Bulletin N° 25

lundi 9 février 2015

N° 25

8 décembre 2014

EDITORIAL Noël, Noël, voici le Rédempteur

Chers amis,

Lorsque vous recevrez ce bulletin, Noël ne sera pas très loin. Chaque année, sa douce lumière nous aide à naître à une autre vie, à renaître à l’image de l’Enfant Jésus dont la fulgurante naissance porte les espoirs d’un monde toujours en quête d’un impossible apaisement.

Après le voyage pèlerinage qui nous a conduits en Lituanie à la Colline des Croix, avec la veillée de Noël qui aura lieu dans l’après-midi du 24 à St Hilaire, nos deux associations terminent l’année dans la joie et l’amour d’un Dieu Père inlassablement aimant. Permettez-moi en guise de cadeau d’offrir à chacune et chacun de vous cette surabondante moisson de grâces qui a inspiré nos actions. En ces temps de persécution des chrétiens, plutôt que de gémir, il nous a semblé préférable d’agir en manifestant publiquement notre foi. Le pèlerinage en Pologne et Lituanie que vous trouverez admirablement décrit et analysé dans ce numéro par Jacqueline Picoche, que je remercie, nous a décidé à ouvrir la colline des Croix en France. Nous allons l’inaugurer le 28 décembre à Chantemerle-les-Blés (Drôme). Quelques jours avant, le 24 décembre, nous aurons eu la veillée de Noël à St Hilaire se terminant par la sainte messe célébrée sur l’antique pierre d’autel qui a été miraculeusement retrouvée. Après plusieurs siècles d’interruption, les anges et St Michel nous offriront le plus beau des concerts de Noël ! Ces deux évènements auxquels je vous invite à participer nombreux, marquent notre volonté « de ne pas subir » en cédant au relativisme ambiant, au découragement, à l’abandon. Nous aimons tous Dieu, mais il ne suffit pas de le dire, encore faut-il le prouver par des actes concrets, indiquant notre détermination. Nous en sommes loin : sur un total de 261 membres à la Route de l’Europe chrétienne, 80 seulement ont payé leur cotisation et une vingtaine seulement s’est déplacée pour l’assemblée générale. La négligence, l’oubli ou la paresse ne sont plus de mise lorsque l’ennemi est aux portes de la cité et qu’il décapite nos frères et vend nos sœurs comme des esclaves. Le bulletin que nous rédigeons et que nous vous adressons par la poste a un prix. Nous ne recevons aucune subvention de l’Etat, ni du diocèse. Pour nous, chacune de vos participations est importante. S’il vous plaît, prenez la bonne résolution de régler votre cotisation dès l’arrivée du présent bulletin. Je vous en remercie. Les nouvelles de St Hilaire vous brosseront l’avancement des travaux : oui, l’abside est totalement réhabilitée grâce au travail extraordinaire de Marc et Cyrille, grâce à l’aide de Pierre, Jean-Pierre, Emmanuel et sa famille, grâce aux routiers de Baudouin, grâce à Annie, la courageuse, qui s’est cassé le bras en transportant ses outils de jardinage. Oui, l’abside est redressée, elle est couverte, elle fait l’admiration de tous. Je n’oublie pas de remercier nos bienfaiteurs qui nous ont envoyé leurs deniers parce qu’ils ont confiance en nous et qu’ils partagent le même amour du Patrimoine, ils méritent amplement nos prières : le Crédit Agricole de Beaumes de Venise, les Ciments Lafarge, Sauvegarde de l’Art Français, les VMF Vieilles Maisons Françaises, l’imprimerie MG, Monsieur le Député Jacques Bompard. A cette liste il faut ajouter les noms de nombreux habitants de Beaumes, l’abbaye Ste Madeleine du Barroux, l’abbaye N.D. de l’Annonciation et tous nos adhérents dont certains ont fait parfois de gros chèques pour nous aider à payer les salaires de nos maçons et toutes les petites mains, souvent anonymes, qui sont venues travailler avec nous dans la chaleur de l’été. Dans la nuit étoilée de Noël, lorsque nous chanterons l’arrivée du Rédempteur, soyez sûrs qu’aucun de vous ne sera oublié. Si vous ne pouvez être à St Hilaire, chantez quand-même là où vous êtes avec nous, chantez avec St Michel et tous les anges « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux. Alleluia ! » et merci st Joseph et st Hilaire !

Robert Mestelan, Président de la Route de l’Europe chrétienne
Vice-président de Sauvegarde de la chapelle St Hilaire

Femen : en Alsace, le blasphème est passible de trois ans de prison

par Caroline Parmentier, journal Présent

Quand j’étais enfant, au cours d’une messe à laquelle j’assistais avec grand-mère, une femme a fait brutalement irruption par une porte latérale, très affairée, traînant de gros sacs, tournant la tête en tous sens, éructant des insultes. Ayant posé ses paquets, elle se mit soudain à se déshabiller comme si elle avait d’un coup très chaud. Jusqu’à tout enlever. Il y eut un moment d’agitation, des fidèles accoururent pour la faire sortir fermement. « C’est une folle », me glissa dans l’oreille ma grand-mère, « elle ne sait pas ce qu’elle fait ». Hier, dans la cathédrale de Strasbourg, il s’est passé peu ou prou la même chose, sauf que la fille savait très bien ce qu’elle faisait, qu’on l’a laissée grimper sur l’autel et insulter le pape sans moufter, que les nombreux journalistes convoqués par ses soins l’ont même complaisamment photographiée comme s’il s’était agi de Kate Middleton, et qu’elle s’est ensuite volatilisée sans que personne ne se mette en travers de son chemin, alors qu’un dispositif policier plus qu’impressionnant était déployé dans toute la ville à l’occasion de la visite du pape. Ma grand-mère n’est pas Hibernatus, et c’est heureux comme ça. Car c’est nous, cette fois, qu’elle prendrait pour des fous, des zinzins, des allumés, des dingos. Et en plus, de sacrés pleutres. Comment pourrait-elle savoir, ma grand-mère ? Qu’il est impossible d’intervenir. Attendu que ceux qui ont tenté de le faire, dans le cadre, du reste, de leur travail, comme à Notre-Dame, ont été condamnés. Sans que les filles, elles, ne soient inquiétées. Malheur à qui casse un ongle des Femen ou leur marche sur le doigt de pied. Tout le monde a un boulot, des enfants à élever, un compte en banque pas forcement extensible, un casier judiciaire que l’on préférerait voir rester vierge. Alors, on ne s’en mêle pas.

