Récit du pèlerinage à l'Enfant Jésus par Jacqueline Picoche

Récit du pèlerinage à l'Enfant Jésus par Jacqueline Picoche

Le rendez-vous était à l'aéroport de Bâle-Mulhouse le 19/10 à 10h au comptoir d'Easy Jet. JP comptait partir le 18 et passer une nuit à Bâle. Mais la SNCF en décida autrement. La grève prévue pour le 18 l'obligea à partir le 17 , à découcher deux nuits et à passer la journée du 18 à visiter la ville de Bâle, ce qui fut très agréable. Pas de retardataire, vol sans histoire, on débarque à Prague le 19 pour déjeuner et déposer les valises dans une sorte de résidence universitaire catholique. Nous sommes accueillis par le Père Jan Penaz, curé doyen de la petite ville de Velké Mezirici qui parle français avec assez d'aisance, sinon sans accent, et qui nous a servi de guide-interprète pendant tout le voyage, ayant laissé le soin de sa paroisse à ses vicaires à qui il téléphonait de temps en temps. Parmi les participants, un autre prêtre, l'abbé Gérard Trauchessec, naguère curé de choc dans le genre de celui de Domqueur, aujourd'hui membre de l'Institut du Christ-Roi. Le premier s'habille dans la rue en pékin, mais avec col romain, en soutane à l'église, et dit la messe "ordinaire". Le second ne quitte pas sa longue soutane noire et ne dit que la messe "extraordinaire".


Nous sommes surpris dès l'arrivée par un froid de loup,sec et ensoleillé. À Bâle, il faisait aussi doux qu'à Paris. A Prague c'était autre chose! Heureusement j'avais emporté des gants et de quoi entasser lainage sur lainage sous un léger imperméable, et j'ai trouvé à acheter pour 250 couronnes, soit 10 euros, un bonnet de laine couvrant bien les oreilles qui m'a été d'un grand secours. Le beau temps froid a duré jusqu'au 22 inclus( heureusement pour notre cérémonie en plein air!). A partir du 23, pluie et vent violent se sont ajoutés au froid sans le tempérer. Ajoutons à cela que la circulation dans Prague est encore pire qu'à Paris et que les embouteillages y sont interminables. Nous avons visité beaucoup de sanctuaires qui sont habituellement des endroits historiques, beaux, bien situés et bien entretenus et nous nous sommes gorgés de stucs, de dorures, de plafonds peints, de statues aux draperies agitées par le souffle du St Esprit, bref de toute l'exubérance du baroque d'Europe Centrale.
Nous avons été gavés de pâtisseries et de viandes en sauce salée-sucrée à la mode du pays, et, de larges chopes, la bière a coulé dans nos gosiers.

LES TENANTS ET LES ABOUTISSANTS DE CE PÈLERINAGE

Ça commence par une histoire d'amour. Il y a déjà d'assez longues années, un certain Robert Mestelan, retraité de l'armée où il était colonel, veuf d'une femme artiste qui lui avait donné quatre enfants, arpentait le chemin de Saint Jacques de Compostelle. De son côté, une certaine Claudia Bohren, suisse allemande, née protestante, mais pas du tout pratiquante, s'était sentie poussée par je ne sais quelle inspiration irrésistible, à arpenter le même chemin. Ils se rencontrèrent et se plurent. Claudia ne savait rien du catholicisme. Robert la catéchisa si bien qu'elle devint une catholique ardentissime et qu'il l'épousa. Le nouveau ménage s'installa tout en haut d'un village du Vaucluse où Robert peint de jolies aquarelles dans son atelier: Lou Barri, 84740 Velleron, tél. 04 90 20 08 70, atelierloubarri@free.fr Mais là ne se bornaient pas ses activités. Le couple Mestelan entreprit de rechristianiser l'Europe et de l'unifier, non pas autour des "valeurs" maçonniques de notre actuelle Union Européenne, mais autour de son patrimoine chrétien. Et comment s'y prendraient-ils? En y pèlerinant et en implantant dans tous les pays de l'Union des "oratoires", autrement dit des édicules religieux en plein vent qui incitent à la prière des gens qui ne songeraient pas à entrer dans une église et qui "signifient que, d'un bout de l'Europe à l'autre, les catholiques sont unis dans la même foi". Ils firent d'abord partie d'une association appelée "les amis des oratoires" mais un bisbille survint à propos de celui qu'ils voulaient implanter en Pologne et qu'ils y implantèrent effectivement l'an dernier à Wadowice, lieu de naissance de Jean-Paul II. Ils prirent leur indépendance et fondèrent en 2006 leur propre association qu'ils baptisèrent "Les routes de l'Europe chrétienne.

