous avons découvert des massifs alpins impressionnants où les sommets dépassent les 3000 m. Des lacs à perte de vue aux eaux calmes et vertes, c’était la région de Lucerne.

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La propreté, la netteté des routes et des maisons fait le charme et le caractère incomparables de ces endroits enviables.

Nous avons compris qu’il régnait dans cette nation un certain consensus, le travail, l’effort et l’investissement dont les Helvétiques sont fiers et heureux de partager entre eux les fruits de leurs récoltes qu’ils méritent. Nous n’avons pas vu de tags, pas vu de voitures brûlées, pas vu de mendiants en bonne santé aux sorties de magasins, pas vu de hordes sauvages crier en pleine rue des insanités.

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Pas vu des manifestations syndicales avec tapage et provocations agressives, tout cela parce que nous n’étions pas en France, mais en Suisse et là-bas, ça ne se fait pas ! L’esprit Suisse est un esprit d’équipe qui veut gagner, qui a toujours porté haut les couleurs du drapeau Suisse avec sa croix blanche sur fond rouge.

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Ce petit pays neutre et indépendant respecte les autres, mais sait se faire respecter par les autres, il n’a de leçon à recevoir de personne, il ne doit rien à personne. Il pourrait même nous donner des leçons de courage et de bonne conduite.

Les accents sont en majorité germaniques. L’ensemble donne à ce pays un sentiment d’unité et de fierté pour montrer au monde un modèle confédéré moderne avec un taux e chômage insignifiant de 2 % environ.

Nous avons fait la bénédiction de l’oratoire magnifique de Nicolas de Flüe, en même temps que son baptême, tant il tombait des cordes ce jour-là, le 18 septembre 2011.

Mais la Providence avait posé juste à côté une hutte, cabane en bois, ouverte sur un côté et qui a pu heureusement nous abriter tous pour le vin d’honneur.

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Il se trouvait là un crucifix avec le drapeau de l’association, témoin de cette petite fête généreusement et agréablement arrosée et la joie de vivre et la bonne humeur supplantaient le mauvais temps. Quels bons souvenirs de ces moments de chants, de prières et d’invocation à Notre Seigneur Jésus Christ.

A présent, notre pèlerinage se termine avec un groupe de 35 personnes triées sur le volet. Ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité.

Il faut dire que les organisateurs Robert et Claudia sont rompus tant aux préparations qu’aux déroulements sur le tas. Le servant de messe Bertrand est à la hauteur de sa tâche qu’il effectue sans le moindre faux pas !

Philippe le chauffeur a une dextérité surprenante pour la conduite de son bus qu’il manipule du bout des doigts.

Merci à tous,

Jean-Claude Constantin

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Voyage-pèlerinage en Allemagne Mars 2010

18 – 24 mars 2010
GRAND PÈLERINAGE SUR LES ROUTES SUISSES ET BAVAROISES
DE L’EUROPE CHRÉTIENNE

Placé sous le patronage de Saint Joseph, de Saint Benoit patron de l’Europe, et de Saint Nicolas de Flue patron de la Suisse.

Il se trouve que ces trois saints avaient leur fête pendant notre pèlerinage : le 19 mars celle de St Joseph, et le 21 mars à la fois celle de St Nicolas de Flue et l’une des deux fêtes de St Benoit, dont on peut lire ceci sur le site Nominis : Au Mont-Cassin, 21 mars 547, naissance au ciel de saint Benoît, abbé, dont la mémoire est reportée au 11 juillet, jour de la translation de ses reliques à St Benoit sur Loire.

Il se trouve aussi que les deux premiers de ces trois saints sont les patrons de Joseph Ratzinger, aujourd’hui notre saint Père Benoît XVI qui nous demande si instamment nos prières. Nous ne l’avons pas oublié.

À vrai dire, ce grand pèlerinage n’était qu’un petit pèlerinage de quinze personnes, y compris le chauffeur du car, qui approchait de l’âge de la retraite. Tous étaient –génaires, de quinqua- à octo- . Mais tous étaient restés assez jeunes pour s’accommoder des conditions de confort nécessaires et suffisantes des auberges de jeunesse qui leur épargnèrent le prix exorbitant de l’hôtellerie des pays riches.

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Tous étaient suffisamment emmitouflés pour affronter le climat de régions où, fin mars, subsistaient encore par endroits, de vastes étendues de neige qui avaient bien de la peine à fondre. Les deux premiers jours, se détachant sur le ciel bleu, étincelantes de tous leurs névés, les hautes montagnes de la Suisse se reflétaient dans les lacs des quatre Cantons et de Zurich que nous longeâmes sur pas mal de kilomètres, d’une façon tout à fait spectaculaire. La météo, par la suite, fut plus capricieuse…

Tous enfin avaient assez d’appétit pour apprécier les Knödel, les Spätzle, les Wiener Schnitzel, les Apfelstrudel dont ils furent nourris, et la bière dont ils furent abreuvés. Un soir, avec les amis allemands qui nous accueillirent, nous partageâmes, dans une auberge de campagne, un dîner particulièrement joyeux et typique. De retour dans ma chambre, regardant la carte de cet établissement, qu’ y lus-je ?!
Gasthaus Kreuz, Hauptstr. 20 – 87733 Engelfried ce qui peut se traduire par : Auberge de la Croix, 20 rue principale , 87733 La Paix des Anges
signe évident de la bénédiction divine sur nos performances gastronomiques. [Aïe ! Aïe ! de retour à Paris, je constate que j’avais mal lu, égarée, peut-être, par l’absorption d’une grande bière et d’un petit kirsch. C’était Engetried , pas Engelfried – Tant pis ! Se non era vero, era ben trovato ! ]

Origine et finalité de l’entreprise

En 2004, au cours de leur promenade pédestre de Vézelay à Kiev, Robert et Claudia Mestelan (native de suisse alémanique, donc germanophone) firent étape à Ottobeuren (Bavière) et demandèrent l’hospitalité au père abbé de l’énorme abbaye baroque, encore peuplée de bénédictins, qui fait la renommée de cette localité.