Anne Hidalgo les trouve « émouvantes » (sic), et éprouve pour elles « bienveillance et respect ». François Hollande leur dit « qu’il les comprend » et affirme qu’elles ne sont pas des « malades mentales ». Ce qu’elles font est donc, selon lui, sensé. À en croire Caroline Fourest, il s’inquiéterait d’elles, à l’instar de Valls, quand elles sont en situation délicate. Il a même choisi l’une d’entre elles en guise de Marianne sur un timbre. Du côté des journalistes, il y a près de dix jours, Audrey Pulvar affirmait qu’elle soutenait « totalement » les Femen. Dans tout ce qu’elles entreprennent, donc.

On me dit que Bernard Cazeneuve a condamné fermement « l’incident » qui constitue selon lui « un outrage et une provocation ». Bel effort. Il se trouve justement que le Code pénal local alsacien, hérité du Concordat, prévoit un délit de « blasphème », potentiellement passible de trois ans de prison… On attend donc la suite. Car si rien ne se passe, quelle sera l’étape suivante ? Enlever le bas ? Bof. Moyennement transgressif. Rajouter des plumes ? Bof. Au Crazy Horse, il y a les mêmes. Alors, quoi ? Détruire les calvaires, la statuaire ? Archi vu. Taper sur l’Église en France est aussi original qu’aller pincer Poil de carotte au fond de la remise. Pour qui voudrait à la fois, comme elles le disent, attaquer l’obscurantisme religieux et défendre la femme, il y aurait bien un plan inédit. Je ne dis pas que c’est une bonne idée. Je ne dis pas que ce ne serait pas contre-productif. Je dis qu’en tout cas, ce serait « courageux », comme elles prétendent l’être. La femme s’appelle Asia Bibi. L’action se passerait au Pakistan.

Nouvelles de la chapelle St Hilaire

L’abside

Victoire de l’été 2014,

par l’association Sauvegarde qui, sans mesurer sa peine (début du chantier à 6h30) a réussi à relever le chevet et à couvrir de pierres plates le toit de l’abside.

Sans l’aide de Pascal Girard, la vaillante entreprise de Beaumes qui a transporté les matériaux, jamais ce défi incroyable n’aurait pu être gagné.

A l’intérieur, sous le superbe cul de four créé par Marc et Cyrille, la pierre d’autel et les chapiteaux d’origine ont retrouvé leur place. Oui, St Hilaire ressemble maintenant à une église. Prochaine étape : le transept et les fenêtres en 2015. St Hilaire revit.

Le chœur, massif en rond et 2ème restanque

A l’ouest, le mur en rond termine maintenant les murettes du parvis. Dans la pente sud, les routiers du Barroux ont redressé la murette gravement effondrée. Fin août, les iris plantés au pied des murs en pierre sèche, donnent à nos jardins la couleur du ciel.

9ème Voyage-pèlerinage : en Pologne et Lituanie du 8 au 22 octobre 2014

par Jacqueline Picoche

LE PROGRAMME CI-DESSOUS permettra au lecteur de se repérer quand la raconteuse prendra des libertés avec l’ordre chronologique

Mercredi 8 octobre : Arrivée à Varsovie dans la matinée. L’après-midi, à Niepokalanow, visite du sanctuaire du père saint Maximilien Kolbe

Jeudi 9 octobre : départ pour Malbork (alias Marienborg), visite du château et histoire des Chevaliers Teutoniques.

Vendredi 10 octobre : départ pour Gdansk (alias Dantzig). Visite de la vieille ville. L’après-midi, visite du chantier naval d’où est partie la résistance de Solidarnosc contre le communisme.

Samedi 11 octobre : Le matin, trajet en bateau jusqu’à Westerplatte où les Nazis ont déclenché la 2ème guerre mondiale. L’après midi on s’arrête en route dans un joli village où un mariage nous empêche de célébrer la messe à l’église (sanctuaire marial et lieu de pèlerinage). Il faut se replier sur la chapelle des sœurs, installée au troisième étage, dans le grenier de leur maison. On gagne en soirée, à Olsztyn, ville en grimpette, une très confortable résidence, après avoir traîné nos valises dans les raides escaliers du pourtour du château.

Dimanche 12 octobre : La longue route que nous avons à faire est coupée par l’arrêt, en Mazurie, non loin d’Augustow, au charmant sanctuaire de Notre-Dame du Puits, édifié sur le lieu d’un antique ermitage, en forêt, entre deux lacs. On quitte la Pologne pour la Lituanie et on s’installe, le soir, à Vilnius (alias Wilno) chez les frères de St Jean qui disposent de l’ancien couvent des Trinitaires. On y célèbre la messe dans la simple et charmante chapelle d’hiver des frères.

Lundi 13 octobre : Visite, le matin, de la vieille ville, et l’après-midi, du Parlement, d’une maison où a habité Ste Faustine Kowalska, et pour terminer, d’un cimetière où les tombes, dont certaines fort artistiques, s’éparpillent sous les arbres d’un grand parc forestier, et où reposent un certain nombre de Français, grognards de la Grande Armée, morts de faim et de froid à Vilnius pendant la retraite de Russie, dont Robert nous lut, en chemin, d’épouvantables récits.

Mardi 14 octobre : Le matin, visite de la cathédrale et de l’église St Pierre et St Paul. L’après-midi, en attendant (vainement) un couple de pèlerins qui devaient nous rejoindre et avaient raté une correspondance d’avion, on fait la con-naissance d’un artiste lituanien, Vaidotas Kvasys, et on visite son exposition de gravures sur cuivre illustrant les visions de ste Faustine. On admire (plus ou moins selon les goûts) un grand tableau de lui, représentant l’Apocalypse. En fin d’après-midi, départ pour Baltriskes, hameau perdu dans la campagne du nord-est de la Lituanie, aux confins de la Lettonie et de la Biélorussie. Le soir, installation chez les frères de Tibériade.

Mercredi 15 octobre : Causerie du frère François sur la communauté de Tibériade, visite de l’église en bois et de son clocher extérieur, visite de la ferme des frères, et promenade dans la campagne. Journée de repos pour le chauffeur.