En avant, Marche !

Depuis une dizaine d'années, environ tous les deux ans, les deux Mestelan endossent leur sac, chaussent leurs gros souliers, ferment la porte de la maison de Velleron, et partent sur les routes pour plusieurs mois, à raison de 30 à 35 km, soit 8 h. de marche par jour, ne sachant le matin où ils vont coucher le soir, demandant l'hospitalité de quelque salle paroissiale ou communale au curé, voire au maire, dormant tantôt dans un lit, tantôt sur la dure, comptant sur les rencontres providentielles pour propager la bonne parole. - Après St Jacques ils ont fait :
- Velléron - Bethléem
- St Michel du Monte Gargano (Italie) - Mont St Michel en France "La route des anges"
- Vézelay - Kiev
- Bangor (au nord de l'Irlande) Loreto (Italie) "sur les pas de Saint Colomban
L'année 2OO4

Cette année-là a été déterminante. Ils étaient en route vers Kiev et traversaient l'Autriche, Ils ouirent parler d'une sorte de congrès qui venait de se tenir à Mariazell, où le cardinal Schônborn avait réuni les évêques et des personnalités politiques des pays limitrophes de l'Autriche récemment libérés du communisme pour définir une ligne de conduite d'inspiration chrétienne. Il en résulta la "charte de Mariazell" en sept points, dont les médias français ne dirent pas un mot, et qui se résumait à ceci :
1. Annoncer le Christ à ceux qui ne le connaissent pas, être ses témoins par sa conduite
- 2. Apprendre à prier et enseigner la prière à ceux qui ne prient pas
- 3. Approfondir ses connaissances en matière de religion pour être capable de répondre aux objections
- 4. rendre la religion visible par des signes ostensibles: images, croix, oratoires (le contraire de l'"enfouissement" qu'on nous prêchait naguère)
- 5. Sanctifier le dimanche et faire respecter le repos dominical
- 6. protéger la vie humaine de la conception à la mort naturelle
- 7. Promouvoir la solidarité en Europe et dans le monde.

Ils arrivaient après la bataille. Le congrès était terminé, mais ils furent reçus par le cardinal et sa charte devint la leur. Et puis, ne voilà-t-il pas qu'entrés en Tchéquie et arrivés à Velké Mézirici, le curé qui leur ouvre sa porte se révèle être francophone et lui-même grand pèlerin, ayant fait à pied Velké - Rome et faisant marcher chaque année ses paroissiens les plus endurants sur une bonne centaine de km jusqu'au sanctuaire de Velehrad, dédié aux saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves. Il en résulta une grande amitié et le projet d'implanter à Velehrad un oratoire dédié à l'Enfant Jésus de Prague. Et pendant trois ans, ils multiplièrent les démarches, réunirent l'argent, les bonnes volontés, et trouvèrent un sculpteur pour le réaliser. C'était notre pèlerinage qui, déjà prenait tournure! Tous ces vrais fous, assez raisonnables tout de même, l'avaient très bien organisé pour un prix défiant toute concurrence (330 euros en liquide à verser à l'arrivée sur place, non compris le billet d'avion, tout de même !). On ne nous fit pas marcher excessivement. Un bon autocar permit à l'entorse que je m'étais faite quelques jours avant le départ de se guérir tout doucement.

L'enfant Jésus !

Eh! oui, notre pèlerinage était placé sous le patronage de l'Enfant Jésus! Et pas seulement celui de Prague : celui de Beaune aussi, auquel, pas chiches, les Mestelan avaient implanté, en partant, un premier oratoire à Meursault (Côte d'Or), "capitale des grands vins blancs de Bourgogne, financé par un riche vigneron de leurs amis. Ça a l'air bêbête ? Ca ne l'est pas. Ils faisaient remarquer à quel point les enfants sont menacés dans notre société, quand ils ne sont pas tout bonnement tués dans le sein de leur mère : privés de baptême et d'instruction religieuse, ballotés entre des parents divorcés ou séparés, proie convoitée des pédophiles, soumis à une éducation sexuelle qu'on aurait naguère appelée "incitation à la débauche", drogués... Tout cela est gravissime, et compromet l'avenir!