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Celui-ci les adressa à Franz et Klara, agriculteurs retraités, qui les hébergèrent et leur firent connaître Reinald, personnalité hors du commun dont nous aurons à reparler. Une amitié naquit entre le couple Mestelan et ces trois personnes qui admirèrent leur endurance de marcheurs et s’intéressèrent à leur association les Routes de l’Europe chrétienne et à leur ambition d’implanter au bord de ces routes, dans chacune des nations de l’Union, un oratoire

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destiné à rappeler aux passants les “racines chrétiennes de l’Europe”. C’est ainsi que prit naissance le projet d’implanter à proximité de l’abbaye, sur le passage des touristes qui viennent la visiter, un oratoire dédié à Saint Benoit patron de l’Europe, afin de leur inspirer des sentiments de piété et, qui sait, de judicieuses réflexions politiques. Il fut réalisé six ans plus tard grâce à la bonne volonté de la municipalité, du père abbé, de diverses associations allemandes et de l’association française. C’est un beau bas-relief réalisé par un sculpteur français du nom de Beauvais, père catholique d’une famille nombreuse, qui travaille dans la région de Brive la Gaillarde.

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Il était entouré de grands mats portant les drapeaux français, allemand et européen. A la fin de la grand messe du dimanche 21, sous une fine pluie froide, il fut béni en bonne et due forme par le père abbé, escorté de cinq enfants de chœur dont quatre étaient des filles.

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À cette cérémonie n’était présente aucune de ces personnes influentes et hautement rémunérées qui dirigent la construction politique appelée “Union Européenne” dans un sens officiellement laïc, résolument antichrétien, et sournoisement catophobe et islamophile. Elles ont bien besoin qu’on prie pour elles ! Elles ignoraient, bien sûr, notre existence. Si elles nous avaient accompagnés, elles auraient pu constater que ces “racines” qu’elles s’efforcent de nier, d’occulter, de déssoucher, les racines plantées dans la terre germanique par les fils de Saint Benoit et quelques autres ne sont pas toutes mortes, loin de là. Le Père abbé, après la bénédiction, et avant que Reinald nous fasse visiter les merveilles abbatiales et nous interprète un petit concert sur l’orgue du XVIIIe s., nous reçut dans sa salle capitulaire et nous expliqua qu’il y a encore 8.500 bénédictins de par le monde, et le double de bénédictines, et que la seule Allemagne compte 14 abbayes masculines en activité.

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La sève chrétienne continue à monter dans des arbres dont certains sont très vieux et d’autres plus récents. Pour ce qui est des sites que nous avons visités, Ottobeuren fondé par Charlemagne en personne en 764, fêtera son 1250e anniversaire en 1214, soit plus d’un millénaire sans aucune interruption de la vie bénédictine. Hors l’Église, quelle institution peut se prévaloir d’une pareille longévité ? Einsiedeln, étape sur le chemin de Saint Jacques, s’est formé autour de l’ermitage d’un certain Meinrad assassiné en 861. Andechs (1128) et Diessen (1130), fondées par une famille princière qui ne donna pas moins de 13 bien-
heureux et saints à l’Église, dont l’illustre Élisabeth de Hongrie, ne sont plus que des églises paroissiales, mais à Ettal, fondé en 1330 par l’empereur Louis IV, près d’Oberammergau, la vie bénédictine continue. Wies, bâti entre 1744 et 1754 dans un paysage champêtre, rassemble des pèlerins sur le lieu d’un miracle. Le monastère de Saint Ottilia appartient à une branche récente de l’ordre, les “bénédictins missionnaires”, et leur église a été inaugurée en 1902. Nous avons eu la chance d’y assister à la messe solennelle de St Benoit, anticipée au samedi 20 parce que le 21 était le premier dimanche de la Passion : une messe Paul VI si bien chantée et si liturgiquement célébrée que c’était une merveille. Je n’ai pas compté moins de 46 moines dont un bon tiers de jeunes. Enfin, le séminaire de Wigratzbad, notre dernière étape, a été fondé de toutes pièces en 1988.

Bref, notre périple était organisé autour de la visite de sanctuaires pour la plupart baroques, et nous avons snobé les châteaux de Louis II de Bavière où se précipitent la plupart des touristes. Le pauvre Louis II (1845-1886) était l’adorateur non de Jésus Christ mais de Richard Wagner. Était il génial ? Était-il fou ? Toujours est-il que sa mort par noyade alors qu’il était interné au château de Berg, ne permet pas d’envisager sa destinée éternelle sans inquiétude. Selon Wikipédia “Officiellement, le roi s’est suicidé après avoir étranglé son médecin ; cependant, les hypothèses de l’assassinat ou de la tentative d’évasion ont été évoquées”. Quitte à dépenser largement l’argent des contribuables en édifices somptuaires, mieux vaut que ce soit pour la gloire de Dieu, par des pères abbés, percepteurs d’une simple dime, dont la devise comportait trois P : Pecunia, bien sûr, mais aussi Patientia (il a fallu 50 ans pour bâtir l’actuelle abbaye d’Ottobeuren) et Prudentia.