Jeudi 16 octobre : en fin de matinée, après la messe, bénédiction solennelle de l’oratoire st Jean Baptiste. Verre de l’amitié et festin partagé avec plusieurs Lituaniens. L’après-midi, marche dans la forêt jusqu’au mémorial du massacre de 8000 juifs [Les juifs étaient jadis nombreux en Lituanie. Ils avaient même appelé Vilnius “la nouvelle Jérusalem”. Pendant leur occupation du pays, les Allemands s’employèrent à les exterminer. Nous avons récité à leur mémoire un De Profundis. Ce lieu est une sorte de petit Katyn]. Ensuite, visite de la chapelle de Stelmuze, près d’un lac et d’un chêne millénaire, et retour pour notre dernière soirée à Baltriskes.

Vendredi 17 octobre : Le matin, sanctuaire marial de Siluva. L’après-midi, visite de la colline des Croix.

Samedi 18 octobre : Retour en Pologne. On roule toute la journée en direction de Varsovie qu’on atteint le soir après un nouvel arrêt à Notre-Dame du Puits où notre chanoine célèbre la messe. On s’installe, au quartier nord de Zoliborz, dans la confortable maison Dom Amicus, tout près de l’église moderne St Stanislas Kostka. Le bienheureux Jerzy Popieluszko y fut vicaire, y soutint Solidarnosc de ses homélies enflammées, fut assassiné, et sa tombe, très vénérée, se trouve dans le jardinet adjacent.

Dimanche 19 octobre : Journée libre à Varsovie : le matin, la raconteuse se promène dans le quartier, et découvre sur un des côtés de la place Wilson, autour d’un ancien fort reconstruit à neuf et désormais lieu de loisirs, un très joli parc. De retour à la résidence, elle assiste à la télé, à la béatification de Paul VI. L’après-midi, quelques uns vont au musée Chopin, d’intérêt moyen, après avoir pris le métro place Wilson, dans la plus belle station de la ville. Oh ! ce plafond moderne vraiment superbe ! Pendant ce temps, les organisateurs et la traductrice s’occupent d’une pèlerine qui a fait une mauvaise chute… et la journée se termine par le grand concert en l’honneur du 30e anniversaire de l’assassinat de Popieluszko

Lundi 20 octobre : Le matin, visite de la vieille ville. L’après-midi, musée de l’Insurrection.

Mardi 21 octobre : Le matin, musée national. Après-midi libre.

Mercredi 22 octobre : départ pour l’aéroport et retour en France.

UN PÈLERINAGE EXCEPTIONNEL Exceptionnel, il le fut à divers points de vue : D’abord et surtout par l’intérêt de lieux ignorés de la plupart des touristes français, visités (sauf quelques épisodes pluvieux) par un temps plus clément que de saison ; par sa longueur : deux semaines ; par l’intensité des prières qui meublaient les longs trajets en car et les arrêts dans les sanctuaires, les angélus s’enchaînant aux chapelets, les chapelets aux litanies, les litanies aux lectures et les lectures aux cantiques ; enfin par les efforts qu’il a demandés aux pèlerins.

Robert et Claudia Mestelan, qu’on ne saurait trop remercier et admirer d’avoir tout prévu et organisé, avaient recruté trois accompagnateurs : Un chauffeur, Stanislas, qui ne parlait que le polonais, mais nous a conduits sans problèmes de l’aéroport de l’arrivée à l’aéroport du départ.

Une charmante traductrice, Ewa, professeur de français et d’italien, en chômage faute d’élèves pour apprendre ces langues. [la perte d’influence de la France en Pologne est évidente : dans les musées, les inscriptions à l’usage des étrangers sont uniquement en anglais, les voitures françaises sont quasi absentes : une Renault de loin en loin, une Peugeot rarissime, dans un flot de japonaises avec une forte minorité d’allemandes. Toutefois, dans une parfumerie de Varsovie, on pouvait acheter les champoings du Petit Marseillais, et à Baltriskes, sur la table du festin, figuraient des bouteilles de Bordeaux] À noter que nos deux accompagnateurs polonais ont participé à nos messes et à nos prières comme de véritables pèlerins. [En Lituanie comme en Pologne, républiques “laïques” mais pas à la manière française, nous étions en pays catholiques.]

Enfin, un aumônier, notre fidèle chanoine Trauchessec, qui célébra notre messe quotidienne, et confessa ceux qui avaient envie de se confesser. Il est membre de l’institut de droit pontifical du Christ-Roi Souverain Prêtre qui a obtenu de Rome le privilège de ne célébrer que l’ancienne messe, de sorte que notre ordinaire fut chaque jour “extraordinaire”. [Ce privilège ne doit pas plaire à l’évêque de Vilnius : Le 14 octobre à 7 heures du matin, dans la chapelle haute de la Porte de l’Aurore, devant l’icône de la Mère de Dieu, la plus vénérée de la ville, alors que notre cher chanoine était déjà revêtu de la chasuble, intervint le sacristain : “La messe tridentine est interdite dans ce diocèse”. Il fallut se rabattre sur la chapelle des frères de St Jean où, apparemment, elle n’est pas interdite, ni d’ailleurs à Baltriskes ni à Siluva. Le sacristain avait-il outrepassé ses fonctions ? Toujours est-il que le cardinal chargé à Rome de la commission Ecclesia Dei fut averti de cet incident].

Nous étions en tout 26 (y compris Marguerite-Marie et Emmanuel qui parvinrent à nous rejoindre à Baltriskes). Donc 21 pèlerins de base, dont la moyenne d’âge devait tourner autour de 77 ans, avec une majorité d’octogénaires. Ils apprécièrent tout le long du chemin la cuisine polonaise, simple familiale, roborative, les bonnes soupes et les petits déjeuners pantagruéliques, mais il leur fallut se contenter, chez les frères de St Jean d’un confort rustique, et chez les frères de Tibériade d’un confort ascétique. Quand elle constata qu’il faudrait y coucher en dortoir sur de simples matelas de mousse de plastique posés sur le sol du grenier, la raconteuse se dit que les organisateurs étaient fous de condamner des vieillards à faire la pénible gymnastique consistant à se relever quand on est par terre. Elle se demanda si c’était en l’honneur de la Sainte Trinité qu’il faudrait passer trois nuits là où on était le plus mal, se dit que si elle avait su, elle ne serait pas venue… et puis, ma foi, tout le monde s’est accommodé de la situation et le séjour s’est bien passé. Mais, même là où le confort était normal, voire excellent, il fallait se lever tôt, monter les valises dans les escaliers quand il n’y avait pas d’ascenseur et faire de longues marches rapides dans les lieux inaccessibles au car.