La dévotion à l'Enfant Jésus est d'origine carmélitaine. Au fond de leur cloitre, les soeurs sont confondues d'adoration quand elles contemplent le Verbe de Dieu, la Seconde Personne de la Trinité, le Tout Puissant s'incarner dans la créature humaine la plus impuissante: un nouveau né, in-fans "incapable de parler", entièrement dépendant du lait de sa mère et des soins de son entourage. Mais quelle force d'attraction dans cet enfant qui attire à lui les hommages des bergers et des rois mages et la haine d'Hérode!

Bref, celui de Beaune, où la congrégation des Béatitudes a succédé au Carmel, résulte des visions d'une certaine Marguerite du Saint Sacrement, aujourd'hui "vénérable" et un jour peut-être "bienheureuse", à qui la statuette du "Petit Roi de Grâce" a été offerte par le baron Gaston de Renty en 1643. Quant à celui de Prague, c'est le cadeau que fit Thérèse d'Avila en personne à Maria Manrique de Lara, noble espagnole qui, à une époque où le soleil ne se couchait pas sur les terres de Charles Quint et où Espagne et Autriche ne faisaient qu'un, partait épouser un seigneur tchèque de la famille de Lobkowicz. C'est une statuette de cire de 46 cm, la taille d'un nouveau-né. Mais il n'est pas nu, ni couché sur de la paille , ni réchauffé par le souffle d'un âne et d'un boeuf!

Non! Il est debout, couronné d'une lourde couronne; d'une main il bénit, de l'autre il tient le globe et il porte des manteaux plus brodés, plus riches, plus royaux les uns que les autres, qu'on voit dans un petit musée attenant à l'église. Le P. Jan raconte qu'un dirigeant soviétique organisant un jour une visite à Prague (était-ce Kroutchev? ou plutôt Gorbatchev? je ne me souviens plus), demanda quel cadeau ferait le plus plaisir aux Pragois. On lui répondit: "un manteau pour le Petit Jésus". Et il s'exécuta! Mais rien dans le musée ne le signale particulièrement.

C'est la fille de Maria, Polyxène de Lobkowicz, qui en fit cadeau à un carme, le P. Cyrille de la Mère de Dieu, qui l'installa à l'église Ste Marie de la Victoire, dans le vieux quartier historique de Mala Strana, où il est encore, après bien des hauts et des bas, aléas des guerres et de l'histoire. "Depuis ce temps-là, est-il écrit au verso de son image, l'Enfant Jésus ne cesse de faire des miracles et de donner des grâces particulières aux croyants du monde entier. Pour eux, Prague sera toujours la ville de l'Enfant Jésus".

Sur le site Pragjesu, il y a des explications en tchèque, en anglais, en allemand et en espagnol, mais pas en français... Pour qui voudrait en savoir plus long, un peu de bibliographie:
J.-B. Roussot - L'enfant Jésus de Prague - éd. Résiac - 53150 Montsurs (par correspondance) Sæur Giovanna della Croce - L'enfant Jésus au Carmel , culte et spiritualité - Editions du Carmel, 33 av. Jean Rieux 31500 Toulouse.