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Pour commencer, un peu d’histoire

Zwingli est mort en 1531, Luther en 1546, Calvin en 1564. Le Concile de Trente vient à bout de sa contre-réforme catholique en 1563. La Guerre de Trente Ans, consécutive à la Réforme se termine en 1648, et en 1683, Vienne, assiégée par les Turcs est libérée par le valeureux roi de Pologne Jean Sobieski. Un certain temps de paix est enfin accordé au centre de l’Europe !

Par les traités de Westphalie qui mirent fin à la guerre de Trente ans, le Saint Empire Romain Germanique se trouva morcelé en 350 petits États souverains où les princes avaient le droit d’imposer à leurs sujets leur religion, luthérienne, calviniste, ou catholique, selon le principe cujus regio, hujus religio, parfaitement relativiste au point de vue métaphy-sique, mais tout à fait normal sur le plan biologique.

Depuis Aristote, on sait que l’homme est un politikon zôon autrement dit un “animal social”, comme les abeilles, les fourmis, les vols de canards sauvages, les hardes de loups et les troupeaux d’éléphants où, pour leur survie, les individus se font les suivants et les serviteurs d’une “reine” pondeuse ou, plus souvent d’un “mâle dominant” qui a su éliminer ses rivaux. Les hommes ont donc une forte tendance grégaire qui les pousse à “faire comme les autres”, à “faire comme tout le monde”, dans la grande ou petite société à laquelle ils appartiennent. Le “mâle dominant” (en anglais Big Brother) impose sa direction, sa volonté, donc son idéologie aux dominés et il ne fait pas bon être déviant : par exemple opposé aux Droits de l’Homme dans une démocratie occidentale ou partisan des Droits de l’Homme en Chine.
Mais le problème est que l’Homme n’est pas une abeille, ni une fourmi, ni un canard sauvage, ni un loup, ni un éléphant. Dieu l’a doté d’un langage articulé et d’une intelligence abstraite qui lui permettent d’exercer le don noble et redoutable de la liberté. Il veut être connu, adoré et servi par des êtres responsables de leurs choix, ce qui les oblige éventuellement à sortir du troupeau lorsque, décidément, et en conscience, ils ne peuvent plus suivre le “mâle dominant”. Il en résulta de grands drames en Angleterre et en France, mais il semble que les Allemands, dans leur ensemble, fatigués de trop de querelles théologiques et de guerres, soit par conviction, soit par intérêt, soit par nécessité, se sont accommodés de la religion qui leur était imposée.

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Et puis il peut arriver que la contrainte soit vécue comme une vocation. Exemple, cette petite Mechtilde (1240-1298), arrière-grand-tante de Ste Elisabeth de Hongrie, qui, dès l’âge de cinq ans, fut vouée à devenir Augustine dans le couvent de Diessen fondé par ses parents. On ne peut pas dire qu’elle avait choisi son orientation. Mais elle l’assuma si bien qu’aujourd’hui son squelette, précieusement conservé lors de la recon-struction de l’église, y repose tout habillé, dans une chasse, et qu’elle y est vénérée sous le nom de Sainte Mechtilde.

Comme dit le Pape Pie XII, “De la forme donnée à la société dépend et découle le bien ou le mal des âmes”. Or, une société catholique n’a pas exactement la même forme qu’une société luthérienne ou calviniste, et il est permis à des pèlerins placés sous le patronage de trois grands saints d’estimer que les gens à qui les traités de Westphalie ont permis de rester catholiques ont eu bien de la chance. Ce fut le cas, notamment, des Bavarois, des Suisses du canton de Schwyz où se trouve l’abbaye d’Einsiedeln et de ceux du canton d’Obwald où vécut St Nicolas de Flue. Mais quand ce dernier mourut, en 1487, Luther n’avait encore que quatre ans. Il n’eut donc pas à prendre parti dans les problèmes de la Réforme. Toujours est-il que malgré la sécularisation actuelle, ces länder et ces cantons catholiques ne pratiquent pas une laïcité aussi intransigeante que la France. Exemple : un crucifix bien en évidence au mur d’un restaurant ! Et figurez-vous qu’au canton de Schwyz, le 19 mars, jour de notre passage, est férié en l’honneur de la fête de St Joseph ! Ce jour-là, en pénétrant dans l’église d’Einsiedeln,

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nous eûmes la surprise d’un concert de cor des Alpes, ces longues trompes de bergers au son grave, joué par six messieurs qui, ayant épuisé leur répertoire, allèrent le répéter devant le Rathaus.

La leçon de l’art baroque

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Gloria in excelsis Deo ! s’écrièrent ces chanceux, ces heureux. Enfin, pouvoir reprendre nos dévotions à nos saints protecteurs et à la bonne Vierge Marie, exposer le Saint Sacrement dans de brillants ostensoirs et l’encenser dans de fumants encensoirs ! Fini de nous bassiner avec ces histoires de prédestination d’un petit nombre d’élus, et de bonnes œuvres qui ne servent à rien pour le salut. Avec la grâce de Dieu, on le fera, notre salut, et on aura le Paradis à la fin de nos jours…

Et in Terra , pax hominibus bonae voluntatis ! leur répondit Dieu le Père. À vous qui avez cherché mon Royaume, j’accorde largement le surcroit : la paix et tout ce qu’elle apporte de prospérité et de floraison de tous les talents.