Les participants n’oublieront pas de sitôt leur marche jusqu’au mémorial juif sous la pluie (un de nos rares jours de pluie), dans une allée forestière complètement défoncée par les tracteurs, avec des mares, des ornières pleines d’eau, de la mousse spongieuse… C’est miracle si personne n’est tombé dans la boue ! Il y eut une chute plus tard, dans un endroit où on ne l’aurait pas imaginée : dans le couloir central de l’autocar ! Une chute grave avec fracture, hospitalisation, nécessité de rentrer en avion allongée sur une civière… Bref, les vingt qui sont rentrés en France sains et saufs étaient enchantés d’avoir beaucoup vu et appris, d’avoir prié tous ensemble en bonne amitié, et fiers d’avoir tenu le coup. Ce pèlerinage exceptionnel nous a donné beaucoup à réfléchir et à méditer et les méditations des 26 devaient être 26 méditations différentes. C’est pourquoi la raconteuse (en abrégé LaR), qui ne veut pas imposer aux autres sa propre vision des choses, prendra soin, quand elle passera du simple énoncé des faits au commentaire, de le signaler en précisant “LaR se dit que…” ou autre formule analogue.

POLOGNE ET LITUANIE Deux pays tard christianisés. La Pologne, pas avant le Xe siècle. Quant à la Lituanie, elle était encore païenne en 1386 quand son grand duc Jagellon se fit baptiser en épousant la reine Hedwige de Pologne. Alors que le grand voisin russe optait pour Constantinople, la Pologne, et à sa suite la Lituanie, optèrent pour Rome. Il paraît que tout un folklore païen subsiste en Lituanie, et même en Pologne on trouve sur la grand place de la vieille ville de Varsovie un objet bien étrange : une fontaine surmontée de la statue d’une sirène qui, d’une main brandit une épée et de l’autre tient un bouclier. Cette créature née dans la Baltique aurait remonté la Vistule jusqu’à Varsovie dont elle se serait proclamée la protectrice… LaR la rapproche d’autres ondines nordiques, sœurs lointaines de celles de l’Odyssée, la Petite Sirène d’Andersen dont la statue orne le port de Copenhague, et la Lorelei qui, par son chant, attire au fond du Rhin les imprudents qui l’écoutent. Un poème de Mickiewicz, le Victor Hugo polonais, sur un thème analogue a inspiré la 3e ballade de Chopin.

Et la Lituanie serait passée d’un catholicisme encore tout jeune au calvinisme si, en 1610, au village de Siluva, la Mère de Dieu en personne n’avait pas redressé la situation en apparaissant – chose unique dans les annales – à un Protestant, auquel elle exprima ses regrets de constater que dans ce lieu où naguère le corps et le sang de son Fils étaient honorés y étaient désormais méprisés. Cette apparition fit grand bruit, ramena les Lituaniens à la vraie foi, et Siluva devint un lieu de pèlerinage. Une grande esplanade destinée aux processions sépare l’ancienne église en brique, richement décorée à l’intérieur, d’une chapelle moderne hypersulpicienne où nous pûmes communier à côté du rocher où Notre-Dame posa ses pieds. Toujours est-il qu’une fois implanté, le catholicisme prospéra et qu’aujourd’hui encore, malgré, dit-on, la concurrence de quelques sectes, ces deux pays sont peut-être, en Europe, ceux où il est le plus vivant. Certaines belles églises modernes, comme cette Sainte Barbara de Gdansk, aux vitraux remarquables, où nous eûmes la messe, ne sont pas indignes des églises anciennes aux retables dorés, qui se partagent entre le gothique flamboyant aux voûtes en étoile, et le baroque, avec foison de décorations en stuc. L’église St Pierre et St Paul de Vilnius ne compterait pas moins de deux mille statues ! Plus modeste, mais plus touchante, la petite chapelle de Stelmuze, du XVIIIe s.,

tout en bois, entièrement chevillée, sans un clou, possède, à l’intérieur, une décoration en stuc d’une beauté stupéfiante. On nous a signalé comme une curiosité, dans le voisinage, l’existence d’un village orthodoxe de “vieux croyants”, ces “intégristes” qui ont résisté aux réformes de Pierre le Grand et dont quelques uns – leurs descendants en sont la preuve – ont survécu au drame mis en musique par Moussorgsky dans la Kovantchina.

La Pologne n’est pas “riche” selon les critères occidentaux. Disons qu’elle est un peu plus pauvre que la France, du moins apparemment et pour le moment. Le zloty vaut un quart d’euro et les prix sont favorables aux Français. Les chômeurs sont nombreux et ne reçoivent une aide, inférieure au smic polonais, que pendant un an. Il se peut que ce soit la faiblesse des aides et allocations qui ait préservé l’homogénéité de la population, dans laquelle on ne remarque pas de “diversité” comparable à celle que la France accueille si généreusement. La guide qui nous a parlé, aux chantiers de Gdansk, déplorait la “fuite des cerveaux” et l’exil en Amérique de trop de jeunes Polonais diplômés. Varsovie, qui est une ville très étendue, n’a encore qu’une seule ligne de métro. Le nord du pays manque un peu d’autoroutes. Partis de Malbork pour Gdansk, nous fumes bloqués par un accident, pendant une bonne demi-heure, devant un paysage marécageux parfaitement plat où un méandre de rivière simulait un lac. Des cygnes s’y ébattaient. Une demi-heure à rêver au “Lac des Cygnes” ! Ceci dit, LaR, qui a connu la Pologne en 1981, aux jours glorieux de Solidarnosc, est en admiration devant la vigueur avec laquelle les Polonais ont redressé leur pays et ont sauvé leur patrimoine architectural en restaurant à l’identique les monuments historiques bombardés, en reconstituant leurs vieilles villes et en faisant de Varsovie en ruines, une grande capitale occidentale.

La Pologne est riche par rapport à la Lituanie, qui n’a guère comme ressources naturelles que l’ambre de la Baltique et le lin, et qui a eu encore davantage à souffrir de la guerre et de la période soviétique. Alors que la Pologne n’était qu’une nation satellite de l’URSS, la Lituanie y avait été entièrement intégrée de force et n’est devenue indépendante qu’en 1991. Les Soviétiques avaient déporté en Sibérie un tiers (oui, un tiers !) de sa population, soit environ un million de personnes. Il semble que le projet de remplacer ce tiers par des Russes n’ait pas abouti. Nous n’avons pas entendu parler de problème de russophonie, comme en Ukraine, dans ce pays dont les natifs parlent une langue indo-européenne non slave, très archaïque, sans aucune parenté, sinon très lointaine, avec le polonais ni le russe. Quand on entre dans Vilnius on a l’impression d’une de ces capitales d’Europe de l’Est (Roumanie, Bulgarie) qui ont du mal à se remettre du communisme. La vieille ville aux multiples clochers et le centre ville ont été bien restaurés, mais il reste beaucoup à faire et l’argent manque.