LE PROGRAMME

Donc, le vendredi 19 après-midi après avoir pas mal trainé, nous allons, dans la ville basse, non loin de la Moldava, large affluent de l'Elbe, objet d'un poème symphonique de Smetana, rendre une première visite au petit Jésus et au musée de ses manteaux, puis nous montons au sommet de a ville haute au couvent des Prémontrés, qui sont 74, avec une moyenne d'âge de 38 ans ! Nous trouvons là une messe ordinaire en tchèque , avec orgue, très solennisée. Après une longue causette du supérieur et la vénération des reliques du fondateur, St Norbert, nous sortons sur la terrasse d'où l'on doit jouir d'une vue générale sur Prague mais il fait nuit et nous n'en voyons que les lumières. On gèle! Vivement le car pour se réchauffer!
Le samedi 20 au matin, nous faisons un peu de change, puisque la Tchéquie n'est pas encore passée à l'euro, et nous nous rendons à Notre-Dame des Neiges, chez les franciscains qui ne sont, eux, qu'une quinzaine (moyenne d'âge non précisée). Leur supérieur nous raconte des choses bien intéressantes sur la vie de l'Eglise du temps du communisme. J'en ferai à la fin un chapitre spécial. Nous nous répartissons entre la messe en français du P. Jan dans la grande nef et la messe extraordinaire de l'abbé dans une chapelle attenante. Quartier libre pendant une heure! Je m'achète un bonnet et je vais me réchauffer dansl'église la plus proche, St lgnace, super-baroque et dorée comme vous pouvez imaginer. Après le déjeuner, on retourne à l'aéroport récupérer quelques participants qui ont pris un autre vol ou sont venus par la route. Le groupe est complet, nous sommes 31 retraités pas trop croulants, pour la plupart originaires des environs de Velléron, donc du midi de la France, et aussitôt nous quittons la Bohême pour la Moravie. On nous avait préparé des cantiques tchèques adaptés avec des paroles françaises pour que nous puissions chanter avec les Tchèques. On utilisa une partie du trajet à les répéter et, sans fausse modestie, je peux dire que si je n'avais pas été là pour les solfier, ça aurait été une belle cacophonie! Durant les trajets en autocar, parfois longs, on récite le chapelet, on chante, on bavarde, et nos deux curés boute-en-train nous divertissent avec leurs anecdotes et leurs plaisanteries.
Après avoir traversé de grandes forêts aux magnifiques teintes d'automne, nous arrivons en fin d'après-midi à Velké Mezirici, la paroisse du P. Jan où nous devons passer deux nuits et une journée, logés et nourris chez l'habitant. Les organisateurs tiennent très fort à ce contact avec la population. À notre arrivée, nos logeurs nous attendent, alignés dans le vestibule, quasi au garde à vous. Des gâteaux, du café, du thé nous sont offerts. On nous répartit dans les diverses maisons et, pour la langue, on se débrouille comme on peut.
J'avais pour cothurne une certaine Christiane, femme assez agréable avec qui je me suis bien entendue. Nous fûmes logées non à Velké même, mais au village de Martinice, à 10 km de là, ce qui obligea nos hôtes à plusieurs allées et venues en voiture. Nous sommes tombées dans une bonne famille chrétienne où on dit le bénédicité à table et où tout le monde va à la messe.
Nous avons été mal couchées mais très bien accueillies. J'ai envoyé en remerciement un beau livre sur Paris.
L'ascenseur social y avait évidemment fonctionné: Les parents étaient des gens très simples, le père Iaroslav Pojar, mécanicien, la mère Bojena Pojarova, au foyer avec quelques occupations agricoles saisonnières. Ils n'avaient appris à l'école que le russe, seule langue vivante enseignée du temps du communisme. Mais ils disposaient d'une maison campagnarde assez grande et confortable et de deux voitures. Les deux filles avaient fait des études, l'une célibataire, Elijka, 28 ans savait de l'anglais et travaillait dans un service financier de la ville. L'autre, mariée, Ivana, parlait un peu de français. J'ai aperçu son mari, je ne sais pas ce qu'il fait. Elle avait été plusieurs fois en France pendant ses vacances, à Lourdes, à Paris et aux châteaux de la Loire. Elle est pharmacienne de l'armée, en congé de maternité pour trois ans, avec son salaire réduit à 750 couronnes par mois, ce qui n'est pas grand chose, mais mieux que rien. Simon, 6 mois, premier petit-fils de Iaroslav était l'objet de toutes les attentions de la famille. On m'a demandé quel est le salaire moyen en France. J'ai répondu au pifomètre 2000 euros. J'ai peut-être été trop généreuse. D'après elles le salaire moyen en Tchéquie serait de 20 000 couronnes, ce qui fait à peu près 800 euros. La vie doit être beaucoup moins chère qu'en France. Tout de même, ce bonnet de laine, je l'ai payé 250 couronnes, soit 10 euros. Le magasin de sport où je l'ai acheté était-il un magasin de luxe? Quoi qu'il en soit, les Tchéques ne font pas pitié, ils ne semblent pas dans la misère. Je n'ai vu à Prague qu'un seul et unique mendiant, sur le Pont Charles, là où passent tous les touristes Et je n'ai vu personne coucher dehors. Il est vrai qu'avec ce froid... Je n'ai pas vu non plus de femmes voilées ni de "personnes de couleur". Le climat, la langue, la monnaie de la Tchéquie ne sont pas des pompes aspirantes pour l'immigration. Et voila le diaporama :









Posté par les Mestelan. | (0) Ecrire un commentaire sur cet article  Imprimer cet article  Envoyer cette article à un ami 31-10-2007 à 14:19



 
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