Et voilà paysans, bourgeois, nobles, et communautés monastiques qui vivent à l’aise ; la natalité repart, comme en témoigne, sous le nom de putti

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la foule des bébés de stuc, ailés ou non, qui grimpent aux colonnes et escaladent les retables. Beaucoup de bâtiments tombaient en ruine. On en modernisa quelques uns dont les murs étaient encore utilisables; on abattit énormément de vieilles bâtisses et on reconstruisit moderne: des châteaux dans le genre de Versailles et de belles grosses maisons bourgeoises à toits pentus, qu’on peignit aux douces couleurs de la glace à la vanille, à la fraise, à la pistache et à la crème Chantilly. Et puis des églises dans le genre italien, avec de larges fenêtres laissant entrer la belle lumière du soleil, des statues de saints dont les draperies sont agitées au souffle du Saint Esprit,

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des retables au-dessus des autels, sculptés, stuqués, dorés, et surtout ces plafonds peints représentant le Ciel où, assis sur des nuages dans des attitudes impossibles à tenir en ce bas monde, les saints et les anges, en chœurs glorieux, chantent les louanges de la Reine des Cieux. Ah ! on n’avait pas honte, dans ce temps-là de prêcher sur la vie éternelle !

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Quels chefs d’œuvres ces plafonds! Les frères Zimmermann, par exemple, mériteraient une plus grande célébrité pour leurs peintures. Et les ferronniers, les menuisiers, les doreurs, les marqueteurs, les facteurs d’orgue… que d’excellents artistes et artisans qui, sans être moines et sans avoir fait vœu de pauvreté, vivaient à leur manière la règle de saint Benoit : Ora et labora. Ora? Bien sûr, qu’ils faisaient leur prière du matin et du soir et qu’ils allaient à la messe le dimanche. Labora ? Pour ça oui ! Ils la connaissaient cette ascèse toute naturelle qui consiste à se lever à l’heure dite et à passer toutes les heures ouvrables à faire le mieux possible ce qu’on est le plus capable de faire. Et pour quel salaire ? Juste un peu plus que le pain quotidien ? Et les grosses peines de la vie ? La Croix est en gloire partout dans leurs églises. Ils savent bien que chacun doit porter la sienne à la suite de Jésus qui a tout de même fait le plus gros du travail… En théorie, jusqu’au martyre. Ils en voient, des martyrs, qui meurent sur de grands tableaux semblables à des scènes d’opéra. Mais en ce qui les concerne, le risque leur semble minime.

Particulièrement significative est à cet égard l’histoire de l’église de Wies : Il était une fois une vieille statue du Christ aux outrages, enchainé à la colonne de la flagellation. Elle était démodée et mise au rancart. Une brave paysanne la récupéra et l’installa dans la salle de sa ferme. Et ne voilà-t-il pas qu’un beau jour, la statue se mit à pleurer de vraies larmes ! La paysanne n’en croyait pas ses yeux, fit constater le fait, le bruit s’en répandit et les pèlerins arrivèrent en foule si dense qu’il fallut leur construire une belle grande église rococo où l’on voudrait entendre du Mozart : l’Ave verum, chanté par un chœur d’enfants, ou l’ Et incarnatus est de la messe en ut, chanté par Nathalie Dessay… La pitoyable statue miraculeuse trône sur le maître-autel entourée de dorures, illustration parlante du plus célèbre passage de l’épitre aux Philippiens : Il ne se prévalut pas de son égalité avec Dieu mais s’anéantit lui-même prenant la forme d’esclave… (voilà la pauvre statue)

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C’est pourquoi Dieu l’a souverainement exalté et l’a gratifié du nom qui est au-dessus de tout nom (voilà le retable doré et la grande église baroque).

Vraiment, on était heureux en ce temps-là, c’était une bonne et joyeuse société ! C’était le meilleur des mondes possibles !

Le revers de la médaille

Ces délicieuses églises aux tendres couleurs pastel, avec leurs colonnes de bois peintes en faux marbre et leurs plafonds et coupoles en trompe l’œil, malgré leurs dimensions souvent imposantes, donnent une impression de légèreté. Il leur manque un contre–poids. Lequel ? Le jugement dernier, l’enfer et le purgatoire qu’on y voit si peu que pas…
On commence à y glisser sur la pente qui mène où nous en sommes, et qui sait peut-être encore plus bas si nous ne réagissons pas.
Un orage éclate soudain et ébranle le bel édifice. De stupéfiantes nouvelles arrivent de l’Ouest : le peuple le plus civilisé, celui qui donne des leçons de belles manières à toute l’Europe, noie ses prêtres et décapite en série ses élites. Les soldats de l’An Deux qui, dans leur épopée, marchent sans pain et sans souliers, se révèlent de redoutables pillards. Un nommé Napoléon, “l’ogre corse”, sécularise les abbayes et couvre de cadavres les champs de bataille dont il parsème l’Europe. Pour quelques années, Dieu a lâché Satan et c’est l’enfer sur terre. Un avertissement ? Comme celui de la Tour de Siloé (Luc 13, 1-5) “Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même” ? Bien peu l’entendirent et beaucoup prêtèrent l’oreille à deux voix apparemment contradictoires mais qui convergeaient vers le même résultat pratique.