Le couvent où résident les frères de St Jean a une grande église du XVIIe s. avec une haute coupole qui aurait bien besoin de ravalement. Ils n’ont pas le premier litas des millions que cela coûterait. La visite du Parlement de Vilnius fut très intéressante, moins par le bâtiment lui-même que par la personnalité de nos guides. Le premier, dans un français savoureux, et avec une pointe d’humour nous dépeignit la vie politique lituanienne comme une alternance pendulaire entre la droite et la gauche, avec un gouvernement féminin, la présidence et les principaux ministères étant occupés par des dames. Notre deuxième guide était précisément une dame, députée, dont les Mestelan avaient fait la connaissance à Rome. Ses préoccupations étaient les mêmes que les nôtres en matière de bioéthique (avortement, euthanasie, mariage gay etc.). Ajoutons que selon les frères de Tibériade, les Lituaniens sont proches des Ukrainiens occidentaux et hostiles à Poutine. Il faut dire que la Lituanie est membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004, fait partie de l’Espace Schengen depuis le 21 décembre 2007 et ambitionne de passer à l’euro. La pauvre !

Tout au long de ce voyage, la réflexion de LaR s’est souvent portée sur la notion d’identité : identité des individus (“Moi”, qui suis un autre que “Toi”, tantôt mon “ami“, tantôt mon “ennemi”, toujours mon “prochain” que notre sainte religion m’oblige à “aimer comme moi-même”), les identités des familles, des groupes sociaux, des “nations”, tenues pour “patries”, qu’elles aient ou non statut d’“États”. L’identité est une chose si fondamentale dans le psychisme humain qu’elle est inscrite dans notre système des pronoms personnels. Le locuteur qui dit “Nous” affirme qu’il fait partie d’un groupe homogène distinct du groupe auquel il dit “Vous”. Il y a “les uns” et “les autres’’. Or nous voilà en présence de deux pays sans frontières naturelles. La Lituanie, ce petit pays qui compte aujourd’hui 3 millions d’habitants, a fait partie pendant des siècles du royaume de Pologne depuis le jour du 18 février 1386 où la reine Hedwige épousa le grand duc Jagellon. Dans la cathédrale froidement classique de Vilnius, une belle chapelle baroque conserve les grandes statues en argent des rois et des reines polono-lituaniens. Eh bien, dès que la chose lui a été possible (rarement dans l’histoire, il faut le dire), la Lituanie a choisi d’être indépendante. Les Lituaniens entretiennent avec les Polonais des relations de bon voisinage, mais ils ne sont pas des Polonais.

Et les Polonais eux-mêmes, dont le pays a été trois fois partagé entre la Prusse (protestante et germanophone), la Russie (orthodoxe et russophone), et l’Autriche (catholique et germanophone) ? Une amie polonaise de LaR lui a affirmé que la partie de la Pologne sous domination autrichienne n’a pas été malheureuse, bien au contraire. Et pourtant, se sont-ils laissé assimiler ? Non ! Ils ont résisté, ils sont restés polonais. Comment ont-ils fait ? Les deux points d’appui principaux de la résistance sont évidemment la langue et la religion, auxquelles s’ajoute le souvenir de quelques glorieux évènements historiques devenus plus ou moins mythiques.

Napoléon, grand chambouleur des identités européennes, occupe Vilnius pendant 19 jours en 1812. Il y est accueilli en libérateur et y recrute 13 régiments lituaniens à intégrer à la “grande armée” partie à la conquête de Moscou. Il est moins fier au retour. C’est un rêve d’unité européenne qui s’écroule. Ce ne sera peut-être pas le seul. De même que les Terrestres, n’en déplaise aux mondialistes, ne pour-raient dire “Nous” d’une seule voix que par opposition à des Martiens (mais les Martiens n’existent pas), de même les Européens, unis dans leur diversité, ne pourraient dire d’une seule voix “Nous” au reste du monde, qu’en se montrant fiers de leurs “racines chrétiennes” et de tout ce qu’ils ont pu offrir à ce reste du monde en matière d’arts, de science, d’inventions, et de bonnes mœurs, justement grâce à leur civilisation chrétienne. Ce n’est pas précisément l’idéologie de l’Union Européenne. Combien de temps cette idéologie nous sera-t-elle imposée ?

WESTERPLATTE La guerre peut être considérée comme une pathologie des identités. Un “Nous” dynamique et conquérant attaque un “Vous autres” qu’il considère inférieur à quelque point de vue et qui, à son tour, devient un “Nous” qui se défend plus ou moins héroïquement contre le “Vous” de son injuste agresseur. Le “Nous” de Hitler, extrêmement dynamique et conquérant, décida d’en finir avec une stupidité du traité de Versailles, le “corridor de Dantzig (alias Gdansk)”, seul accès à la mer Baltique laissé à la Pologne, qui séparait la Prusse-Orientale du reste de l’Allemagne, et d’en profiter pour annexer l’ensemble du territoire polonais. Dantzig était alors une “ville libre” placée sous la protection de la Société des Nations. Toutefois, depuis 1924, la Pologne avait le droit d’y avoir “un dépôt de munitions protégé" qui se trouvait à Westerplatte, une petite presqu’île boisée qui contrôle l’accès du chenal menant au port. Hitler avait déjà annexé, sans réaction significative des alliés, la Ruhr, l’Autriche, et la Tchécoslovaquie. Il pensait qu’il en serait de même cette fois encore. De toute façon, si réaction il y avait, il était prêt à la guerre. La réaction eut lieu, et le vendredi 1er septembre 1939, la seconde guerre mondiale commença.

La garnison de Westerplatte comprenait 180 soldats. Elle était commandée par le major Sucharski qui la renforça en creusant des abris souterrains et sept tranchées à des endroits stratégiques, pour bloquer l’accès à la bande de terre la reliant au continent, tous travaux faits de nuit, pour échapper à la vue d’Allemands postés sur les toits d’entrepôts des quais, qui les observaient pendant la journée. De son côté, le général allemand Eberhardt disposait de 1.500 SS répartis en 225 commandos d’élite, et le contre-amiral Kleikamp avait positionné son navire, le Schleswig-Holstein, alors en “visite de courtoisie”, de façon à pouvoir bombarder Westerplatte. Le premier assaut commença le 1er septembre lorsque des soldats allemands arrachèrent une barrière à la frontière polonaise et que, à 4 h 48 du matin, le navire de l’amiral Kleikamp ouvrit le feu. Huit minutes plus tard, les commandos allemands montaient à l’assaut en trois escouades. Les soldats polonais réussirent à arrêter leur progression. Les Allemands en difficulté firent appel à l’aviation. Le 3 septembre, 60 avions de la Luftwaffe bombardèrent les casemates polonaises qui abritaient les derniers stocks de nourriture. Après délibération les Polonais décidèrent néanmoins de continuer la lutte et ne hissèrent le drapeau blanc que le 7 au matin. Les prouesses du commandant Sucharski avaient retardé l’occupation allemande de la côte polonaise pour une durée courte, mais suffisante pour sauver la marine polonaise. Sucharski se rendit à Kleikamp qui lui rendit son sabre en l’honneur de son courage et les soldats allemands se mirent au garde-à-vous lorsque la garnison quitta Westerplatte et qu’ils purent hisser sur la place conquise le drapeau du Troisième Reich.

Les Allemands pensaient venir à bout en douze heures de la garnison de Westerplatte. Sa longue résistance fut pour eux une considérable humiliation et pour les Polonais un de ces sujets de fierté qui permettent aux vaincus de garder le moral et de ne pas se sentir humiliés. Les pertes en hommes étaient beaucoup plus importantes du côté allemand que du côté polonais. Un monument aux morts fut érigé. Notre deuxième matinée à Gdansk fut consacrée à aller leur rendre hommage.

SOLIDARNOSC ET LE BIENHEUREUX JERZY POPIÉLUSZKO Comment la Pologne, trois fois partagée entre ses puissants voisins depuis 1772, et qui n’a retrouvé son indépendance qu’en 1918, a-t-elle réussi à sauvegarder son identité nationale, religieuse et linguistique ? Elle s’est rassemblée autour de l’Église catholique, et s’est livrée périodiquement, surtout à l’égard de la Russie, à des insurrections dont les résultats furent toujours décevants, à l’exception de celle qui a abouti à la reconnaissance de Solidarnosc. Après l’insurrection de Kosciuszko en 1794, celle du royaume de Pologne en 1830-1831, après le soulèvement de Cracovie en 1846, l’insurrection de 1861-1864 a pour résultat une dure répression et une tentative de russification complète de la Pologne sous domination russe. Et plus près de nous, suite au partage du monde à Yalta, on recommence, contre une Russie qui n’est plus celle des Tsars, mais des Soviets… Dès juin 1956, à Poznan, des émeutes où les ouvriers crient “Nous voulons du pain” ! éclatent et prennent une telle ampleur que des généraux russes sont envoyés diriger quelques régiments de l’armée polonaise pour les réprimer. Des morts et des arrestations en grand nombre ! Solidarnosc n’oublie pas cette première insurrection et l’une de ses premières initiatives, après les accords de Gdansk, est de lui faire édifier un monument commémoratif.

Bien que réprimées, les insurrections polonaises eurent au moins l’efficacité de “barouds d’honneur”, ces combats qu’on sait ou qu’on présume perdus d’avance, mais qu’on livre néanmoins, afin de pouvoir résister à l’humiliation et ne pas tomber dans le désespoir. Les acteurs de ces glorieuses défaites deviennent des héros nationaux dont on vénère la mémoire et qui servent d’exemple aux générations nouvelles. Le major Sucharski est incontestablement un de ces héros. Le bienheureux Jerzy Popieluszko, dont nous allons avoir à parler, en est un autre.

La Pologne entretient soigneusement leur mémoire. Juste avant de quitter Varsovie, à Wilanow, dans la banlieue sud, nous avons visité un “Temple de la Divine Providence” en construction, qui est destiné à servir de panthéon aux grands hommes de la Patrie et qui abrite déjà un musée Jean-Paul II. À Varsovie même, à la sortie de la vieille ville et à l’orée d’un grand parc, comme sous l’Arc de Triomphe de Paris, brûle une flamme qui doit être constamment ravivée. Des soldats montent la garde auprès d’elle dans un garde-à-vous impeccable et une immobilité de statue. Mais, sur le monument qui la protège, ce n’est pas depuis 1789, mais depuis 966, date du baptême du premier roi de Pologne, que sont mentionnées les principales batailles de l’histoire polonaise. Parmi les grands hommes de la Pologne, il en est un auquel nous avons adressé une petite prière d’actions de grâces, devant son monument, sur le boulevard qui entoure la vieille ville de Varsovie : le roi Jean Sobieski qui, le 12 septembre 1683, délivra Vienne assiégée par les Turcs. Tout apprenti pianiste qui joue la “Marche turque”, tout spectateur de l’“Enlèvement au Sérail” devrait faire de même. Imagine-t-on Mozart sous le joug islamique, sans parler de tout ce que la Vienne du XVIIIe et du XIXe s. a apporté au monde ?

LaR pense qu’actuellement, la principale différence entre les Français et les Polonais est que le politiquement correct en France consiste à se repentir des “heures les plus sombres de notre histoire”, alors qu’en Pologne il consiste à s’enorgueillir de Solidarnosc et de l’insurrection de Varsovie, ce qui est incontestablement plus tonique.

Donc à Gdansk, l’après-midi du 10 octobre, à proximité des “chantiers navals”, nous sommes debout devant un haut monument érigé à la mémoire des victimes de l’insurrection de 1970, dite “émeutes de la Baltique”, et d’un mur où figurent des noms, des photos, des images. Notre guide francophone, une dame d’un certain âge, qui a vécu ces évènements, les raconte avec émotion. Quoique ces émeutes ne se limitent pas à Gdansk et touchent les autres villes côtières, les ouvriers des chantiers dont le nombre s’est élevé jusqu’à 100.000 à l’époque soviétique, y jouèrent un rôle important. [Les chantiers de Gdansk, fondés à l’époque de l’occupation prussienne, n’ont jamais construit que des bateaux de guerre, d’abord pour les Prussiens, puis pour les Nazis, enfin pour les soviétiques. LaR se proposait de les comparer aux chantiers de Saint Nazaire qu’elle connaît bien, afin de comprendre pourquoi Poutine avait commandé ses navires Mistral à Saint Nazaire plutôt qu’à Gdansk. La réponse est simple ! Il a choisi la technologie française, et Dieu fasse que la France ne les refuse pas à leur destinataire. Les chantiers de Gdansk, depuis la chute du communisme, ne construisent pratiquement plus rien, se limitant au contrôle des navires et à la réparation de ceux qui sont endommagés. Une des causes du développement du chômage…]