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Une voix athée disait : « Si Dieu, que vous dites si bon, existait, il ne permettrait pas des choses pareilles. Ne voyez vous pas que ce pain et ce vin que vous dites “le corps et le sang du Christ” sont en réalité un opium, une drogue soporifique avec laquelle vous endormez le pauvre peuple pour lui faire accepter ses malheurs et pour mieux l’exploiter ? Quittez vos illusions, n’attendez pas un “autre monde”, occupez-vous de celui-ci et tâchez de réaliser le Paradis sur terre”

Une voix pieuse disait : « Comment peut-on, concevoir que Dieu qui est si bon, si miséricordieux, condamne à des peines éternelles de pauvres pécheurs ? L’enfer n’est sans doute qu’une hypothèse d’école pour nous stimuler ; à supposer qu’il existe, selon toute probabilité, il est vide, et nous irons tous au Paradis…” – “Ah ! bon ? Nous irons tous au Paradis? Alors, pas la peine de s’en faire. On verra bien le moment venu. À présent, occupons-nous de ce monde-ci et essayons de le rendre aussi agréable que possible”

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Les deux voix se mêlent pour prêcher, jusque dans nos églises, le développement durable de ce monde qui passe. On oublie le jour J, depuis qu’on ne chante plus, aux messes d’enterrement, dies irae, dies illa solvet saeclum in favilla ce “jour de colère” où le monde sera ”réduit en cendres”. On va faire une planète propre, naturelle, où l’humanité, qu’on empêchera, par tous les moyens possibles, de dépasser un nombre minimal d’individus, coexistera avec toutes les espèces animales, et constituera une société juste, fraternelle, égalitaire, métissée, sans frontières, sans discrimination de sexe, ni de race, ni de religion… Ni de religion ? non, non ! toutes les religions sont bonnes, on fera une mixture du minimum commun à toutes, et ce sera le Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle ».
Holà ! Qu’est-ce que j’entends ? rugit Saint Paul du fond de l’autre
monde. Gare à vous ! Vous êtes pires que ce fous de Galates auxquels je disais jadis : “Si nous–mêmes, si un ange venu du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème” !

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Une petite sainte et un grand saint nous ouvrent d’autres voies.

Il s’agit de Sainte Crescentia (1682-1744)
et de Saint Nicolas de Flue (1417- 1487).
Ils ne sont pas bénédictins.
Nous sommes allés chez eux leur rendre visite.

En 1682, quand vint au monde Anna Höss, sixième des huit enfants d’un tisserand, sa ville natale de Kaufbeuren était aux deux tiers protestante, (ce qui prouve que le principe cujus regio, hujus religio connaissait des assouplissements). En 1703, cette jeune fille de 21 ans destinée à être béatifiée en 1900 par Léon XIII et canonisée en 2001 par Jean-Paul II, aspirait à entre chez les franciscaines locales. Elle n’avait sans doute pas la dot qu’il fallait, comme dit La Bruyère, “pour faire vœu de pauvreté dans un riche monastère”, et elle y parvint grâce à l’aide, probablement financière, du bourgmestre protestant. À ce titre, elle est invoquée pour l’unité des chrétiens. Elle reçut en religion le nom de Crescentia “celle qui grandit”, et, de sa vie édifiante,

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dont je n’ai pas entendu grand chose à cause de mes mauvaises oreilles, je retiendrai seulement une précieuse anecdote, bonne à se rappeler en cas de bombardement, séisme ou autre tsunami : Lors d’un orage, à la grande frayeur des religieuses, le poirier qui se dressait au milieu de leur jardin reçut la foudre. Quelques jours après, Crescentia fut réveillée par son ange gardien qui lui conseilla d’ouvrir sa fenêtre et de regarder dans le jardin. Et que vit-elle ? Notre Seigneur Jésus-Christ en personne, confortablement installé dans le poirier foudroyé, qui lui tint à peu près ce langage : “ Quand tout va au plus mal, dans les plus grandes catastrophes, quand tout s’effondre, tâche de garder ton calme. On ne me voit pas, mais je suis là. Je ne vous quitte jamais, fais-moi confiance”. Aujourd’hui, ce qui est à la mode, c’est plutôt le Zen… mais les bonnes sœurs de Kaufbeuren, encore en habit, ne sont pas à la mode et, dans leur jardin, il y a toujours un poirier…

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La Suisse est moins réputée pour ses institutions religieuses que pour ses banques, fréquentées par des adorateurs du Veau d’Or en recherche d’un paradis fiscal plutôt que du Paradis. Elle n’a peut-être produit qu’un seul saint, mais il est si polyvalent et si actuel, quoique vieux de près de 600 ans, qu’il en vaut toute une brochette. Aujourd’hui, son village de Flüeli, à l’écart des grandes routes, possède un grand charme pastoral, une église qui est un vrai bijou de marqueterie et de peintures, dominant un paysage intact, et on y conserve pieusement sa maison natale, la maison d’habitation qu’il a lui-même construite, et son ermitage du Ranft. Nicolas, pour ses familiers Bruder Klaus soit, en français Frère Colas, tout en étant d’une grande piété, mène pendant les cinquante premières années de sa vie l’existence normale d’un paysan suisse du XVe s.: il épouse une bonne fille nommée Dorothée, avec laquelle il a cinq fils et cinq filles, qu’il entre-tient avec aisance, grâce à son travail acharné. En quoi on peut l’invoquer comme défenseur de la paysannerie, de la vie, des hétérosexuels et des pères de famille “ces aventuriers du monde moderne” selon le mot de Péguy. Il est trois fois mobilisé, en 1436, 1443 et 1460 pour défendre son canton, notamment contre les prétentions de l’Autriche qui a trouvé une alliée dans la ville de Zürich, en quoi on peut l’invoquer pour les patriotes identitaires. Son chapelet dans une main et son épée dans l’autre, il fait montre de bravoure à la guerre et de modération dans la victoire, sauvant de l’incendie un couvent où étaient enfermés des prisonniers autrichiens. En quoi on peut l’invoquer pour les militaires en opération. Bien qu’il soit illettré, comme la plupart de ses semblables à l’époque, il a une grande réputation de sagesse, qui lui permet d’accéder à des rôles de juge et de conseiller cantonal. Mais il refuse la dignité de “landmann” qui lui est offerte et renonce à ses fonctions de juge un jour où il ne peut empêcher ses collègues de prononcer une sentence inique. En quoi il peut être tenu pour patron des hommes politiques et des magistrats.
Mais toutes ces excellentes qualités seraient restées dans l’obscurité de l’histoire si, âgé de 50 ans, à la fin de l’année 1467, ayant obtenu le consentement de son excellente épouse, il n’avait laissé derrière lui toute sa famille et ses terres, afin de vivre en ermite dans le profond ravin du Ranft.

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Il est désormais, pendant vingt ans, le siège d’un de ces phénomènes mystiques que Dieu accorde à quelques uns pour confondre le monde éberlué et incrédule qui contrôle, observe, et enrage de ne pas parvenir à déceler de supercherie : Il y vit sans absorber de boisson ni d’autre nourriture que l’eucharistie qu’il reçoit une fois par mois. Un jeûne absolu! Son occupation est de méditer sur la Sainte Trinité au moyen d’un cercle muni de six rayons dont trois vont du centre (la divinité) vers la circonférence (qui représente le monde) et trois de la circonférence vers le centre. Mais son désir de solitude n’est guère exaucé. Une foule de gens descendent jusqu’à lui et remontent munis de conseils judicieux. En 1481, alors que la Suisse était au bord de la guerre civile, c’est lui, l’ermite du Ranft, qui assure la paix en obtenant que la Confédération accueille en son sein les cantons de Fribourg et de Soleure. Cela lui vaut le titre de “Père de la Patrie” et d’avoir des chapelles à lui dédiées, où il est prié pour la paix un peu partout où il y a des conflits, jusqu’aux Philippines et au Burundi !

Que de leçons à tirer de cette vie à la fois si normale et si extraordinaire, si simple et si complexe ! Exhumé en 1518, il est placé dans un tombeau de marbre où se répand une douce odeur, dans l’église de la ville voisine de Sachseln qui est agrandie et modernisée. Dans son état actuel – une noble église aux colonnes de marbre noir, classique plutôt que baroque – elle remonte à l’année de sa béatification, 1672. Quant à sa canonisation, les Suisses durent prier jusqu’en 1947 pour l’obtenir, convaincus que c’est lui qui avait préservé leur pays d’une invasion des Allemands en 1940. Certains avaient vu, ou cru voir, dans le Ciel, une main protectrice leur barrer le chemin. Quant aux minarets, est-ce lui qui a inspiré le vote qui les a interdits ? Certains doivent bien le penser.

Quand vous pénétrez dans l’église de Sachseln, vos yeux sont attirés par un gisant moderne tout doré encastré sous une vitre dans la pierre noire du maître-autel élevé sur son tombeau. C’est lui, Nicolas, qui vous attend. Au dehors, Dorothée, statufiée avec quelques uns de ses enfants, attend d’être, peut-être, un jour, elle aussi, béatifiée.

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Note annexe : Crescentia a dû attendre 156 ans sa béatification et 257 ans sa canonisation. Nicolas 185 ans sa béatification et 460 ans sa canonisation. Cela pourrait faire réfléchir la congrégation pour la cause des saints sur les dangers de la précipitation. Que des fidèles crient « Santo subito ! » est une chose. Que l’Église ratifie dans la hâte en est une autre…

Retour à Ottobeuren. Le cas de Reinald

St Nicolas de Flüe était notre première étape. Nous eûmes la surprise de le retrouver quelques jours plus tard à Ottobeuren grâce à Franz Fakler et à Reinald Scheule, qui n’est pas seulement l’organiste qui nous avait fait visiter l’abbaye. Il est aussi le père de six enfants, un membre actif de l’association de la jeunesse rurale catholique, et le président d’une association Bruder Klaus Krypta Verein dont la finalité est l’installation d’une chapelle en l’honneur de St Nicolas de Flüe dans les énormes fondations de la basilique baroque actuelle (la cinquième de celles qui se sont succédé sur le site), qui n’ont jamais servi de crypte.