Comme en 1956, les revendications des émeutiers de 70 étaient plus économiques que politiques. Le système des prix alimentaires fixés à un niveau artificiellement bas aboutissait à la stagnation de l’agriculture, d’où la nécessité de recourir à des importations coûteuses, de sorte que le gouvernement dut finir par augmenter massivement les prix de produits alimentaires essentiels. Par une étonnante erreur de jugement, il en fit l’annonce en décembre 70, en pleine préparation du réveillon de Noël. Devant l’extension des émeutes, il mobilisa cinq mille membres de brigades de police spéciales et vingt-sept mille soldats équipés de chars lourds et de mitrailleuses. Plus de mille personnes furent blessées, au moins quarante tuées (le nombre exact de victimes restant inconnu) et trois mille furent arrêtées. Toutes les victimes furent enterrées de nuit, en présence seulement de leur famille proche, afin d’éviter l’extension des émeutes.

Dix ans plus tard Lech Walesa, un simple électricien des Chantiers, tira des leçons de cette expérience quand il prit la tête, en juillet 1980, d’une vague de grèves démarrée, une fois encore, à la suite de l’augmentation des prix alimentaires, et par le licenciement d’une militante. Et pour une fois, le succès fut au bout de l’action ! Il faut dire que l’élection, deux ans auparavant, d’un pape polonais, et son célèbre “N’ayez pas peur !” avait été un formidable encourage-ment pour le peuple opprimé, et aussi que le vieux Brejnev n’avait pas la poigne de Staline. Lech sut convaincre les grévistes de garder leur calme : “Il ne doit pas y avoir de revendications qui inciteraient le gouvernement à utiliser la violence ou qui mèneraient à son effondrement. Nous devons leur laisser des portes de secours. Nous avons besoin de revendications économiques et politiques négociables.” Les grévistes demandent à l’archevêque de Varsovie un prêtre qui puisse célébrer la messe pour eux, et c’est un jeune vicaire de la paroisse saint Stanislas Kostka, âgé de 34 ans, inspiré de la spiritualité de Maximilien Kolbe et ami de Lech Wałęsa, Jerzy Popiełuszko, qui est choisi et qui devient leur aumônier.

Les négociations menées avec le pouvoir sur un programme en 21 points à tendance auto-gestionnaire sont publiques, enregistrées par les délégués d’entreprises, et permettent aux travailleurs d’affiner les mandats de leurs délégués, d’en changer si nécessaire. Elles aboutissent enfin, le 31 août 1980, à l’issue de 14 jours de grève au chantier naval Lénine de Gdansk : le vice-Premier ministre Mieczyslaw Jagielski cosigne avec Lech Wałęsa, devant l’assemblée générale des délégués des entreprises en grève dans la région, un accord qui ouvre la voie à la constitution d’un syndicat indépendant auquel on donne le nom de Solidarnosc, en français Solidarité, qui ne tarde pas à devenir une fédération de syndicats. C’est un événement sans précédent, non seulement en Pologne, mais dans tous les pays du Pacte de Varsovie. Cela signifie une cassure dans la ligne dure du Parti qui avait auparavant provoqué un bain de sang pour réprimer un autre mouvement de protestation. Le syndicat issu de cette lutte bénéficie tout de suite du parrainage de l’Église et les adhésions affluent : le nombre total de membres atteint 10 millions, soit un tiers de la population totale de la Pologne ou plus de trois fois le nombre de membres du parti communiste. Le premier congrès de solidarité, en septembre 1981, précédé d’une messe durant laquelle tous les délégués prient à genoux, est un événement international, couvert par les médias du monde entier. Naturellement, Lech Wałęsa est reçu officiellement en audience par Jean-Paul II au Vatican.

Et voilà que le 13 décembre 81, aux ordres de l’Union des républiques socialistes soviétiques, le gouvernement polo-nais, en la personne de son chef, le général Jaruzelski, proclame l’état de siège : toutes les réunions sont interdites, à l’exception des messes. Dans la nuit du 13 au 14, Walesa, avec toute la direction de Solidarité, est arrêté par la police et le syndicat est "suspendu" par décret, avant d’être interdit quelques mois plus tard. Soutenu par le clergé catholique et la CIA, le syndicat interdit maintint cependant une activité clandestine jusque en 1989, année de la chute du mur de Berlin. Il fut alors de nouveau autorisé et put présenter des candidats aux élections. C’est pendant cette période que Lech Walesa, sorti de prison au bout d’un an, obtint en 1983 le Prix Nobel de la Paix, et que le P. Popieluszko donna la mesure de sa charité, de son courage et de son engagement. Non seulement il aide les personnes recherchées et leurs familles, mais chaque mois, dans sa paroisse, il célèbre des "Messes pour la Patrie" au cours desquelles il prononce de vibrants sermons condamnant le régime en place, régulièrement diffusés par la radio américaine “Radio Free Europe”. Ils parviennent jusqu’au Pape Jean-Paul II qui lui envoie un chapelet pour lui manifester son soutien. Ces messes attirent des milliers de fidèles. Elles débouchent parfois sur des échauffourées car les policiers en civil qui les quadrillent n’hésitent pas à jouer les provoca-teurs, dans le but de le museler ou de le faire tomber.

Ce prédicateur trop écouté échappe à plusieurs attentats jusqu’au jour du 19 octobre 1984 où il est enlevé par la police. Son corps portant des marques de torture est retrouvé cinq jours plus tard, pieds et poings liés et lesté de pierres, dans l’eau de la Vistule. Il a été béatifié au titre de martyr le 6 juin 2010 et un miracle qui lui est attribué, survenu en 2012 dans la ville française de Créteil, ouvre la voie à sa canonisation.

(Suite dans le prochain Numéro …)

Robion 15 novembre 2014 – L’assemblée générale

L’assemblée générale des associations « La Route de l’Europe chrétienne » et « Sauvegarde de la chapelle St Hilaire » s’est tenue le samedi 15 novembre à Robion. Grâce à la généreuse hospitalité de M. l’Abbé Gerthoux, curé de la paroisse, nous avons pu, après la sainte messe dite par M. le Chanoine G. Trauchessec venu de Bâle, tenir notre assemblée dans la salle de réunion du presbytère. Monseigneur Cattenoz ayant eu un empêchement, a envoyé son vicaire général, le père Jean-Marie Gérard.