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Pourquoi, en effet aller bâtir à neuf, alors qu’on a des hectomètres de souterrains inutilisés, d’une solidité à toute épreuve ? Le problème est que ces hectomètres sont pleins de tonnes de gravats et de détritus. De week-end en week-end, des bénévoles, sans aucune aide ni subvention assurent le déblayage, l’évacuation des gravats, la lutte contre l’humidité, la peinture, la pose de l’électricité… Tout n’est pas encore achevé, mais déjà on peut se réunir dans un lieu solennel et un peu mystérieux et y prier pour la paix devant une icône de St Nicolas, ce que nous ne manquâmes pas de faire !

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Sur le mur de sa maison, comme ça se fait là-bas, Franz a mis une fresque avec une inscription. Elle dit en allemand quelque chose comme “Pourquoi nous soucions-nous tant de notre habitation sur cette terre et si peu de notre demeure dans le Ciel ?”

Et l’Église d’aujourd’hui ? Réponse à Wigratzbad

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C’est notre dernière étape. Nous approchons du lac de Constance et de la ville de Lindau où le père d’Antonie Rädler (1899-1991) est boucher.
En 1919, à l’âge de vingt ans, elle est atteinte de la grippe espagnole, mais “la Vierge lui apparaît, lui impose les mains et la guérit”. En reconnaissance, ses parents érigent dans leur jardin une grotte de Lourdes, qui fut bénie par le père Basch, curé de la paroisse, le 11 octobre 1936, fête de la Maternité de Marie. Le mois suivant, la statue lui sourit et lui enseigne une prière “Mère de la Victoire, conçue sans péché, prie pour nous !” Antonie continue à travailler dans la boucherie de son père qui n’est pas halal, et où trône, accroché au mur, un tableau de la Sainte Vierge. Un jour, la Gestapo s’y rend et lui ordonne de le remplacer par celui du Führer, et d’adresser aux clients le salut Heil Hitler plutôt que Grüss Gott “que Dieu te bénisse”, manière usuelle de dire “bonjour” en Bavière. Elle fait la sourde oreille, les représailles suivent, et elle échappe de justesse à plusieurs tentatives de meurtre notamment à une noyade dans le lac. Elle dit avoir été protégée par un mystérieux cycliste qu’elle appelle “mon ange gardien en vélo”.
Le 15 décembre 1936, jour de l’octave de l’Immaculée Conception, tandis qu’elle récite le troisième mystère douloureux du rosaire devant la grotte de Lourdes, elle entend des bruissements d’ailes comme s’il y avait des myriades d’anges et “des choeurs angéliques” chanter “Immaculée Conception, Mère de la Victoire, priez pour nous.”

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Et voilà que le 22 février 1938, vers six heures trente du matin, la Vierge apparaît à une autre jeune fille, Cécilia Geyer : « J’entendis comme un léger murmure, et, d’une nuée lumineuse qui devenait de plus en plus grande, la Mère de Dieu sortit, exactement semblable à la statue de Wigratzbad. Soudain, je me trouvai dans cette grotte. L’apparition me dit: « Edifiez-moi ici une chapelle, je foulerai aux pieds la tête du serpent infernal. Les gens viendront ici en foule, et je répandrai sur eux des flots de grâces. Saint Joseph, saint Antoine et les âmes du purgatoire aideront Antonie ». Puis la grande dame m’ordonna : « Va, à présent, adorer mon Divin Fils devant le très saint sacrement. – Où donc pourrais-je le faire ? A cette heure, le saint sacrement n’est exposé nulle part.  » Alors, devant mes yeux étonnés parut, à l’endroit qui m’avait été désigné, une chapelle. A l’intérieur, sur l’autel, Jésus trônait dans un ostensoir magnifique qui projetait de tous côtés des rayons d’une merveilleuse lumière. »

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Le 17 juin 1938, le gouvernement du land de Bavière autorise la construction de la chapelle dédiée à Marie  » Mère de la Victoire  » sur le terrain offert par les parents d’Antonie Rädler, alors qu’à part des édifices qui servaient à la guerre, rien ne pouvait être construit à ce moment en Allemagne.

C’est dans cette chapelle, auprès de la modeste et naïve “grotte de Lourdes” que nous avons participé à la messe.
Les travaux commencent le 2 juillet 1938, L’inauguration est fixée au 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, mais Antonie est arrêtée par les nazis le 21 novembre. Elle est incarcérée dans une prison de droit commun et subit d’interminables interrogatoires. Durant la nuit du 7 au 8 décembre, elle voit un grand nuage surgir dans sa cellule, et soudain la Vierge lui apparaît. Elle lui annonce sa libération imminente : elle passera Noël en famille. Notre-Dame lui apprend la prière de l’Enfant Jésus que l’on récite encore aujourd’hui au sanctuaire. Antonie est libérée le 18 décembre en la fête de l’Expectation de la Vierge [??]. [Renseignements trouvés sur le site mariedenazareth.org qui publie tous les jours un message intitulé “Une minute avec Marie”. Ceux qui le gèrent ont glané ça dans un livre sur Wigratzbad de René Laurenin et Patrick Sbalchiero]

Dès lors, les pèlerins affluent à Wigratzbad et nous sautons d’un bond à l’année 1988. Que se passe-t-il donc ? Le 30 juin, Monseigneur Lefebvre, ayant rompu des négociations difficiles qu’il menait avec le Vatican, notamment avec le cardinal Joseph Ratzinger, naguère archevêque de Munich et alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, vient d’ordonner quatre évêques pour sauvegarder sa Fraternité Saint Pie X, son séminaire d’Écône, et, dans son intégrité, pense-t-il, la foi de l’Église. Jean-Paul II, qui espérait trouver un compromis avec l’évêque contestataire, ne s’attendait pas à ce coup et réagit dans l’urgence. Il faut, s’il se peut, vider Écône, et accueillir les transfuges qui n’acceptent pas la décision de leur supérieur. Dès le mois de juillet, ils sont 11 prêtres et un diacre. Les choses ne trainent pas! En Octobre, on crée pour eux, en face de la Fraternité St Pie X, une Fraternité Saint Pierre de droit pontifical (relevant directement de Rome, non des évêques locaux) qui sera vouée à dire la messe selon le rituel en usage en 1962. En novembre, c’est la rentrée du tout nouveau séminaire de cette toute jeune fraternité avec 31 séminaristes. Où ça ? Dans un lieu champêtre et miraculeux déniché par l’ex-archevêque de Munich: Wigratzbad! où l’on édifia, dans un assez vaste espace arboré, quelque chose qui ressemble à un campus universitaire, avec des constructions basses et une chapelle ultra moderne au plan intéressant et à la réalisation d’une grande laideur. Nous y fumes reçus par le vice-recteur, l’abbé Bizard qui nous offrit du café et des gâteaux, nous parla de la vie de l’institution, et voulut bien répondre à quelques questions indiscrètes auxquelles il donna les réponses prévisibles. Pour plus de détails, rendez-vous sur leur site. Il est plutôt content: Dix ans après la fondation, en 1998 ils avaient déjà ordonné 47 prêtres. Actuelle-ment, en 2010 ils en ont 219 en exercice de par le monde, en France, en Allemagne, aux USA, en Autriche, en Suisse, en Belgique, en Hollande et en Grande Bretagne, là où il y a des évêques qui acceptent leur présence, ce qui n’est pas le cas à Paris. Outre le séminaire de Wigratzbad qui accueille des séminaristes de langue française et allemande (dont une majorité de Français), et qui a tellement de demandes qu’il faut agrandir les locaux, ils en ont maintenant deux aux Etats-Unis pour les séminaristes anglophones.

St Pierre n’a pas mis au programme de ses élèves les textes du Concile Vatican II “qui ne sont pas infaillibles”, mais ils s’y réfèrent à l’occasion. Il reçoit de temps en temps, en visite, pour de petits séjours, des prêtres du clergé diocésain, mais c’est rare. St Pierre et St Pie X ne se battent ni ne se parlent. Les uns et les autres portent soutane, disent la même messe et récitent le même Credo, mais ils s’ignorent. Écône ne s’est pas vidé et Wigratzbad s’est rempli. Depuis, Benoit XVI a créé le Bon Pasteur, sorte de St Pierre bis, dont les membres – ô grande nouveauté – sont autorisés à formuler des “critiques constructives” du Concile. D’autres institutions, plus ou moins traditionnelles ou charismatiques, recrutent des jeunes gens qui n’auraient voulu ni d’Écône ni des séminaires diocésains d’aujourd’hui tels qu’ils sont. Cela fait toujours, dans une moisson qui en man-que cruellement, un peu plus d’ouvriers courageux, qui ne s’attendent pas à avoir la vie facile. Alors, bon vent !

Conclusions

Nos amis, Robert et Claudia Mestelan, ont eu bien du mérite d’organiser ce pèlerinage pour un prix aussi serré que possible. Établir l’itinéraire, compter les kilomètres, prévoir les étapes, les horaires, l’hébergement, prendre les contacts nécessaires, verser des arrhes, Oh ! là, là que de tracas offerts au bon Dieu pour le salut de nos âmes ! Tant pis pour ceux qui ne sont pas venus. Ils ne savent pas ce qu’ils ont perdu.
Une entreprise de ce genre a un côté “tourisme” et un côté “retraite itinérante” qui se complètent plutôt qu’ils ne s’excluent. Notre Père abbé Robert et notre Révérende mère Claudia, dont les cordes vocales sont infatigables, on fait prévaloir le côté “retraite” en nous faisant consommer sans aucune modération, surtout pendant les longs trajets en car, chapelets, cantiques, invocations, prières et lectures pieuses. Chacun, au fond de son cœur, adhérait plus ou moins à ceci ou à cela, mais au total il était quasi impossible de laisser son esprit vagabonder sur des sujets extra–religieux, ce qui était le but recherché.

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Nous avons rendu grâce à Dieu pour avoir créé des paysages sublimes, et inspiré des monuments magnifiques. Alors que la vocation religieuse d’un enfant est un drame dans tant de familles, nous avons rencontré des religieux et religieuses si bien installés dans leur état de vie qu’il paraît parfaitement normal. Et, chose également réconfortante, des laïcs d’une foi et d’un dévouement exceptionnel. Dans le monde où nous avons vécu pendant une semaine, écoutant à chaque étape des histoires d’apparitions, de locutions et de miracles, le surnaturel devenait tout naturel. Chaque lieu, chaque personnage dont on nous parlait donnait lieu à des réflexions historico-religieuses assez riches pour qu’il m’ait fallu 12 pages pour les écrire ! Vraiment, Dieu a donné des trésors à l’Europe chrétienne. Il ne faut pas les laisser oublier, déformer, calomnier. Il faut en faire profiter le monde entier ! Ces “racines” sont des “semences” pour d’autres développements futurs.

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