Le nombre de nos adhérents se maintient pour La Route de l’Europe chrétienne (261) et a bien monté pour Sauvegarde de la chapelle St Hilaire (286). La REC a bâti 2 oratoires : à Baltriskes en Lituanie à St Jean Baptiste, l’autre à Bédouès au bienheureux Pape Urbain V et deux calvaires à Méthamis (Quartier de la Graille)

et à St Hilaire (St Louis-Marie Grignion de Montfort). Le voyage-pèlerinage en Pologne et Lituanie a rassemblé 26 participants qui ont pu approfondir leurs connaissances sur st Maximi-lien Kolbe à Niepokalanow, ste Faustine à Vilnius et sur le bienheureux Jerzy Popieluszko à Varsovie. « Sauvegarde » a mené à bien la restauration de l’abside qui est maintenant complètement refaite et couverte. L’association a engagé deux maçons tailleurs de pierre et a établi avec eux un contrat de neuf mois de mars à novembre. Leur présence à l’assemblée et leur témoignage du travail accompli a suscité un grand intérêt parmi les membres présents. Travaux 2014 : réfection de l’abside 85 000€ (paiement réalisé). Pour 2015 : réfection transept et fenêtres, pour 2016 : couverture nef.

Le déjeuner pris à la Table de Gaël nous a rassemblés. L’après-midi s’est terminée par la visite de l’église des Taillades où un chapelet pour la France est venu clore cette belle journée. Un grand MERCI à tous les membres qui se sont déplacés et spécialement au Docteur et Madame Le Bris venus de Cosne sur Loire, Monsieur et Madame Thieffenat venus de Dijon, au Colonel Dérache, valeureux pèlerin de la route st Colomban, qui étaient des nôtres.

Ste Jeanne d’Arc a fait rimer pour toujours l’Espérance avec la France. C’est elle qui a porté témoignage pour que dans le mot « souffrance » il y ait encore le mot « France ». Philippe de Villiers

In Mémoriam

Nous nous sommes souvenus au cours de la messe de nos morts de l’année 2014 :
Madame Colette Milhaud M. Joseph Burtin
M. Jean-Jacques Vardon M. Jacques Desachy
Mme Micheline Viry

Qu’ils reposent en paix. N’oublions pas de les prier et de prier pour eux.

La Colline des Croix Siauliai en Lituanie – Chantemerle-les-Blés en France

Au cours du dernier pèlerinage effectué par l’association en Lituanie et en Pologne, personne ne pourra oublier l’émouvant Chemin de Croix que nous avons fait à la célèbre colline des Croix de Siauliai. Les premières croix ont été posées sur la colline fortifiée au XIVe siècle. Au cours du temps, de nombreuses croix, des crucifix, sculptures de patriotes lituaniens, des statues de la Vierge Marie, des effigies en étain et des rosaires y ont été apportés par les pèlerins catholiques. Les croix apportées en 1861 et 1863 voulaient garder souvenir de la répression tsariste qu’ils avaient subie. Durant les années d’occupation soviétique 1940-1990, suite à la tragique déportation du tiers de sa population en Sibérie, la colline devint un lieu de mémoire pour toutes les victimes qui n’étaient jamais revenues au pays. En 1961, les Soviets envoyèrent l’armée pour garder la colline et des tracteurs pour démolir et ensevelir toutes les Croix. Chaque nuit pourtant, de nouvelles croix étaient érigées.

Il fallut attendre 1990 pour que la colline puisse à nouveau être couverte de Croix et le 7 septembre 1993, Jean-Paul II y célébra la sainte messe en présence d’une immense foule.

Le 28 décembre 2014, nous allons inaugurer la colline des Croix à Chantemerle-les-Blés dans la Drôme. C’est ici que le Dr Doublier Villette, ardent apôtre de la défense de la vie, a bâti le sanctuaire de St Joseph du St Sauveur pour garder le souvenir du milliard d’enfants qui n’ont pu voir le jour à cause du drame de l’avortement. En 2008, la Route de l’Europe chrétienne y a construit l’oratoire du Volto Santo qui fut bénit par Monseigneur Reyne.

C’est donc sur cette colline dominant l’autoroute A7, au nord de Valence dans la Drôme (sortie Tain l’Hermitage) que nous vous invitons tous à venir prier en plantant une croix que vous aurez apportée ou confectionnée. En ces temps de persécution et d’apostasie, la Croix est le symbole de notre appartenance à Jésus Christ et à l’Eglise. A Chantemerle, comme à Siauliai, la Croix sera le symbole de la foi, des souffrances et de l’espérance de tout un peuple.

Le 28 décembre, en la fête des Saints Innocents – les premières innocentes victimes – venez tous à Chantemerle avec une Croix.

Agenda

28 décembre 10h Sainte Messe à la Chapelle St Joseph du St Sauveur, Chantemerle-les-Blés
11h Bénédiction des Croix, Procession avec N.D. de la Colline, Erection des Croix
12h Angélus et pique-nique
18 janvier Fête de St Hilaire : 10h30 messe à Beaumes de Venise suivie du repas à la Salle Rocalinaud
8-10 mai Pèlerinage au Mt St Michel
10-22 juin Nice – Turin pèlerinage à pied pour vénérer le St Suaire

Cotisations

Pour la Route de l’Europe chrétienne : versement 2015 dès réception du présent N° 25
Cotisation inchangée : Familles nombreuses 18€ Normale 25€
Bienfaiteur 100€ étudiants 10€
Pour Sauvegarde de la chapelle St Hilaire : Appel au financement des travaux du transept 2015 : Après l’abside, le transept. Il nous faut de nouvelles pierres. Utilisez le bon de souscription ci-joint.
MERCI à nos généreux donateurs dont la liste sera déposée dans les deux autels latéraux du transept.

La Route de l’Europe chrétienne, 64 rue de la Frâche, 84740 Velleron Tél. 04 90 20 08 70 recsthilaire@gmail.com www.route-europe-chretienne.fr Sauvegarde de la chapelle Saint-Hilaire, 64 rue de la Frâche, 84740 Velleron Tél. 04 90 20 08 70 contact@chapellesainthilaire.fr www.chapellesainthilaire.fr http://youtu.be/4JtodKC0W_k


La Route de l’Europe chrétienne - Atelier Lou Barri - 84740 Velleron / France - Tel/Fax 04 90 20 08 70
atelierloubarri@free.fr
Association Loi 1901déposée à la sous-Préfécture de Carpentras et inscrite le 20 novembre 2006 sous le N°084.3.00 4972